Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome I/Introduction

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LEÇONS


DE GÉOLOGIE.




INTRODUCTION.


La Géologie est une science dont on s’occupe beaucoup aujourd’hui. Elle nous intéresse particulièrement, puisqu’elle est l’histoire du lieu de notre habitation. Je vais donc, Messieurs, vous présenter, dans ces entretiens, ce qui paraît le mieux constaté dans l’état actuel, sur cette belle partie de mes connaissances. J’en ai déjà traité en 1795, dans ma Théorie de la Terre. Mais depuis cette époque, elle a beaucoup acquis par les travaux de plusieurs savans distingués, qui ont fait sur cette science les recherches les plus approfondies.

J’en ai aussi fait de mon côté, et j’ai traité, dans un grand nombre de mémoires insérés dans le Journal de Physique, et dans mes discours préliminaires, plusieurs objets qui y ont des rapports. Je vais réunir ici tous ces travaux.

La Minéralogie, qui est la base de la Géologie, a fait de grands progrès[1]. Nous connaissons maintenant la plupart des substances minérales, et l’analyse en a été faite par d’habiles chimistes.

J’exposerai les faits avec exactitude, je discuterai les opinions avec impartialité, et j’espère que vous acquérerez des notions géologiques, qui vous satisferont. Vous vous convainquerez qu’elles sont à peu près aussi avancées, que celles des autres parties de la physique.

Mais nous verrons que dans la Géologie il y a, comme dans les autres parties de nos connaissances, des problèmes, dont la solution est au-dessus de nos connaissances actuelles ; il faut, par conséquent, les abandonner pour le moment. Le physicien ne recherche plus les causes de l’attraction ; le chimiste celles des affinités… On regarde ces faits comme prouvés, quelles qu’en soient les causes… Le Géologue ne doit pas davantage rechercher les causes de la fluidité du globe, celles de la dissolution de la plus grande partie des substances minérales, celles de leur cristallisation…

Le globe terrestre a été dans un état de fluidité : c’est un fait reconnu généralement.

À cet état de fluidité a succédé son état actuel.

La Minéralogie et la Géologie ont toujours été un des principaux objets de mes travaux.

1o. Mon premier ouvrage, Principes de la Philosophie naturelle, imprimé en 1778, et réimprimé en 1787, contient mes idées principales sur ces sciences.

2o. Je développai, dans un mémoire imprimé dans le Journal de Physique, en mai 1781, mon idée sur la Cristallisation générale de la matière. (Tome 17, page 258.)

3o. En 1792 je donnai une nouvelle édition du Manuel du Minéralogiste, ou Sciagraphie de Bergman, en deux volumes in-8o, dans lequel j’exposai ma division méthodique du règne minéral.

4o. En 1795 je publiai la première édition de ma Théorie de la Terre, en trois volumes.

5o. En 1797, c’est-à-dire deux ans, après, je donnai une seconde édition de ma Théorie de la Terre, en 5 vol. in-8o. Le prompt débit de la première édition m’engagea à faire cette seconde.

6o. En 1800 je fus nommé, au collège de France, professeur adjoint pour la Minéralogie et la Géologie.

La nécessité où je me trouvai de donner les notions les plus récentes sur ces sciences, m’engagea à un nouveau travail sur ces matières.

7o. J’exposai le fruit de mes nouvelles recherches sur la Minéralogie et la Géologie dans différens mémoires imprimés dans le Journal de Physique.

8o. En 1811 et 1812 je réunis tous mes travaux sur la Minéralogie, tels que je la professe dans mes leçons, sous le nom de Leçons de Minéralogie données au collège de France, en 2 volumes in-8o.

9o. J’ai développé dans différens endroits du Journal de Physique, et particulièrement dans mes discours préliminaires, une multitude de vérités sur ces différentes parties.

10o. Je désire aujourd’hui de réunir également tous mes travaux sur la Géologie, et de les publier tels que je les enseigne, sous le nom de Leçons de Géologie données au collège de France.

Les progrès rapides qu’a fait cette partie de nos connaissances dans ces dernières années, m’engagent, comme professeur, à donner cet ouvrage, pour présenter, à ceux qui suivent mes leçons, l’état actuel de la science.

Ces réunions de nouveaux travaux dans chaque partie de nos connaissances ont le grand avantage de présenter ce qui est connu, et de faire voir ce qui est douteux ou inconnu[2].

J’ai donc lieu de croire que ce nouvel ouvrage sera utile aux progrès de cette science,


DE LA FORMATION DES DIFFÉRENS CORPS QUI COMPOSENT L’UNIVERS.


Pour envisager la Géologie, ou la Théorie de la Terre, sous son vrai point de vue, il faut jeter un coup-d’œil général sur tous les corps existans. Car on ne peut connaître notre globe qu’en le comparant aux autres globes, dont il est un des plus petits. Ils paraissent tous composés d’une matière première, dont la nature est inconnue.

Chaque molécule de cette matière est une et indivisible. Elle est une monade, μωυς, un atome insécable et privatif, τωμε coupe.

Elle a une force propre, dont elle ne saurait jamais être dépouillée. C’est ce qui est constaté par tous les faits connus. Prenons, par exemple, les acides, les alkalis, les sels neutres.

Le sel ammoniac, par exemple, a peu d’activité. Mais si on verse sur ce sel de l’acide sulfurique, par exemple, l’acide muriatique est dégagé, et paraît avec toute sa force expansive ordinaire.

Triture-t-on, au contraire, ce sel ammoniac avec de la chaux vive, ou de l’alkali fixe caustique ? L’alkali volatil est dégagé, et paraît avec toute sa volatilité ordinaire.

Cependant, lorsque l’acide muriatique et l’alkali ammoniacal étaient combinés, aucune de leurs qualités respectives ne paraissait. Leur activité mutuelle n’était donc que suspendue. Leurs forces étaient in nisu. Car dans les deux expériences précédentes, aucune cause n’a pu leur donner une telle activité. Ce n’est pas la chaux qui a rendu l’activité à l’alkali ammoniacal : ce n’est pas l’acide sulfurique qui a donné l’activité à l’acide muriatique[3].

Les mêmes phénomènes s’observent dans toutes les combinaisons des corps. Dans celles, par exemple, de l’acide fluorique, dans le fluor, dans celles de l’acide nitrique…

On doit donc reconnaître que les premières parties de matière, et leurs combinaisons premières, ont une force propre, qui en est inséparable. Elle ne s’aperçoit pas lorsqu’elle est in nisu ; mais elle reparaît dès que la combinaison est brisée.

Cette force propre est la cause de tous les divers mouvemens des corps, soit impulsion, soit attraction, soit répulsion, soit action galvanique… comme on le voit dans les phénomènes de l’électricité, du magnétisme[4]

Un corps animé de cette force propre, et qui vient en choquer un autre, lui donne une impulsion sans perdre de son énergie, comme le fait un ressort qui se débande.

Mais cette impulsion communiquée peut se perdre, et se perd le plus souvent. Deux corps non-élastiques, comme des masses égales d’argile molle, de sel ammoniac… qui se choquent dans des directions opposées… perdent tous leurs mouvemens. Leur impulsion est donc détruite. Cette force d’impulsion ne subsiste plus.

Mais la force propre des parties d’ammoniac subsiste : elle ne se détruit point.

On doit donc bien distinguer la force propre de la force communiquée.

Quelle est la nature de cette force propre ?

Quelle est la nature de cette force communiquée ?

Nous l’ignorons.

Quelle est la nature de la matière première ?

Nous l’ignorons. Nous verrons que quelques analogies pourraient faire soupçonner qu’elle est la matière nébuleuse, l’akasch.

L’ensemble de cette matière première, avant son arrangement pour former le κόσμος cosmos, le monde, avait reçu différens noms chez les anciens.

Les Hébreux l’appelaient tohu bohu, Genèse.

Les Grecs l’appelaient chaos. Théogonie d’Hésiode.

Les Latins la désignaient sous le nom de rudis indigesta que moles. Ovide, Métamorphose, lib. I.

Mais quelle que soit cette matière première, elle s’est arrangée et co-ordonnée par sa force propre, suivant les lois des affinités. Elle a formé, par une cristallisation générale, tous les corps existans[5].

Les grands globes, ou les astres, ont été formés les premiers ; et ensuite, sur ces globes, d’autres corps moins considérables, par exemple, sur notre globe, des minéraux, des végétaux et des animaux. L’analogie nous dit que sur les autres globes ont été également formés des corps qui ont plus ou moins d’analogie avec ces derniers.

Les grands globes paraissent de deux natures : les uns sont lumineux, tels que les soleils.

Les autres sont opaques, tels que les planètes…

Tous ces corps ont été formés par cristallisation…

Sans entrer dans tous les détails de la cristallographie, que j’ai exposés dans mes leçons de Minéralogie, (tome i), il suffit de rappeler que les phénomènes de la cristallisation sont dus à deux causes principales :

1°. La figure des parties premières de la matière.

2°. La force d’affinité.


DE LA FIGURE DES PARTIES PREMIÈRES DE LA MATIÈRE.


La figure des parties premières de la matière doit sans doute varier dans chacune d’elles, d’après le principe des indiscernables, ou la loi de continuité, puisque les corps existans diffèrent tous les uns des autres. On ne voit pas deux feuilles d’arbre semblables, deux grains de sable semblables…

Plusieurs physiciens, tels que Descartes, Werner, Wollaston, H. Davy… ont supposé que la figure des premières parties de la matière était sphérique, ou à peu près sphérique. Car, disent-ils, l’expérience prouve que ces corps n’agissent et ne peuvent se combiner que lorsqu’ils sont à l’état de fluidité. Or, les molécules des corps fluides paraissent constamment sphériques, ou curvilignes. Ils ont fait voir que des molécules sphériques pouvaient former tous les corps.

Quatre molécules rangées dans un certain ordre forment un tétraèdre.

Six de ces molécules forment un octaèdre.

Huit de ces molécules forment un cube…

En supposant toutes les parties premières de matière sphériques, on a calculé quel serait le rapport du plein au vide.

Lesage, de Genève, a fait voir qu’en supposant ces molécules sphériques de même volume, le plein serait au vide comme 27 à 20, ou plus exactement, le plein serait 65201, et le vide serait 48280.

Mais on doit supposer que les diamètres de ces molécules seraient inégaux, et qu’elles ne sont pas de la même grosseur, ce qui donnerait d’autres résultats.

Au reste, cette hypothèse de la sphéricité des premières parties de matière ne paraît pas sans difficulté. On la compare à des molécules fluides. Or, ces fluides sont déjà des composés.

Mais quelles qu’aient été les figures de ces parties premières, elles ont formé les molécules primitives.

Ces molécules primitives, en se combinant, ont formé les molécules élémentaires des corps.

Ces molécules élémentaires, en se combinant, ont formé d’autres molécules, qu’on a appelées intégrantes. Celles-ci paraissent être des lames : au moins ont-elles été reconnues comme des lames par Newton et tous les physiciens les plus instruits.

Ces lames peuvent se réduire à trois principales :

La lame triangulaire ;
La lame rhomboïdale ;
La lame rectangulaire.

Mais la lame rhomboïdale et la rectangulaire peuvent être divisées par des diagonales, et se rapporter à la triangulaire, comme je l’ai fait voir (Sciagraphie, t. 2).

Ainsi, en dernière analyse, toutes les lames peuvent être supposées triangulaires. Elles ont, néanmoins, chacune de légères différences.


DES AFFINITÉS CHIMIQUES.


Deux opinions principales divisent aujourd’hui les physiciens, sur les causes générales des combinaisons des corps[6].

Les uns supposent que toutes les forces proviennent d’une impulsion première, qui a sa source dans la force propre des premières parties de matières, dont nous venons de parler. Je partage cette opinion.

Les autres supposent des forces attractives et répulsives.

Les philosophes, de la plus haute antiquité, observèrent que certains corps s’attiraient, et d’autres paraissaient avoir une force opposée, ou de répulsion[7] ; ainsi, deux molécules d’huile, placées l’une à côté de l’autre, s’attirent et se réunissent, tandis qu’une molécule d’huile et une molécule d’eau, placées dans les mêmes circonstances, s’éloignent. Empedocle disait que l’Univers était coordonné par deux forces, dont l’une était l’Amour, φιλοτης, Philotes ; et l’autre, la Discorde νεικος, ναικος.

Ces deux forces ont été désignées, postérieurement, par les mots d’affinité, ou d’attraction, et de répulsion.

« Quand on observe la grande expansion des fluides élastiques, dit Newton, on ne peut en expliquer la cause, qu’en supposant entre leurs particules une puissance repoussante, qui les écarte les unes des autres ». Optiq. quest. XXXI, page 566.

« Et sur ce pied-là, la nature se trouvera très simple, et très-conforme à elle-même, produisant tous les grands mouvemens des corps célestes, par l’attraction d’une pesanteur réciproque entre ces corps, et presque tous les petits mouvemens de ses particules par quelques autres puissances attractives et répulsives, qui sont réciproques entre ces particules ». Ibid. page 568.

Les chimistes modernes ont cherché à apprécier ces forces, et ont construit des tables, dans lesquelles ils exprimaient les différens degrés d’affinité des divers corps, les uns pour les autres. Geoffroy a, je crois, donné la première.

Ces tables ont présenté un si grand nombre d’anomalies, qu’on n’en fait plus d’usage.

Mais quelle est la cause de ces Forces d’affinité et de répulsion ? quelles en sont les lois ?

Quelques savans ont supposé que la Force d’affinité est en raison des masses, ou des quantités de substances qui agissent les unes sur les autres. Telle matière qui n’agirait point sur une autre, si elle ne lui était présentée qu’en petite quantité, exerce sur elle de l’action, quand elle lui est présentée en plus grande quantité.

Newton prouva que tous les corps célestes agissaient les uns sur les autres, et s’attiraient en raison directe des masses, et de l’inverse des carrés des distances.

Il admit la même attraction entre les particules des corps terrestres ; car, en parlant de la dureté des corps terrestres, il dit : « J’aime mieux conclure de la cohésion des corps, que leurs particules s’attirent mutuellement par une force, qui, dans le contact immédiat est extrêmement puissante, qui, à de petites distances, produit les opérations chimiques mentionnées ci-dessus, et qui, à de forte grandes distances des particules des corps, n’agit point, du moins, par des effets sensibles ». Ibid, page 555.

Newton n’osa s’expliquer sur la nature de ces forces ; il dit cependant qu’elles pouvaient provenir de l’impulsion, quam ergo attractionem appello fieri potest ut ea efficiatur impulsu, vel aliqua causa nobis ignota. Opt. quest. XXXI.

Quelques-uns de ses disciples, et particulièrement Maupertuis, ont avancé que ces forces, l’attraction et la répulsion, étaient des forces particulières, indépendantes de l’impulsion ; mais cette opinion n’est pas fondée.

On a encore supposé que cette attraction entre les corps terrestres à petites distances, pouvait être en raison des cubes, ou d’autres puissances de ces distances.

D’autres physiciens, tels que Buffon, n’ont pas admis ces dernières parties de la doctrine de Newton ; ils ont tâché de prouver que ces attractions particulières, dans les petites distances, suivaient également la loi générale de l’attraction, dans les grandes distances, et qu’elles agissaient pareillement en raison directe des masses, et de l’inverse des carrés des distances ; mais cette attraction est modifiée par la figure des molécules des corps.

« Les lois d’affinité, dit Buffon (Seconde Vue de la Nature, page 16, édition in-12, tome 26), par lesquelles les parties, constituantes de ces différentes substances, les corps terrestres, se séparent les unes des autres pour se réunir entre elles, et former des matières homogènes, sont les mêmes que la loi générale par laquelle tous les corps célestes agissent les uns sur les autres ; elles s’exercent également, et dans les mêmes rapports des masses et des distances. Un globule d’eau, de sable, ou de métal, agit sur un autre globule, comme le globe de la terre agit sur celui de la lune ; et si jusqu’à ce jour l’on a regardé ces lois d’affinité comme différentes de celles de la pesanteur, c’est faute de les avoir bien connues, bien saisies ; c’est faute d’avoir embrassé cet objet dans toute son étendue. La figure, qui, dans les corps célestes ne fait rien, ou presque rien, à la loi de l’action des uns sur les autres, parce que la distance est très-grande, fait, au contraire presque tout, lorsque la distance est très-petite, ou nulle ; si la lune et la terre, au lieu d’une figure sphérique, avaient toutes deux celle d’un cylindre court, et d’un diamètre égal à celui de leurs sphères, la loi de leur action réciproque ne serait pas sensiblement altérée pour cette différence de figures, parce que la distance de toutes les parties de la lune et celles de la terre, n’aurait aussi que peu variée ; mais si ces mêmes globes devenaient des cylindres très-étendus, et voisins l’un de l’autre ; la loi de l’action réciproque de ces deux corps paraîtrait fort différente, parce que la distance de chacune de leurs parties entre elles, et relativement aux parties de l’autre, aurait prodigieusement changée ; ainsi, dés que la figure entre comme élément dans la distance, la loi parait varier, quoique au fond elle soit la même ».

La figure des atomes qui s’attirent, fait donc autant, et plus que la masse, pour l’expression de la loi que suit l’attraction, cette figure entrant alors pour beaucoup dans l’élément de la distance.

Buffon a dit tout ce qu’on peut dire pour faire rentrer les lois des affinités chimiques dans celles de l’attraction générale, en ayant égard bien plus à la figure des molécules constituantes des corps, qu’à leurs masses ; il est évident, que si on suppose plusieurs molécules triangulaires, ou tétraèdres, par exemple, de mêmes masses se combiner pour former différens corps ; que les unes se réunissent par les arrêtes, ou bords de leurs faces, comme on l’a supposé pour la formation de quelques tétraèdres ; et que dans d’autres corps ces molécules tétraèdres se réunissent par leurs faces triangulaires… elles exercèrent les unes sur les autres des attractions différentes ; par conséquent, les affinités de ces molécules, les unes pour les autres, ne seront plus les mêmes : quand même on supposerait d’ailleurs tout égal entre ces molécules pour la masse et le volume.

Car, dans ces petits corps ou molécules ; l’attraction n’a de force qu’au point de contact, ou à peu près, à cause de l’attraction prépondérante du globe terrestre. Ce n’est dont pas la masse de ces molécules, ou leur quantité de matières qui serait la cause principale de la force de leurs affinités ; mais plutôt leurs juxtapositions différentes sur leurs angles solides, sur leurs arrêtes, ou sur leurs faces parce que les centres de la masse de deux de ces molécules, sont alors plus ou moins rapprochés, plus ou moins éloignés ; ainsi, quoique cette masse soit supposée la même dans ces deux molécules, leurs attractions sont bien différentes, si elles se touchent par deux de leurs angles solides, ou par leurs faces triangulaires.

D’après ces faits, l’affinité élective d’un corps A, pour un autre corps B de la même masse, ne peut être plus grande pour un troisième corps C de la même masse, que parce que les molécules de ce corps A touchent celle du corps B, par de plus grandes surfaces que celles du corps C. La potasse, par exemple, n’a une plus grande affinité avec l’acide sulfurique qu’avec l’acide phosphorique, supposés de même masse, que parce que les molécules de cette potasse touchent les molécules de l’acide sulfurique par de plus grandes surfaces que celles de l’acide phosphorique, ce qui rapproche davantage les centres des masses des molécules de la potasse et de l’acide sulfurique, et détermine entre elles une attraction plus puissante, une affinité élective prépondérante.

Quand à la force de discorde d’Empédocle, et aux prétendues puissances repoussantes, dont parle Newton, elles sont également les effets de l’attraction. L’attraction des molécules d’un autre corps qui s’introduit dans le premier, est plus puissante que celles des molécules de celui-ci. Ainsi, le feu, ou le calorique, par exemple, met en fusion la plupart des autres corps, les réduit en vapeurs, parce que les molécules de ce calorique qui pénètre ceux-ci, ont entre elles une attraction plus puissante que les molécules des autres corps n’en ont entr’elles. Celles-ci paraissent donc alors se repousser, mais elles ne font que céder à une force plus énergique, celle du calorique.

D’autres fluides, tels que l’électrique, le magnétique… peuvent produire les mêmes effets que le calorique.

Il faut maintenant rechercher les causes des affinités des corps, des forces qui les éloignent, ou les rapprochent. Je pense, d’après les faits connus, qu’on peut en donner des explications satisfaisantes.

« Tous les corps, ai-je dit, Théorie de la Terre, tom. III, pag. 50, ont des atmosphères composées de divers fluides, le calorique, l’électrique, le magnétique… C’est par ces diverses atmosphères que les corps homogènes s’attirent, et les corps hétérogènes se repoussent.

Un aimant placé au milieu d’une quantité de limaille de fer, en attire les molécules ; mais si on place un autre aimant auprès de celui-ci, les pôles du même nom se repoussent, les pôles opposés s’attirent.

Deux corps électrisés positivement ou négativement, placés l’un auprès de l’autre, se repoussent ; mais si l’un est électrisé positivement et l’autre négativement, ils s’attirent.

Si on suppose que les atmosphères particulières, qui enveloppent chaque corps, ont également des actions positives et négatives, on conçoit qu’ils s’attireront ou se repousseront, suivant leurs positions respectives. »

Supposons que les molécules de l’eau, par exemple, aient des atmosphères qui s’attirent ; si on place deux de ces molécules l’une auprès de l’autre, elles s’attireront.

Supposons que les molécules de l’eau aient des atmosphères qui repoussent les atmosphères des molécules d’huile ; une goutte d’eau et une molécule d’huile, placées l’une à côté de l’autre, se repousseront.

Or, tous les faits prouvent que les corps ont de semblables atmosphères, qui s’attirent et se repoussent. On doit avoir surtout égard aux atmosphères du fluide électrique ou galvanique.

Francklin, et tous les physiciens, conviennent que chaque corps terrestre est continuellement dans un état d’électricité, ou de galvanisme, soit positif, soit négatif. Nous avons vu que tous les corps sont ou positivo-galvaniques, ou negativo-galvaniques.

Les corps positivo-galvaniques attirent les corps négatvo-galvaniques. Ces corps ont donc de l’affinité les uns pour les autres. Par conséquent, plus un corps a de galvanisme positif, plus considérable est son affinité pour un autre corps dont le galvanisme est négatif. Ainsi, les acides, par exemple, l’oxygène… ont un galvanisme positif, puisqu’ils passent constamment au pôle galvanisme positif. les alkalis, au contraire, ont un galvanisme négatif, puisqu’ils passent constamment au pôle négatif Ces différens états de galvanisme sont la cause de la grande affinité que ces corps ont les uns pour les autres.

Les corps, au contraire, qui jouissent du même état de galvanisme, n’ont point d’affinité ou n’en ont qu’une très-faible. Les alkalis, par exemple, ont un galvanisme négatif. Les métaux ont le même état négatif de galvanisme. Aussi, les métaux et les alkalis ont peu d’affinité.

J’ai conclu de ces faits (Journal de physique, tom. 82, pag. 87) que l’action galvanique est la principale cause des affinités chimiques.

L’action des tuyaux capillaires ne doit pas être négligée dans le jeu des affinités.

Ces affinités sont encore modifiées par les figures des

molécules des corps, ainsi que nous venons de le démontrer.


DES ÉLÉMENS DES CORPS.


Ces principes rappelés, examinons les phénomènes que nous pouvons supposer, d’après nos connaissances actuelles, avoir eu lieu, lors de la formation des principes appelés élémens.

Toutes les parties premières de matières sont unes ; indivisibles. Elles ont été dénommées atomes, monades, (de μωυως, monos, un), par plusieurs philosophes.

Elles ont chacune une force propre, qui en est inséparable. Cette force les tenait, dans les commencemens, in principio rerum ; dans un mouvement continuel. Elles s’agitaient, s’éloignaient, se rapprochaient… Enfin, elles se combinèrent.

Ces premières combinaisons formèrent des premiers composés, que nous supposons simples, et que j’appelle ; molécules primitives. Ils étaient à l’état aériforme, tels que les fluides éthérés, le feu ou fluide calorique, le fluide lumineux, le fluide électrique ou galvanique, le fluide magnétique, le fluide nébuleux, le fluide gravifique.

Peut-être formèrent-elles également l’air pur, ou gaz oxigène, l’air inflammable, ou gaz hydrogène, l’air impur, ou gaz azote… Mais ces trois gaz ne sont pas simples. L’air pur contient au moins du calorique, et les deux autres gaz sont peut-être les principes d’une substance métallique, l’anomonium.

De secondes combinaisons de la matière première eurent lieu. Ce sont les molécules que j’appelle élémentaires, qui formèrent l’eau, les terres, diverses, les substances métalliques, les alkalis, le carbone, le soufre, le phosphore… et toutes les substances, qu’on regarde comme élémens sur notre globes.

Il est peut-être plus probable que ces dernières substances furent formées par les fluides éthérés et aériformes, dont nous venons de parler, qui se combinèrent entre eux. Peut-être quelques parties de la matière première se joignirent-elles à ces combinaisons des fluides éthérés et aériformes…

Ces divers composés primitifs, qu’on appelle élémens, dont nous ne connaissons que ceux de notre globe, et qui sont sans doute très-variés dans les autres globes, conservèrent une portion de la force propre, laquelle ne se trouva pas toute en état de combinaison, et ils formèrent les molécules que j’appelle intégrantes, telles que les molécules du calcaire, du fluor…

Ces élémens ont une grande, dureté, comme l’a vu Lucrece (Lib. 1).

Sed quæ sunt rerum primordia, nulla potest vis
Stringere ; nam solido vincunt ea corpore demum.

Aucune force ne peut briser les élémens des choses ; ils résistent à tous les efforts.

Newton, qui a adopté la plupart des principes de la philosophie de Leucippe et de Démocrite, ne s’en est pas écarté dans cette partie.

« Il me semble très-probable, dit-il, qu’au commencement, la matière était en molécules massives, dures, impénétrables, mobiles ; que ces particules primitives sont incomparablement plus dures qu’aucun des corps poreux qui en sont formés, et si dures, qu’elles ne s’usent ni ne se rompent jamais. Car si elles venaient à s’user, à se mettre en pièces, la nature des choses, qui en dépend, changerait infailliblement. L’eau et la terre, composées de vieilles parties usées, ne seraient plus à présent de même nature, et contexture que l’eau et la terre qui auraient été composées au commencement des particules entières ; et par conséquent, afin que la nature puisse être durable, l’altération des êtres corporels ne doit consister qu’en différentes séparations, nouveaux assemblages, et mouvemens de ces particules permanentes. » Optique, question 31.

Ces élémens conservèrent une partie de leurs forces, propres. Ils s’agitèrent, s’approchèrent, s’éloignèrent, se réunirent de nouveau… Enfin il en résulta une cristallisation générale de toute la matière existante.

Ces premières cristallisations formèrent deux espèces de corps ; les solides et les fluides.

Nous allons exposer les connaissances actuelles que nous pouvons avoir de celles de ces combinaisons qui ont formé notre globe. Les analogies que nous en tirerons nous conduiront à la connaissance de la formation des autres globes.

On m’a demandé quel était, suivant moi, ce mouvement des parties premières de matières, quelles étaient leurs forces, la direction de ces forces… pour opérer cette cristallisation générale.

Ma réponse est simple. J’ignore absolument le mode dont a été produit ce grand phénomène. Mais je vois que, lorsque je mêle dans un vase très-étendu un grand nombre de substances qui ont entr’elles différentes affinités, telles que celles qui se trouvent dans les lessives des salpétriers[8], toutes ces substances se réunissent chacunes à part, en suivant les choix d’élection, et cristallisent séparément.

Les substances qui, sur notre globe, forment les pierres des terrains primitifs, tels que les quartz, les feldspaths, les micas, les hornblendes, les stéatites, les serpentines… cristallisent chacune séparément de la même manière.

Les substances métalliques se réunissent également de leur côté, et cristallisent aussi séparément.

Comment s’opèrent ces combinaisons ? Je l’ignore. Mais le fait est général et constant ; c’est tout ce que nous pouvons dire dans ce moment.

Regardons de même la réunion des premières parties de matière, comme celle des diverses substances salines, qui sont dans le cristallisatoire du salpétrier. Elles se combinèrent par des forces semblables, et opérèrent cette cristallisation générale dont nous parlons. Toutes les difficultés qu’on pourrait élever à cet égard, se résoudront par cette comparaison : on ignore la cause qui fait réunir plusieurs acides et plusieurs bases mis dans un même vase, et en fait cristalliser séparément les diverses combinaisons ; mais le fait est certain.

Ces cristallisations ont pu s’opérer de diverses manières.

1.o Par la voie aériforme, tel paraît être le moyen qui produit les météorolithes

La rubine d’arsenic, ou arsenic sulfuré, le cinabre, ou mercure sulfuré, le soufre, le muriate d’ammoniaque… cristallisent par sublimation, dans un air très-raréfié, qu’on peut regarder comme une espèce de vide.

2.o Les substances minérales peuvent cristalliser par une liquidité ignée. Les métaux fondus, ainsi que le soufre, les pierres fondues, telles que le verre… et ensuite refroidis avec lenteur, affectent des formes régulières, ou cristallisent d’une manière confuse.

3.o Ces mêmes substances tenues en dissolution dans un liquide aqueux, cristallisent également, a. soit d’une manière régulière, comme les sels, b. soit d’une manière confuse, lorsque le liquide cesse de les pouvoir dissoudre, comme les cristallisations en masse… c. soit d’une manière grenue. Les salpétriers font cristalliser le salpêtre ou nitre d’une manière grenue pour la fabrication de la poudre à canon.

Toutes ces cristallisations s’opèrent suivant les lois des affinités… Je supposerai donc que,

1.o La masse du globe terrestre a été formée par des Substances à l’état aériforme, qui ont cristallisé.

2.o La croûte du globe a été formée par des substances qui ont cristallisé dans les eaux.

3.o Quelques substances ont pu cristalliser par la liquidité ignée, comme les substances volcaniques.


DE LA MATIÈRE PREMIÈRE, OU DE LA MATIÈRE NÉBULEUSES OU AKASCH.
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Les astronomes avaient observé, dans le ciel, différentes nébulosités. Ils avaient surtout fixé leur attention sur la belle nébulosité d’orion, observée premièrement avec exactitude par Huyghens.

Herschel a fait, avec ses puissans télescopes, un nouveau travail très-précieux sur les nébulosités. Il pense qu’il existe une matière nébuleuse, fluide, subtile, qui se présente sous différens états[9], et qui est la matière première dont l’univers a été formé.

Cette matière nébuleuse, dit-il, est primitivement diffuse ; et dans cet état, elle constitue les nébulosités proprement dites.

Mais cette matière nébuleuse peut se condenser par un pouvoir condensant, qui lui paraît être la force générale de l’attraction : et alors elle se présente sous différentes formes.

Les noyaux. Lorsque la condensation est un peu considérable, elle forme, dans la nébulosité, des points plus ou moins brillans ; il les appelle noyaux. Il en cite plusieurs exemples.

Les chevelures. La matière nébuleuse, dit Herschel, peut Former des auréoles, qui sont moins brillantes que les noyaux. Ces auréoles ressemblent aux chevelures des comètes. C’est pourquoi il leur a donné le nom de chevelures.

Les nébuleuses étoilées. Si le noyau a un certain éclat, il lui donne le nom de nébuleuse étoilée, parce qu’il brille comme une petite étoile.

Les étoiles. Dans les étoiles, la matière nébuleuse, dit-il, est encore plus condensée, et elle a un éclat plus vif.

Les comètes. La matière nébuleuse, dans les comètes, a encore plus de condensation, et devient opaque ; mais à mesure que la comète approche du soleil, la matière redevient lumineuse.

Il a donné une description détaillée (Journal de Physique, tome 77, page 125.) de tous les phénomènes que lui a offert la belle comète de 1811. Il en a distingué le corps planétaire, l’enveloppe et la queue.

Les planètes. Dans les planètes, dit il, la matière nébuleuse a encore un plus grand degré de condensation. Elle peut être réduite à moitié de la cent vingt-deux millième partie de son volume, et elle acquiert alors de l’opacité.

Telles sont les principales assertions de Herschel ; mais elles ne sont pas également fondées.

La matière nébuleuse existe : on la voit en plusieurs endroits dans le ciel. Les astronomes ont observé plus de huit cents nébulosités, qui diffèrent en étendue et en intensité de lumière.

Ce sont des faits incontestables.

Mais les effets qu’on attribue à cette matière nébuleuse, et les qualités qu’on lui suppose, ne sont pas également constatés.

Je vais rappeler ce que j’en à dit : Journal de Physique, tome 76 et 77, dans mes vues sur l’action galvanique.


VUES SUR L’ACTION GALVANIQUE.


Les causes premières des grands phénomènes de la nature, ai-je dit, nous sont inconnues, et les savans ne possèdent, sur ces objets, rien qui puisse satisfaire un esprit raisonnable.

Néanmoins il est des faits découverts depuis un petit nombre d’années, qui me paraissent pouvoir jeter beaucoup de jour, sur les plus grands phénomènes qu’on observe parmi les êtres existans : ce sont ceux que présente la pile voltaïque.

Deux corps hétérogènes mis en contact dans certaines circonstances, surtout avec le concours de l’eau aiguisée de quelques sels, se galvanisent comme dans la pile[10].

Il y a chaleur considérable ;
Lumière ;
Décomposition de combinaisons existantes ;
Nouvelles combinaisons ;
Atmosphère galvanique…

On distingue, dans la pile voltaïque, deux pôles : l’un positif, et l’autre négatif Ce sont les phénomènes généraux du galvanisme.

Mais un des deux corps a ordinairement un degré de galvanisme plus considérable ; je l’appelle galvanico-positif ou positivo-électrique.

Celui qui a le galvanisme le plus faible, je l’appelle galvanico-négatif ou négativo-électrique.

Les causes de ce galvanisme ne nous sont point encore connues.

Mais le phénomène lui-même est appuyé sur un si grand nombre d’expériences constantes, qu’on ne saurait le révoquer en doute.

J’ai proposé, pour l’explication des plus grands phénomènes, quelques vues fondées sur ces faits.

J’ai observé premièrement que la chaleur, le feu, ou le calorique, paraît être un des principaux agens de la nature ; car, lorsque l’action de ce calorique est suspendue, comme dans les grands froids, tous les corps terrestres sont dans une espèce de repos ; ils se combinent, l’eau se congèle, ainsi que tous les fluides dont elle est la principale partie.

Secondement, l’action de ce calorique est entretenue à la surface de notre globe, principalement par la présence du soleil, par les rayons solaires.

Mais suivons les phénomènes que présente l’action galvanique.

Cette action a lieu entre tous les corps, qui sont à la surface de notre globe ; c’est ce qui est constaté par un grand nombre d’expériences.

Des sels neutres, tels que les nitres, exposés à l’action de la pile, sont décomposés : l’acide passe au pôle positif, et la base au pôle négatif.

La potasse exposée à l’action de la pile est décomposée.
L’oxigène se dégage, et passe au pôle positif.
La potassium passe au pôle négatif.
La soude présente les mêmes phénomènes.
Les terres pures se comportent de la même manière, lorsqu’elles sont soumises à l’action de la pile.
L’oxigène se dégage, et passe au pôle positif.
Et les substances métalliques, par exemple, le bartyium, le stromtium… passent au pôle négatif.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L’oxigène paraît donc un des corps terrestres, qui acquiert, au plus haut degré, les qualités galvaniques, puisqu’il passe toujours au pôle positif.

Par cette force galvanique, il exerce une action considérable sur la plupart des autres corps.

Il doit donc être regardé comme un des grands agens de la nature.

Mais il n’est pas le principe des acides, ainsi que je l’ai toujours soutenu.

Car, plusieurs acides ne contiennent point d’oxigène, tels que la chlorine, le fluorique, l’iodique, la prussique, l’ydrogène sulfuré, telluré.

D’autres substances, telles que la potasse, la soude, les terres… contiennent de l’oxigène, et ne sont point acides, mais alkalines.

Enfin l’eau n’est point acide…

Le nom d’oxigène, générateur des acides, ne convient donc nullement à cette substance.

Mais ces faits démontrent l’action puissante, que l’action galvanique exerce sur les combinaisons de l’oxigène, des acides, des alkalis, des terres, des substances métalliques : or, on sait que ces substances composent la majeure partie de notre globe.

La plus grande partie des autres phénomènes qui ont lieu entre les corps terrestres, doivent être également considérés comme des effets résultans de l’action galvanique de ces différens corps hétérogènes les uns sur les autres.

Le fer et le soufre mélangés et humectés d’eau, s’échauffent, et quelquefois s’enflamment, comme dans la fameuse expérience de Lemery : ces effets sont dus à l’action galvanique, que tes deux substances exercent l’une sur l’autre par l’intermédiaire de l’eau.

L’inflammation des pyrites, sur-tout exposées à un air humide, est due à la même cause.

Les sulfures d’argent se décomposent également ; mais il n’y a pas inflammation : le soufre se volatilise, et l’argent reparaît à l’état d’argent natif.

La même chose a lieu dans les sulfures de cuivre d’antimoine, de tellure, de bismuth… et on retrouve les métaux à l’état natif.

Les pyrophores, exposés à un air humide, s’enflamment par la même action galvanique, que leurs principes hétérogènes exercent les uns sur les autres.

Les diverses espèces de fermentations paraissent également des effets de l’action galvanique ; ils sont constamment accompagnés de mouvemens dans les corps, qui fermentent, d’une chaleur plus ou moins considérable, de décomposition d’une partie des combinaisons existantes, de composition de nouvelles substances.

La chaleur, dans la fermentation, est quelquefois assez intense pour produire inflammation ; des meules de foin humide, fermentent, s’échauffent, et quelquefois s’enflamment… on en a plusieurs exemples.

Du chanvre, du lin, des étoffes… imbibées d’huile ; s’échauffent, et souvent s’enflamment ; ce sont des faits qu’on observe souvent dans les magasins de marine.

De la suie mélangée avec de l’huile s’enflamme également.

Tous ces effets, dont on n’a encore pu assigner les causes, sont dus à l’action galvanique, que les différentes parties hétérogènes de ces corps qui fermentent, exercent les unes sur les autres : le concours de l’eau y contribue beaucoup de la même manière que dans la pile ; il y a étincelle et combustion…

Cependant les piles sèches de Deluc, de Zemboni, prouvent que l’eau n’est pas toujours nécessaire.

La plupart des phénomènes, qu’offrent les animaux et les végétaux, tels que l’irritabilité, l’excitabilité… sont également produits par l’action galvanique, comme je l’ai prouvé dans mes Considérations sur les êtres organisés.

La chaleur des animaux doit encore être attribuée principalement à l’action galvanique ; car, j’ai prouvé que l’oxigène, absorbé par l’inspiration, ne saurait produire qu’une petite quantité de cette chaleur, puisque cet oxigène, est celui de tous les gaz qui contient le moins de calorique, comme Delaroche et Berard l’ont prouvé, et que d’ailleurs il n’y en a qu’une faible portion absorbée à chaque inspiration ; l’action musculaire, d’ailleurs, à une grande influence dans ces phénomènes.

Or, j’ai fait voir (Considérations sur les êtres organisés, tome 2., page 40) que les mouvemens musculaires sont produits par l’action galvanique, que le système nerveux et le système musculaire exercent l’un sur l’autre.

Le système nerveux exerce la même action galvanique, sur toutes les autres parties du corps des animaux…

Cet état galvanique des animaux est prouvé par des faits positifs.

Car, les commotions que donnent la turpille, le gimnote-électrique… proviennent de ce galvanisme.

Or, dans toute action galvanique il y a dégagement de chaleur.

Des phénomènes analogues ont lieu chez les végétaux. Leurs différentes parties hétérogènes se galvanisent.

Il y a production de chaleur ;

Décomposition des principes existans ;

Production de substances nouvelles ;

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Ce galvanisme des végétaux est aussi prouvé par les faits.

Car l’étincelle que donne la capucine est un effet de ce galvanisme.

La chaleur brûlante de l’arum, dans le tems de sa floraison, en est un autre effet.

Les mouvemens des étamines de plusieurs plantes, ceux de la sensitive, de l’hédisarum, de la dionée… sont des phénomènes qui dépendent du galvanisme.

La fermentation, qu’éprouvent les liqueurs animales et végétales, contribue encore à la production de la chaleur chez les animaux et les végétaux.

Elle en décompose les principes existans, et en produit de nouveaux, les huiles, les résines, les acides…

L’action galvanique s’étend même sur toute la masse du globe terrestre, et par les mêmes causes.

Ce globe est composé de parties hétérogènes, qui forment différens strates, comme toutes les observations le prouvent. Ces parties se galvanisent, comme dans les piles voltaïques, et toute sa masse est galvanisée.

Cet état galvanique du globe est constaté par les faits. Car les physiciens regardent le globe comme un magasin d’électricité, qu’ils appellent le réservoir commun. Or, cette électricité de la masse du globe doit être regardée comme un effet de son galvanisme.

Ce galvanisme doit produire dans le globe une chaleur quelconque.

Il est une des causes de la température élevée dont il jouit à son intérieur.

Cet état galvanique du globe influe sur plusieurs phénomènes particuliers qui y ont lieu, tels que les commotions souterraines, l’inflammation et la combustion dans les volcans… les productions de plusieurs substances minérales.

Le soleil doit, suivant les analogies, être regardé lui même comme soumis à l’action galvanique.

Car il doit être regardé comme un corps composé de parties hétérogènes, formant différens strates : c’est ce qu’indiquent ses taches ; Elles paraissent d’une nature différente de sa masse, puisqu’elles ne sont pas lumineuses. Or, ces parties hétérogènes doivent se galvaniser comme celles sans pile.

Cet astre peut donc être regardé comme un vaste corps galvanisé. Le galvanisme, dans une aussi grande masse, doit être très-considérable. Il est comme une pile voltaïque très-puissante.

J’avais-considéré (dans mes principes de la philosophie naturelle, tom. 2.) le soleil comme un corps phosphorescent : car, disais-je, il est difficile, suivant les analogies, de supposer qu’il soit un corps en combustion, comme nos corps combustibles.

Qu’est-ce qui pourrait entretenir une telle combustion depuis un si grand nombre de siècles ? Où prendre la quantité d’air pur nécessaire à cette combustion ? Quelle déperdition et quelle diminution de masse n’aurait pas éprouvé le soleil ?

Il faut donc regarder cet astre comme une immense pile voltaïque.

Il offre les mêmes phénomènes ; car H. Davy, avec la pile voltaïque de l’institution royale, qui a cent-vingt-huit mille pouces carrés de surface, a obtenu des effets analogues ; la communication entre les deux pôles était établie par des charbons.

La lumière était si vive, qu’elle égalait et même surpassait celle du soleil.

La chaleur y était telle qu’un fil de platine y fondait comme un morceau de cire à la flamme d’une bougie. Le quartz, le saphir et les corps les plus réfractaires y étaient réduits en fusion…

Les rayons solaires doivent également, suivant les analogies, être considérés comme des corps galvanisés.

Ces rayons n’ont point de chaleur, ou au moins très-peu, lorsqu’ils arrivent sur notre globe. Car on sait que sur les montagnes élevées, la lumière du soleil est très-pure et très-vive, et cependant elle y a peu ou point de chaleur ; car les neiges y sont perpétuelles, et n’y fondent point. Il y a des glaciers très-étendus qui ont des vallées, comme la mer de glace, à la partie inférieure du Mont-Blanc.

Les corps terrestres doivent donc être considérés, par rapport aux rayons solaires, comme des corps hétérogènes à ces rayons ; lorsque les rayons solaires viennent en contact avec ces corps terrestres, il s’opère la même action, que lorsque deux corps hétérogènes sont en contact, comme dans la pile.

Il y a a galvanisme, chaleur plus ou moins considérable.

C’est l’origine de la chaleur que produisent sur notre globe les rayons solaires, et la présence du soleil.

Tous les autres globes, soit lumineux, comme les étoiles ; soit opaques, comme les planètes ; soit alternativement lumineux et opaques, comme les comètes à leur périhélie ou à leur aphélie, sont dans un état semblable de galvanisme, suivant les analogies ; car on doit les supposer également composés de substances hétérogènes, formant différens strates.

Tous ces globes ont une chaleur propre quelconque, et une lumière qui leur est particulière, comme les soleils, quoique pas aussi considérable, telles que la lumière cendrée.

Car les globes dits opaques paraissent également jouir d’une lumière propre, produite par leur état galvanique.

Les comètes, à leur périhélie, sont lumineuses : on les croit même enflammées par la proximité du soleil ; et, à leur aphélie, elles perdent leur lumière.

C’est que la chaleur augmente le galvanisme, et le froid le diminue, et même peut le faire disparaître, comme Desseignes l’a prouvé. Il a galvanisé des grenouilles, et les ayant placées dans des vases entourés de glace, leur galvanisme a diminué, et même a disparu. (Journal de physique, tom. 73, pag. 23). Les comètes à leur périhélie, sont donc lumineuses, et paraissent opaques à leur aphélie.

Les planètes elles-mêmes ont également un certain degré de lumière ou de nébulosité.

La lune, dans ses éclipses, laisse voir sa portion éclipsée, qui jouit d’une faible lumière appelée cendrée. La même chose a lieu dans ses phases.

Vénus a également ses phases, et son corps paraît jouir d’une Faible lumière ou lumière cendrée. Schroeter vient de le confirmer, ainsi que pour Mercure.

Il en est de même probablement de Jupiter et des autres planètes, et de la Terre elle-même.

Or, il est probable que cette lumière cendrée provient de l’état galvanique de tous ces corps, qui leur donne un éclat nébuleux.

Les astronomes attribuent, à la vérité, la lumière cendrée de la Lune, à la lumière de la terre réfléchie sur cet astre ; mais cette supposition ne pourrait avoir lieu pour Venus et les autres planètes, ni pour les comètes.

La matière nébuleuse doit elle-même, vraisemblablement, son état lumineux au galvanisme ; car on doit la supposer composée de parties hétérogènes, lesquelles, par conséquent, doivent se galvaniser. Il y aura donc lumière…

Cette matière nébuleuse acquière plus d’éclat par la chaleur, comme dans les comètes, lorsqu’elles s’approchent du soleil. C’est parce que nous avons vu que la chaleur augmente le galvanisme, et le froid le diminue.

D’autres faits viennent à l’appui de ceux-ci, pour prouver que l’état lumineux de la matière nébuleuse prévient de son état galvanique.

Le fluide électrique, se répandent dans un vaisseau privé d’air par la machine pneumatique, donne une lumière diffuse, qui a beaucoup de rapports avec la matière nébuleuse.

Les aurores boréales répandent également une lumière diffuse, analogue à la matière nébuleuse. Or, celles de ces aurores qui sont proche de notre globe, sont regardées, par les physiciens, comme un phénomène électrique.

D’autres aurores boréales, qui paraissent éloignées de notre globe de deux ou trois cents lieues, suivant Mairan, paraissent être les effets d’une matière nébuleuse.

La lumière zodiacale est également un effet de la matière nébuleuse, ainsi que je l’ai fait voir Journal de Physique, tome 76, page S6.

Nous pouvons donc regarder l’état de la matière nébuleuse, comme très-analogue à celui de l’aurore boréale proche notre globe, à celui du fluide électrique dans des espaces privés à peu près d’air atmosphérique.

La phosphorescence des corps terrestres a également beaucoup d’analogie avec la matière nébuleuse, comme je l’ai dit dans le discours préliminaire de 1812, page 66, tome 76 du Journal de Physique.

Le brouillard sec qui, en 1783, couvrit, pendant plusieurs, mois, une partie de l’Europe, pouvait bien être une espèce de matière nébuleuse ; car il y avait beaucoup de rapports… et tous les physiciens qui l’examinèrent, le regardèrent comme un phénomène électrique.

De nouvelles conséquences se déduisent de ces faits.

Tous les corps galvanisés sont, comme les piles voltaïques puissantes, environnés d’une atmosphère galvanique.

Les grands globes étant dans un état continuel de galvanisme, doivent donc également avoir de puissantes atmosphères galvaniques.

Peut-être sont-ils également dans un état magnétique comme le globe terrestre, et ce magnétisme est également produit par les rayons lumineux.

Ces atmosphères remplissent les espaces intermédiaires entre ces grands corps.

Elles agissent sur tous les corps en raison des masses et de l’inverse des carrés des distances. C’est la loi générale de l’action de tous les fluides éthérés, l’électrique, ]e magnétique, le lumineux…

Cette action des atmosphères galvaniques paraît être la cause de la gravitation universelle ; elle forme le fluide gravifique (Journal de Physique, tome 78, page 68) qui, par conséquent, est le même que le fluide électrique.

Cette matière nébuleuse, dont Herschel croit que le ciel et les astres ont été formés, paraît avoir été connue de quelques philosophes indoux[11] ; car Strabon, en parlant de l’Inde, lib. 15, dit : il y a deux classes de philosophes, les germanes et les brachmanes. Ces derniers admettent, outre les quatre élémens, une cinquième substance qu’ils appellent akasch, dont ils disent que le ciel et les astres sont composés.

Et prœter quatuor elemento quintam akasch quœdam naturam esse, exqua cœlum astra que constant.

Alexandre ayant fait passer à Aristote les ouvrages des brachmanes, celui-ci adopta leur opinion sur l’akasch, qu’il appelle εντελεκειων entlechion c’est-à-dire, matière qui se meut continuellement. C’est ce que nous apprend Cicéron, Tusculan, lib. I, § 10.

Aristocles quintum genus adhibet, vacans nomine, sic et ipsum animum εντελεκειων enlechion appellat novo nomine, quasi quamdum continuatam motionem et perennem.

La plupart des philosophes de la Grèce admirent également comme principe cette cinquième substance. Ils la regardèrent, ainsi qu’Aristote, comme un esprit animum.

Ils furent plus loin. et dirent que les esprits étaient formés de cette cinquième substance. C’est ce que dit clairement Cicéron. Tusculan.

sin autem est quinta quœdam natura ab Aristotele primum inducta, hæc est deorum et animorum.

Mais cette cinquième substance était, bien antérieurement à Alexandre et à Aristote, connue des anciens philosophes de la Grèce. Ils en avaient puisé la doctrine dans l’Inde même, qu’ils avaient visité.

Mais quelle est cette matière nébuleuse ? cette akasch ? Quelle est sa nature ?

Nous l’ignorons. La nature de toutes les substances nous est cachée : nous n’en connaissons que quelques effets.

Herschel a observé avec beaucoup d’exactitude cette matière nébuleuse. Il l’a suivi dans tous ses états. (Voir son mémoire, Journal de Physique, tom. 75, pag. 121, et les planches qui l’accompagnent.) Le résultat de ses observations l’a conduit à croire que cette matière nébuleuse est la matière dont est construit le ciel, c’est-à-dire tous les astres lumineux ou non lumineux.

Il a appuyé son opinion par les observations qu’il a faites de la belle comète qui parut en 1811.

Plusieurs physiciens soutiennent la même opinion, et pensent également que la matière nébuleuse a été la matière dont a été formé l’univers.

Le globe terrestre, étant un de ces astres, doit donc, suivant cette opinion, avoir été également formé de matière nébuleuse, et par conséquent tous les corps terrestres.

Dans cette opinion, on doit donc dire que la matière première, dont sont formés tous les corps existans, était primitivement à l’état nébuleux, ou a acquis cet état nébuleux avant de former ces corps.

Mais cette matière nébuleuse était-elle homogène et d’une même nature ?

Il ne paraît pas que dans cette supposition elle eût pu former les divers élémens et des corps si différens.

Je l’ai donc plutôt supposé composée de différens principes hétérogènes, rendus nébuleux par la même cause (Journal de Physique, tome 76, page ),

Elle ressemblerait, sous ce rapport, au fluide lumineux, composé de rayons hétérogènes qui, réunis, paraissent former un fluide homogène.

J’ai supposé différens rayons électriques (Journal de Physique, tome 78, page. )

Rayons idio-électriques.

Rayons anélectriques.

Rayons pyroélectriques.

Rayons sunaphto-électriques.

Rayons positivo-électriques.

Rayons négativo-électriques.

Cette matière nébuleuse, dans cet état, aurait-elle des qualités différentes de celles de la matière ordinaire ?

Plusieurs philosophes ont supposé des matières de nature différente.

Euler supposait également des substances différentes de celles que nous connaissons ; et il dit :

« Quand nous réfléchissons sur la cause de la gravité, quoiqu’elle nous soit inconnue, il semble qu’on ne saurait la chercher que dans la pression d’un fluide extrémement subtil, qui passe librement, même à travers les moindres pores des corps. Or, une telle pression agit toujours en raison des volumes ; donc, puisque le poids est aussi proportionnel à l’inertie, ou à la masse de chaque corps, il s’ensuivrait que la véritable étendue fût toujours proportionnelle à l’inertie, comme presque tous les philosophes l’ont cru jusqu’ici ; mais quelque fort que puisse paraître cet argument, il ne regarde que les corps terrestres sur lesquels agit la gravité, et par la même raison aussi, tous les corps grossiers dont sont formées les planètes, parce qu’elles sont soumises à la même loi de gravitation. Mais on n’en saurait rien conclure de certain à l’égard des matières subtiles, étendues par tout le monde qui apparemment ne sont pas assujéties à la gravitation et qui en contiennent plutôt la cause.

« Rien n’empêche que ces manières subtiles ne soient d’une espèce différente que les corps grossiers, et qu’une certaine étendue vraie de ces matières subtiles ait beaucoup moins d’inertie qu’une certaine étendue vraie des matières grossières. Ce serait alors une autre espcèce de matière, et peut-être y en a-t-il encore plusieurs espèces, dont chacune joint à la même étendue vraie, une inertie plus petite que les précédentes, de sorte que le dernier degré, où à une étendue ne conviendrait aucune inertie, serait une étendue purement géométrique, et un vide véritable ; mais sans admettre un tel vide, pourvu qu’on accorde deux espèces de matières, dont l’une contienne, sous la même étendue, moins de masse ou d’inertie que l’autre, on est en état de lever toutes les difficultés qu’on fait ordinairement contre le système du plein. », (Résistance des fluides. Art. X, tom. VIII des Mémoires des savans étrangers).

Lambert suppose également différentes espèces de matières. (Mémoires de l’Académie de Berlin, 1768).

Les atomes ultramondains, de Lesage, seraient encore de la même nature…

Mais, toutes ces hypothèses sont contraires aux idées reçues aujourd’hui, et aux faits connus ; la matière nébuleuse doit avoir, suivant les analogies, les mêmes qualités que celles de la matière ordinaire.

La prudence exige donc qu’on suspende encore son jugement sur toutes ces questions.

En résumant sur tous les faits que nous venons de rapporter, on peut conclure, en ne nous écartant pas des analogies, que :

1.o La matière première, dont est composé l’univers, peut nous paraître sous deux états différens, ainsi que nous l’apercevons, dans les comètes, à différentes époques.

a. La comète, à son périhélie, est lumineuse, et ressemble à la matière nébuleuse, comme l’ont fait voir, pour la comète de 1811, Flauguergues (Journal de Physique, tom. 73) et Herschel.

b. Mais la comète, en s’éloignant du soleil, à son aphélie, ne paraît plus sous l’état lumineux ou nébuleux, vraisemblablement, parce que le froid diminue son galvanisme. C’est la matière opaque.

2.o Cette matière à l’état nébuleux n’est pas homogène ; elle doit être, comme le fluide lumineux, composée de parties hétérogènes, dont sont formés les différens corps qui existent dans les astres divers, et sur notre globe en particulier ; mais nous n’avons jusques ici aucun moyen pour connaître les différentes parties de la matière nébuleuse, comme le prisme nous fait connaître les parties diverses de la matière lumineuse.

3.o Les molécules de cette matière nébuleuse ont une force propre. Elles se sont réunies par cette force propre, et ont cristallisé d’une manière générale pour former le Κοσμος, le cosmos, le monde.

Nous exposerons ailleurs quels ont été les produits de cette cristallisation.

Cette matière première, que nous supposons avoir été d’abord nébuleuse, a pu perdre de son éclat par la condensation, en se condensant, par l’attraction.

Elle a pu postérieurement acquérir un nouvel éclat, et repasser à l’état diffus de nébulosité, par deux causes.

a. Par la chaleur, comme dans les comètes à leur périhélie.

b. Ou par une plus grande quantité de galvanisme ou d’électricité, comme dans quelques aurores boréales, dans la lumière zodiacale, dans le brouillard sec de 1783…

c. Ou par quelqu’autre cause qui ne nous est pas encore connue.

Le brouillard sec, par exemple, qui, en 1783, couvrit, pendant plusieurs mois, une partie de l’Europe ; (Voyez en la description par Cotte, dans le Journal de physique, tom. 23, pag. 201, et celle qu’en donnèrent Toaldo et Lamanon, même journal, tom. 24, pag. I) était vraisemblablement une espèce particulière de nébulosité, produite par une cause qui ne nous est pas encore connue. Elle paraît dépendre du galvanisme. Plusieurs physiciens regardèrent ce brouillard comme un effet de l’électricité. Lamanon lui donnait le nom de brouillard électrique. (Ibid.) Les connaissances actuelles doivent le faire regarder comme une espèce de nébulosité.

Ces faits. portent à croire que la matière première dont à été composé l’univers, était à l’état aériforme.

C’était l’opinion d’Anaximènes. « Anaximènes admit l’air et l’infini, comme principes de toutes choses » dit Diogène Laerce, dans la vie de ce philosophe.

Il est probable que par air, Anaximènes entendait la matière à l’état aériforme. Il avait vraisemblablement puisé cette doctrine dans l’Akasch des Brachmanes.

Cette opinion me paraît très-probable.


DE LA FORMATION DE L’UNIVERS[12], PAR LA CRISTALLISATION GÉNÉRALE DE LA MATIÈRE EXISTANTE.


Toutes les parties premières de matières ; agitées sans cesse par leur force propre, se rapprochèrent, se combinèrent, et formèrent des premiers composés qui furent les fluides éthérés, tels que le feu, le fluide lumineux, le fluide nébuleux, le fluide électrique, le fluide magnétique.

De secondes combinaisons formèrent les divers fluides aériformes, les gaz, l’oxigène, l’hydrogène, l’azote…

De troisièmes combinaisons, celle de ces airs ou gaz avec les fluides éthérés, formèrent les différentes espèces de terres, de métaux, le carbone, le soufre, le phosphore, l’eau… et tous les premiers principes des corps terrestres.

Ces différens composés primitifs (que nous connaissons sur notre globe, comme élémens) conservèrent plus ou moins d’activité. Ils se choquèrent, ils s’unirent. un instant, s’éloignèrent le moment suivant, se réunirent de nouveau, et enfin résulta une cristallisation générale de toute la matière existante. Elle opéra différentes périodes, et forma l’univers.

Cette cristallisation s’opéra d’une manière à peu près analogue à celle qui a lieu dans de grands vases, ou on met diverses substances qui agissent les unes sur les autres, telles que des acides, des alkalis, du soufre, des terres, des métaux… chacune se combine avec celles qui ont de l’affinité avec elle.

Ces combinaisons ont formé deux espèces de corps, les solides et les fluides.

Dans cette cristallisation générale de la matière, les parties similaires se sont réunies par la loi des affinités, dans les divers points de l’espace, et y ont formé différens centres. Ce sont les grands corps célestes.

Ils ne se sont pas réunis à des distances à peu près égales ; mais ils se sont amoncelés çà et là par groupes, Leur nombre est si prodigieux, qu’on a de la peine à concevoir des bornes à l’univers.

Herschel a prouvé qu’il existe des étoiles de la 1342e grandeur, dont la lumière ne parvient à la terre qu’en près de deux millions d’années.

Et il est vraisemblable qu’il y en a de plus éloignées, puisque plus les télescopes sont puissans, plus on en aperçoit dans la profondeur de l’espace.

Les molécules des corps solides se réunirent. Les parties qui avaient le plus de masse, gagnèrent le centre de ces réunions. C’est ainsi que se formèrent. les étoiles, les planètes, les comètes…

Les parties les plus légères surnagèrent, et formèrent les fluides éthérés, savoir le lumineux, le calorique, le nébuleux, l’électrique, le magnétique, les fluides aériformes, l’oxigène, l’azote, l’hydrogène…

Ces fluides formèrent des atmosphères autour de ces grands corps, et remplirent les espaces intermédiaires,

Mais la cristallisation générale n’a pu s’opérer, qu’autant que cette matière première était dans un état de fluidité.

La figure, qu’ont tous les corps célestes, est une autre preuve de la fluidité première des élémens dont ils sont composés ; car, cette figure est conforme à celle qui résulte des forces centrales, d’après leur mouvement de rotation.

Mais les liquides ont, dans leurs mouvemens, des lois particulières différentes de celles des corps solides, comme je l’ai fait voir (Journal de Physique, tome 28, page 283). Ces mouvemens ont dû influer sur cette cristallisation générale.

Dans cette combinaison des fluides, et cette cristallisation générale, il dut se dégager des quantités immenses de calorique…

Il était possible que les forces des molécules, qui ont formé les grands globes, fussent en général dans un parfait équilibre ; pour lors la masse était dans un repos absolu, et, n’avait aucun mouvement, ni de rotation, ni de progression, comme sont, par exemple, nos substances pierreuses, métalliques…

Si, au contraire, les forces de ces molécules n’étaient pas en général en équilibre, ce qui a lieu ordinairement, les masses n’étaient point en repos. Elles eurent un mouvement quelconque, comme, par exemple, nos corps liquides.

Si la direction générale des forces ne passait pas par le centre de ces grands globes, cette force leur donnait un mouvement de rotation sur eux-mêmes, sur des lignes qu’on appelle leurs axes, et ordinairement un mouvement de progression. Les molécules des liquides paraissent toutes avoir de pareils mouvemens de rotation.

J. Bernoulli a calculé les degrés de forces nécessaires pour faire tourner les planètes sur leurs axes ; il les a supposées immobiles, et qu’un choc quelconque leur a été imprimé à une certaine distance de leurs centres, il a estimé cette distance à proportion de leurs rayons.

Pour Jupiter, de son rayon.

Pour Mars, à de son rayon.

Pour la Terre, à de son rayon.

Je suppose donc que, lors de la cristallisation générale de la matière, et de la formation première des corps célestes, il y a eu inégalité de forces dans les parties dont ils ont été formés : les centres de ces forces se sont trouvés tels que Bernoulli les a supposés par un choc ; elles ont imprimé à chacun de ces globes un mouvement de rotation sur son axe, analogue au mouvement de rotation des molécules de nos fluides…

Cet exposé des faits prouve que la formation de l’univers a été opérée (suivant les analogies), par cette force, des premières parties de la matière (nébuleuse), qui a produit une cristallisation générale.

Et l’ordre présent se conserve par la permanence de cette force première, qui est inséparable de la matière.

Comment cette force a-t-elle pu arranger les corps existans de la manière dont ils le sont ? et les conserver dans le même ordre ? nous l’ignorons. Mais certainement les combinaisons existantes sont une suite de cette cristallisation générale.

Cette difficulté est la même dans toutes les opinions ; car, comme Senèque a dit :

Ille ipse omnium conditor, ac rector, scripsit quidem fata, sed sequitur, semper paret, semel jussit. Senèque (de Providentia, cap. v).

semel jussit : il a ordonné une fois, en donnant le mouvement premier, tel qu’il le fallait pour former l’Univers.

semper paret : il obéit toujours en laissant agir ce mouvement premier.

Dans l’autre hypothèse, on dira : la matière première avait in principio rerum, le même mouvement, que dans cette première hypothèse on suppose lui avoir été imprimé par un agent extérieur.

Et ce mouvement premier continue d’agir.


DE LA FORMATION DES GLOBES LUMINEUX.


De tous les objets que nous offre l’ensemble des êtres existans, les globes lumineux ou soleils, sont ceux qui nous frappent le plus ; néanmoins nous en ignorons la nature.

Sont-ils des corps embrasés ou des corps phosphoriques ? ou d’immenses piles galvaniques ?

J’avais supposé, en 1781 (Journal de Physique, tome 18, page 325 ; et dans mes Principes de la Philosophie naturelle, en 1787, tome 2), que la lumière du soleil pouvait être un effet des fluides phosphoriques analogue à l’éclat que nous offrent quelquefois les eaux de nos mers : car, la lumière du soleil ne produit peut-être pas de chaleur par elle-même. On sait que ses rayons, qui sont très-purs sur les hautes montagnes, y ont si peu de chaleur, qu’ils n’y fondent point la neige dont elles sont couvertes ; ils n’acquèrent de la chaleur qu’en traversant l’air atmosphérique. Mais de nouveaux faits m’ont fait adopter une autre opinion.

Les phénomènes galvaniques nouvellement observés, m’ont fait dire (Journal de hysique, tome 78, page 67), que les soleils doivent être regardés, suivant les analogies, comme d’immenses piles galvaniques formées de différens strates.

Car, H. Davi, avec la pile de l’institution royale, dont les plaques ont 128,000 pouces carrés, a produit la chaleur la plus intense que nous connaissions. La communication entre les deux pôles fut établie par le moyen de charbons ; l’éclat de lumière des étincelles qui en sortaient était si vif, qu’il surpassait celui du soleil. La chaleur y était si grande, qu’un fil de platine y fondait comme la cire à la flamme d’une bougie ; des morceaux de quartz, de saphir, et de tous les corps qui sont regardés comme les plus réfractaires, y entrèrent promptement en fusion.

Enfin, je crois que les rayons du soleil n’acquèrent de la chaleur en traversant l’air atmosphérique, que parce qu’ils se galvanisent par leur contact avec les corps terrestres, qui leur sont hétérogènes.

Herschel a supposé, dans ses observations sur la matière nébuleuse (Journal de Physique, tome 75, page 121) que les soleils, ainsi que tous les astres, étaient composés de cette matière nébuleuse. Cette hypothèse me paraît plus vraisemblable que celle qui la suppose un corps embrasé comme nos corps combustibles.

1.o Qu’est-ce qui pourrait entretenir une pareille combustion ? et quelle déperdition de ces combustibles ?

2.o Quelle quantité d’air pur faudrait-il pour entretenir cette combustion.

Cette matière nébuleuse serait, dans ces grands globes, dans un état galvanique, qui la tient à un état lumineux…

Mais abandonnons ici ces recherches pour exposer les faits.

Le volume du soleil est 1,384,472 fois plus considérable que celui de la terre.

Sa masse est 351,886 fois plus considérable que celle du globe terrestre ; par conséquent, sa densité est à peu près quatre fois moindre.

Notre soleil a sur son axe un mouvement de rotation, qu’on estime s’opérer, en vingt-cinq jours, dix-huit heures.

Il se meut dans une éclipse, dont le centre ne sort pas de sa masse. On n’en n’a pas encore calculé les élémens.

Notre soleil a encore un mouvement progressif vers la constellation de Hercule, par les deux cent soixante degrès d’ascension, et les vingt-sept degrés de déclinaison boréale.

Les étoiles paraissent avoir de pareils mouvemens, comme on l’a observé sur les principales étoiles arcturus, aldebaran

Les étoiles paraissent être des corps absolument semblables à notre soleil. Elles brillent par leur lumière propre.

La lumière de quelques-unes paraît s’affaiblir pour quelques années : elle reparaît ensuite avec son éclat ordinaire.

D’autres étoiles paraissent perdre entièrement leur lumière, telle que celle qu’on vit en 1572, dans la constellation de Cassiopée, briller du plus vif éclat pendant, quelque tems. Sa lumière s’éteignit entièrement au bout de seize mois, et elle n’a plus reparu ; elle ne changea point de place. On peut donc supposer qu’il y a dans l’espace plusieurs étoiles semblables éteintes.

L’éloignement des étoiles est tel, que la lumière de sirius, qui est l’étoile qu’on suppose la plus rapprochée de nous, n’arrive à notre œil, suivant Herschel, qu’en six ans quatre mois et demi.

Mais Herschel a découvert, avec son grand télescope, des étoiles qu’il suppose être de la 1342e grandeur, et dont la lumière ne parvient à nous, suivant lui, qu’en près de deux millions d’années.

Il a fait un grand travail sur les étoiles, qu’il a divisé en différens ordres.

1o. Étoiles isolées. Il donne ce nom à des étoiles qui sont aussi éloignées les unes des autres que l’est notre soleil de sirius ou d’artcurus.

2o Étoiles doubles. Ce sont deux soleils, ou étoiles assez proches l’une de l’autre, mais assez éloignées d’autres étoiles pour n’en n’être pas influencées d’une manière sensible.

3o. Étoiles triples, quadruples, quintuples et multiples. Il faut dire des étoiles triples, quadruples, quintuples, la même chose que des étoiles doubles.

4o. Des groupes d’étoiles. Le groupe d’étoiles est une collection d’étoiles, dans laquelle elles sont entassées presque uniformément, sans que leur ensemble affecte aucune figure.

5o. Pelotons d’étoiles. Leur forme est ordinairement arrondie, et la compression des étoiles qui les composent, indique une accumulation graduée autour d’un centre.

6o. Des nébulosités d’étoiles. Ces objets curieux, qui, à raison de leur prodigieuse distance, ne peuvent être aperçus qu’avec des instrumens de la plus grande force, peuvent être ou des amas, ou des pelotons, ou des groupes d’étoiles placées à une distance prodigieuse les unes des autres, ou de simples nébulosités.

7.o Des étoiles à auréoles, ou des étoiles nébuleuses étoilées. Elles ne sont peut-être que des pelotons d’étoiles, dont la lumière est tellement rassemblée vers le centre, qu’il en reste seulement dans le contour une portion qui forme l’auréole.

8.o L’auteur distingue encore différentes espèces de nébuleuses, les nébuleuses lactées, les étoiles nébuleuses, les nébuleuses cométiques, les nébuleuses planétaires.

9.o La voie lactée est un amas immense d’étoiles qui sont à une distance prodigieuse, et en nombre innombrable ; car on en compte 351,000 entre β et γ du cygne.

On suppose que cette voie lactée est la nébuleuse, dont notre soleil, sirius et toutes les étoiles d’une certaine grandeur font partie.

L’auteur a conclu, de ce beau travail, que dans chaque nébuleuse il y a un centre d’attraction autour duquel gravite une multitude de soleils ou d’étoiles qui composent cette nébuleuse.

Ainsi notre soleil gravite autour du centre de sa nébuleuse ; qui paraît être la voie lactée : c’est cette attraction qui le fait avancer : vers la constellation de Hercule, en décrivant un épicicloïde.

On a remarqué de pareils mouvemens dans le plus grand nombre des étoiles.

D’où on a conclu qu’elles font toutes partie de différentes nébuleuses, qu’elles tournent autour d’un centre commun de chacune de ces nébuleuses.

Peut-être y a-t-il un centre universel d’attraction de toutes les étoiles, qui commande à ces nébuleuses elles-mêmes, c’est-à-dire à toutes les étoiles.

Ces nébuleuses sont placées à différentes distances les unes des autres. Peut-être chacune de ces nébuleuses, comme la nôtre, qui paraît être la voie lactée, contient-elle plusieurs milliards d’étoiles, dit Laplace (Exposition du Système du Monde).

Le nombre des étoiles existantes est ignoré. Plus les télescopes ont de force ampliative, plus est considérable le nombre des étoiles qu’on aperçoit. On conçoit à peine les limites de l’univers.


DES ÉTOILES, OU SOLEILS QUI ONT PERDU LEUR ÉTAT LUMINEUX.


Plusieurs étoiles ont perdu leur lumière propre, comme nous venons de le dire. Dans la constellation de Cassiopée, il parut, en 1572, une étoile qui brilla avec un grand éclat, et disparut au bout de seize mois, sans paraître avoir changé de place.

Dans la constellation du Sagittaire, il parut, en 1604, une étoile qui eut un grand éclat, et disparut également…

Si de pareils phénomènes ont été observés pendant un petit nombre d’années, l’analogie doit faire conclure qu’ils ont été assez fréquens dans la suite des siècles qui se sont écoulés.

Il est donc probable qu’il y a dans l’espace un très-grand nombre de ces étoiles, qui ont perdu leur lumière. Peut-être le nombre de celles ci égale-il le nombre des étoiles lumineuses.

Tous ces faits ne peuvent être constatés que par les observations, que feront les astronomes dans la suite des siècles.

On suppose avec beaucoup de probabilité, suivant les analogies, que chacune de ces étoiles a, comme notre soleil, un certain nombre de planètes et de comètes, qui circulent autour d’elle.


DE LA FORMATION DES PLANÈTES ET DE LEURS SATELLITES.


Les planètes, et leurs satellites, sont des corps opaques qui circulent autour de notre soleil ; l’analogie dit qu’elles sont formées, comme notre soleil, d’une matière qui est nébuleuse ; mais leur galvanisme a moins d’intensité. Elles ne sont pas lumineuses ; leur lumière est seulement cendrée, et a différens degrés.

On connaît déjà onze principales planètes, Mercure, Vénus, la Terre, Mars, Vesta, Junon, Cérès, Pallas, Jupiter, Saturne, Uranus ; et dix-huit secondaires ou satellites, la Lune, quatre satellites de Jupiter, sept satellites de Saturne, six satellites d’Uranus et les anneaux de Saturne ; ces satellites tournent autour de leurs planètes.

L’analogie dit, que toutes ces planètes ont été formées à peu près à la même époque[13].

Il doit, suivant les analogies, exister des planètes et des satellites autour des autres soleils, ou étoiles.

Toutes les planètes de notre système solaire, tournent autour du soleil dans des ellipses peu allongées ; ces ellipses deviennent même des épycicloïdes, parce que le soleil lui-même se meut dans une ellipse, et a un mouvement progressif vers la constellation d’Hercule, ainsi que nous l’avons dit. Les ellipses, décrites par les planètes et comètes, se changent donc en épyciclioïdes, analogues à la courbe que la Lune décrit autour de la Terre.

Les mouvemens des planètes s’opèrent autour de l’eccliptique, dans une étendue qu’on a appelé Zodiaque. Ceux des planètes primitivement connues ne s’éloignent, de chaque côté de l’eccliptique, que d’environ huit degrés ; en sorte que la largeur du zodiaque n’était que de seize degrés.

Mais les planètes nouvellement observées s’éloignent, davantage de l’eccliptique. Pallas, par exemple, s’en éloigne de trente-cinq degrés ; par conséquent la largeur du zodiaque est de soixante-dix degrés.

Je vais rapporter un précis des élémens connus des planètes.

Tems des révolutions des onze planètes principales autour du soleil.

Mercure 87 jours 23 heures 14′ 36″
Vénus 227 16 39 4
La Terre 365 5 48 48
Mars 686 22 18 27
Vesta 1335 13
Junon 1590 17
Cérès 1681 23
Pallas 1681 5
Jupiter 4332 12
Saturne, 29 ans 161 4 27
Uranus, 83 ans 29 8 39

Les planètes secondaires se meuvent autour de leurs planètes principales. Voici le tems de leurs révolutions :

La Lune 27 jours 17 h 43′ 11″
1, Satellite de Jupiter 1 18 27 33
2. Satellite 3 13 13 41
3. Satellite 7 3 42 32
4. Satellite 16 16 32 8
Anneau de Saturne 0 10 32 0
1. Satellite 0 22 40 4
2. Satellite 1 8 53 9
3. Satellite 1 21 18 26
4. Satellite 2 17 44 51
5. Satellite 4 12 25 11
6. Satellite 15 22 41 16
7. Satellite 79 7 53 42
1. Satellite d’Uranus.
2. Satellite.
3. Satellite.
4. Satellite.
5. Satellite.

On n’a pu calculer les mouvemens des satellites d’Uranus, ni leurs autres éléments.

On a calculé ensuite la distance des planètes principales au soleil. Voici les distances moyennes :

Mercure 13.299.000 lieues
Vénus 24.351.885
La Terre 34.357.480
Mars 52.350.340
Vesta 81.530.300
Junon 91.277.824
Cérès 94.998.432
Pallas 95.891.726
Jupiter 178.692.550
Saturne 327.748.720
Uranus 655.602.600

Les distances moyennes des satellites à leurs planètes

principales sont

La Lune 86.351 lieues.
1. Satellite de Jupiter 88.000 lieues.
2. Satellite 140.000
3. Satellite 222.000
4. Satellite 400.000
Anneau de Saturne 9.520
1. Satellite 46.000
2. Satellite 59.000
2. Satellite 70.000
4. Satellite 90.000
5. Satellite 130.000
6. Satellite 300.000
7. Satellite 900.000
1. Satellite d’Uranus 105.000
2. Satellite 140.000
3. Satellite
4. Satellite
5. Satellite
6. Satellite

Les diamètres respectifs de tous ces corps sont :

Le Soleil
Mercure
Vénus
La Terre
Mars
Vesta
Junon
Pallas
Cérès
Jupiter
Saturne
Uranus
La Lune
1. Satellite de Jupiter
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
Anneau de Saturne
1. Satellite
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
5. Satellite
6. Satellite
7. Satellite
1. Satellite d’Uranus.
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
5. Satellite
6. Satellite

Le volume respectif de tous ces corps, est

Le soleil 1.384.472
Mercure 0.064.558
Vénus 0.890.250
La Terre 1.000.000
Mars 0.100.000
Vesta
Junon
Pallas
Cérès
Jupiter 1.281.000.00
Saturne 994.900.000
Uranus 80.490.000
La Lune 0.020.360
1. Satellite de Jupiter
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
Anneau de Jupiter
1. Satellite
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
5. Satellite
6. Satellite
7. Satellite
1. Satellite d’Uranus
2. Satellite
3. Satellite
4. Satellite
5. Satellite
6. Satellite

La masse de tous ces grands corps, est

Le Soleil 351.886
Mercure 0.168.800
Vénus 0.950.000
La Terre 1.000.000
Mars 1.102.500
Vesta
Junon
Pallas
Cérès
Jupiter 330.600.000
Saturne 103.690.000
Uranus 17.740.000
La Lune 0.015.107
1. Satellite de Jupiter 0.000.068
2. Satellite 0.000.024
3. Satellite 0.000.006
4. Satellite 0.000.005
Anneau de Saturne.
1. Satellite.
2. Satellite.

Les masses de l’anneau de Saturne, de ses satellites et de ceux d’Uranus, n’ont pas été calculées.

L’inclinaison des orbites, des planètes, sur le plan de l’eccliptique, est,

Mercure 7 ° 0 0
Vénus 3 23 35
Terre 0 00 0
Mars 1 51 00
Vesta 7 8 46
Juon 13
Cérès 10 37
Pallas 35 0 0
Jupiter 19 ° 18 56
Saturne 2 29 59
Uranus 0 46 20

Les planètes et leur satellites se meuvent suivant l’ordre des signes d’Orient en Occident.

Elles sont situées dans une zone parallèle à l’eccliptique, et nommée Zodiaque, La largeur du zodiaque paraît être aujourd’hui de soixante-dix degrés.

Elles ont toutes un mouvement de rotation autour de leurs axes.

Les planètes paraissent composées, comme le globe terrestre, de différentes substances. Cette opinion est assez généralement adoptée.

Ces substances doivent y former, suivant les analogies, différens strates, Comme dans le globe terrestre.

Ces strates se galvanisent également ; c’est ce qui produit la lumière cendrée.

Mais dans le système d’Herschel, elles seraient composées de la matière nébuleuse très-condensée, au point de devenir opaque.

Quand aux quatre petites planètes, Cérès, Pallas, Vesta et Junon, que Herschel appelle Astéroïdes, on suppose qu’elles sont les débris d’une grosse planète qui existait entre Mars et Jupiter.

J’ai supposé qu’elle avait pu être brisée par de fortes commotions électriques, analogues à celles avec lesquelles Nelis brise de forts cylindres d’acier.


DE LA FORMATION DES COMÈTES.


Les astronomes regardent les comètes comme des astres de la même nature que les planètes.

Newton croyait que les comètes que nous apercevons appartenaient à notre système solaire, et quelles ne différaient de nos planètes, que parce qu’elles circulaient autour du soleil dans des ellipses plus allongées, et dans des plans différens du Zodiaque.

Lambert, et plusieurs géomètres, ont embrassé une opinion différente ; ils pensent aujourd’hui que les comètes ne font pas partie de notre système solaire ; ce sont, disent-ils, des astres, qui passent d’un système solaire à un autre ; les courbes qu’elles décrivent peuvent être, ou des ellipses très-allongées, ou des paraboles, ou même des hyperboles…

Et ces astres ne sont visibles pour nous, disent-ils, que lorsqu’ils entrent dans notre système solaire, et qu’ils sont à une certaine distance de la Terre : leur apparition n’est pas de longue durée.

L’opinion de Newton me paraît plus conforme aux faits.

Les géomètres ont épuisé toutes les ressources du calcul, pour déterminer la nature des courbes que ces astres décrivent, et la durée de leurs révolutions, ou leurs années ; ils ont cru reconnaître que la comète qui parut en 1680 achevait sa révolution en 575 ans, et qu’elle était la même qui avait paru en 1106, en 531, ensuite 44 ans avant l’ère vulgaire, puis en 619, en 1194, en 1769, et enfin en 2344 ; année à peu près, suivant Halley et Whiston, du déluge universel rapporté par Moïse.

La comète, qui avait paru en 1682, est supposé faire sa révolution en 75 ans environ. Son année serait par conséquent plus courte que celle d’Uranus, que l’on croit, de 83 ans. Halley croit que la comète de 1682 avait déjà paru en 1607, en 1531. En conséquence, on avait prédit son retour pour 1757.

Mais Clairault fit voir, le 14 novembre 1758, que le retour de cette comète serait retardé par l’action de Jupiter et de Saturne, de 618 jours, et effectivement elle ne passa à son périhélie que vers le milieu d’avril 1759.

La comète de 1770 a paru finir sa révolution en six ans, dit Laplace, Système du Monde, in-4o., p. 214, édition de 1808. C’est Lexel qui l’a démontré le premier. Cependant cette comète n’avait point été aperçue avant l’année 1770, et depuis on ne lia pas revue. Lexel dit qui en 1767 et 1779, cette comète a dû s’approcher assez de Jupiter, pour que la forte attraction de cette planète ait diminué la distance physique de la comète, de manière à rendre cet astre visible en 1770, d’invisible qu’il était auparavant, et ensuite augmenter, en 1779, cette même distance, au point de rendre cette comète pour toujours invisible.

Ces faits prouvent que les mouvemens des comètes éprouvent des perturbations continuelles. Aussi, n’a-t-on encore vu que la comète de 1682 revenir à peu près à l’époque fixée par le calcul.

On a encore peu de connaissances sur les comètes et leur nature. On les suppose, en général, composées comme les planètes et la terre, de différentes substances qui forment des strates.

Mais Herschel les croit formées de la matière nébuleuse, moins condensée que dans les planètes. Cette matière se dilate encore davantage, lorsque la comète arrive à son périhélie. Les observations suivies qu’il a faites sur ces astres, confirment cette opinion.

« De seize comètes, dit-il, que j’ai observé, je n’ai pu y distinguer de noyau qu’à deux. Les quatorze autres m’ont paru composées d’une substance analogue à celle qui forme leur queue et leur chevelure. ». (Bibliothèq. britan.)

Il faut supposer que ces quatorze comètes, dont il parle, étaient si petites, qu’à leurs périhélie, les substances, qui les composent, ont été réduites en fluides aériformes, tels que ceux qui forment les queues et les chevelures des comètes ordinaires. Ces fluides aériformes se condensent ensuite, lorsque la comète marche à son aphélie ; ils se réunissent en un corps solide, et la comète paraît de nouveau comme une masse solide.

On peut supposer, en général, que les comètes sont petites, et ont peu de masse ; car, celles qui passent proche notre globe, comme celle de 1770, n’y ont produit aucun effet sensible. Les astronomes n’ont point observé que cette même comète, qui a passé entre Jupiter et ses satellites, y ait produit aucun dérangement.

Cependant, les anciens observateurs ont parlé de comètes qui paraissaient très-volumineuses.

Sénèque (Quœst. natural., lib. VII, cap. XV) dit qu’il parut une comète aussi grosse que le Soleil.

Justin rapporte que, du temps de Mithridate, il parut une comète, qui occupait le quart du ciel, et dont l’éclat était supérieur à celui du soleil : Stella comites magnitudine sui quartam pariem occupaverat cœli, et fulgore sul Solis nitorem vicerat. (Lib. XXXVII, cap. II).

Les observateurs modernes n’ont, à la vérité, observé rien de semblable.

On compte aujourd’hui (en 1816) 119 comètes, qu’on croit différentes, et on croit que le nombre de celles qui existent est très-considérable.

Mais, ces astres éprouvant, dans leurs mouvemens, des perturbations continuelles, on n’a aucun moyen pour assurer que telle comète qui paraît, n’est pas une de celles qui ont paru antérieurement, et dont le mouvement a éprouvé des perturbations. D’ailleurs, ceux qui admettent l’hypothèse de Lambert doivent convenir qu’on ne saurait être sur de l’identité des comètes qui ont paru et qui paraissent.

Dans l’hypothèse de Newton, les comètes sont des astres qui se meuvent autour du soleil dans des ellipses plus ou moins allongées.

Leurs mouvemens s’exécutent dans toutes les directions, même contre l’ordre des signes, en quoi ils diffèrent de ceux des planètes.

Les comètes paraissent, comme les planètes, composées de différentes substances qui y forment divers strates.


DE LA FORMATION DES FLUIDES AÉRIFORMES QUI ENVELOPPENT LES GRANDS GLOBES.


Lorsque les parties les plus massives se réunirent pour former les grands globes, les plus légères surnagèrent à ces masses solides. Elles vinrent se rendre à la surface de ces globes, et s’y condensèrent sous différentes formes.

Les unes, à l’état de vapeurs, se convertirent en brouillards, en nuages, enfin en pluies. Elles formèrent les mers des planètes et des comètes.

Les autres, composées des différentes espèces de gaz aériformes, formèrent les atmosphères, qui enveloppèrent immédiatement ces grands globes.

La nature de ces atmosphères ne nous est pas bien connue. On les suppose à peu près analogues à celle de notre globe. Néanmoins, il est vraisemblable qu’il y a des différences assez considérables.

L’atmosphère de la Lune a si peu de densité, qu’à peine produit-elle une réfraction dans les rayons de lumière qui passent auprès de cet astre.

L’atmosphère du soleil doit être également très-rare, parue qu’elle est continuellement dilatée par la grande chaleur de cet astre.

Laplace suppose que cette atmosphère a pu s’étendre primitivement à des distances immenses, bien au-delà de l’orbite d’Uranus… c’est-à-dire, plus de 700,000,000 de lieues.

Et qu’ensuite, elle a diminué successivement, en sorte qu’aujourd’hui, elle ne s’étend pas jusqu’à l’orbite de Mercure, ou moins de 13,000,000 de lieues.

Elle a formé les différentes planètes, par les différentes zones qui s’en sont séparées.

Il suppose également que les atmosphères des grosses planètes ont aussi diminué successivement pour former leurs satellites. Celle d’Uranus a formé six satellites.

L’atmosphère de Saturne a formé ses sept satellites et ses anneaux.

Celle de Jupiter a formé ses quatre satellites.

Celle de la Terre a formé la Lune.

Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, nous verrons, en parlant de l’atmosphère du globe terrestre, que les faits paraissent prouver qu’elle a réellement diminué.

L’analogie ne permet donc pas de douter que les atmosphères des autres corps célestes n’éprouvent également de grandes variations.


DE LA NATURE DES CORPS CÉLESTE.


La nature des plantes et des comètes nous est inconnue. Mais d’après les analogies, on peut supposer que ces astres sont formés de principes analogues à ceux du globe terrestre.

Ces principes forment, dans ces grands corps, différens strates.

Les soleils peuvent être supposés, formés, comme les planètes, de différens strates.

Tous ces globes célestes sont, ainsi que les globes terrestre, dans un état habituel d’électricité. On regarde le globe terrestre comme un magasin général d’électricité ; il en communique continuellement à l’atmosphère et aux corps contenus dans cette atmosphère.


DE LA FORMATION DES FLUIDES ÉTHÉRÉS RÉPANDUS DANS L’ESPACE.


Enfin, les parties de matière les plus subtiles, qui demeurèrent non combinées après la cristallisation des grands globes, formèrent les fluides éthérés. Ceux de ces fluides connus sont :

1.o Le feu, ou calorique.

2.o Le fluide lumineux.

3.o Le fluide électrique, et le fluide galvanique qui paraissent les mêmes.

4.o Le fluide magnétique.

5.o Le fluide nébuleux.

6.o Le fluide gravifique ou éthéré, qui me paraît être le fluide électrique.

Peut-être existe il encore quelqu’autre fluide éthéré, qui nous est inconnu.

Car le fluide électrique n’était pas connu des anciens.

Le fluide galvanique n’a été découvert que depuis un petit nombre d’années, ainsi que les phénomènes étonnans qu’il présente.

Enfin la matière nébuleuse, aperçue par les philosophes indoux, était à peine soupçonné par les physiciens modernes.

La nature de ces divers fluides nous est entièrement cachée, ainsi que celle de tous les autres corps. On doit donc se borner à en décrire les propriétés.


DU FLUIDE GRAVIFIQUE.


On appelle fluide gravifique celui que l’on suppose être la cause de la gravitation universelle de tous les corps, ou de leur attraction mutuelle. Il doit être d’une grande subtilité. Il est connu plus particulièrement sous le nom d’éther ou de fluide éthéré.

L’action de ce fluide sur tous les corps est en raison des masses, et de l’inverse des carrés des distances.

J’ai exposé (Théorie de la Terre, tome 3, page 467) ce qu’on pouvait dire sur la nature de ce fluide. Mais les connaissances actuelles sur l’état galvanique ou électrique des grands globes que nous, venons d’exposer, font naître de nouvelles idées.

En admettant, ainsi que nous l’avons prouvé, que tous les grands globes, les soleils, les planètes et les comètes, sont dans un état habituel d’électricité ou de galvanisme, et qu’il sont, ainsi que le globe terrestre, des magasins d’électricité, il est probable, suivant les analogies, que le fluide gravifique est le fluide électrique. Il attire et il repousse les corps en raison de leurs masses, et de l’inverse des carrés des distances.

Tous les corps terrestres sont également dans un état continuel d’électricité. Le fluide électrique peut donc également, suivant les analogies, être supposé la cause de leur action mutuelle les uns sur les autres, de leurs affinités et de leurs répulsions, ainsi que je l’ai exposé (Théorie de la Terre, tome 3, page 27).

Car on peut supposer que les corps terrestres ont des atmosphères composées, 1.o du calorique, 2.o du fluide électrique ou galvanique, 3.o du fluide magnétique, 4.o du fluide éthéré, s’il est différent du fluide électrique, 5.o d’un fluide odorant, 6.o d’une enveloppe d’air atmosphérique, comme celle de l’aiguille d’acier qu’on fait flotté sur l’eau…

J’ai cru nécessaire d’exposer ces notions générales de Cosmogonie, sur la nature des êtres existans, pour servir d’introduction à la Géologie, ou Théorie de la Terre ; car on ne doit jamais l’envisager d’une manière isolée : il faut toujours la rapporter à celle des autres globes.

Nous allons passer maintenant à la formation du globe terrestre, et à la considération des phénomènes qui l’ont accompagné. Ce globe est un des plus petits de ceux qui existent. Il a été soumis aux mêmes lois qui ont coordonné les autres, principalement les planètes. On ne doit pas s’écarter de ces idées.


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  1. Je renverrai souvent, dans cet ouvrage, à mes Leçons de Minéralogie, qui exposaient l’état actuel de cette science en 1813.
  2. Voir, à cet égard, ce que j’avais dit dans la première édition de ma Théorie de la Terre. tom. 3, pag. 448 et suivantes.
  3. Voir ma Théorie de la Terre, tom. 3, pag. 9.
  4. Voir mon Discours préliminaire du tome 80 du Journal de Physique, pag. 59, et celui du tome 82.
  5. Voir mes Principes de la philosophie naturelle, publiés en 1778 ; mon Mémoire sur la cristallisation générale de la matière, Journal de Physique, tom. 17, pag. 258 ; ma Théorie de la terre, tom. 3.

    Mes vues sur l’action galvanique, Journal de Physique, tom. 76 et 77

    .
  6. Voyez mon Mémoire sur les Affinités, Journal de Physique, tome 71, page 409.
  7. Hæc autem illi (Empedocli), visa sunt ac placita elementa esse quatuor, ignem aquam aerem, terram, amicitiam quæ qua copulentur, et discordiam qua dissideant
    Non numquam connectit amor simul omnia rursus
    Non numquam jejuncta jubet contentio ferri.
    Diogen., laert. in vita Empedoclis.
  8. Les eaux des plâtras des salpétriers, à Paris, dit Thenard, tom. 2, pag. 511, contiennent, sur cent parties de substances salines :
    Nitrate de potasse 10
    Nitrates de Chaux et de magnésie 70
    Muriate de soude 15
    Muriates de chaux et de magnésie 5
    Sulfate de chaux, un atome
  9. Voir son Mémoire, Journal de Physique, tome 75, page 121.
  10. J’ai distingué quatre espèces de corps électriques :

    a. Corps idio-électriques, électriques par eux-mêmes, par le frottement, tels que le soufre.

    b. Corps an-électriques, non électriques par eux-mêmes, mais par communication, tels que les métaux.

    c. Corps pyro-électriques, électriques par la chaleur, tels que la tourmaline.

    d. Corps sunaphto-électriques, électriques par le contact, comme les substances métalliques, dans la pile, de συνοφθεις Sunophteis, contact.

    Leçons, de Minéralogie, tome 1, page 25.

  11. Comme je l’avais dit en 1805, dans mon ouvrage de la nature des Êtres existans ; avant que Herschel eût publié sont travail sur la Matière nébuleuse.
  12. Κοσμος, Cosmos, Monde.
    Cosmogonie, Genèse du Monde.
  13. On sait qu’Ovide rapporte, dans le second livre des Fastes, que les Arcadiens prétendaient avoir existé avant la Lune, c’est-à dire, avant que la Lune fit partie de notre système planétaire ; c’est pourquoi on les appelait Protolènes, Προςτελεονος, ou Antélunaires. Protolènes, ou Antélunaires.
    Antejovem genitum terras habuisse feruntur
    Arcades, et Luna gens prior illa fuilt.
    Cette opinion n’est pas fondée.