Leçons de géologie (Delamétherie)/Tome I/Section deuxième

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SECTION SECONDE.


DE LA SURFACE DU GLOBE TERRESTRE.


Le géologue doit d’abord considérer la surface de la terre, puisqu’elle en est la seule portion qu’il peut bien connaître : elle lui indiquera, par analogie, la composition de son intérieur.

Cette surface est composée de continens et de mers ; mais les eaux ont beaucoup plus d’étendue que les terres, particulièrement dans l’hémisphère austral. L’inspection de la surface du globe fait voir qu’elles en occupent plus de la moitié.

La portion continentale que peuvent habiter les animaux terrestres et l’homme, n’est guère que le tiers de cette surface totale : car ils ne sauraient subsister, ni dans les sables brûlans de l’Afrique et de l’Asie, ni dans les régions et les hautes montagnes couvertes de neiges et de glaces, qui ne fondent pas depuis plusieurs siècles.

Cette partie découverte de la terre a été divisée en continens et en îles.

Les îles sont de petites portions de continents enveloppées de tous côtés par les eaux des mers.

Les continens sont, au contraire, beaucoup plus étendus ; mais, à la rigueur, on pourrait les regarder également comme de grandes îles, puisque l’océan les enveloppe de toutes parts.

L’Afrique peut être envisagée comme une presqu’île considérable, et qui tient à l’Asie par l’isthme de Suez : elle a même été vraisemblablement une île véritable, lorsque la mer Rouge communiquait directement avec la Méditerranée.

L’Asie paraît être le plus étendu des continens ; néanmoins on pourrait également la regarder comme une île, puisqu’elle ne tient à l’Afrique, ainsi que nous venons de le dire, que par l’isthme de Suez, et à l’Europe, que par la portion de terrain qui s’étend de la mer Noire à la mer Baltique, ou à la mer Blanche, portion qui a été vraisemblablement couverte autrefois par les mers.

L’Europe peut, par conséquent, être envisagée comme une petite portion de l’Asie ; mais si la mer Caspienne a communiqué autrefois avec la mer du Nord, ou avec la Baltique, comme le rapportent les anciens historiens, toute l’Europe, et cette portion de l’Asie, qui eût été comprise dans le bras de mer, n’auraient formée qu’une île étendue.

L’Amérique est une île véritable qui est entièrement séparée de l’Asie, par le détroit du nord.

Enfin toutes les terres australes, telles que la Nouvelle-Hollande, la Nouvelle-Zélande, forment des îles plus ou moins considérables.

Les continens sont traversés par différentes éminences, qui s’élèvent à des hauteurs plus ou moins grandes, et les coupent en différens sens.

Ces chaînes se propagent dans le sein des mers, où on en aperçoit différens rameaux.

Les îles peuvent être regardées comme les sommets de ces montagnes sous-marines ; car, en approchant de ces îles, on retrouve les chaînes auxquelles elles tiennent.

Quelques géologues avaient pensés que les montagnes se propageaient dans une seule direction, et que leurs chaînes s’étendaient de l’orient à l’occident ; mais cela n’est point exact ; et pour le prouver, je vais donner un aperçu général des principales chaînes qui traversent le globe.

Elles partent ordinairement du centre des continens, et affectent les figures qu’ont ces continens eux mêmes, lesquels n’en doivent être regardés que comme des prolongemens.

Dans l’Amérique septentrionale, les montagnes dites de l’ouest, sont le centre de celles de ces contrées : c’est de leurs flancs que sortent les fleuves St.-Laurent, le Missouri, le Missipipi, les plus grands fleuves de cette partie du monde, et quelques autres moins considérables qui se jettent dans la mer Pacifique à l’ouest, et dans la baie d’Hudson, au nord.

Le mont Saint-Élie, par les 60 degrés de latitude, est la plus haute montagne connue de ces contrées. Sa hauteur, suivant Malaspina, est de 2700 toises.

Les monts Apalaches sont un des rameaux de cette chaîne qui prend son origine entre la vallée du Saint-Laurent et celle du Missisipi. Ils s’étendent du nord au midi, et fournissent toutes les grandes rivières qui arrosent les États-Unis, dont les unes, telles que la Delaware, la Chesapeak…, se versent dans l’Athlantique ; et les autres, telles que l’Ohio…, se versent dans le Missisipi.

La grande chaîne s’étend à l’ouest du nouveau Mexique, et du Mexique, traverse la nouvelle Espagne, et va par l’isthme de Panama communiquer aux grandes chaînes du Pérou.

Cette chaîne fournit plusieurs grands fleuves, tels que la rivière du Nord.

Elle fournit à l’occident quelques petites rivières qui se jettent dans la mer vermeille et dans la mer du Sud.

Les montagnes de Cusco, de Quito, et des environs, sont le centre de celles de l’Amérique méridionale. Elles fournissent les eaux du fleuve des Amazones, lesquelles sortent du lac Lauricocha, l’Orenoque, Rio-Negro, et autres fleuves considérables.

Cette chaîne des montagnes de l’Amérique méridionale s’étend jusqu’au cap Horn. Dans ces contrées, par les 50 degrés de longitude environ, et les 2800 de latitude, se trouve une montagne assez élevée.

Il part de ces grandes chaînes des branches collatérales très-considérables : telles sont, au nord, les chaînes qui forment les bassins où coulent le fleuve Saint-Laurent, le Missisipi, les monts Apalaches…

Dans l’Amérique méridionale il y a également différentes chaînes collatérales considérables : telles sont celles qui forment les bassins où coulent l’Amazone, l’Orenoque, la Plata…

En Afrique il y a une grande chaîne de montagnes, qui s’étend depuis l’Abbyssinie jusqu’au cap de Bonne-Espérance.

a. Elle fournit plusieurs chaînes collatérales plus ou moins considérables.

b. Une chaîne qui, de l’Abbyssinie, coule à l’ouest, le long du grand désert de sable.

c. Les monts Atlas, d’où sortent différentes rivières.

d. Les chaînes collatérales qui forment les bassins où coulent le Sénégal, le Niger, la Gambra.

L’Asie présente plusieurs grandes chaînes de montagnes.

a. Leur centre paraît être les monts Altai, ou Shogdo…

b. Une branche s’étend à l’est, et forme, du côté du nord, le bassin du fleuve Amour, et ses rameaux.

c. Une autre branche s’étend à l’ouest, et se prolonge jusqu’en Europe. Elle donne :

d. Les montagnes du Thibet, dont quelques-unes ont jusqu’à quatre mille toises de hauteur, suivant Crawford.

e. Les monts immaüs, qui sont un grand centre de montagnes.

f. Les monts Taurus, qui s’étendent, par l’Asie mineure, jusqu’au mont Liban…

L’Europe est également traversée par différentes chaînes de montagnes.

On peut regarder les Alpes comme leur centre, d’où partent différentes chaînes.

a. Une chaîne traverse le Dauphiné, va se joindre aux Cévennes, traverse le Limousin et vase joindre aux Pyrénées par le pays de Foix.

b. Des Pyrénées partent différentes chaînes, qui traversent l’Espagne, et s’étendent jusqu’en Portugal.

c. Une autre chaîne des Alpes s’étend jusqu’à Toulon, et va communiquer à la Corse.

d. Une autre chaîne va communiquer avec les Appenins, et traverse toute l’Italie.

e. Une autre chaîne va communiquer avec les montagnes du Tyrol, et s’étend jusqu’en Morée, par la Thessalie.

f. Une autre chaîne côtoye les bords du Danube, va communiquer avec les Crapacks, et s’étend jusqu’à Constantinople.

Elle va ensuite communiquer en Asie avec des rameaux du Taurus.

g. Une autre chaîne s’étend au nord-est, et va joindre les monts Valdaï, en Russie.

h. Une autre chaîne s’étend au nord, et va communiquer avec les Vosges ; s’étend jusqu’à l’Océan, en séparant le bassin des eaux du Rhin de celui des eaux du Veser.

Nous ne saurions entrer dans les détails nécessaires ; mais pour avoir une idée précise de ces chaînes de montagnes, considérons celles de la France en particulier.

J’ai fait voir qu’il fallait regarder les montagnes de la France comme faisant cinq grands groupes.

a. Les Pyrénées, qui la séparent de l’Espagne.

b. Les Cévennes, qui font un grand centre, d’où partent plusieurs chaînes secondaires.

c. Les montagnes de la Bretagne, qui s’étendent depuis les Sables d’Olonne, passent à Nantes, et se prolongent jusqu’à Cherbourg, à Alençon, en donnant différentes chaînes.

d. Les Alpes, qui, du côté de l’Occident, donnent différentes chaînes, lesquelles traversent la France, au sud, du côté de Toulon, à l’ouest, vont communiquer aux Cévennes, au nord, vont communiquer avec les Vosges.

e. Les Vosges, qui s’étendent le long des bords du Rhin jusque du côté de Trèves…

Il faut observer que dans toutes les grandes chaînes de montagnes, les pentes sont ordinairement roides d’un côté, et plus ou moins douces de l’autre. Les Andes présentent des pentes très-roides du côté de la mer Pacifique, et on n’y voit presque aucune rivière. Tandis qu’à l’orient, sur la mer Athlantique, les pentes sont très-prolongées, et elles fournissent les plus grands fleuves du globe, l’Amazone, l’Orenoque, la Plata, le Missisipi, le Saint-Laurent…

Les mêmes phénomènes s’observent dans toutes les autres grandes chaînes…

On a dit que les grandes chaînes des montagnes du globe avaient à peu près la même direction, savoir, de l’orient à l’occident. Mais cette observation n’est pas exacte.

Les grandes chaînes de l’Asie paraissent avoir en général une direction approchante. Elles s’étendent, à l’orient, depuis la mer Noire jusqu’en Chine : le Taurus commence sur les bords de la mer Noire, il va communiquer au mont Immaüs ; celui-ci communique à l’Altaï, qui s’étend le long du bassin de l’Amour jusqu’à la mer du Japon.

Néanmoins, une autre chaîne presqu’aussi considérable s’étend depuis le cap Comorin jusqu’à la mer du Nord.

Mais la direction de la grande chaîne, en Amérique, s’étend du sud au nord, depuis le cap Horn jusqu’aux montagnes, d’où, sortent le Saint-Laurent, le Missouri, la Colombia…

En Afrique, la grande chaîne s’étend depuis les monts de l’Abbyssinie jusqu’au cap de Bonne-Espérance, du nord au sud.

Mais d’autres chaînes s’étendent depuis les monts de l’Abbyssinie jusqu’au mont Atlas, de l’orient à l’occident.

En Europe, la direction générale des grandes chaînes varie beaucoup. Mais la direction la plus étendue paraît être du Portugal en Russie, c’est-à-dire, du sud-ouest au nord-est…

On distingue les terrains dont est composée la surface du globe, en différentes, classes, à raison des diverses substances minérales qui les composent et les divisent en plusieurs grandes çlasses.

1°. Les terrains primitifs formés avant les êtres organisés.

2°. Les terrains secondaires formés après les êtres organisés, et qui contiennent une quantité plus ou moins considérable de débris des êtres organisés, et des terrains salés.

3°. Les terrains formés dans les lacs d’eau douce.

4°. Les terrains d’alluvion, qui sont formés par les dépôts, des substances amoncelées soit par les eaux des mers, soit par celles des fleuves.

5°. Les terrains volcaniques, enfin, qui sont formés par les matières volcaniques.

6°. Les terrains pseudo-volcaniques.

Werner admet une autre espèce de terrains, qu’il appelle de transitions intermédiaires entre les terrains primitifs et les terrains secondaires…

Les montagnes primitives sont en général les plus élevées, Leurs sommets sont composés de granits, de porphyres…

Succèdent les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs (thon-schiffer)…

On trouve ensuite les serpentines et les différentes roches magnésiennes…

Les calcaires primitifs, les gypses primitifs.

Les terrains secondaires ont été formés après les primitifs, et reposent par conséquent sur ceux-ci. Leurs couches ont donc été obligées d’en affecter la figure.

Les terrains d’alluvion ont également été formés après les secondaires. Ce sont des brêches, des pouddings, des sables…

Les terrains formés dans les lacs d’eau douce ne l’ont pu être qu’après la retraite des eaux des mers.

Enfin des terrains volcaniques ont pu être formés dans le sein des mers, et il s’y en forme journellement, et dans toutes sortes de terrains.

D’autres ont été formés sur les continens, et il s’y en forme chaque jour dans toutes sortes de terrains.

Les terrains pseudo-volcaniques sont en petite quantité.

Nous allons parler de chacun de ces terrains.

Les terrains secondaires sont ordinairement moins élevés que les primitifs. Les plus hautes montagnes sont situées, en général, dans les terrains primitifs.

Cependant on voit des exceptions fréquentes. Dans la chaîne des Pyrénées, par exemple, plusieurs pics de terrain secondaires sont aussi élevés, et même plus, que les plus hautes montagnes des terrains primitifs de cette chaîne. Tel est le pic du midi…

Mais, indépendamment de ces hauts sommets, les terrains secondaires sont très fréquemment plus élevés que les primitifs. Un grand nombre de ces derniers sont au niveau des mers. Plusieurs même plongent sous l’Océan. C’est ce qu’on observe sur lac plupart des côtes.

Le fort de la Malgue, à Toulon, est sur les bords de la mers. Le terrain primitif sur lequel il est construit plonge dans les eaux, et va peut-être communiquer avec les terrains primitifs de la Corse, de la Sardaigne…

Les côtes de Bretagne sont de terrains primitifs, depuis les Sables d’Olonne, jusques à Cherbourg. Elles plongent sous l’Océan, et vont peut-être communiquer avec celles de Cornouailles…

Une partie des côtes des États-Unis est de terrains primitifs, et va plonger sous la mer.

Nous n’entrerons pas ici dans de plus longs détails.

La surface de la terre offre d’autres phénomènes intéressans.

Dans l’hémisphère austral, par exemple, les mers y ont plus d’étendue ; les continens sont à un niveau plus bas et ses extrémités paraissent avoir été déchirées.

On en a conclu que les parties intérieures de ce continent ont plus de densité que celles de l’hémisphère boréal, afin que l’équilibre, entre les deux hémisphères, puisse subsister.

Nous exposerons ailleurs ces divers phénomènes avec de plus grands détails.


DES TERRAINS PRIMITIFS.


On appelle terrains primitifs, ceux qui sont formés de substances minérales, ne contenant aucuns débris d’êtres organisés. Tels sont :

Les granits et granitoïdes ;
Les porphyres et porphyroïdes ;
Les gneis ;
Les schistes micacés ;
Les pétro-silex ;
Les lydiennes ;
Les cornéenes ;
Les schistes primitifs ;
Les serpentines ;
Les smectites ;
Les lherzolites ;
Les calcaires primitifs ;
Les dolomies ;
Les gypses primitifs ;
Les soufres primitifs ;
Les antracites ;
Les terrains métalliques primitifs ;
Les breches primitives ;
Les pouddings primitifs ;
Les sables primitifs…

Ces terrains présentent un phénomène constant. Chacune des substances qui les composent, est placée séparément, et ne se confond nullement avec celles d’une espèce différente. Le granit tient au granit, le porphyre au porphyre, le schiste au schiste, le calcaire au calcaire… S’il se trouve quelque mélange de ces diverses substances, ce n’est que par accident et très-rarement, dans les lieux où ils se touchent ; il faut en excepter les brêches primitives, les terrains volcaniques, qui sont confondus avec tous les autres.

Toutes ces matières, en se déposant, ont donc suivi les lois des affinités. C’est un des plus grands phénomènes de la géologie, qu’il ne faut jamais perdre de vue. Elles ont formé différens strates.

La structure de ces terrains primitifs, mérite toute l’attention du géologue, parce qu’ils paraissent faire la base de la masse du globe.


DES GRANITS ET GRANITOÏDES [1].


Les élémens des granits sont les quartz, les feldspaths, les micas, et l’hornblende. On y rencontre encore quelquefois d’autres substances, telles que des stéatites, des grenats, et d’autres pierres particulières. Chacune de ces substances est crystallisée séparément, d’une manière régulière, ou d’une manière confuse.

Les granitoïdes ne se rencontrent également que dans les terrains primitifs. Ils sont, en général, composés de substances crystallisées régulièrement ou confusément, mais différentes du feldspath.

Les granits et les granitoïdes forment de grandes masses, qui constituent la majeure partie de la surface du globe. On n’y distingue point de couches, comme l’ont prétendu de savans naturalistes. J’ai parcouru une grande quantité de terrains primitifs, et je n’y ai jamais aperçu de couches. Quelquefois, on voit des masses assez considérables de granit, ayant une figure presque rhomboïdale, superposées les unes sur les autres. Mais on ne saurait regarder ces superpositions comme des couches, puisqu’elles n’ont aucune régularité. D’autres fois, ces granits sont fendillés en différens sens ; ces scissures se correspondent quelquefois, ce qu’on pourrait prendre, au premier coup-d’œil, pour des espèces de couches ; mais un examen plus approfondi, en fait bientôt voir la différence. C’est ce qu’on peut observer particulièrement au rocher granitique de Pierre-scise, à Lyon.


LES PORPHYRES ET PORPHYROIDES.


Les porphyres sont composés de feldspath, noyé dans une pâte quelconque. Cette pâte est, le plus souvent, petrosiliceuse. Mais quelquefois, elle est ophitine, leucostine, cornéenne, comme nous l’avons vu dans les leçons de minéralogie. (Tom. 2, page 463).

Les porphyroïdes sont composés d’une manière analogue à celle des porphyres. Ce sont également des cristaux noyés dans une pâte ; mais ces cristaux ne sont pas des feldspaths.

J’ai décrit un grand nombre de ces porphiroïdes (ibid.), qui varient à raison de leurs pâtes et des cristaux qui y sont noyés.

Il y a encore des porphyroïdes volcaniques, dont nous parlerons ailleurs.


DES GNEIS.


Les gneis contiennent à peu près les mêmes élémens que les granits, savoir, quarts, feldspath, mica, hornblende ; mais le mica y domine, et y forme, à son ordinaire, des espèces de feuillets, ce qui donne à toute la masse un tissu feuilleté. C’est pourquoi le gneis a été appelé, granit veiné, granit feuilleté, par plusieurs naturalistes, d’où ils ont conclu que le granit pouvait être déposé en couches. Mais il faut bien distinguer le vrai granit du gneis.

Les gneis contiennent souvent une grande quantité de différentes substances, telles que grenats, staurolites, tourmalines.

Les filons métalliques se trouvent aussi fréquemment dans les gneis.

Les gneis sont le plus souvent superposées sur les granits, les porphyres, où ils forment différentes couches, différens strates ; car les gneis se trouvent en assez grande quantité dans les terrains primitifs. Le mont Rose, qui a plus de 2400 toises d’élévation ; est formé de différentes couches de gneis, dit saussure.


DES SCHISTES MICACÉS.


(Glimmer Schwiffer.)


Les schistes micacés rapprochent beaucoup des gneis ; mais ils contiennent une plus grande quantité de mica, et sont plus feuilletés.


DES SCHISTES PRIMITIFS.


Les schistes primitifs (thon-schiffer) sont très-abondans dans quelques terrains primitifs. On en observe une très-grande quantité aux Pyrénées, aux Andes, et dans la plus grande partie des chaînes primitives (Leçons de minéralogie, tome 2, pag. 164).

Ces schistes sont déposés en couches parallèles.

Ces couches sont le plus souvent inclinées, et très-souvent contournées.


DES CORNÉENES.


Les cornéenes sont, ainsi que nous l’avons dit (Leçons de minéralogie, tome 2, page 167), une variété des schistes primitifs.


DES LYDIENNES.


Les lydiennes, ou trapps, de plusieurs minéralogistes (Leçons de minéralogie, tome 2, page 167), sont des variétés de cornéenes de Wallerius.

Ces pierres ont beaucoup de rapports avec quelques substances volcaniques.


DES PETROSILEX.

Le petrosilex est une variété de horn-stein des allemands. Il a du rapport avec le feldspath. (Leçons de Minéralogie, tome 2, page 92.)

Il se trouve quelquefois en masses isolées.

Mais il se présente le plus souvent en grandes masses, servant de pâte à des porphyres.

Le petrosilex doit être regardé comme une substance particulières différente du feldspath, avec lequel, néanmoins, elle a beaucoup d’analogie. Mais le feldspath est toujours cristallisé en lames très-distinctes.

Le petrosilex, au contraire, n’a jamais de lames : sa contexture est compacte, et souvent analogue à celle de la cire.

Enfin, son gisement est tout différent. Le feldspath forme toujours des petits cristaux distincts, dans les granits, les porphyres.

Le petrosilex forme ordinairement des masses, qui servent de pâtes à des porphyres. Les cristaux de feldspath sont cristallisés, d’une manière régulière, dans cette pâte qui, elle-même, est cristallisée d’une manière confuse.


DES SERPENTINES.


Les serpentines sont assez abondantes dans certains terrains primitifs, tels que la Ligurie ; delà elles s’étendent en Toscane jusques du côté de Rome : on lui donne le nom de Gabbro, dans ces contrées.

On retrouve de la serpentine dans la plupart des montagnes primitives : elles sont superposées sur les granits, les porphyres.

Les serpentines forment des masses assez considérables, qui ne sont point par couches (leçons de minéralogie, tome 2, page 199).


DES TALCS, ET DES STÉATITES.


Les talcs sont assez abondans dans certains terrains primitifs ; on en trouve en grande quantité au mont St.-Gothard, dans le Tyrol, au Zillerthal. J’ai donné le nom de Zillerthite à une belle variété de ces cantons.

Les stratites sont en assez grande quantité dans quelques cantons des terrains primitifs : elles ne forment néanmoins pas des grandes masses, comme les granits, les porphyres.


DES CALCILITES PRIMITIFS.


On trouve dans les terrains primitifs la chaux combinée avec diverses substances, principalement avec différens acides, et elles forment alors des masses plus ou moins considérables.

Les pierres calcaires. La chaux combinées avec l’acide carbonique forme des pierres calcaires, qui sont assez abondantes dans les terrains primitifs : elle y forme de très-beaux marbres, tels que les marbres de carare.

Ces marbres sont souvent mélangés avec des variétés de serpentines, de steatites, tels que les polzevera, les cypolins, les campans.

Ces calcaires ne contiennent aucuns débris des êtres organisés ; c’est ce qui les distingue des calcaires des terrains secondaires.


DES DOLOMIES.


La dolomie est un calcaire qui contient une grande quantité de magnésie carbonatée : elle forme d’assez grandes masses.


DES GYPSES PRIMITIFS.


Il se trouve des gypses dans les terrains primitifs ; Saussure en a vu au val Canarina ; il en a donné la description.

Daubuisson a également observé des gypses primitifs dans les Alpes.

Ces gypses primitifs ne contiennent aucuns débris d’êtres organisés.

Mais ils sont souvent mélangés avec d’autres substances des terrains primitifs.

Quelques minéralogistes prétendent aujourd’hui que ces gypses sont dans des terrains de transition ; cependant on n’y trouve aucuns débris d’êtres organisés, ce qui doit les faire classer avec les terrains primitifs.


DU SOUFRE PRIMITIF.


Deborn a trouvé du soufre dans des terrains primitifs, près de Schemnitz, en Hongrie ; on en a également trouvé à Moutiers, près le Mont-Blanc (Leçons de Minéralogie, tom. 1, pag. 13). Quelques minéralogistes regardent, à la vérité, ces terrains, appartenant à ceux de transition ; mais ils ne contiennent aucuns débris d’être organisés.

Mais le soufre se trouve fréquemment en état de combinaison dans les terrains primitifs, et y forme différens sulfures, principalement avec les substances métalliques, tels que les sulfures d’argent, de cuivre, de plomb, de fer, d’antimoine, de tellure…

Ce soufre se décompose par une opération qui n’est pas connue, qui paraît un effet de l’action galvanique ; il passe ensuite à l’état d’acide, et forme différens sulfates, tels que les sulfates de cuivre, ceux de plomb, de fer.


DE L’ANTRACITE PRIMITIF.


L’antracite se trouve dans les terrains primitif ; il y en a dans la Tarentaise, et dans plusieurs autres endroits (Leçons de Minéralogie, tome 1, page 18).

L’antracite des terrains primitifs ne contient aucuns débris d’êtres organisés.

Cet antracite peut être regardé comme du carbone pur.

Il passe à l’état d’acide sous forme d’acide carbonique, très-abondant dans les terrains primitifs.


DES SUBSTANCES MÉTALLIQUES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Il y a de grandes quantités de substances métalliques dans les terrains primitifs : elles s’y trouvent dans toutes ces espèces de terrains, dans des porphyres, des granits ; mais elles sont plus abondantes dans les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs, ou thon-chiffer.

Il y a des mines métalliques dans des granits. J’ai observé des mines de galène dans des granits de la montagne d’Ajou, proche la Claite.

Il se trouve aussi des mines métalliques dans des terrains volcaniques. Le Vésuve contient des mines de rubine, ou d’arsenic sulfuré rouge.

Les substances métalliques se trouvent dans la plupart des terrains primitifs ; il en est peu qui n’en contienne quelques portions, principalement du fer.

Mais elles ne sont abondantes que dans quelques contrées : en Europe, la Hongrie, le Hartz, Freyberg, la Suède, renferment des mines assez riches.

Mais les mines métalliques les plus riches et les plus abondantes, sont celles du Mexique et du Pérou.

Elles s’étendent, dit Humboldt, au nord et au midi de l’équateur sous une très-petite largeur.

Il paraît que les mines d’or et d’argent sont plus abondantes dans les régions équinoxiales.

Et celles de fer et de cuivre, dans les régions boréales.

Cependant les riches mines d’argent du Mexique, du Pérou, sont de l’argent gris, c’est-à-dire du cuivre sulfuré, contenant une plus ou moins grande quantité d’argent.

Les substances métalliques des terrains primitifs, se présentent sous plusieurs états différens.

a. Elles forment des filons plus ou moins étendus : celui de la Biscaina a plus de douze mille mètres de longueur en ligne droite.

b. Quelques filons ont peu de longueur, et se coupent en différens sens : ce sont les strocks-verdes des Allemands.

c. Quelques mines métalliques forment des couches régulières : floez des Allemands.

d. Enfin, d’autres masses métalliques sont amoncelées en amas, que les Allemands appellent nids.


DES POUDDINGS, ET DES BRÈCHES PRIMITIFS.


On trouve un grand nombre de brèches et de pouddings dans les terrains primitifs : ce sont des faits qui ont été constatés par tous les voyageurs instruits.

Les anciens Égyptiens avaient des brèches et des pouddings primitifs d’une grande beauté ; ils les travaillaient pour en orner leurs édifices, et leurs appartemens.

Saussure a observé des pouddings et des brèches primitifs à la Valorsine (§ 687), et dans d’autres montagnes primitives des Alpes.


DES GRÈS PRIMITIFS.


Saussure a également trouvé des sables et grès primitifs à côté des pouddings de la Valorsine : « Les bancs de pouddings, dit-il, § 693, forment, dans la montagne, une épaisseur d’environ cent toises, que j’ai suivi l’espace de plus d’une lieue. Au-dessus se trouvent des ardoises ; au-dessus des ardoises sont des grés à couches minces : ces grés sont souvent mêlés de mica et de quartz »

Le même observateur a vu des grés dans la montagne du Buet (§ 583) : « On compte, dit-il, § 585, cinq à six couches de grés, épaisses chacune de douze à quinze pouces ; sous celui-ci, on en trouve un autre plus grossier, auquel on pourrait même donner le nom de poudding ; il est composé de fragmens de quartz gris ou rougeâtre, demi-transparent, de fragmens de feldspath rougeâtre, et de petites pyrites jaunes ».

J’ai aussi trouvé de ces grès, dans la montagne d’Ajou (Leçons de Minéralogie, tome 2).

On voit que les substances appelées par Saussure, grés primitifs, sont bien différentes des sables quartzeux des terrains secondaires : ce sont plutôt des brèches, ou pouddings réduits en très-petites parcelles.


DES CRISTAUX PARTICULIERS DANS LES SUBSTANCES DES TERRAINS PRIMITIFS.


Les diverses substances des terrains primitifs, contiennent des quantités plus ou moins considérables de divers cristaux particuliers, différens de la masse principale.

Les schistes primitifs, les schistes micacés… contiennent de grandes quantités de grenats, bien cristallisés. On en trouve, dans le Tyrol, qui ont plusieurs pouces de diamètre.

On trouve également des appatits primitifs, des tourmalines, des topazes, des hyacintes… dans des terrains primitifs.

Les filons métalliques sont remplis de cristaux de diverses substances, telles :

Les quartz cristallisés ;
Les spaths pesants, baryte sulfatée ;
Les fluors ;
Les calcaires ;
Les stronfianes ;
Les Zéolites…


DES TERRES DES TERRAINS PRIMITIFS.


On trouve encore, dans les terrains primitifs, différentes terres :

1°. Des terres argileuses, ou terres à porcelaines, provenant de la décomposition des porphyres, des granits.

2°. Des terres à foulon, ou magnésiennes.

Les granits et granitoïdes, les porphyres et porphyroïdes, les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs (thon-schiffer), les petrosilex… paraissent former la plus grande partie des terrains primitifs.

Les calcaires, les gypses primitifs y sont plus rares.

Toutes ces substances diverses, dont nous venons de parler, sont mélangées, et forment des strates particuliers. Ils sont séparés quelquefois par des solutions de continuité.

D’autres fois, ils sont contigus, quoique de natures différentes. Des strates de granit sont quelquefois contigus avec des strates de hornblende, de serpentine, de schistes, de calcaire… et chacune de ces diverses substances présente des phénomènes analogues.

Mais on ignore si ces granits, ces porphyres, ces gneis… qu’on observe, à la surface du globe, dans les terrains primitifs, s’étendent jusqu’au centre de la terre. Tout ce que nous pouvons conclure des divers faits que nous connaissons, est :

1°. Que le globe n’est pas creux, et qu’il doit y avoir, dans l’intérieur du globe, et particulièrement le long de son axe, de grandes masses de fer magnétique ;

2°. Que la densité des substances, dont est composé cet intérieur, est à-peu-près double de celle des substances qui sont à sa surface.

En ne nous écartant pas des analogies, nous supposerons que les substances, dont est composé l’intérieur du globe, sont de la même nature que celle des surfaces dans les terrains primitifs. Mais les substances métalliques, surtout les ferrugineuses, les barytites, les strontianites… y sont en plus grande quantité.

Les diffèrens strates du globe, paraissent, en général, avoir à-peu-près la même densité, ainsi que nous l’avons vu, d’après la longueur constante du pendule aux mêmes latitudes, et y forment différens strates.

Lorsque toutes les parties premières des matières des divers corps terrestres se réunirent, elles formèrent des masses solides qui se précipitèrent au centre. Le noyau solide du globe en fut formé. Des cristallisations postérieures s’amoncelèrent autour de ce noyau, et la masse sphéroïdale du globe en fut augmentée successivement, sans qu’on puisse déterminer la nature de ces divers strates.

Ces substances cristallisées ont conservé une portion de leur eau de cristallisation. L’analyse la retire de plusieurs de ces substances, telles que les zéolites, les calamines.

Mais l’eau vint, comme le dit Lucrece, surnager sur ces masses solides qui se précipitèrent, et formèrent les mers, parce que, les eaux étant plus légères, furent toujours repoussées à la surface.

On a donné le nom de terrains secondaires à ceux qui contiennent des débris d’êtres organisés, quelle que soit d’ailleurs leur nature. On les a encore appelés quelquefois terrains coquilliers, à cause de la grande quantité de coquilles qu’on y observe, terrains madraporites…

Ces terrains peuvent être de différentes natures.

Les calcaires secondaires ;
Les gypses secondaires ;
Les phosphates calcaires ;
Les ardoises ou schistes secondaires ;
Les terrains sulfureux secondaires ; ’
Les terrains métalliques secondaires ;
Les terrains bitumineux secondaires ;
Les brèches secondaires ;
Les pouddings secondaires ;
Les sables secondaires ;
Les masses granitiques sur le secondaire ;
. . . . . . . . . . . . . . .
DES CALCAIRES SECONDAIRES.


Les calcaires secondaires forment la majeure partie des terrains secondaires ; ils s’y présentent sous différentes formes. (Leçons de Minéralogie, tome 2, page 322.)


a. Spath calcaire cristallisé ;
b. Albâtre ;
c. Marbre ;
d. Pierres calcaires compactes ;
e. Tuf, ou pierres calcaires poreuses ;
f. Craie.
. . . . . . . .

Ces calcaires contiennent des quantités plus ou moins considérables de débris fossiles d’êtres organisés.

Tous ces calcaires forment en général des couches assez régulières,


DES GYPSES SECONDAIRES.


Les terrains secondaires renferment de grandes quantités de gypses. On les distingue de ceux des terrains primitifs, par les fossiles que ces derniers contiennent.

Les gypses des environs de Paris, sont remarquables par les quantités considérables de fossiles qui s’y trouvent. Il y a des ossemens de quadrupèdes, de tortues, d’oiseaux, de poissons, des coquilles… dont nous parlerons ailleurs.

Ils forment différentes couches qui varient dans les différens endroits. À Montmartre, et dans les environs, il y a trois grandes masses de gypse divisées en plusieurs couches.

Au midi de la ville, il n’y a pas le même nombre de couches, et elles ont moins d’épaisseur.

Ces gypses, des environs de Paris [2], occupent une étendue de plusieurs lieues, le long du bassin de la Marne, depuis au-dessus de Chàteau-Thierry, jusqu’au confluent de l’Oise.

Il y a des gypses secondaires dans plusieurs autres contrées. Ceux d’Aix, en Provence, contiennent également un grand nombre de fossiles.


DE L’APPATIT, OU DU PHOSPHATE CALCAIRE (ESTRAMADURITE), DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Proust a observé, dans les montagnes de l’Estramadure, en Espagne, des couches considérables de phosphate calcaire [3], que j’ai appelé estramadurites. [4] Bowle paraît être le premier qui en ait fait mention. « Les couches de cette pierre, dit Proust, toujours horizontalement placées sur le quartz, portent l’empreinte manifeste d’une cristallisation aqueuse, qui ne peut appartenir à l’ancien travail de la nature ».

Cette pierre est toujours mélangée avec une portion considérable de silice.

On retrouvera sans doute ailleurs des couches semblables de ce calcaire phosphate.


DES SCHISTES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Les schistes sont très-abondans dans les terrains secondaires. On les distingue des schistes primitifs, par les fossiles qu’ils contiennent [5].

Les ardoises d’Angers nous présentent des schistes secondaires d’un grand intérêt. Ils sont feuilletés, et on en forme de fort bonnes ardoises, qui ont peu d’épaisseur.

L’inclinaison de ces couches à l’horizon, est de 50, 60 et même 70 degrés.

Ils contiennent une espèce particulière de crustacés, ce qui ne permet pas de douter qu’ils ne soient d’une formation secondaire.

On y trouve beaucoup de pyrites.

De pareils schistes se trouvent dans beaucoup d’endroits.

Ces schistes varient par leurs principes. Ils contiennent :

1°. De la silice ;
2°. De l’alumine ;
3°. Du fer.
4°. Quelquefois de la potasse ;
5°. Du carbone.

Il en est qui contiennent de la magnésie ;

Quelques autres, de la chaux ;

Enfin, il en est qui sont presqu’entièrement siliceux.


DES COUCHES ARGILEUSES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Les terrains secondaires sont remplis de couches argileuses. Elles varient par la nature des principes qu’elles contiennent. Les oxides de fer y sont abondans, et leur donnent différentes couleurs.

Aux environs de Paris, il y a plusieurs couches d’argile secondaire, dont quelques unes contiennent des coquilles.


DES HOUILLES, OU SUBSTANCES BITUMINEUSES.


Les houilles, proprement dites, ou substances bitumineuses, ne se trouvent que dans les terrains secondaires. Elles diffèrent entièrement de l’antracite [6].

Les houilles forment des couches immenses. Dans les montagnes Saint-Gilles, près de Liège, il y a soixante-une couches de houilles séparées par d’autres couches de différens terrains, calcaires, argileux… à la profondeur de plus de trois mille pieds.

On distingue plusieurs espèces de substances bitumineuses.

Les tourbes.
Les ampelites.
Les geanthrax.
Les jayets.
Les xilanthrax.
Les lithanthrax.
Les asphaltes.
Les maltha.
Les petroles.

Ces substances bitumineuses forment des couches immenses dans les terrains secondaires.

Nous en parlerons ailleurs très-en détail.


DES COUCHES SULFUREUSES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Le soufre se trouve assez abondamment dans quelques terrains secondaires.

Au val de Mazzara, en Sicile, il est assez abondant. Il y forme, dit Dolomien, des bancs de différentes épaisseurs, depuis deux pieds jusqu’à trente. Ils sont horizontaux, ou tendent à la situation horizontale. Ils alternent avec des bancs de gypse blanc en masse, d’un grain fin (alabastrité), et sont recouverts par ce même gypse. (Journal de Physique, tome 46, page 207.) Il s’y trouve avec la strontiane sulfatée.

A Césène, dans le duché d’Urbain, en Italie, le soufre se présente également en couches alternant avec des couches de gypse et d’argile. Ces couches ont plus ou moins d’épaisseur.

Une des plus considérables de ces soufrières est celle de Formigniano, à trois lieues de Césène. Il y a plusieurs couches de soufre, qui alternent avec des couches argileuses. Les dernières couches sulfureuses sont recouvertes par des couches de gypse. La plus élevée de ces soufrières est celle de Saussina, vers une des parties les plus hautes des Apennins.

En Toscane, dans les marennes de Sienne, il y a une soufrière célèbre appelée Péretta. On y trouve également une grande quantité d’eaux sulfureuses, particulièrement à Saturnial et aux bains de Saint-Philippe.

On voit encore du soufre et des eaux sulfureuses proche Rodicofani, qui a été un ancien volcan.

À Volterre, qui a été également un ancien volcan, il y a également du soufre et des eaux sulfureuses.

Dans les laves du mont d’Or on trouve du soufre.

Ce soufre se sublime partout auprès de la solfator, du Vésuve, du Pic de Ténérif et de tous les volcans.

Mais à Bex, en Suisse, où il n’y a eu aucun volcan, on trouve, dans les salines, du soufre cristallisé. Quelques galeries y sont tellement remplies de gaz hydrogène sulfuré, qu’on ne saurait y pénétrer que difficilement.

A Conilla, près Cadix, il y a des quantités considérables de soufre. Quelques morceaux offrent de très-beaux cristaux.

Le soufre est abondant en plusieurs autres endroits de l’Espagne, dans les terrains secondaires.


DES SUBSTANCES MÉTALLIQUES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


On trouve, dans les terrains secondaires, de grandes quantités de substances métalliques, qui y sont sous différens états, principalement à l’état d’oxides, et de sulfures.

Le fer forme des mines entièrement abondantes dans les terrains secondaires ; il y est à l’état de fer oxidé, de fer limoneux de fer phosphate, de fer carbonaté… (Leçons de Minéralogie, tome 1) : elles sont l’objet d’exploitations immenses.

Les mines de plomb sulfuré, sont également très-abondantes dans les terrains secondaires.

A Bleyberg, en Carinthie, il y en à une mine considérable ; quatorze couches de galème alternent, avec autant de couches calcaires secondaires, dont quelques-unes contiennent de belles lumacchelles.

J’ai vu, dans plusieurs endroits du département de Saône-et-Loire, proche la claitte, de la galème, dans des terrains secondaires : elle y est cristallisée en beaux cubes.

À Pompeau, en Bretagne, il y a une mine de galeme, ou plomb sulfuré, décrite par Gillet-Laumont (Journal de physique 1786, mai, tome 33, page 366) : elle est dans une argile bleuâtre : on a trouvé, dans le filon, des coquilles marines, des cailloux roulés, et un châtaignier entier, à deux cent quarante pieds de profondeur, couché horizontalement dans la direction du filon.

Humboldt a vu des mines de mercure dans des terrains secondaires : « Les mines de mercure du Mexique, dit-il (Histoire de la Nouvelle-Espagne, page 584), sont de formation très-différente les unes se trouvent en couches dans des terrains secondaires ; les autres sur des filons qui traversent des porphyres trappéens, Au Durasno, entre Tierra-Neuva, et San Luis de la pax, le cinabre mêlé de beaucoup de globules de mercure natif, forme une couche horizontale (manteau), qui repose sur des porphyres ; ce manteau, qu’on a percé par des puits de cinq à six mètres de profondeur, est recouvert d’argile schisteuse, qui renferme des bois fossiles, et de la houille. En examinant le toit du manteau, on trouve, depuis le jour, d’abord une couche de schiffer-ton (argile schisteuse), imprégnée de nitrate de potasse, et contenant des débris de végétaux pétrifiés ; puis un strate de houille schisteux (schieffer-kolhe), d’un mètre d’épaisseur ; enfin, du schiffer-ton, qui recouvre immédiatement le minerai de mercure. ».

Les mines célèbres de mercure, à Idria, en Carinthie, sont également dans un calcaire secondaire.

Il y a aussi des mines de cuivre dans des terrains secondaires : celles d’Ilmenau, en Thuringe, sont dans un schiste argileux rempli de fossiles : elles sont assez riches pour être exploitées avec avantage.

Les riches mines de calamine (zinc oxidé ou carbonaté), du duché de Limbourg, du côté d’Aix-la-Chapelle, sont dans des terrains secondaires.


DES COUCHES DE STRONTIANE SULFATÉE, DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Les premières couches d’argile des terrains des environs de Paris, contiennent beaucoup de strontiane sulfatée : elle s’y présente sous forme de masses arrondies de quelques pouces de diamètre, que les ouvriers appellent miches ou rognons. Ce sulfate est composé de strontiane et d’acide sulfurique : il est mélangé d’autres substances [7].

Le sulfate de strontiane, se trouve au val de Mazzara, en Sicile, au milieu de couches de gypse et de soufre : il y forme de très-beaux cristaux.

Le sulfate de strontiane a été remarqué d’abord à Stronfian, en Écosse : il s’y trouve avec de la galème.

Le carbonate de strontiane se trouve en différens endroits.


DES BARITYTES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Withering a trouvé la baryte carbonatée, ou witherite, à Anglesarck, dans le comté de Lancastre, en Angleterre, dans une montagne composée de schistes, de grès et de houille, ou charbon de terre ; par conséquent, dans un terrain de nouvelle formation.

La pierre de Boulogne (sulfate de baryte), ou litheosphore, se trouve au mont Paterno, auprès de Boulogne, dans des I couches d’argile et de marne.

Dans les filons de galème de Bleyberg, en Carinthie, terrain secondaire, on trouve des cristaux de barythe sulfatée (De Born, tome 1, page 271).


DES COUCHES DE SEL GEMME, DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Le sel gemme, ou muriate de soude, est très-abondant dans les terrains secondaires ; il s’y présente sous deux états différens : 1°. il y forme, le plus souvent, des amas considérables, connus sous le nom de salines, ou mines de sel : il y a peu de contrées en Europe, où on n’en rencontre. Celles de Pologne se distinguent particulièrement. Wild a donné une énumération de plusieurs de ces mines (Journal de Physique, tom. 53, page 427).

2°. On trouve également du sel, ou muriate de soude, mélangé dans des terres, des sables, à la surface de la terre… On l’en retire, par lixiviation.


DES BRÈCHES ET POUDDINGS DES TERRAINS SECONDAIRES [8].
.


Les brèches sont très-communes dans les terrains secondaires. Plusieurs forment de beaux marbres, qui sont très-recherchés ; tels sont la brocatele d’Espagne, la brèche violette, la brèche dite d’alep…

Ces brèches sont le plus souvent calcaires et agglutinées par un ciment calcaire.


DES POUDDINGS DES TERRAINS SECONDAIRES.


Les pouddings sont assez communs dans les terrains secondaires. On en observe des masses très-considérables dans la Champagne, dans le Gâtinais, du côté de Nemours, Montargis. Ils forment des rochers qui ont plus de vingt à trente pieds de hauteur. Ils sont composés de silex agglutinés par un ciment siliceux.

On en trouve en Angleterre de très-beaux.

L’Égypte en fournit également de grandes masses. Il paraît que la fameuse statue de Memnon était composée de pareils pouddings.

Il peut y avoir des pouddings composés d’autres pierres que de silex.


DES SABLES, OU COUCHES GRÉZEUSES DANS LES TERRAINS SECONDAIRES.


Les sables sont très-communs dans les terrains secondaires, Ils y forment souvent des couches considérables.

Ces sables diffèrent de ceux des terrains primitifs. Ils sont en partie quartzeux, mélangés néanmoins quelquefois de portions calcaires. Alors ils font effervescence avec les acides.

Les sommets des collines des environs de Paris sont formés de ces sables. Ils y forment des couches très-régulières, comme on l’observe à Mesnilmontant, à Montmartre… Ces couches alternent avec d’autres couches, qui sont de marne, de craie, d’argile…

Les sables des environs de Paris contiennent de grandes quantités de coquilles marines, de cerithes, de corbules…

C’est en quoi ils diffèrent des sables d’alluvion, formés par les eaux, comme les sables charriés par les grands fleuves.

Ces sables s’étendent à d’assez grandes distances de Paris ; à Fontainebleau, à Villers-Coterets…

On retrouve de pareils sables dans différentes contrées. Le Hanovre, la Prusse… en contiennent beaucoup.

L’Afrique a des plaines immenses de sables. On ne connaît pas toute l’étendue de celles de l’intérieur de ce pays.

Mais celles du Shara s’étendent depuis le mont Atlas jusqu’à la vallée du Nil, se continuent au-delà de cette vallée jusqu’à la mer Rouge. On les retrouve au-delà de la mer Rouge, dans l’Arabie ; ils s’étendent jusqu’à la vallée de l’Euphrate. On les retrouve au-delà de cette vallée, en Perse.

Le grand désert sabloneux de Chamo… pourrait bien en être une suite.

L’Amérique contient une moins grande quantité de ces sables.

Les sables dont nous venons de parler, sont en partie des produits de ces cristallisations secondaires.

Une autre portion paraît être des produits d’alluvion, tels que ceux du Zuiderzé.


DES MASSES GRANITIQUES ÉPARSES SUR LES COUCHES SECONDAIRES.


On a trouvé sur de hautes montagnes calcaires secondaires, et bien loin des terrains primitifs, de gros blocs de granit, et d’autres pierres de terrains primitifs.

Il existe de ces blocs de granit sur les monts Salèves, auprès de Genève. Ils sont plus ou moins gros, plus ou moins roulés, et toujours ou presque toujours à la surface de la terre.

On en trouve aussi beaucoup dans le pays de Vaud, sur les bords du lac Theman, et à une distance plus ou moins considérable de ce lac. Plusieurs de ces blocs sont très-gros ; d’autres sont d’un assez petit volume.

J’ai également vu plusieurs pareils blocs sur le Jura, du côté de Pontarlier. Quelques-uns ont plus de cent pieds cubiques ; d’autres sont plus petits, et Pontarlier est élevé de trois cents toises au-dessus du niveau du lac de Genève.

Toute la chaîne du Jura est couverte de pareils blocs de granit, qui sont d’un volume plus ou moins considérable.

On observe de pareilles masses granitiques en divers endroits de l’Allemagne, dans des terrains secondaires.

Le fameux bloc granitique qui a servi à faire le monument élevé à Pierre Ier, dans la ville de son nom, Pétersbourg, a été trouvé dans un marais.

Linneus parle d’un gros bloc micacé, qu’on voit auprès de Hoburg, en Gothlande, qui, dit-il, y a été apporté d’ailleurs.

Bergman a fait la même observation. « On voit, dit-il, sur la montagne calcaire de Ruttvick, dont le sommet s’élève environ de six mille pieds au-dessus du niveau de la mer, des pierres d’une grosseur prodigieuse, et d’une nature différente de celle de la montagne.

« Sur la montagne de Roduberg, on remarqué un bloc de feldspath rougeâtre à grains grossiers, mêlé de quartz et de mica brun. » (Bergman, Géographie physique, Journal des Mines de France, N. XVI, page 64.)


DES CRISTAUX PARTICULIERS DANS LES SUBSTANCES DES TERRAINS SECONDAIRES.


Au milieu des substances des terrains secondaires, on trouve d’autres substances distinctes, formant des cristaux isolés.

Les boracites sont cristallisés au milieu des gypses de Lunebourg et de Segebert.

Des fluors sont cristallisés au milieu du calcaire dans les environs de Paris.

Des strontianes sulfurées sont cristallisées au milieu des argilles, des gypses…

Du soufre est cristallisé au milieu du gypse, du sulfate de, strontiane au val de Mazzara, en Sicile…


DES TERRAINS SECONDAIRES QUI SE TROUVENT DANS DES LACS D’EAU DOUCES.


J’ai parlé, dans ma théorie de la terre (tome 5, pag. 137.), des terrains formés dans les lacs d’eau douce. On s’en est beaucoup occupé depuis cette époque.

On distingue ces terrains de ceux qui ont été formés dans le sein de la mer, par la nature des fossiles qu’ils contiennent. Ceux des terrains d’eau douce contiennent des coquilles fluviatiles, telles que des planorbes, des lymnées, des moules… tandis que les autres contiennent des coquilles marines.

Mais j’ai fait voir que des terrains formés dans les eaux des mers, peuvent contenir des coquilles fluviatiles. Car, les eaux des fleuves, qui se rendent dans le sein des mers, y charrient les coquilles fluviatiles, ainsi que les coquilles terrestres, ainsi que les débris des animaux qui vivent sur leurs bords, ainsi que les plantes des continens… (Journal de Physique, tome 72, page 465).

J’ai prouvé également que des terrains formés dans les eaux douces, peuvent contenir des coquilles marines. J’ai pris pour exemple le lac de Genève. Son bassin a été formé dans les eaux des mers, comme le prouvent les coquilles marines qui y sont contenues… Il y en a beaucoup au mont Saleves…

Les eaux du lac, dans leurs grands mouvemens dégradent les bords de ce bassin : des portions en tombent dans le lac. Elles sont charriées à de plus ou moins grandes distances par les courans, et se mélangent avec les terrains qui se forment au fond du lac. Il peut donc se trouver des coquilles marines dans ces terrains, quoique formés dans les eaux douces. (Journal de Physique, tome 76, page 57).

Il est donc certain que des terrains ont été formés dans des eaux douces, comme il s’en forme encore journellement dans les grands lacs du nord de l’Amérique, le lac Ontario, le lac Erié… le baikal, le lac Onéga… les lacs de la Suisse, le lac de Genève, le lac majeur…

Mais on ne saurait affirmer qu’un terrain a été formé dans des lacs d’eau douce, parce qu’on trouve, dans ce terrain, quelques coquilles fluviatiles.


DES TERRAINS DE TRANSITION.


Werner a cru reconnaître des terrains d’une nature particulière, qu’il appelle de transition, ou intermédiaires, parce qu’il suppose qu’ils se trouvent entre les terrains primitifs et les secondaires ; ils contiennent des fossiles.

Nous en parlerons ailleurs.


DES TERRAINS D’ALLUVION.


Ces terrains d’alluvion sont uniquement formés par les substances minérales charriées par les eaux courantes, principalement par les grands fleuves. On à encore quelquefois désigné, ces terrains sous le nom général d’attérissemens : tels sont :

Les limons ;
Les galets ;
Les sables d’attérissement ;
Les brèches ;
Les pouddings.

Ces terrains d’alluvion s’observent principalement dans les vallées étendues, où coulent les grands fleuves, et à leur embouchure dans les mers.

a. Quelquefois ces attérissemens sont composés seulement de parties argileuses, de limons… comme l’est le Delta, en Égypte, formé par les attérissemens du Nil…

b. D’autres fois ces attérissemens contiennent une grande quantité de galets. Telle est la plaine de la Crau, à l’embouchure de la Durance…

c. Ces galets s’agglutinent quelquefois, et forment des pouddings et des breches.

d. Enfin, si ces galets sont réduits en parties très-fines, ils forment des sables.


DU LIMON.


Lorsque les parties déposées par les eaux sont à l’état terreux, on les appelle limons. Elles contiennent le plus souvent des portions de végétaux et d’animaux décomposés ; on donne alors à ces limons le nom de humus. (Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 564.) Telles sont les plaines de la Basse-Égypte, du Delta.


DES GALETS OU PIERRES ROULÉES.


Tous ces terrains sont remplis de pierres, qui ont été usées et arrondies par le frottement qu’elles ont éprouvées en roulant dans le sein des eaux. On leur a donné le nom de pierres roulées, ou de galets.

La plaine de la Crau, en Provence, formée par les attérissemens de la Durance, l’île de la Camargue, formée par les attérissemens du Rhône… sont remplies de galets plus ou moins gros.

On retrouve de pareils galets dans la plupart des rivières et des fleuves.

Ces galets sont composés des roches qui ont été détachées des montagnes, d’où viennent les eaux qui les ont apporté. Les observateurs les y reconnaissent facilement.


DES BRECHES ET POUDDINGS D’ALLUVION.


Enfin, les terrains d’alluvion contiennent également une grande quantité de brèches et de pouddings.

Ces pouddings sont formés de galets agglutinés par un ciment quelconque. Il peut être siliceux, calcaire…


DES SABLES D’ALLUVION.


On voit, dans les vallées où coulent les grands fleuves, qui viennent des terrains primitifs, des quantités plus ou moins considérables d’un sable quartzeux et très-fin. Les vallées de la Loire, de la Garonne, de l’Adour, du Rhin… sont remplies d’un pareil sable. Il s’amoncèle ensuite à leur embouchure dans l’Océan, où il forme des barres, des îles, et comble souvent ces bras de mer. C’est ainsi que les sables accumulés à l’embouchure du Rhin empêchent que la plus grande partie de ces eaux se rendent en masse à la mer : elles se perdent dans ces sables, et le Zuiderzée est comblé en partie par cette masse sableuse qui s’accroît chaque jour.

La Seine, à Paris, contient des sables quartzeux qui y sont apportés par la rivière de l’Yonne. Ils s’amoncèlent au Hâvre, et y forment des barres… Ces sables accumulés dans les eaux des mers, y forment des bancs plus ou moins étendus qui forment des obstacles à la navigation.

Les masses des sables d’alluvion s’étendent souvent dans le sein des mers, où ils forment des bancs considérables. On en voit dans la mer d’Allemagne, plusieurs qui paraissent des prolongations des sables charriés par le Rhin, le Wéser, l’Elbe… Tel est le borneur, qui s’étend jusques sur les côtes d’Écosse…

Il y en a un, autre dans le golfe de Lyon, qui s’étend jusques sur les côtes d’Afrique.

Le banc de sable de Terre-Neuve a peut-être été formé par les sables charriés par le Mississipi et les fleuves des États-Unis, et ensuite amoncelés par le courant du golfe du Mexique.

Ces sables d’alluvion formés par le cours des fleuves, se distinguent de ceux des terrains secondaires, dont nous avons parlé ci-devant, par la nature des coquilles qu’ils contiennent. Nous avons vu que celles qui sont dans les sables des environs de Paris sont des coquilles marines, des cerites, des solen… D’ailleurs, ces sables forment des couches régulières, au lieu que les sables d’alluvion sont amoncelés en masses informes.

Une portion de ces amas immenses de sable, qu’on observe dans les plaines d’Afrique, d’Asie… peut provenir de ces sables d’alluvion.


TERRAINS VOLCANIQUES.


Les éjections volcaniques couvrent quelquefois des contrées entières, et forment ce que je désigne ici par terrains volcaniques ; ils sont très-étendus, et occupent une assez grande partie de la surface de la terre.

On doit distinguer plusieurs espèces de terrains volcaniques :

1°. Ceux qui sont formés pour les éjections des volcans en activité.

2°, Ceux qui sont formés d’éjections de volcans éteins.

3°. Ceux qui ont été formés par les éjections de volcans sousmarins.

Nous ne présenterons ici, au lecteur, qu’une description très-abrégée de ces différens terrains, parce qu’on la retrouve dans tous les auteurs.

Les volcans ont été beaucoup plus nombreux qu’on ne pense communément. Lorsqu’on parcoure sur la mappemonde, tous ceux dont parlent les observateurs, on est étonné de leur nombre : sans doute ils ne sont pas encore tous connus.

Il y a encore un grand nombre de volcans sousmarins : nous en soupçonnons quelques-uns ; mais nous sommes bien éloignés de les tous connaître.

Le nombre des volcans éteins est beaucoup plus considérable que celui de ceux qui sont en activité. Les seuls minéralogistes en peuvent reconnaître l’existence, par les traces qu’ils ont laissées. C’est pourquoi les voyageurs ordinaires, la plupart peu instruits dans ces matières, n’ont pu nous donner aucune instruction à cet égard ; mais nous en pouvons juger par les pays que des voyageurs connaissant ces objets, ont parcourus.

La partie méridionale de l’Europe présente plusieurs volcans considérables, qui sont en activité.

L’Etna, en Sicile, connu aujourd’hui sous le nom de Mont-Gibel, est un des plus grands volcans qui existe. Sa première éruption date, suivant Guenau, de quinze cents ans avant notre ère (Collection Académique, partie française, tome 6, page 486) ; mais il est vraisemblable qu’elle a été bien antérieure.

On trouve, dans la même île, des vestiges de plusieurs volcans éteints, dont les principaux sont au Val-di-Notto, dans les monts Neptuniens, qui paraissent plus anciens que l’Etna.

Les îles Liparis ou Eoliennes, sur les côtes de Siciles, dans la mer de Naples, contiennent des volcans toujours en activité ; Stromboli, Vulcanello… jettent presque continuellement des flammes.

L’Italie compte deux volcans célèbres par leur activité : le Vésuve, dont la première éruption connue, qu’on a observée avec soin, eut lieu en 77 de notre ère. Mais plusieurs faits paraissent prouver qu’il y avait eu des éruptions antérieures.

Et le Solfatan, qui, depuis le commencement de ce siècle, ne fait plus d’éruption.

Mais le reste de l’Italie est rempli de vestiges d’anciens volcans éteints.

Ces volcans s’étendent à l’est par le mont Voltera jusqu’à la mer Adriatique.

Toute la côte de la Campanie présente des restes volcaniques.

Les environs de Rome, et le sol, même de la ville, paraissent entièrement volcaniques.

Ces laves s’étendent jusqu’à Sienne, du côté de Boulogne.

Par conséquent, on peut assurer que, depuis Sienne jusqu’aux dessous de Naples, c’est-à-dire l’espace d’environ quatre-vingts lieues, toutes ces contrées indiquent l’action des feux souterrains ; il faut en excepter environ vingt lieues, depuis le mole de Gaëte jusqu’auprès de Velletri, où on n’observe aucune trace volcanique.

Dans le Vicentin et le Padouan, il y a un espace de quinze lieues, qui, suivant les observations d’Arduini, ne présente que des vestiges d’anciens volcans, lesquels paraissent avoir été sousmarins ; ils occupent une partie des monts Euganiens. Les plus considérables de ces volcans sont :

Le mont Sainte-Lucas,
Le mont Gorgignano.
Le mont Rosso, à Padoue,
Les monts Diavolo, Bonca et Bolca, dans le Viconois,
Le mont Levignon, dans le Vicentin.

Toute cette partie de l’Italie paraît avoir été ravagée par les volcans.

Les Lagunes de Toscane sont remplies d’eaux chaudes, de vapeurs de gaz hydrogène sulfuré, et d’acide sulfureux.

On trouve dans le Modénois et dans la Ligurie, des sources abondantes d’huile de pétrole, de naphte, qui sont volatilisées.

Les parties méridionales de la France sont remplies de cratères de volcans éteints, et de substances volcaniques : on y observe de très-belles chaussées basaltiques, des scories, des pouces, de la pouzzolane.

Le nord de l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande, les îles Hybides, offrent des restes considérables de matières volcaniques : la chaussée d’Antrim, l’île de Staffa, présentent des colonnes basaltiques de la plus grande beauté.

L’Islande renferme plusieurs volcans en activité, tels que l’Hecla, le Kattlegia.

Des volcans éteints sont très-nombreux en Allemagne ; il y en a un grand nombre sur les rives du Rhin, à Bonn… dans la Hesse, en Bohême, en Lusace, en Misnie, en Hongrie.

L’Asie possède plusieurs volcans en activité, les monta Albours, du côté de Tauris.

Il y a, du côté du Kamschatka, trois volcans considérables, celui d’Awatcha, celui de Tolbulchick, celui de Kamsatka.

Le Japon, et les îles de l’Archipel indien, contiennent plusieurs volcans en activité.

L’Afrique a aussi des volcans en activité ; on y distingue particulièrement celui nommé Pic du Teyde, aux Canaries ; les volcans de l’île de Bourbon.

Mais les plus grands volcans connus, sont ceux du Mexique, et du Pérou : on y distingue, principalement au Mexique, les Volcans de Oribasa, de Perottes, de…

Au Pérou, il y a les volcans de Cotopaxi, de Pitchinca, de Chimboraço.

Toutes les îles de la mer Athlantique sont remplies de volcans en activité : les Açores, Madère, l’île de Ténérife, le Cap-Vert, l’île de Bourbon…

Les substances vomies par ces divers volcans répandus sur la surface du globe, en ont couvert une partie assez considérable, et ont formé ce qu’on appelle les terrains volcaniques.

Dans quelques-uns de ces terrains les substances volcaniques sont entières, et n’ont éprouvé aucune altération, ou au moins une très-petite : c’est ce qu’on observe au pic de Teyde, à l’île de Bourbon, à l’Ètna, au Vésuve…

Dans quelques autres, les substances volcaniques ont commencé à éprouver une altération. On voit à l’Etna, au Vésuve…, des substances déjà plus ou moins altérées.

Enfin, on trouve, dans d’autres terrains, les substances volcaniques entièrement décomposées, comme dans les plaines de la Limagne d’Auvergne…

Ici les substances volcaniques couvrent entièrement la surface du sol, qu’il soit primitif ou secondaire ; et lorsque les laves sont porphyriques, et le sol secondaire, soit calcaire, soit bitumineux… on serait tenté de croire que les porphyres peuvent reposer quelquefois sur les terrains secondaires. Les Neptuniens ont tiré souvent cette conséquence, parce qu’ils ont regardé comme de vrais porphyres formés par l’eau, des laves porphyriques formées par le feu.

Ailleurs, des substances volcaniques alternent avec des couches de différentes matières, bitumineuses, calcaires… Ceci indique que les volcans ont été sousmarins, et qu’ils ont éprouvé différentes éruptions. Dans l’intervalle d’une de ces éruptions à l’autre, il s’est formé de nouvelles couches calcaires, bitumineuses… Une nouvelle éruption volcanique à couvert ces couches… et ainsi alternativement jusqu’à vingt couches, comme quelques volcans…

Enfin, les substances volcaniques sont quelquefois entièrement cachées sous d’autres couches.

Parmi le grand nombre de volcans dont nous venons d’indiquer les lieux, il en est plusieurs qui paraissent éteints, et qui depuis plusieurs siècles, ne rejettent plus aucune substance volcanique.

On ne pourrait cependant pas assurer que le foyer de l’incendie est parfaitement éteint ; car on trouve encore souvent dans leur voisinage des matières combustibles, telles que l’asphalte, le pétrole, la naphte, qui sont volatilisées. C’est ce qu’on voit auprès du Puy-de-Dôme, au mont Ararath… On voit, auprès d’autres volcans éteints, que l’acide sulfureux est volatilisé…, Toutes ces substances ne peuvent être volatilisées, que parce qu’il y a encore un degré de chaleur assez considérable dans l’intérieur de la terre en ces endroits.

D’autres volcans demeurent tranquilles pendant un tems plus ou moins considérable, au point qu’on les croit éteints. Leurs feux se rallument ensuite avec une nouvelle activité. C’est ce qui est arrivé au Vésuve en 1631… Il était tranquille depuis plusieurs siècles…

C’est ce qui est arrivé à Montenuovo, en 1572 ; c’est ce qui est arrivé au volcan de Jorullo, au Mexique, en 1755.

Enfin, il est des volcans qui jettent perpétuellement des flammes et des laves. Le Stromboli, depuis deux mille ans, vomit continuellement des flammes et des matières volcaniques, Il n’y a environ qu’un quart-d’heure d’intervalle entre chaque jet de flammes et de substances volcaniques.


DES TERRAINS PSEUDO-VOLCANIQUES.


Ces terrains ne sont pas très-étendus. Cependant ils sont en assez grand nombre, pour que l’historien géologue en doive faire mention. J’ai décrit (Leçons de Minéralogie, tom. 2, p. 547.) la matière des pierres qui les composent : et j’ai assigné les caractères qui doivent servir à les faire reconnaître.

Les substances pseudo-volcaniques sont des minéraux qui ont éprouvé l’action d’un feu et d’une chaleur plus ou moins considérables ; mais ce n’est pas un feu de volcans. Ce feu est produit par des bouilles ou autres substances bitumineuses, qui se sont enflammées spontanément. Dans presque toutes les grandes mines de houilles, il en est des portions enflammées ; les schistes et autres substances contiguës éprouvent une chaleur assez intense pour leur donner un aspect de substances volcaniques. C’est pourquoi on leur a donné le nom de pseudo-volcaniques.

La plupart des tripolis doivent rentrer dans la classe des pseudo-volcaniques, ainsi que les porcelanites…

Labouiche, en Auvergne, offre un grand nombre de ces substances. Des substances bitumineuses y ont été enflammées spontanément, et ont converti toutes les substances qui leur étaient contiguës en pseudo-volcaniques.

Ces terrains sont également abondans en Saxe, où Wemer les a observé.


DES ROCHES OU PIERRES AGRÉGÉES.


J’ai donné le nom de roches aux pierres agrégées qui sont composées de différentes substances minérales cristallisées ensemble, et formant une seule masse. (Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 429). Je les ai divisées en différens ordres ou sous-divisions, à raison des substances dont elles sont formées. Les différentes terres qui y dominent, sont les bases de ces sous-divisions.

1°. Sous-Division. Roches siliceuses.
2°. Sous-Division. Roches argileuses.
3°. Sous-Division. Roches magnésiennes.
4°. Sous-Division. Roches calcaires.
5°. Sous-Division. Roches barytiques.
6°. Sous-Division. Roches strontianiques.
7°. Sous-Division. Roches gluciniques.
8°. Sous-Division. Roches circonéennes.
9°. Sous-Division. Roches gadoliniques.

J’y ai ajouté :

10°. Sous-Division. Roches sulfureuses.
11°. Sous-Division. Roches de substances combustibles et anthracites.
12°. Sous-Division. Roches de substances métalliques.
13°. Sous-Division. Roches volcaniques.
14°. Il faut ajouter les roches salines des terrains secondaires.

Et toutes les roches des terrains secondaires, les métalliques, les sulfureuses, les bitumineuses.

Chaque sous division forme, à raison de la nature de l’agrégation :

Des granits ;
Des granitoïdes ;
Des porphyres ;
Des porphyroïdes ;
Des brèches ;
Des pouddings ;
Des grès ;

(Il faut voir ce que j’ai dit des roches, dans mes Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 429.)


DE LA POSITION RESPECTIVE DES DIFFÉRENTES ROCHES, À LA SURFACE DU GLOBE.


La connaissance des roches doit intéresser particulièrement le géologue, parce que ce sont elles qui paraissent constituer les grandes masses du globe. Il doit avoir surtout égard à leurs positions respectives à la surface du globe. Aussi, les géologues s’en sont-ils beaucoup occupé dans ces derniers tems.

Mais les faits me paraissent prouver qu’on a souvent pris des cas particuliers pour des faits généraux. Werner, par exemple, a vu, dans les montagnes de la Saxe, des porphyres superposés sur des granits : d’où il a conclu en général que la formation des porphyres est postérieure à celle des granits. Cependant, dans nos terrains primitifs de France et ailleurs, j’ai vu constamment les porphyres mélangés avec les granits. Dolomien regardait même ces deux roches comme de même nature, et il n’y mettait presque aucune différence.

On peut dire la même chose des positions respectives qu’on a assignées à la plupart des roches de la surface du globe. Les hornblendes, les schistes, les serpentines… sont également placés irrégulièrement, les uns par rapport aux autres.

Cependant, les granits et les porphyres paraissent en général les roches qui sont au-dessous des autres.


DE LA POSITION RESPECTIVE DES DIFFERENTES SUBSTANCES QUI COMPOSENT L’INTÉRIEUR DU GLOBE.


Quand à la position de ces différentes roches qu’on suppose composer l’intérieur de la masse du globe, nous n’avons aucunes données certaines. On peut seulement assurer que ces roches sont déposées de manière que la densité moyenne du globe soit à peu près égale dans les différentes profondeurs, et dans les différens strates, comme l’indique la longueur du pendule. (Voyez ce que nous en avons dit ci-devant.).

Cependant cette densité augmente en général, à mesure qu’on approche du centre du globe, ce qui indique que les substances métalliques, les barytites, les strontianites… y sont en plus grande quantité.

L’état magnétique du globe fait supposer que le fer particulièrement à l’état magnétique, y est prédominant.


DES CHAINES DE MONTAGNES, DES VALLEES, ET DES PLAINES.


Après avoir considéré, en détail, la nature des différens terrains qui composent la surface du globe, et leur positions respectives, examinons-les en masses : ils forment des montagnes, des vallées, et des plaines.

Les montagnes primitives s’offrent les premières aux regards de l’observateur ; leurs pics sourcilleux ont quelque chose de triste, leurs sommets les plus élevés sont couverts de glaces, qui ne fondent plus ; de leurs flancs sortent les fleuves les plus considérables du globe : elles recellent dans leur sein, de grandes quantités de substances métalliques.

Ces montagnes primitives paraissent former les sommités les plus élevées du globe, exceptés quelques pics volcaniques. La plupart de ces hauts sommets sont de granits, et de porphyres : elles dominent ordinairement les terrains secondaires ; des montagnes, au Thibet, ont jusqu’à 7,400 mètres d’élévation.

Il est cependant des montagnes et des terrains primitifs beaucoup moins élevés que des secondaires, quelques terrains primitifs plongent même sous les eaux des mers.

Les montagnes des terrains primitifs forment des chaînes plus ou moins prolongées ; mais leur largeur, en général, est peu considérable : quelquefois elle n’a pas une lieue. Des terrains d’une autre nature, des calcaires secondaires, des schistes, des gypses… sont déposés sur leurs flancs.

Car, sur les granits, les porphyres… qui paraissent faire la partie centrale des terrains primitifs, sont déposés toutes les autres substances des terrains primitifs, dont nous avons parlé : les gneis, les schistes micacés, les schistes argileux, les serpentines, les talcs, les steatites, les lherzolites…

De savans naturalistes ont prétendu que les terrains primitifs étaient constamment séparés des secondaires par des schistes de diverses natures. C’est l’opinion de Pallas, de Ferber : « Remarquez, écrivait Ferber à de Born, que dans mon voyage de l’Italie par le Tyrol, j’ai traversé des montagnes calcaires, ensuite des schisteuses, enfin des granits ; que ces dernières étaient les plus élevés. Je suis redescendu de la partie la plus élevée par des montagnes schisteuses, et ensuite calcaires… il dit qu’on observe la même chose dans toutes les chaînes primitives ». Lettres de Ferber à de Born.

Je crois qu’on a trop généralisé des faits particuliers ; il est vrai que des schistes se trouvent souvent entre les granits et les terrains secondaires ; mais plus souvent peut-être encore, cela n’est pas. J’ai suivi a de grandes distances des limites de terrains primitifs, et de terrains secondaires ; et le plus souvent, je n’y à point vu de schistes. Le terrain secondaire est souvent contigu aux granits, aux porphyres.

Les autres grands globes présentent des montagnes encore bien plus élevées que le globe terrestre, comme l’a fait voir Schroeter (Journal de Physique, tome 48, page 459, année 1799).

Les plus hautes montagnes de la terre sont d’environ 3000 toises. Crawford en soupçonne de 4000 toises au Thibet.

La Lune, qui est soixante fois plus petite que la terre, a, suivant Schroeter, des montagnes élevées de plus de 4000 toises.

Vénus a, suivant le même astronome, des montagnes élevées de vingt-trois mille toises.

Les grosses planètes, Saturne, Jupiter, doivent avoir des montagnes encore bien plus élevées.

Le soleil doit en avoir d’immenses.


DE L’INCLINAISON DES COUCHES PRIMITIVES.


On observe, dans toutes les grandes chaînes de montagnes primitives, une inclinaison générale des différens terrains dont elles sont composées. Friesleben, Buch, Gruner, et Humboldt, s’en sont particulièrement occupés ; ils ont cru reconnaître que la direction générale de l’inclinaison de ces terrains, dans l’hémisphère boréal est, du nord au sud, sous un angle de 50 degrés, environ.

Nous rapporterons ailleurs les faits sur lesquels ils appuyent leurs opinions.

Nous observerons d’abord comme un fait constant, que plusieurs substances de terrains primitifs sont cristallisés en masses plus ou moins considérables, ainsi que nous l’avons dit, et ne forment point de couches : tels sont les granits, les porphyres, les serpentines… elles ne sauraient donc avoir aucune inclinaison.

Néanmoins, il est certain que d’autres terrains primitifs sont plus ou moins inclinés : les gneis, les schistes micacés, les schistes primitifs… sont toujours déposés en couches, et sont ordinairement plus ou moins inclinés.

Saussure a décrit les couches du mont d’Arpenaz, § 477 : elles sont très-inclinées, et quelquefois contournées : les Alpes, les Pyrénées… présentent un grand nombres de pareilles couches.

On voit cependant quelques-unes de ces substances, déposées par couches, n’être pas, ou au moins très-peu inclinées. Le mont Rose, montagne élevée de 2400 toises, est, suivant Saussure, § 2113, composé de gneis déposés horizontalement, ou à peu près horizontalement.

On doit faire une observation essentielle sur la direction de l’inclinaison de toutes les couches des grandes montagnes primitives. On y observe constamment un point central, une masse prépondérante. Ce point paraît avoir influencé toutes les cristallisations environnantes. Les mêmes phénomènes s’observent dans toutes les grandes masses qui cristallisent. Par exemple, dans les masses de sel marin qui cristallisé dans les marais salans… toute la masse cristallisée tend vers ce point central. Un mât, par exemple, placé dans le marais, détermine autour de lui une masse de cristaux.

Le mont Blanc, dans les Alpes, paraît un de ces points centraux. Toutes les couches de terrains qui l’environnent paraissent tendre vers cette masse immense, qui leur sert de point central.


DE L’INCLINAISON DES COUCHES SECONDAIRES.


Les couches des terrains secondaires, des pierres calcaires, des gypses, des schistes… sont le plus souvent inclinées, telles sont les couches de la plupart des montagnes secondaires des Alpes, des Pyrénées…

Les couches des ardoises d’Angers sont inclinées de cinquante à soixante-dix degrés.

Les couches de houille de Creuzot… sont également très-inclinées.

La position de plusieurs couches secondaires est néanmoins quelquefois presque horizontale ; telle est celle de la plupart, des couches des environs de Paris…

Quelquefois, dans le même terrain, une partie des couches est inclinée, et les autres ne le sont pas. C’est ce qu’on observe dans les immenses houillères de Saint-Gilles, proche Liege. Il y a des couches presque horizontales, d’autres sont plus ou moins inclinées ; quelques-unes sont presque verticales.


DES CAVITÉS SOUTERRAINES.


On observe à la surface du globe différentes cavités. Lorsque ces cavités, qui se rencontrent dans les masses des montagnes, ont une certaine largeur, elles prennent le nom de cavernes ou de grottes. Je distingue trois espèces de cavités souterraines.


Les cavités des terrains primitifs ;
Les cavités des terrains secondaires ;
Les cavités des terrains volcaniques.


DES CAVITÉS DES TERRAINS PRIMITIFS.


On ne rencontre point de cavités proprement dites dans les terrains primitifs ; car les cavités nommées fours à cristaux, qu’on y observe, ne peuvent être regardées comme des cavernes : elles sont peu étendues.

Mais il est probable que dans l’intérieur du globe, des cavités considérables se trouvent dans les terrains primitifs ; car les masses qui se sont précipitées vers le centre, ont dû laisser entre elles des intervalles plus ou moins considérables.


DES CAVITÉS, OU GROTTES DES TERRAINS SECONDAIRES.


Mais on trouve, dans les terrains secondaires, une assez grande quantité de cavités souterraines, qu’on appelle grottes ou cavernes, et qui ont quelquefois une étendue assez considérable.

Les différens auteurs ont donné la description de plusieurs de ces cavernes ou grottes.

Tournefort a décrit la grotte de Paros, située dans l’Archipel. Il y a plusieurs chambres. Elle est remplie de stalactites…

La grotte ou caverne de la Balme, auprès de Sallenche, a été décrite par Saussure (§ 465).

Il a aussi décrit (§ 238) différentes cavernes situées entre Gênes et Nice. Il pense qu’elles ont été creusées par les eaux de la mer.

Pallas a décrit une caverne assez considérable, qui se trouve dans du gypse, en Sibérie.

On connaît un grand nombre de pareilles cavernes, dont la description a été faite par différens auteurs.


DES CAVITÉS VOLCANIQUES.


Il a dû se former sous les grandes montagnes volcaniques, qui depuis plusieurs siècles vomissent des quantités de laves… des cavernes plus ou moins considérables. Quelques-unes ont été aperçues par des voyageurs.

L’existence de ces cavernes est encore prouvée par la chûte d’une partie du cratère de volcan, qui a lieu quelquefois. Le cratère du Vésuve, qu’on observe souvent, s’écoule assez fréquemment.

Celui de la Solfatare s’est écroulé il y a plus d’un siècle.


DES FENTES QUI SE TROUVENT À LA SURFACE DU GLOBE TERRESTRE.


Dans l’énumération des phénomènes géologiques, on ne doit pas oublier les fentes qu’on observe dans différens terrains. Les grandes masses qui forment le globe ne sont point d’une seule pièce : elles ont éprouvé des scissures, qui divisent les bancs et les lits dont elles sont composées.

Mais ces fentes ne sont, pour ainsi dire, qu’une solution de continuité des masses, une interruption, et souvent il n’y a point d’espace vide entre les deux portions ainsi séparées. On pourrait donner à ces fentes le nom de scissures.

Ce qu’on appelle communément fentes diffère de celles-ci, en ce qu’il y a un vide plus ou moins considérable entre les deux portions séparées. Ce sont les vraies fentes, lesquelles se prolongent à une distance plus ou moins étendue.

On observe quelques-unes de ces fentes dans les grandes excavations souterraines, telles que les grottes, les cavernes…

Les grandes carrières des environs de Paris en présentent plusieurs, que j’ai souvent fait observer à mes élèves.

Mais il a dû se former à l’extérieur de la terre des fentes d’un autre genre. Un globe de deux mille huit cent soixante-cinq lieues de diamètre, qui avait primitivement un degré de chaleur considérable, et qui se refroidit continuellement, a dû se gercer, se fendre à la surface. Ces fentes ont été sans doute considérables, et se sont étendues à une assez grande profondeur, que nous ne saurions néanmoins assigner.

Ces fentes sont analogues à celles qu’on observe dans les glaciers, et sont produites par les mêmes causes.

Ces scissures et ces fentes séparent les différens strates de la terre, les isolent les uns des autres comme les disques des piles voltaïques ; d’où naît entre eux une action galvanique.


DE L’ÉTENDUE DES MERS.


Puisque tout le globe a été couvert par les eaux, comme nous en avons un si grand nombre de preuves, ces eaux primitives ont été les premières origines des mers. Elles se sont abaissées successivement, jusqu’au point où nous les voyons, et vraisemblablement, suivant les analogies, cet abaissement ira toujours en augmentant.

Les eaux des mers, dans ces tems primitifs, étaient bien, différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Elles ne contenaient point de sel marin, qui paraît un produit nouveau, puisqu’il ne se rencontre jamais dans les terrains primitifs.

Mais elles renfermaient et tenaient en solution une certaine quantité des différentes substances dont sont composés les terrains primitifs. Car, après la grande cristallisation du globe, les eaux restantes que nous avons appelé les eaux mères, contenaient ; encore un grand nombre de ces substances, dont les unes étaient dissoutes, telles que les calcaires, les gypses… les autres étaient simplement suspendues, comme les argiles…

Une partie de ces substances cristallisa postérieurement à la grande cristallisation de la masse ; les eaux devinrent plus pures ; elles furent moins surchargées de parties étrangères ; leur volume diminua en même tems.

Elles ne contenaient encore aucun être vivant, ni végétal, ni animal.

Cette diminution des eaux augmentant de plus en plus, les sommets des continens commencèrent à paraître comme de petites îles, et les bassins des mers actuelles se dessinèrent. Elles occupèrent les grandes vallées que formaient les grandes masses çristallisées.

Enfin les eaux s’abaissant de plus en plus, les continens actuels se dessinèrent à peu près tels que nous les voyons ; mais cette diminution ne s’opéra que successivement, et à des périodes que nous ne saurions déterminer.

Les mers ont beaucoup plus d’étendue dans l’hémisphère austral que dans l’hémisphère boréal, ainsi que nous l’avons dit.

On a cherché à déterminer la profondeur moyenne des eaux des mers. La sonde l’a déterminée dans la plus grande partie de leur étendue. Cependant il est quelques endroits, dans les hautes mers, où la sonde n’en n’a pu atteindre le fond : on ne peut donc estimer cette profondeur que par approximation.

J’ai supposé par approximation (Théorie de la Terre, tome 4, page 514) que la profondeur moyenne du bassin des mers était environ de deux cent cinquante toises. Cette estimation me paraît assez exacte ; car il est peu d’endroits, dans les hautes mers, où la sonde ne puisse aller jusqu’au fond, et dans les plus grandes parties de leur étendue, elles ont peu de profondeur, savoir le long des côtes, auprès des îles… On suit les chaînes des montagnes dans la plupart des mers.


DES LACS.

Par lacs, on entend des masses d’eau assez considérables. Lorsqu’ils ont une grande étendue, ils prennent quelquefois le nom de mers, tels sont la mer Caspienne, la mer ou lac Aral…

Lorsque ces amas d’eau sont, au contraire, très-bornés, on leur donne le nom d’étangs ou marres… comme à l’étang de Thot, en Provence, à l’étang de Saint-Férol… qui fournit les eaux au canal de Languedoc…

Les eaux de la presque totalité des lacs sont douces, telles sont celles des grands lacs de l’Amérique septentrionale, des lacs de la Suisse… qui sont traversés par des grands courans, par des fleuves…

Cependant il est quelques lacs dont les eaux sont salées, telles que celles de la mer Caspienne, du lac Aral, de plusieurs lacs d’Afrique… Ils ne sont pas traversés par des eaux courantes.

D’autres ont seulement leurs eaux saumâtres, tel que le lac Mexico… et plusieurs lacs d’Afrique, de Sibérie…

Il y a, sur la surface du globe, un grand nombre de lacs dont on trouve la description par les voyageurs et par les géographes. Nous ne répéterons pas ici ce qu’ils en ont dit.

Les lacs ont été ordinairement formés lors de la retraite des eaux des mers, dans des vallées plus ou moins considérables, qui n’avaient point d’issue.

Les lacs sont entretenus par les eaux pluviales, les neiges… Des ruisseaux, des rivières y apportent leurs eaux ; et il en sort ordinairement des fleuves plus ou moins considérables. La plupart des grands fleuves sortent des lacs. L’Amazone sort du lac Lauricocha ; le Saint-Laurent sort des grands lacs de l’Amérique septentrionale ; l’Ob sort du lac Baikal… le Rhône sort du lac de Genève.

Mais il est plus exact de dire que ces lacs sont entretenus par des ruisseaux, des rivières…

Les lacs diminuent par deux causes principales : les torrens qui s’y jettent y apportent des attérissemens qui les comblent…

D’un autre côté, les fleuves qui en sortent, creusent les chaussées. C’est ainsi que le Rhône a creusé sa chaussée à Genève… le Potomak à Niagara…

Il doit donc s’ensuivre que l’étendue des lacs diminue journellement.

Plusieurs ont même disparu ; c’est ce qu’ont vérifié tous les observateurs. La Thessalie était autrefois le bassin d’un lac.

La Boétie paraît avoir été un grand lac qui s’écoula du tems d’Inachus.

J’ai fait voir (théorie de la Terre, tome 3, page 504) que plusieurs plaines ont été autrefois des bassins, de lacs dont les eaux se sont écoulées.

La Dombe et une partie de la Bresse ont été les bassins d’un assez grand lac, dont la chaussée était à Lyon, à Pierre-Scisse. Ce lac s’étendait jusqu’à Châlons-sur-Saône, et peut-être plus loin.

La plaine de Montbrisson était également le bassin d’un lac, dont la chaussée était auprès de Balbigny, au-dessus de Roanne.

Le lac de Genève s’étendait vraisemblablement, dans des tems reculés, jusqu’au fort l’Ecluse, et couvrait, par conséquent, le pays de Vaud, le Valais, une partie de la Savoie…

DES EAUX COURANTES, OU DES FLEUVES.


Une masse d’eau courante un peu considérable, qui se rend directement à la mer, ou dans un grand lac, porte le nom de fleuve. Les autres eaux courantes ont le nom de rivières, ou de ruisseaux, suivant leur volume.

Le nombre des fleuves, qui coulent à la surface de la terre, est très-considérable. Il varie dans les divers continens, soit à raison de la température, soit à raison des chaînes de montagnes.

L’Afrique a un petit nombre de fleuves, parce que la température brûlante de son sol fait évaporer la plus grande partie des eaux que fournissent les pluies. Elle a d’ailleurs peu de montagnes.

L’Amérique, au contraire, compte un grand nombre de fleuves, et ce sont les plus considérables du globe ; aussi y observe-t-on les plus grandes masses de montagnes : elles sont couvertes de forêts.

La température, d’ailleurs, de ces contrées, est peu élevée.

L’Asie a également beaucoup de fleuves considérables, surtout dans les contrées du Nord qui sont si froides. Nous avons vu que d’immenses chaînes de montagnes très-élevées traversent ce continent de l’est à l’ouest.

L’Europe a beaucoup moins de fleuves que l’Amérique. Cependant il y en a un assez grand nombre.

Plusieurs causes doivent, à la suite des siècles, diminuer le nombre des fleuves, ainsi que les masses d’eau qu’ils roulent. Les montagnes diminuent journellement… L’homme détruit les forêts ; or, on sait que les montagnes arides et sans forêts contiennent moins de fontaines, fournissent moins d’eau, parce que les nuages s’y arrêtent moins…

Après avoir exposé succinctement les principaux faits que nous présente la surface du globe, et ceux que nous avons pu déduire des théories, nous allons rechercher le mode dont, d’après les connaissances actuelles, on peut supposer qu’il a été formé. Considérons d’abord les substances simples, ou élémens, dont il est composé.



  1. Voir Leçons de Minéralogie, tom. 2, page 438.
  2. Voir mon Mémoire sur ces gypses, Journal de Phys., tom. 71, page 283.
  3. Journal de Phys., tom. 32, pag. 241.
  4. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 394.
  5. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 164.
  6. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 575.
  7. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 415
  8. Leçons de Minéralogie, tom. 2, pag. 492.