Le Bec en l’air/La question de la sécurité dans les théâtres en cas d’incendie est résolue

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La question de la sécurité dans les théâtres en cas d’incendie est résolue

LA QUESTION DE LA SÉCURITÉ
DANS LES THÉÂTRES
EN CAS D’INCENDIE EST RÉSOLUE


En sortant, l’autre soir, de la représentation du Cercle du Camélia, je me demandais, non sans angoisse :

— Si le feu éclatait, pourtant, dans cette modeste enceinte à dégagements plus modestes encore ?

Car ladite représentation du Cercle du Camélia avait lieu dans le Théâtre Moncert, minuscule endroit recelant environ cinq cents spectateurs et n’exigeant pas moins de quarante minutes pour les expectorer tous.

Un incendie, une panique subite, et voilà que de familles en deuil, grand Dieu !

Et dans quelles déplorables conditions de confortable, tous ces trépas !

… J’ai beaucoup étudié la question, en cas de catastrophe, des dégagements de théâtres et, plus généralement, de tous repaires à cohues.

La chose est plus compliquée que ne se l’imaginent certains ornithologues.

Disons même que cet important problème serait actuellement sans solution, si M. Raymond Préfontaine, le jeune et brillant échevin de Montréal (Canada), ne s’en était pas mêlé.

Dès les débuts de son enquête, M. Préfontaine s’aperçut que la largeur et la multiplicité des corridors de dégagement n’avait aucune espèce d’importance.

En cas de catastrophe, les corridors servent de goulot à ce bouchon qui s’appelle la foule.

Si le corridor est très large, la foule — matière éminemment élastique et dilatable — forme un plus gros bouchon, voilà tout !

De même, si vous avez beaucoup de corridors, vous avez beaucoup de bouchons : et voilà encore tout !

Ce n’était donc pas là que gisait la solution du problème (hic non jacebat lepus).

… L’heure avancée à laquelle j’écris ces lignes (j’ai du monde à dîner pour 7 heures, il est 8 heures moins le quart, et je burine ces mots sur un airain sis à vingt bonnes minutes de chez moi), l’heure avancée, dis-je, à laquelle j’écris ces lignes, me prohibe bien des développements et pas mal de superfluités.

Relatons donc, rapide comme la pensée, le résultat de notre ami Préfontaine, que 1,527 Montréalais ont pu expérimenter sur eux-mêmes, à la dernière représentation du Caraïb-Club de la rue Craig.

Au premier cri de : Au feu ! et en moins d’une minute, tous les assistants, hommes et femmes, étaient déshabillés.

Se saisissant d’une boîte en fer-blanc placée à sa portée, chacun s’enduisait largement et totalement de vaseline.

Une minute après, tous les spectateurs se trouvaient dans la rue Craig, sans qu’il y eût eu, grâce à cette matière lubrifiante, la moindre bousculade, le moindre accroc, dans les couloirs du Caraïb-Club. Voilà-t-il pas là un joli résultat et bien digne d’être généralisé ?

La vaseline pourrait, d’ailleurs, être remplacée, dans les endroits chic, par un justaucorps en peau de pêche.