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Le Bec en l’air/Santa Clau’s mistake

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Le Bec en l’airPaul Ollendorff. (p. 121-127).

SANTA CLAUS’ MISTAKE


Je viens de lire dans un vieux Magazine américain un conte de Noël qui m’a paru tout à fait charmant. Je vais vous le dire à mon tour, pour voir si vous serez du même avis :

Il y avait une fois un bon vieux bonhomme d’environ quatre-vingt-dix ans.

C’était un ancien marin qui était mousse au temps où l’on fit la guerre de l’Indépendance.

Perclus de rhumatismes et de douleurs goutteuses, le pauvre vieux homme se sentait mûr pour la tombe et le repos céleste.

Malgré son âge et ses infirmités, il n’avait pas renoncé aux bonnes plaisanteries.

La veille de Noël, il mit son soulier dans la cheminée, pour voir.



À la porte voisine, demeurait la plus délicieuse jeune fille qui se puisse rêver.

Pleine de vie et d’allégresse, elle n’avait encore vu fleurir que seize printemps.

Sa figure, ses yeux, ses cheveux, sa bouche, sa taille, ses pieds, rien en elle qui ne fût la grâce même et la perfection !

Toute rose d’espérance et de joie, elle mit, la veille de Noël, son soulier dans la cheminée, pour voir.


Le matin de Noël, le vieux bonhomme trouva dans la cheminée une foule de boîtes et de paquets soigneusement ficelés.

Quand il eut déballé tous ces objets, il essuya ses lunettes plus de mille fois, et à la fin, il éclata de rire, pensant qu’il rêvait.

Voici ce qu’il y avait dans les boîtes et dans les paquets :

Des peignes en écaille, des épingles à cheveux, des bracelets, des bagues, des colliers, des boucles d’oreilles, des jarretières, des gants, des robes de toutes les couleurs, un chapeau avec un petit oiseau dessus, un chapeau avec des rubans, un chapeau avec des fleurs, des éventails, un nécessaire de toilette, des souliers de bal en satin, des corsets (oh ! cette taille !), des ombrelles, des bas de soie, une foule de flacons de parfumerie, deux manchons, plus de vingt livres de confitures, un toutou havanais et quantité d’autres objets de même nature qu’il serait fastidieux d’énumérer.

L’ancien marin essuya ses lunettes encore une fois et fit cette réflexion :

— Quelle singulière aventure ! Et quels drôles d’objets pour un vieux bonhomme comme moi, si près de la tombe !… Pour sûr, et j’en suis effrayé, le père Noël a bu un petit coup de trop cette nuit !



Le matin de Noël, la jolie fillette trouva dans la cheminée une foule de boîtes et de paquets soigneusement ficelés.

Quand elle eut déballé tous ces objets, elle frotta ses jolis grands yeux plus de mille fois, et, à la fin, elle éclata de rire, pensant qu’elle rêvait.

Voici ce qu’il y avait dans les boîtes et dans les paquets :

Deux paires de bésicles en or, six gros cachenez de laine, deux tabatières, douze pipes, trois livres de tabac à priser et six livres de tabac à fumer, une douzaine de bonnets de coton, une chancelière, une boîte de rasoirs avec tout ce qu’il faut pour se faire la barbe, trois bonnes et solides cannes, un livre de prières imprimé en gros caractères, tout un assortiment de bonnes vieilles liqueurs hollandaises d’Erven Lucas Bols, et quantité d’autres objets qu’il serait fastidieux d’énumérer.

La jolie fillette se frotta les yeux encore une fois et fit cette réflexion :

— Quelle singulière aventure ! Et les drôles d’objets pour une petite fleur des champs comme moi ! Sans doute, papa Noël a cru que c’était aujourd’hui 1er avril !


La nuit passée, le père Noël s’aperçut de son erreur.

Alors, il se mit à rire, à rire, à rire, d’un rire qui lui secouait tout le corps.

Il en était malade !

Mais, le soir, quand le vieux marin rentra dans sa chambre et qu’il aperçut le changement opéré, son esprit fut frappé de surprise, de joie, et aussi, un peu de mélancolie.

Après dîner, quand la charmante fillette rentra dans sa chambre, pas un paquet de pétards au monde n’aurait produit un fracas comparable à l’explosion de ses cris de joie et de surprise.

Et maintenant, quand le vieux bonhomme se rappelle son aventure, les idées sont très embrouillées, et il se demande si ce n’est pas lui qui avait bu un petit coup de trop, ce jour-là.

Quant à la fillette, ses idées aussi sont très embrouillées.

Elle croit qu’elle a rêvé, la jolie petite Daisy ; mais elle n’en est pas bien sûre.