Le Chant de Hildebrand/Jean-Jacques Ampère

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Anonyme Le Chant de Hildebrand



J’ai ouï dire que se provoquèrent dans une rencontre Hildebrand et Hadebrand, le père et le fils. Alors les héros arrangèrent leur sarrau de guerre, se couvrirent de leurs vêtements de bataille, et par dessus ceignirent leurs glaives. Comme ils lançaient les chevaux pour le combat, Hildebrand, fils d’Herebrand parla : c’était un homme noble, d’un esprit prudent. Il demanda brièvement : Qui était ton père parmi la race des hommes, ou de quelle famille es-tu ? Si tu me l’apprends, je te donnerai un vêtement de guerre à triple fil ; car je connais, ô guerrier ! toute la race des hommes.

Hadebrand, fils d’Hildebrand : Des hommes vieux et sages dans mon pays, qui maintenant sont morts, m’ont dit que mon père se nommait Hildebrand. Un jour, il s’en alla vers l’est, il fuyait la haine d’Odoacre (Othachr) : il était avec Théodoric (Theothrich) et un grand nombre de héros. Il laissa seuls dans son pays sa jeune épouse, son fils encore petit, ses armes qui n’avaient plus de maître ; il s’en alla de l’autre côté de l’est. Depuis, quand commencèrent les malheurs de mon cousin Théodoric, quand il fut un homme sans amis, mon père ne voulut plus rester avec Odoacre. Mon père était connu des guerriers vaillants ; ce héros intrépide combattait toujours à la tête de l’armée ; il aimait trop à combattre, je ne pense pas qu’il soit encore en vie.

Seigneur des hommes, dit Hildebrand, jamais du haut du ciel tu ne permettras un combat semblable entre hommes du même sang. Alors il ôta un précieux bracelet d’or qui entourait son bras, et que le roi des Huns lui avait donné. Prends-le, dit-il à son fils, je te le donne en présent. Hadebrand, fils d’Hildebrand, répondit : C’est la lance à la main, pointe contre pointe, qu’on doit recevoir de semblables présents. Vieux Hun ! tu es un mauvais compagnon ; espion rusé, tu veux me tromper par tes paroles, et moi je veux te jeter en bas avec ma lance. Si vieux, peux-tu forger de tels mensonges ? Des hommes de mer, qui avaient navigué sur la mer des Vendes, m’ont parlé d’un combat dans lequel a été tué Hildebrand, fils d’Herebrand. Hildebrand, fils d’Herebrand, dit : Je vois bien à ton armure que tu ne seras pas un chef illustre, et que dans ce royaume tu n’as rien fait de vaillant. Hélas ! hélas ! Dieu puissant ! quelle destinée est la mienne ! J’ai erré hors de mon pays soixante hivers et soixante étés. On me plaçait toujours à la tête des combattants ; dans aucun fort on ne m’a mis les chaînes aux pieds, et maintenant il faut que mon propre enfant me pourfende avec son glaive, m’étende mort avec sa hache, ou que je sois son meurtrier. Il peut t’arriver facilement, si ton bras te sert bien, que tu ravisses à un homme de cœur son armure, que tu pilles son cadavre. Fais-le, si tu crois en avoir le droit, et que celui-là soit le plus infâme des hommes de l’Est qui te détournerait de ce combat dont tu as un si grand désir. Bons compagnons qui nous regardez, jugez dans votre courage qui de nous deux aujourd’hui peut se vanter de mieux lancer un trait, qui saura se rendre maître de deux armures. Alors ils firent voler leurs javelots à pointe tranchante, qui s’arrêtèrent dans leurs boucliers, puis s’élancèrent l’un sur l’autre. Les haches de pierre résonnaient….. Ils frappaient pesamment sur leurs blancs boucliers ; leur armure était ébranlée, mais leurs corps demeuraient immobiles…..