Le Chant du retour

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CHANT DU RETOUR.

PAR M. J. CHENIER.


Contemplez nos lauriers civiques ;
L’Italie a produit ces fertiles moissons ;
Ceux-là croissaient pour nous au milieu des glaçons ;
Voici ceux de Fleurus, ceux des plaines belgiques.
Tous les fleuves surpris nous ont vu triomphans ;
Tous les jours nous furent prospères ;
Que le front blanchi de nos pères
Soit couvert des lauriers cueillis par nos enfans.

LE CHŒUR.

Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre,
O république des Français.
Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre :
La Victoire a conquis la Paix.

LES VIEILLARDS.

Chers enfans, la tombe des braves
Réclame ces lauriers moissonnés par vos mains ;
Vos frères, comme vous, ont vaincu les Germains,
Délivré les Toscans, les Belges, les Bataves.
Au séjour des héros, parvenus avant vous,
Ils y tiennent vos palmes prêtes :
Leurs mânes célèbrent nos fêtes ;
Unis à nos concerts, ils chantent avec nous :

LE CHŒUR.

Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre,
O république des Français.
Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre :
La Victoire a conquis la Paix.

LES BARDES.

 
Les Germains vaincus applaudissent.
Les bardes de la France ont élevé leur voix,
Leur lyre prophétique a chanté vos exploits,
Et de vos noms sacrés les siècles retentissent.
La Victoire a plané sur vos fiers étendarts ;
Chargés de ses palmes altières,
Venez, loin des tentes guerrières.
Goûter un doux repos sous les palmes des arts.

LE CHŒUR.

Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre,
O république des Français.
Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre :
La Victoire a conquis la Paix.

LES JEUNES FILLES.

Guerriers, votre dot est la gloire.

LES GUERRIERS.

Unissons par l’hymen et nos mains et nos cœurs.

LES JEUNES FILLES.

Et l’hymen et l’amour sont le prix des vainqueurs.

LES GUERRIERS.

Formons d’autres guerriers ; léguons-leur la victoire.

LES GUERRIERS ET LES JEUNES FILLES.

Qu’un jour à leurs accens, à leurs yeux enflammés,
On dise : Ils sont enfans des braves.
Que sourds aux tyrans, aux esclaves,
Ils accueillent toujours la voix des opprimés.

LE CHŒUR.

Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre,
O république des Français.
Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre :
La Victoire a conquis la Paix.

UN GUERRIER, UN BARDE, UN VIEILLARD, UNE JEUNE FILLE.

Grand Dieu, c’est ta main qui dispense
La Gloire et la Vertu, bienfaits dignes du ciel ;
La Victoire descend de ton trône éternel ;
Par toi la Liberté vint luire sur la France.
N’éteins pas, Dieu puissant, ses rayons précieux ;
Que d’âge en âge la patrie
Soit libre, puissante et chérie ;
Et que nos descendans bénissent leurs aïeux.

LE CHŒUR.

Tu fus longtemps l’effroi, sois l’amour de la terre,
O république des Français.
Que le chant des plaisirs succède aux cris de guerre :
La Victoire a conquis la Paix.