Le Chartier embourbé

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Claude Barbin & Denys Thierry (pp. 216-219).

XVIII.

Le Chartier embourbé.



LE Phaëton d’une voiture à foin

Vid ſon Char embourbé. Le pauvre homme eſtoit loin
De tout humain ſecours. C’eſtoit à la campagne

Prés d’un certain canton de la baſſe Bretagne
Appellé Quimpercorentin.
On ſçait aſſez que le deſtin
Adreſſe là les gens quand il veut qu’on enrage.
Dieu nous préſerve du voyage.
Pour venir au Chartier embourbé dans ces lieux ;
Le voilà qui deteſte & jure de ſon mieux.
Peſtant en ſa fureur extrême
Tantoſt contre les trous, puis contre ſes chevaux,
Contre ſon char, contre luy-meſme.
Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux
Sont ſi celebres dans le monde.
Hercule, luy dit-il, aide-moy ; ſi ton dos
A porté la machine ronde,

Ton bras peut me tirer d’icy.
Sa prière eſtant faite, il entend dans la nuë
Une voix qui luy parle ainſi :
Hercule veut qu’on ſe remuë,
Puis il aide les gens. Regarde d’où provient
L’achopement qui te retient.
Oſte d’autour de chaque rouë
Ce malheureux mortier, cette maudite bouë,
Qui juſqu’à l’aiſſieu les enduit.
Pren ton pic, & me romps ce caillou qui te nuit.
Comble-moy cette orniere. As-tu fait ? Oüy, dit l’homme.
Or bien je vas t’aider, dit la voix ; pren ton foüet.
Je l’ay pris. Qu’eſt cecy ? mon char marche à ſouhait.

Hercule en ſoit loüé. Lors la voix : Tu vois comme
Tes chevaux aiſément ſe ſont tirez de là.
Aide-toy, le Ciel t’aidera.