Le Chat et le Renard

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Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 59-62).

XIV.

Le Chat & le Renard.



Le Chat & le Renard comme beaux petits ſaints,
S’en alloient en pelerinage.
C’eſtoient deux vrais Tartufs, deux archipatelins,

Deux francs Pate-pelus qui des frais du voyage,
Croquant mainte volaille, eſcroquant maint fromage,
S’indemniſoient à qui mieux mieux.
Le chemin étant long, & partant ennuyeux,
Pour l’accourcir ils diſputerent.
La diſpute eſt d’un grand ſecours ;
Sans elle on dormiroit toûjours.
Nos Pelerins s’égoſillerent.
Ayant bien diſputé l’on parla du prochain.
Le Renard au Chat dit enfin :
Tu pretends eſtre fort habile :
En ſçais-tu tant que moy ? J’ay cent ruſes au ſac.
Non, dit l’autre ; je n’ay qu’un tour dans mon biſſac,
Mais je ſoûtiens qu’il en vaut mille.
Eux de recommencer la diſpute à l’envy.
Sur le que ſi, que non tous deux eſtãt ainſi,

Une meute appaiſa la noiſe.
Le Chat dit au Renard : Foüille en ton ſac amy :
Cherche en ta cervelle matoiſe
Un ſtratagême ſeur : Pour moy, voicy le mien.
À ces mots ſur un arbre il grimpa bel & bien.
L’autre fit cent tours inutiles,
Entra dans cent terriers, mit cent fois en defaut
Tous les confreres de Brifaut.
Par tout il tenta des aziles ;
Et ce fut par tout ſans ſuccés ;
La fumée y pourveut ainſi que les baſſets.
Au ſortir d’un Terrier deux chiens aux pieds agiles
L’étranglerent du premier bond.
Le trop d’expediens peut gaſter une affaire ;

On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire.
N’en ayons qu’un, mais qu’il ſoit bon.