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Le Chevalier de Saint-Georges/11

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H.-L. Delloye (1p. 129-141).

XI.

Noëmi.


En vérité, dit le docteur, ce qui est en honneur parmi les hommes est souvent digne de leur mépris, et ce qui est méprisé d’eux mérite souvent d’en être honoré.
(La Chaumière indienne.)


Dès le premier chant du coq, les ruelles voisines de l’habitation de la Rose attendaient déjà, fraîches et parées, la visite de Mme de Langey.

Construites en bois revêtu d’un enduit de terre franche, ces humbles cases, ou maisons des nègres, semblaient dès l’abord prévenues de l’importance de cette visite ; les noirs anciens les avaient ornées d’arbustes et de fleurs du pays ; les feuilles de roseaux, de lataniers et d’herbes à panache formant leur toit, doucement caressées par les brises de mer, gardaient aux pasaans de suaves murmures. Le jour s’était levé calme et serein, et avant le jour M. Joseph Platon, encore ému du sort de son infortuné perroquet, dont le gérant n’avait, hélas ! sauvé que les plumes. Après la fuite de Zäo, dont nul indice n’avait pu faire découvrir la trace, mais que Joseph Platon supposait avec raison perdu pour l’habitation de la Rose à tout jamais, il lui importait de prouver du moins que ses nègres étaient entretenus proprement, qu’ils vivaient en bonne intelligence, et que le moussa et le tumtum ne leur manquait pas. Mme de Langey avait habité la Guadeloupe, et Platon jugea qu’elle aurait le droit de se montrer difficile. Le raccommodage étant parmi les nègres une sorte de déshonneur, le gérant leur avait fait distribuer, dès le matin, un équipement nouveau : c’était pour les hommes plusieurs pantalons de zinga, des jupons à longue queue pour leurs femmes, des boucles d’oreilles et quelques verroteries pour les mulâtres. Les nègres infirmes avaient reçu l’ordre de rester à l’hôpital, comme ne devant pas attrister la vue. Pour les mulâtresses, quelques-unes s’attifaient déjà avec une certaine coquetterie devant leurs cases et parfumaient leurs cheveux avec l’huile odoriférante du palmier à chapelet, après s’être vêtues de leur mousseline la plus blanche.

Mme de Langey apparut bientôt avec Finette aux portes de la bananerie. Les mulâtres préposés à la garde de cet emplacement, dont l’entretien constitue dans chaque habitation créole leur meilleure nourriture, rentraient alors les bananes convenables à la consommation du jour, pendant que plusieurs, assis en rond devant les portes des cases, chantaient quelque air du pays sur un rhythme lent et mélancolique. De distance en distance on apercevait des ajoupas construits dans la place pour préserver les noirs de la pluie ; quelques nègres commandeurs, épars sur la terrain, avaient l’œil sur ceux qui se rendaient au travail. Ceux-là étaient vêtus proprement et mieux entretenus que les autres ; ils portaient en se rendant au jardin des casaques d’étoffe bariolée. Quelques cases rares en maçonnerie frappaient l’œil de temps en temps ; mais presque toutes, formées d’un cours irrégulier de chevrons, ne s’élevaient guère qu’à la hauteur d’un rez-de-chaussée, long de vingt à vingt-cinq pieds environ. De simples cloisons de roseaux les partageaient en deux ou trois petites chambres obscures qui ne recevaient le jour que par la porte d’entrée. Les plus belles s’enorgueillissaient pourtant d’une petite fenêtre par laquelle de vieilles femmes allongeaient alors le cou, dans leur impatience de voir leur nouvelle maîtresse. Plus recherchés que les nègres créoles dans leur parure, les mulâtres avaient tenu à honneur, pour ce jour-là, de se vêtir de la veste, du pantalon de toile fine, des mouchoirs de tête et de cou les plus galans. La plupart étaient jeunes, et leur menton sans barbe leur conservait toute la fraîcheur de l’âge ; mais le blanc des yeux, jaunissant chez d’autres, décelait leur vieillesse et leur vanité ridicule. Escortée de Mlle Finette, qui accordait de temps à autre à ses compatriotes un salut de grave protection, la marquise parut d’abord frappée du luxe déployé autour d’elle par certaines mulâtresses ; les plus riches étoiles de l’Inde ornaient les épaules brunes de ces femmes. À cette époque, en effet, le rang que les mulâtresses tenaient dans la colonie était tel que ces filles, une fois maîtresses d’un créole, pouvaient changer d’ajustemens et de toilette chaque jour de l’année. Les libéralités de leurs amans et la multiplicité de leurs intrigues leur donnant le droit de marcher souvent, dans l’audace et l’ivresse de leur triomphe, à l’égal des femmes créoles, elles renchérissaient sur elles en fait de luxe, de bijoux ; les plus belles, les plus riches productions étaient sacrifiées à leur caprice. Plusieurs nobles de l’île ne rougissaient pas de les avouer pour maîtresses ; à force de lubricité, elles étaient devenues les reines véritables de Saint-Domingue.

Le regard assuré que la marquise jeta sur ces femmes ne les déconcerta aucunement ; Finette était d’ailleurs de leur caste. La marquise ne consentit à leur adresser la parole qu’en portant la main à sa ceinture : à cette ceinture pendait un petit fouet à manche d’ivoire, dont les femmes créoles de véritable naissance usaient encore avant les premiers troubles de Saint-Domingue. À la seule vue de la toilette insolente de ces filles, une indignation visible se peignit sur les traits de Mme de Langey ; elle demanda à Joseph Platon si elles faisaient partie de l’habitation de la Rose.

— Quand M. le contrôleur général partit de Saint-Domingue, à son dernier voyage, madame la marquise, ces filles-là étaient encore bien jeunes ; elles ont grandi ; mais je me souviens qu’il m’en recommanda un bon nombre… Dame ! M. le contrôleur général était galant !

— Madame veut-elle visiter la case que voici ? interrompit Finette, qui sentit que Platon avait dit une bêtise. C’est la case n° 12.

— La case de mon élève, dit aussitôt le gérant en se rengorgeant. Ouvrez, Noëmi ; Mme la marquise vous fait l’honneur de sa visite !

— Volontiers, reprit la marquise, bien que la promenade m’ait fatiguée…

Noëmi parut et s’inclina devant la marquise. Il n’y avait qu’elle dans la case… La négresse rangeait quelques calebasses où reposaient ses provisions.

— Et Saint-Georges ? demanda Platon avec un air visible d’autorité.

— Il est sorti, monsieur Joseph, depuis ce matin pour chasser dans les lagons avec le procureur de l’habitation de Breda, répondit Noëmi presque tremblante.

— Sans ma permission ?

— Le procureur de l’habitation de Breda lui a dit qu’il s’en chargeait.

— Noëmi, retenez ceci ! Le procureur de l’habitation de Breda ne sait pas tirer, ergo votre fils ne rapportera pas une seule pintade. Ensuite la place de votre fils est ici, et, pour tout vous dire, il ne doit chasser qu’avec moi… pour l’entretien de la table de Mme la marquise.

— Madame la marquise m’excusera, reprit Noëmi, si je ne lui offre que mon banc : je n’ai que ce coffre, cette natte et cette table. C’est assez pour une mère noire et pour un enfant mulâtre… Il fut un temps où j’eusse mieux reçu madame la marquise ; mais je ne suis plus à la Guadeloupe

— Vous avez habité la Guadeloupe ?

— J’y suis née.

— Sur quelle habitation ?

— Sur celle des Palmiers, appartenant à M. de Boullogne.

— Quel âge avez-vous ?

— Vingt-huit ans.

Mme de Langey recula elle crut que Noëmi voulait la tromper, et elle reprit :

— Vous dites vingt-huit ans ?

Noëmi secoua la tête… Son aspect misérable ne confirmait que trop l’état de vieillesse précoce dans lequel elle était tombée. Sa maigreur excessive épouvanta Mme de Langey.

— Vingt-huit ans !

Il semblait que la marquise n’abordât qu’en tremblant cette créature minée par la fièvre. Mme de Langey ne pouvait souffrir le spectacle de la misère ou du chagrin. La pauvreté de l’intérieur de la case répondait à son entrée : deux ou trois planches élevées sur quatre pieux fichés en terre et couvertes d’une natte y formaient le lit ; un tonneau défoncé par un bout servait à renfermer les patates et les bananes ; quelques vases à eau, et pour tout décor un assortiment d’oiseaux tués sans doute par Saint-Georges ; des fioles et des paquets d’herbes séchées. La marquise demanda à Noëmi quel rang elle occupait dans l’habitation des Palmiers.

— Aucun, madame, j’étais négresse…

— Et pauvre ?

— Pas toujours. Oh ! j’ai eu de l’or à moi…

— Et comment cet or ?…

Noëmi baissa la tête. Il y a chez les négresses une sorte de honte instinctive. Celle-ci ne voulait pas donner à Mme de Langey le droit de la mépriser. Elle se hâta de reprendre en relevant le front :

— Oh ! mais c’est qu’alors j’étais belle, si belle, madame, que M. de Latour, un peintre français, fit ma miniature… Voyez !

Et Noëmi détacha de son cou un médaillon qu’elle présenta à la marquise.

Dans ce portrait, elle était peinte avec un simple madras ; ses cheveux, le bronze de son teint, y contrastaient heureusement avec la blancheur éblouissante de ses dents.

La marquise, en comparant l’original au portrait, sourit de ce sourire qui retombe de tout son poids sur l’être dégradé ; elle passa le médaillon à Finette… La mulâtresse, dans un geste étourdi le laissa, tomber.

Le verre vola en éclats, deux grosses larmes sillonnèrent les joues de Noëmi… Elle ramassa le médaillon et fut le serrer près d’un petit crucifix que lui avait donné le curé de Saint-Marc.

— Madame la marquise, dit Platon, me permettra sans doute d’augmenter la portion de terrain consacrée à Noëmi ? Cette négresse a la connaissance de plusieurs simples qui croissent dans l’île ; elle nous a rendu de véritables services…

Noëmi sourit de ce sourire hébété qui semblait indiquer le peu de cas qu’elle-même faisait de sa science ; bien souvent on l’avait vue se diriger vers l’hôpital des nègres pour leur porter sa petite pharmacie lorsqu’elle en était priée ; elle composait elle-même leurs boissons médicales, et dans toutes les cases on l’appelait chirurgien noir.

— M. le gérant a déjà fait beaucoup, Noëmi, en vous recueillant ici avec votre fils après la chute de votre ajoupa. Votre fils travaille sans doute à l’atelier ; je lui assure, de ce jour, ma protection. En le faisant baptiser le même jour que mon fils, continua Mme de Langey avec hauteur, vous assuriez du moins à mon cher Maurice un fidèle domestique. Il nous a conduits hier comme un ange, et cela par les chemins les plus épineux.

— Tout ce que je gagne, madame la marquise, passe à mon enfant. Oh ! le ciel m’en est témoin ! Il est si beau mon enfant !

Mme de Langey ne put retenir un éclat de rire, même devant sa mulâtresse Finette.

Noëmi ne comprit pas ce rire dédaigneux.

La pauvre mère avait mis sa tête à la lucarne en entendant retentir des pas sur la terre battue de sa ruelle. Deux figures se montrèrent bientôt au seuil de la case : c’était le procureur de l’habitation de Breda et Saint-Georges, qui lui portait ses fusils et ses carniers.

Dès qu’elle l’aperçut, la négresse s’en fut à lui ; l’enfant tenait sa main droite enveloppée d’un mouchoir rouge.

— Bonne chasse, mère, bonne chasse, cria-t-il en déposant sur la natte plusieurs coqs d’eau, des pluviers dorés et des bécassines. Quant à vous, maître, continua-t-il en s’adressant à Platon, voici votre lot.

Le jeune mulâtre tira de son sein un charmant crabier des mangles.

Le gérant courut à l’oiseau, le flaira comme tout bon naturaliste doit le faire ; il n’avait jamais rien vu de plus élégant. Le crabier offrait à l’œil le manteau le plus richement nuancé : le devant de sa cravate d’un blanc parfait, ses parties latérales d’un fauve ondulé, ses grandes pennes noires et ses pieds d’un jaune verdâtre, transportèrent de joie M. Platon, qui n’ignorait pas qu’on ne rencontrait cet oiseau qu’au milieu des palétuviers et dans les endroits les plus déserts. L’oiseau trouva dans Finette une admiratrice non moins grande.

— Il faut, dit Joseph, que tu aies bien fait courir M. le procureur de l’habitation de Breda pour me rapporter un pareil cadeau.

— Vous dites vrai, monsieur Platon, répondit le procureur de Breda, c’était par ma foi dans un lieu où l’on n’apercevait que le ciel, l’eau et les arbres. Votre élève vous fait honneur.

— Tu as du sang, cher Georges, interrompit Noëmi. D’où vient ce sang ?

L’enfant recula sa main.

— Mon Dieu ! s’écria-t-elle, il aura voulu écarter de son chemin quelque épine, ou bien serait-ce le bec d’une tortue de l’Ester ? Et tout aussitôt Noëmi se hâta de sucer le sang et d’appliquer quelques herbes sur sa blessure…

— Vous n’y êtes pas, mère négresse, reprit le procureur, et puisque votre enfant ne veut pas parler, je vais tout vous dire, moi. Apprenez donc que ce matin en me venant chercher pour la chasse, ainsi que je le lui avais demandé, il s’est battu…

— Battu, s’écria Noëmi avec angoisse.

— Oui, battu, battu aux couteaux, rien que cela.

— Et avec qui ?

— Avec un nègre assez robuste de notre habitation, le nommé Toussaint Breda. Une simple querelle de maquignons.

— Comment cela ?

C’est la suite du triomphe obtenu hier par Saint-Georges comme maquignon sur Toussaint. Le nègre a été furieux de se voir vaincu par le mulâtre. Ils ont joué des couteaux ce matin ; mais nous étions là !

— Vous, monsieur le procureur ? s’écria Platon avec un sentiment d’humanité dont il avait pourtant perdu l’habitude.

— Moi-même ; nous étions convenus de les séparer au premier sang… Ce n’est pas moi qui laisserais sacrifier un de mes nègres ! Je sais trop leur prix… Je l’ai coté là sur mon carnet !

— Mais Saint-Georges m’appartient !

— D’accord… Aussi n’ai-je regardé la chose que comme un combat de coqs ! Allez, soyez tranquille, le mulâtre a rudement frotté le nègre !

— Voilà un bien misérable exemple pour les noirs ! reprit Joseph Platon ; vous, un procureur d’habitation, assister à ce combat !

— Comment donc, mon cher ! Mme la marquise aurait elle-même bien ri de voir Toussaint l’œil enflé, le mufle écumant comme un jeune taureau !… Il y avait là vingt noirs, et pas un ne songeait à séparer les deux braves !

Pendant ce dialogue de deux procureurs d’habitations distinctes, auquel Mme de Langey ne prêtait qu’une attention médiocre, Noëmi, empressée auprès de son fils, lavait sa main enflée par le maniement du fusil, en jetant un regard courroucé sur le procureur de l’habitation Breda, homme dur et sévère… L’enfant allait presque s’évanouir de fatigue. Quelques gouttes de tafia versées sur ses lèvres par Joseph Platon le remirent sur pied.

— Un duel à douze ans ! Peste ! mon gaillard ! c’est commencer de bonne heure… tu iras loin. Mais je te pardonne en faveur de ton crabier ; n’est-ce pas, madame la marquise ?

Puis, comme Mme de Langey respirait nonchalamment un flacon d’odeur pour conjurer ce qu’elle appelait le mauvais air de la case, Platon lui proposa de diriger la promenade vers les travaux de la cotonnerie.

— Les autres cases, reprit-il, ne valent guère mieux que celle-ci. À part quelques officiers du Port-au-Prince, qui font ici de la dépense pour des négresses, le mobilier de ces créatures ne mérite guère l’attention de Mme la marquise. J’observerai en passant à Mme de Langey que voici des haies vives que j’ai fait tailler et chausser au moins trois fois l’an… J’ai ordonné hier que l’on fit boucher ces brèches et fermer les entourages… Trouvez-vous, madame la marquise, ces cabrouets et ces chariots en bon état ? Pour les instrumens de jardinage, je veux que vous les voyiez. L’état des malades est satisfaisant, et…

La marquise s’empressa d’avertir Finette pour qu’elle fît avancer sa calèche, qui l’attendait à peu de dislance ; elle avait assez de l’éloquence verbeuse du gérant et se trouvait déjà fatiguée de la promenade. Les deux laquais la portèrent bientôt jusqu’à sa calèche, qui partit au milieu d’un attroupement confus de noirs. Quand elle passa vers les dernières cases, les mulâtresses, tant vieilles que jeunes, se levèrent par respect. Platon et le procureur de l’habitation de Breda écartaient à coups de fouet les négrillons qui tendaient la main vers la voiture.

La négresse ne fut tirée de l’espèce d’apathie où l’avait plongée le péril couru par son enfant que par le bruit du fouet et le retentissement de la voiture sur le sable. Les douces senteurs du soir venaient de s’abattre déjà de toutes parts sur le sol, le fond du paysage était zébré de longues bandes d’azur. Saint-Georges s’était jeté sur la natte de la case, épuisé par la fatigue ; la sérénité siégeait sur sa douce figure d’enfant : vous eussiez dit un jeune pasteur d’Égypte endormi. En le regardant ainsi reposer, sa mère ne pouvait songer sans frémir encore aux périls qu’il avait courus parmi les monts hérissés et la vase épaisse de ces marais. Les poissons dangereux, tels que les caïmans et les bécunes, qui peuplent les eaux de Saint-Domingue, apparaissaient à ses yeux comme autant de monstres que l’adresse et le courage de l’enfant avaient domptés. De cette contemplation tacite de son fils, la négresse passa bientôt à la visite qu’elle avait reçue, à la belle dame qui, la minute d’avant, avait apparu chez elle. Pourtant, comme le prouvera bientôt ce récit, ce n’était pas la première fois que la négresse voyait la marquise… Mais ce jour-là son incomparable beauté captivait impérieusement son attention, elle provoquait chez Noëmi un ressouvenir amer… En regardant le banc de la marquise, devenu vide tout d’un coup, Noëmi se frotta les yeux ; comme après la disparition d’une fée. Un parfum charmant remplissait encore la case… La négresse rêva bientôt de ces divinités de Fida, le pied chargé de clochettes d’or, la bouche parée de dents limées en festons, la chevelure ornée d’anneaux et de perles. L’éblouissante beauté de Mme de Langey était certainement le trait distinctif qui avait le plus frappé Noëmi, elle en gardait un étonnement sauvage et presque stupide. Un morceau de miroir ingrat cloué aux bambous de sa case lui ayant alors rendu ses traits, la négresse soupira, se tordit les mains, se rapprocha de la glace encore une fois, puis s’écria, immobile de douleur en considérant ses traits flétris :

« Et moi aussi j’ai été belle ! »

Murmurant alors intérieurement des mots qu’elle seule comprenait, elle se rassit et se cacha la tête dans ses deux mains. Saint-Georges dormait : il ne la vit point pleurer.