Le Cierge

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Claude Barbin et Denys Thierry (4pp. 53-55).

XII.

Le Cierge.



C’eſt du ſejour des Dieux que les Abeilles viennent.
Les premieres, dit-on, s’en allerent loger
Au mont Hymette[1], & ſe gorger

Des treſors qu’en ce lieu les zephirs entretiennent.
Quand on eut des palais de ces filles du Ciel
Enlevé l’ambroiſie en leurs chambres encloſe :
Ou, pour dire en François la choſe,
Apres que les ruches ſans miel
N’eurent plus que la Cire, on fit mainte bougie :
Maint Cierge auſſi fut façonné.
Un d’eux voyant la terre en brique au feu durcie
Vaincre l’effort des ans, il eut la meſme envie ;
Et, nouvel Empedocle[2] aux flâmes condamné
Par ſa propre & pure folie,
Il ſe lança dedans. Ce fut mal raiſonné ;
Ce Cierge ne ſçavoit grain de Philoſophie.

Tout en tout eſt divers : oſtez-vous de l’eſprit
Qu’aucun eſtre ait eſté compoſé ſur le voſtre.
L’Empedocle de Cire au braſier ſe fondit :
Il n’eſtoit pas plus fou que l’autre.



  1. Hymette eſtoit une montagne celebree par les Poètes, ſituée dans l’Attique, & où les Grecs recüeilloient d’excellent miel.
  2. Empedocle eſtoit un Philoſophe ancien, qui ne pouvant comprendre les merveilles du Mont Etna, ſe jetta dedans par une vanité ridicule, & trouvant l’action belle, de peur d’en perdre le fruit, & que la poſterité ne l’ignorât, laiſſa ſes pantoufles au pied du Mont.