Le Clou d’or/Édition 1921/Christel

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Texte établi par Jules Troubat, Calmann-Lévy (p. 161-212).




CHRISTEL







Durant l’hiver de 1819, vers la fin de février ; dans une petite ville du Perche, arrivèrent, pour s’y établir, une mère et sa fille ; elles venaient tenir le bureau de poste aux lettres, que de graves plaintes portées contre le prédécesseur avaient rendu vacant. Elles arrivèrent le soir, et, dès le lendemain, elles occupaient, dans la rue qui continue la place, la petite maison où depuis bien des années était situé le bureau. Le loyer de cette maison leur avait été cédé ; la pièce du rez-de-chaussée sur la rue devint leur résidence habituelle.

Après quelques légers changements qu’elles firent exécuter, la distribution du bureau se présentait ainsi : la pièce, avec deux fenêtres, n’avait point d’entrée par la rue ; la porte extérieure était celle de l’ancienne allée, dont la cloison, du côté de la chambre, avait été à moitié abattue, et où l’on avait placé une grille de bois à travers laquelle se faisaient les échanges de lettres. Comme suite à la grille, vers le fond de l’allée, une porte grillée aussi, et non fermée, donnait entrée dans le bureau.

Les deux personnes qui venaient occuper cette humble et assujettissante position, et passer de longues journées sans murmure à ces fenêtres monotones et en vue de cette grille de bois, étaient bien loin de s’y trouver accoutumées par leur vie antérieure. La baronne M…, veuve d’un chef d’escadron mort en 1815 de chagrin et de fatigue après les désastres des Cent-Jours, était Allemande de naissance. Rencontrée à Lintz, aimée et enlevée de son gré par M. M…, alors lieutenant sous Moreau, elle s’était brouillée pour la vie avec sa très noble famille, et avait suivi partout son mari dans les diverses contrées. Sa fille, née en Suisse, dans le frais Appenzel, avait plus tard doré son enfance au soleil d’Espagne. Cette jeune personne qui avait atteint dix-huit ans faisait l’unique soin de sa mère. À la mort de M. M…, sans fortune, sans pension, la fière et noble veuve avait vécu, durant deux années, de quelques économies, de la vente de quelques bijoux, des restes enfin d’une situation qui avait pu sembler brillante. Elle préférait tout à la seule idée de renouer communication avec sa famille d’Allemagne à dix quartiers, qui, même après le mariage de Marie-Louise, avait été pour elle sans pardon. La détresse menaçante, la vue surtout de sa fille, allaient la forcer peut-être à écrire. L’arrivée du général Dessolle au ministère fut un éclair d’espérance ; son mari avait servi sous lui. Le général, en attendant mieux, fit aussitôt accorder ce bureau de poste, et c’est ainsi qu’elles arrivaient.


Il y avait deux mois environ que la mère et la fille remplissaient l’office qui devenait leur unique ressource dans le présent, et même leur dernière perspective d’avenir (on disait déjà que M. Dessolle se retirait) ; leur vie était établie telle, ce semble, qu’elle devait demeurer longtemps. Elles ne sortaient pas, elles n’avaient fait aucune connaissance dans la ville ; une ancienne domestique amenée avec elles les servait. La mère malade, et à jamais brisée au dedans, ne bougeait guère du fauteuil placé près de la fenêtre du fond. Dès que la porte de la rue s’ouvrait et qu’un visage paraissait à la grille, la jeune fille était debout, élancée, polie, prévenante pour chacun (comme si elle n’avait été élevée qu’à cela), recevant de sa main blanche les gros sous des paysans qui affranchissaient pour leur pays ou payse en condition à Paris. Les jours de marché particulièrement, elle répondait à tous et les aidait quelquefois à écrire l’adresse de leurs lettres ou même la lettre tout entière. Elle fut bientôt connue et respectée de ces gens des environs, bien qu’ils fussent d’une fibre en général ingrate, d’une nature revêche et dure.

Un jour, une après-midi, pendant que sa mère, au sortir du dîner, sommeillait dans son fauteuil, comme il lui arrivait souvent (et c’étaient ses meilleures heures de repos), la jeune fille, Christel[1], rêveuse, attentive au rayon de premier printemps qui perçait jusqu’à elle ce jour-là et jouait dans la chambre, rangeait d’une main distraite les lettres reçues, la plupart à distribuer, quelques-unes (pour les châteaux des environs) à garder poste restante. Parmi ces dernières, il lui arriva d’en remarquer jusqu’à trois à la même adresse, à celle du comte Hervé de T…, et toutes les trois de la même main, d’une main qui semblait élégante, et de femme, et comme mystérieuse. Parmi ces autres papiers grossiers, la netteté du pli les séparait et disait qu’un ongle délicat y avait passé. L’odeur fine qui s’en exhalait sentait encore le lieu embaumé d’où le triple billet coup sur coup était sorti. Ces traces légères remirent Christel aux regrets de la vie élevée et choisie pour laquelle elle était née. Fille simple, généreuse, capable de tous les devoirs et de tous les sacrifices, elle avait un fonds de distinction originelle, plus d’une goutte de sang des nobles aïeux de sa mère, qui se mêlait, sans s’y perdre, à toutes les franchises d’une nature ingénue et aux justes notions d’une éducation saine. Sa soumission au sort dissimulait seulement l’intime fierté, comme sa simplicité courante permettait toutes les grâces, comme sa douceur recélait des flammes. Christel souffrait ; ce jour-là elle souffrait plus. Elle se cachait soigneusement de sa mère, et de peur de se trahir, elle tâchait de ne se l’avouer à elle-même que durant l’heure de ce sommeil de chaque après-dînée, qui la laissait comme seule à sa tristesse.

Christel n’avait aimé encore ni pensé à aimer que sa mère ; elle ne l’avait jamais quittée que pendant une année pour aller à Écouen, et ç’avait été la dernière année de cette maison. Les douleurs de sa patrie française tenaient une grande place dans la jeune âme, et couvraient pour elle le vague des autres sentiments. Pourtant les frais souvenirs d’enfance qu’elle évoquait à cette heure, les beaux lieux qu’elle avait traversés et qui s’étaient peints si brillants en elle, tel bosquet d’Alsace, tel balcon de Burgos, les mille échos d’une militaire fanfare dans le labyrinthe gazonné d’un jardin des camps, n’étaient là, sans qu’elle le sût, que comme un prélude sans cesse recommençant, comme un cadre en tous sens remué pour celui qu’elle ignorait et qui ne venait pas. Christel prit les trois petites lettres et les mit à part sur un coin du bureau, comme pour ne pas les mêler aux autres. Quel bonjour empressé, se disait-elle, quel appel impatient et redoublé, quel gracieux chant d’avril devait-il en sortir pour celui qui les lirait ! Elle achevait à peine de les poser qu’un jeune homme entra, et, se découvrant respectueusement derrière la grille, demanda si l’on n’avait pas de lettres à l’adresse qu’il nomma. Christel, au moment où la porte de la rue s’était ouverte, avait brusquement quitté sa place et était déjà debout, à demi élancée, comme elle faisait pour tous (craignant toujours, la noble enfant, de ne pas assez faire). À la question de l’adresse, elle répondit oui vivement, sans avoir besoin de regarder au bureau, et avant d’y songer, puis, s’apercevant peut-être de sa promptitude, elle remit les trois lettres en rougissant.

Le comte Hervé était trop occupé de ce qu’il recevait pour s’apercevoir d’autre chose ; il sortit en saluant, et lorsqu’il passa devant les fenêtres, Christel vit qu’il avait déjà brisé l’un des cachets, et qu’il commençait à lire avidement ce qui semblait si pressé de l’atteindre.

D’autres lettres vinrent les jours suivants ; il revint lui-même, poli, silencieux, tout entier à ce qu’il recevait. Un singulier intérêt s’y mêlait pour Christel : évidemment ce jeune homme aimait, il était aimé. Le comte Hervé n’avait pas vingt-cinq ans ; il était beau, bien fait ; il avait servi quelque temps dans les gardes d’honneur, puis dans les mousquetaires, je crois, en 1814. Depuis plusieurs mois il avait quitté le service, Paris et le monde, pour vivre dans la terre de son père, à une lieue de là. C’était une des plus anciennes et des grandes familles du pays. Christel n’apprit ces détails que successivement, et sans rien faire pour s’en enquérir ; mais, quoique sa mère et elle ne reçussent habituellement aucune personne du lieu, les simples propos des voisines, la plupart du temps en émoi si l’on voyait le jeune homme arriver au galop du bout de la place, puis mettre son cheval au pas en approchant, auraient suffi pour instruire. Cet intérêt de Christel pour une situation qu’elle devina du premier coup fut-il, un seul instant, purement curieux, attentif sans retour, et, si l’on peut dire, désintéressé ? Un certain trouble et la souffrance ne s’y joignirent-ils pas aussitôt ? Elle-même l’a-t-elle jamais su ? Ce qui est certain, c’est qu’un jour en agitant dans ses mains quelqu’une de ces lettres mignonnes, odorantes, et transparentes presque sous la finesse du pli, elle se sentit saigner comme d’une soudaine blessure ; elle se trouva empoisonnée comme dans le parfum. En les remettant ce jour-là, une rougeur plus brûlante lui monta au front, elle pâlit aussitôt ; elle aimait.


Amour, Amour, qui pourra sonder un seul de tes mystères ? depuis la naissance du monde et son éclosion sous ton aile, tu les suscites toujours inépuisés dans les cœurs, et tu les varies. Chaque génération de jeunesse recommence comme dans Éden, et t’invente avec le charme et la puissance des premiers dons. Tout se perpétue, tout se ranime chaque printemps, et rien ne se ressemble, et chaque coup de tes miracles est toujours nouveau. Le plus incompréhensible et le plus magique des amours est encore celui que l’on voit et, s’il est possible, celui que l’on sent. Ne dites pas qu’il ne naît qu’une seule fois pour un même objet dans un même cœur, car j’en sais qui se renflamment comme de leur cendre et qui ont eu deux saisons. Ne dites pas qu’il naît ou ne naît pas tout d’abord décidément d’un seul regard, et que l’amitié une fois liée s’y oppose ; car un poète qui savait aussi la tendresse a dit :


Ah ! qu’il est bien peu vrai que ce qu’on doit aimer,
Aussitôt qu’on le voit, prend droit de nous charmer,
Et qu’un premier coup d’œil allume en nous les flammes
Où le ciel, en naissant, a destiné nos âmes[2] !

Dante, Pétrarque, ces mélodieux amants

ont pu noter l’an, et le mois, et l’heure, où le dieu leur vint ; ils ont eu l’étincelle rapide, sacrée, le coup de tonnerre lumineux. Un autre aussi sincère, après deux années de lenteur, a pu dire :


Tout me vint de l’aveugle habitude et du temps.
Au lieu d’un dard au cœur comme les combattants,
J’eus le venin caché que le miel insinue,
Les tortueux délais d’une plaie inconnue,
La langueur irritante où se bercent les sens ;
Tourments moins glorieux, moins beaux, moins innocents,
Mais plus réels au fond pour la moelle qui crie,
Qu’une resplendissante et prompte idolâtrie !


Chacun à son tour se croit le mieux aimant et le plus frappé. La jeunesse va penser que ces chers orages ne sont complets que pour elle : attendez ! l’âge mûr en son retard, s’il les rencontre, les accusera plus violents et plus amassés. Ainsi chacun aime d’un amour souverain et parfait, s’il aime vraiment. Mais de tous ces amours le plus parfait pourtant et le plus simple, à les bien comparer, sera toujours celui qui est né le plus sans cause.

Pourquoi Christel aima-t-elle le comte Hervé ? Pourquoi du second jour l’admirait elle si passionnément ? Il vient, il entre et salue, et n’est que froidement poli ; pas une parole inutile, pas un regard. Elle ne le connaît que de nom et par une simple information dérobée aux propos voisins. Elle l’admire par ce besoin d’admirer qui est dans l’amour. Qu’a-t-il donc fait pour cela ? Comme si, pour être aimé, il était besoin de mériter ! Il est beau, jeune, ému, fidèle évidemment, et peut-être malheureux : que faut il de plus ? Il a de la grâce à cheval quand il repasse devant les fenêtres et qu’elle le voit monter. Il lui semble qu’elle connaisse tout de lui : oh ! combien elle compterait fermement sur lui, si elle était celle qu’il aime.

Ces lettres perpétuelles faisaient comme un feu qui circulait par ses mains et qui rejaillissait dans son cœur. Le courrier de Paris arrivait vers deux heures et demie, à l’issue du dîner ; bien peu après, dès que sa mère lassée commençait à sommeiller, Christel s’approchait sans bruit du bureau et faisait rapidement le départ ; puis elle prenait la lettre pour Hervé, mise tout d’abord de côté, et la tenait longtemps dans sa main, et non pas sans trembler, comme si elle se fût permis quelque chose de défendu. Elle la tenait quelquefois jusqu’à ce que sa mère s’éveillât ou que lui-même il vînt, ce qu’il faisait d’ordinaire vers quatre heures. Elle avait fini par lire couramment la pensée du cachet qui se variait sans cesse avec caprice, facile blason de coquetterie encore plus que d’amour, et qui ne demande qu’à être compris. Le cachet du jour lui disait donc assez bien la nuance de sentiment qu’elle allait transmettre, et fixait en quelque sorte son tourment.

Elle voulait quelquefois s’abuser encore : l’empreinte de cire rose ou bleue lui montrait-elle une fleur, une pensée haute et droite sur sa tige comme un lys (le lys était alors fort régnant) : C’est peut-être un lys et non une pensée, se disait-elle. Mais le lendemain le lévrier fidèle et couché ne lui laissait aucun doute et la poursuivait de tristes et amères langueurs. Le lion au repos la faisait rêver ; à de certaines fois où il n’y avait autour du cachet que le nom même des jours de la semaine, elle respirait plus librement. Un jour, y considérant avec surprise une tête de mort et deux os en croix, elle se dit : Est-ce sérieux, n’est-ce qu’un jeu ? s’affiche-t-elle donc ainsi, la douleur ?

Elle n’avait pas tardé non plus à distinguer, entre toutes, les lettres qu’il écrivait, tantôt mises dans la boîte par lui-même, qui revenait exprès pour cela, tantôt apportées par un domestique qu’elle eut vite reconnu. Son coup d’œil saisissait, sans qu’un seul mot fût dit. Ses lettres, à lui, étaient simples, sous enveloppe, sans cachet, adressées à Paris, poste restante, à un nom de femme qui ne devait pas être le véritable ; il semblait qu’elles fussent au fond bien plus sérieuses. Avec quelle émotion elle les pressait, quand elle y imprimait le timbre voulu !

Quel était-il, cet amour qui occupait tant le comte Hervé, qui l’avait arraché aux plaisirs d’une vie brillante, et le reléguait depuis près de six mois aux champs dans une unique pensée ? Peu nous importe ici, et le récit en serait trop semblable à celui de tant de liaisons incomplètes et avortées. Une femme du grand monde, à laquelle il avait rendu de longs soins, avait paru l’accueillir, lui promettre quelque retour ; elle avait même semblé lui accorder, lui permettre sans déplaisir quelqu’un de ces gages qui ne se laissent pas effleurer impunément. Elle avait fait semblant de l’aimer un peu, ou elle l’avait cru. Des obstacles survenus dans leur situation l’avaient décidé, lui, à partir, à se confiner pour un temps dans cet exil fidèle. Elle lui témoigna d’abord qu’elle lui en savait gré, eut l’air de l’en aimer mieux, et se multiplia à le lui dire. Mais peu à peu, les obstacles ou les distractions aidant, elle se rabattit à l’amitié (grand mot des femmes, soit pour introduire, soit pour congédier l’amour), et elle en vint le plus ingénument du monde à oublier de plus douces promesses si souvent écrites, et même faites à lui parlant, et non seulement de la voix.

On n’en était pas là encore ; pourtant il y avait quelquefois des ralentissements dans la correspondance. Hervé semblait s’y attendre en ne venant pas, ou par moments il venait en vain.

Quand la correspondance allait bien, quand les cachets de Paris marquaient une pensée (car décidément, si royalistes qu’on les voulût faire, cela ne pouvait ressembler à un lys), quand chaque courrier avait une réponse d’Hervé, Christel le sentait avec une anxiété cruelle, et il lui semblait que le courrier qui emportait cette réponse lui arrachait, à elle, le plus tendre de son âme, le seul charmant espoir de sa jeunesse.

Mais si les lettres de Paris tardaient, s’il revenait plus d’une fois sans rien trouver ; si poli, discret, silencieux toujours, se bornant avec elle à l’indispensable question, il avait pourtant trahi son angoisse par une main trop vivement avancée, par quelque mouvement de lèvre impatient, elle le plaignait surtout, elle souffrait pour lui et pour elle-même à la fois ; pâle et tremblante en sa présence sans qu’il s’en doutât, elle lui remettait la missive tant attendue, à lui pâle et tremblant aussi, mais de ce qu’il redoute d’un seul côté ou de ce qu’il espère. Elle voudrait la lettre heureuse pour lui, et elle la craint heureuse ; elle est déchirée si elle l’a vu sourire aux premières lignes (car en ces cas d’attente il décachetait brusquement), et s’il lui semble plus triste après avoir parcouru, elle demeure triste et déchirée encore.

Oh ! si alors, un peu après, quelque pauvre jeune fille paysanne venait apporter, en la tournant dans ses mains, une lettre de sa façon pour un soldat du pays, et la remettait, pour l’affranchir, avec toute sorte d’embarras et rougissant jusqu’aux yeux, elle aussi, tout bas, rougissait en la prenant et se disait : C’est comme moi !

Vers ce temps, un jeune homme, fils d’un riche notaire de l’endroit, pour lequel madame M… avait eu en arrivant quelque lettre, mais qu’elle n’avait pas cultivé, parut désirer d’être présenté chez elle et d’obtenir le droit de la visiter. L’intention était évidente. Madame M… en toucha un soir quelque chose à sa fille ; dès les premiers mots, celle-ci coupa court, et, se jetant dans les bras de sa mère, la supplia avec un baiser ardent de ne jamais lui en reparler ni de rien de pareil. La mère n’insista pas, mais, à la chaleur du refus et à mille autres signes que son œil silencieux depuis quelque temps saisissait, elle avait compris.

Pourtant, depuis des mois déjà que le comte Hervé venait plusieurs fois par semaine, il ne s’était rien passé au dehors entre Christel et lui, rien qui fût le moins du monde appréciable, sinon à la sagacité d’un cœur tout à fait intéressé. Pour deviner qu’une passion était en jeu, il aurait fallu être un rival, ou il fallait être une mère, une mère prudente, inquiète et malade, qu’éclaire encore sur l’avenir secret de sa fille la crainte affreuse de la trop tôt quitter. Lui-même, Hervé, avait à peine distingué, dans cette chambre où il n’entrait jamais, la jeune fille, messagère passive de son amour. Elle en eut un jour la preuve bien cruelle. C’était un dimanche ; elle était sortie avec sa mère pour une promenade, ce qui leur arrivait si rarement. Toutes deux suivaient à pas lents la grande route, à cet endroit, fort agréable, d’où la vue s’étend sur des champs arrosés et coupés comme de plusieurs petites rivières, et, par delà encore,


Sur ce pays si vert, en tous sens déroulé,
Où se perd en forêts l’horizon ondulé.


Il y avait assez de monde le long de la route ; de loin on vit venir, à cheval, le comte Hervé ; c’était l’heure ordinaire de sa visite, et une lettre au bureau l’attendait. Christel trembla ; elle pria, à ce moment, sa mère de s’appuyer plus fort sur son bras, sans crainte de la lasser. Hervé passa bientôt sur la chaussée devant elles au petit trot ; il les regarda d’une façon assez marquée ; mais, ne les ayant jamais vues au dehors, ne s’étant jamais demandé apparemment ce que pouvait être Christel avec sa souple et fine taille en plein air, il ne les reconnut pas à temps et ne les salua pas. Dix minutes après, au retour, les rencontrant encore et ayant deviné sans doute (à ne voir que la domestique au bureau) que ce pouvait être elles, il les salua. Juste image du degré d’attention de sa part et d’indifférence !


Que fait donc à certains moments le cœur, et quelles sont ses distractions étranges ! Absorbé sur un point et comme aveugle, tout à côté il ne discerne rien. Mille fois du moins, dans ces vieux romans tant goûtés, on voit le page, messager d’amour, dans sa grâce adolescente, faire oublier à la dame du château celui qui l’envoie. Les brillants ambassadeurs des rois, près des belles fiancées qu’ils vont quérir aux rivages lointains, ont souvent touché les prémices des cœurs. Ici, c’est près du jeune homme qu’une belle jeune fille est messagère : élégante, légère, demi-penchée, émue et alarmée, lisant, depuis des mois, la mort ou la vie dans son regard, et il ne l’a pas vue ! Il est vrai qu’elle ne lui apparaît qu’en toilette simple, sans autre fleur qu’elle-même, derrière des barreaux non dorés, dans une chambre étroite que masque un bureau obscur : mais est-ce qu’elle ne l’éclaire pas ?

Christel avait d’affreux moments, des moments durs, humiliés, amers ; la langueur et la rêverie premières étaient bien loin ; le souvenir de ce qu’elle était la reprenait et lui faisait monter le sang au front ; elle se demandait, en se relevant, pour qui donc elle se dévorait ainsi. Elle faisait appel dans sa détresse, oh ! non plus à ses goûts anciens, à ses gracieux, amours de jeune fille, à ses lectures chéries (tout cela était trop insuffisant et dès longtemps flétri pour elle), mais à des sentiments plus mâles et plus profonds, comme à des ressources désespérées, — à son culte de la patrie, par exemple. Elle se représentait son père, le drapeau sous lequel il avait combattu, le deuil de l’invasion ; elle excitait, elle provoquait en elle l’orgueil blessé des vaincus ; elle cherchait à impliquer dans l’inimitié de ses représailles le jeune noble royaliste, le mousquetaire de 1814, mais en vain ; le ressort sous sa main ne répondait pas ; l’amour, qui aime à brouiller les drapeaux, se riait de ses factices colères. L’Empereur évoqué en personne sur son rocher n’y pouvait rien. — Elle voulait voir du mépris de la part d’Hervé, de la fierté insolente dans cette inattention soutenue, et tâchait de s’en irriter ; mais non, c’était moins et c’était pis, elle le sentait bien ; ce prétendu dédain s’enfonçait plus cruel, précisément en ce qu’il était plus involontaire ; c’était de l’oubli.

Comment donc oublier à son tour ? Comment se fuir elle-même, s’isoler contre l’incendie intérieur qui s’acharnait ? Elle jetait dans un coin ces lettres odieuses, et se jurait de ne les plus voir ni toucher. Si elle avait pu, du moins, sortir, se distraire par le monde, vivre de la vie du bal et s’étourdir comme la plus frivole dans le tourbillon insensé, ou mieux, s’échapper et courir par les bois, biche légère, et chercher, s’il en est, le dictame dans les antres secrets, au sein de la nature éternelle !


Dieux ! que ne suis-je assise à l’ombre des forêts !


Mais non, encore non ; sa cage la tient ; il faut qu’elle y reste enfermée, sous cette grille, près du poison lent qui passe par ses mains et qui la tue, elle-même devenue jusqu’au bout l’instrument docile et muet de son martyre. Des larmes d’impuissance, de jalousie, d’humiliation et de honte, brûlent ses joues, et, versées au dedans de son âme, y dévastent partout la vie, l’espérance, la fraîcheur des bosquets du souvenir. — S’il entre pourtant, s’il a paru au seuil, en ce moment même, avec sa simple question habituelle, tête découverte et strictement poli, la voilà touchée ; tout cet assaut de fierté s’amollit en humble douleur, et le reste n’est plus.

Six longs mois s’étaient écoulés depuis la première visite ; on atteignait à la mi-octobre. Depuis quelque temps, les lettres venaient plus rares ; une fois, deux fois, il s’était présenté sans en trouver. Il avait peine à y croire. À la seconde fois, déjà sorti à demi, il revint sur ses pas, et insista pour qu’on voulût bien chercher encore. Elle le fit pour le satisfaire, sachant elle-même trop bien le résultat. Elle apporta le paquet entier des lettres restantes sur la petite tablette en dedans de la grille, et là tous deux penchés, dans leur inquiétude si diverse, suivaient une à une les adresses ; leurs têtes s’effleuraient presque à travers les barreaux ; mais, même ce jour-là, il n’eut pas l’idée de franchir la porte tout à côté pour chercher plus près d’elle, avec elle.

La pauvre mère sommeillait-elle alors ? Elle se taisait dans son fauteuil du fond, et palpitait, à en mourir, autant que sa chère enfant. Que faire ? Plus souffrante depuis quelques jours, elle était dans une presque impuissance de se lever. Un mouvement brusque eût éclairé sa fille, l’eût avertie qu’elle s’était trahie, eût, pour ainsi dire, donné de l’air à cet incendie secret qui autrement, toute issue fermée, avait chance de s’étouffer peut-être. La sage mère s’en flattait encore, et elle contint au dedans toute pensée.

Une troisième fois il revint, et il n’y avait pas de lettres davantage. Il insista de nouveau, lui, si convenable toujours, comme un homme que l’inquiétude égare un peu, et qui ne prend pas garde de dissimuler. Elle, au milieu de la chambre, debout, plus pâle que lui, répondait par monosyllabes sans comprendre, lorsque tout à coup, ne pouvant soutenir une lutte si inégale, elle se sentit chanceler, fit un geste comme pour se prendre à la grille, et tomba évanouie. La mère, qui, dès le commencement, n’avait rien perdu de ce trouble, s’arrachant précipitamment de son siège, où la clouait jusque-là la douleur, et essayant de soulever la défaillante : « Oh ! monsieur ! s’écriait-elle elle-même égarée ; ma chère fille ! ma pauvre fille ! qu’en avez-vous fait ? Quoi ? monsieur… vous ne devinez pas ! » Il s’était avancé pourtant, il avait franchi la grille, et était entré dans la petite chambre pour la première fois, — trop tard !

Bien souvent, entre les sentiments humains qui se pourraient compléter et satisfaire dans un mutuel bonheur, il y a pour obstacle… Quoi ? ni muraille, ni cloison, ni grille de fer, mais une simple grille de bois comme ici, et entr’ouverte encore, et on regarde à travers, et on ne devine pas, et on meurt ou on laisse mourir !

Christel reprit ses sens avec lenteur ; elle vit, en rouvrant les yeux, Hervé près d’elle, comme s’il eût attendu son retour à la vie, et elle répondit à ce premier regard par un indéfinissable sourire. Il revint tous les jours suivants ; il ne demanda plus de lettres, et il n’en vint plus (du moins de cette main-là).


Un singulier et touchant concert tacite s’établit entre ces trois êtres. Nulle explication ne fut demandée ni donnée. La mère ne parla point en particulier à sa fille. Hervé, attentif et discret, vint, revint, et s’y trouva naturellement assis, chaque après-midi, pour de longues heures. Il apprécia, dès qu’il eut tourné son regard, ces deux personnes distinguées, si nobles vraiment. La faiblesse de Christel continuait ; la pâleur et le froid du marbre n’avaient pas quitté ses joues ; seulement elle souriait désormais, et ses yeux, d’un bleu plus céleste, semblaient remercier d’un bonheur. Son mal réel l’obligeant à garder le repos, on ne se tenait plus dans la pièce du devant ; une personne qu’Hervé avait indiquée, une ancienne femme de charge, capable et sûre, y passait le jour, à des conditions modiques, et, tout en suivant son travail d’aiguille, répondait aux venants. C’était dans une chambre du fond proche de celle de madame M…, qu’on vivait retiré. La fenêtre donnait sur un petit jardin, dont le mur, très bas et assez éloigné, laissait voir au delà, bien loin, les prairies et les collines, mais toutes dépouillées ; c’était maintenant l’hiver. Que cette chambre d’une simple et virginale élégance, qu’ornait en un coin le portrait du père, et, au-dessous, la harpe (hélas ! trop muette) de Christel, eût été agréable et riante l’été devant cette nature bocagère, près de ces hôtes chéris : Hervé se le disait pour la première fois aux premières neiges.

La dure saison ne fut cependant pas dénuée, pour eux, d’intimes douceurs. Sans s’interroger, ils se racontaient insensiblement leur vie jusque-là, et elle se rejoignait par mille points. Oh ! souvent, combien d’îles charmantes et variées à ce confluent des souvenirs ! Hervé et Christel n’avaient pas besoin de confronter longuement leurs âmes, de s’en expliquer la source et le cours :

On s’est toujours connu, du moment que l’on aime, a dit un poète ; mais il est doux de se reconnaître, de faire pas à pas des découvertes dans une vie amie comme dans un pays sûr, de jouir jour par jour de ce nouveau, à peine imprévu, qui ressemble à des réminiscences légères d’une ancienne patrie et à ces songes d’or retrouvés du berceau. En peu de temps ils mirent ainsi bien du passé dans leur amour. La famille d’Hervé avait des alliances en Allemagne : lui-même en savait parfaitement la langue. Quelle joie pour Christel, quel attendrissement pour la mère de s’y rencontrer avec lui comme en un coin libre et vaste de la forêt des aïeux ! La petite bibliothèque de Christel possédait quelques livres favoris, venus de là-bas par sa mère ; il leur en lisait parfois, une ode de Klopstock, quelque poème de Matthisson, une littérature allemande déjà un peu vieillie, mais élevée et cordiale toujours. Un livre alors tout nouveau, et qu’il leur avait apporté, enchanta fréquemment les heures : c’étaient les Méditations poétiques ; plus d’une fois, en lisant ces élégies d’un deuil si mélodieux, il dut s’arrêter par le trop d’émotions et comme sous l’éclair soudain d’une allusion douloureuse. Cette harpe immobile dans un angle de la chambre attirait aussi son regard, et il eût désiré que Christel y touchât ; mais la faiblesse de la jeune fille ne le lui eût pas permis sans une extrême fatigue. On se disait que ce serait pour le printemps, et qu’elle le saluerait d’un chant plus joyeux après tant de silence. Ils eurent ainsi des soirs de bonheur, sans rien presser, sans trop prévoir.

Hervé, certes, aimait Christel : l’aimait-il de véritable amour, c’est-à-dire de ce qui n’est ni voulu ni motivé, de ce qui n’est ni la reconnaissance, ni la compassion, ni même l’appréciation profonde, raisonnée et sentie de tous les mérites et de toutes les grâces ? Car l’amour en soi n’est rien de tout cela, et, en de certains moment étranges, il s’en passerait. Je n’ose affirmer tout à fait pour Hervé ; mais il l’aimait avec tendresse, il la chérissait plus qu’une sœur ; et il est certain que, dès le second jour de cette intimité, il agita de naturels, de délicats et loyaux projets. Mieux il connut madame M… et ses origines, et moins il prévit d’obstacles insurmontables à ses désirs dans sa propre famille à lui. Bien des fois déjà les propositions d’avenir avaient erré sur ses lèvres, et la seule timidité, cette pudeur de toute affection sincère, avait fait ses paroles moins précises qu’il n’aurait voulu. Un soir qu’on avait plus longuement causé de guérison et d’espérance, qu’on avait projeté pour Christel des promenades à cheval au printemps, qu’on s’était promis de se diriger sur les domaines d’Hervé, vers un bois surtout de hêtres séculaires qu’avaient habité les fées de son enfance, et dont il aimait à vanter la royale beauté, il crut le moment propice, et, après quelques mots sur sa mère, à laquelle il avait parlé, disait-il, de cette visite désirée : « Il est temps, ajouta-t-il d’un ton marqué, qu’elle connaisse celle qui lui vient. » Christel tressaillit et l’arrêta ; ce fut un simple geste, un signe de tête accompagné d’un coup d’œil au ciel, le tout si résigné, si reconnaissant, si négatif à la fois, avec un sourire si pâli, et dans un sentiment si profond et si manifeste du néant de pareils projets à l’égard d’une malade comme elle, que la mère navrée ne put qu’échanger avec Hervé un lent regard noyé de larmes.


Le printemps revenait ; avril, dès le matin, perçait avec sa pointe égayée, et les rayons autour des bourgeons, et les oiseaux à la vitre, se jouaient comme au jour où Christel, il y avait juste un an, avait remarqué les lettres fatales pour la première fois. L’horizon champêtre du petit salon s’arrangeait au loin déjà vert, et présageait peu à peu l’ombrage et les fleurs. Christel ne quittait plus cette chambre ; on y avait placé à un bout son lit si modeste, qui, sans rideaux, sous un châle jeté, paraissait à peine. Elle se levait pourtant, et restait sur sa chaise toute l’après-midi et les soirs comme auparavant. Malgré sa faiblesse croissante, depuis quelques jours elle semblait mieux ; je ne sais quel mouvement de physionomie et de regard, plus de couleur à ses joues, avaient l’air de vouloir annoncer l’influence heureuse de la jeune saison. Hervé se disait qu’il fallait croire, ses discours aussi le disaient, et depuis deux heures, aux rayons du soleil baissant, on parlait de l’avenir. Christel s’était prêtée à l’illusion et en avait tiré parti pour tracer à Hervé, avec un détail rempli tout bas de vœux et de conseils, une vie de bonheur et de vertu, où lui, qui l’écoutait, la supposait active et présente en personne, mais où elle se savait d’avance absente, excepté d’en haut et pour le bénir : « Vous vivrez beaucoup dans vos terres, lui disait-elle ; Paris et le monde ne vous rappelleront pas trop ; il y a tant à faire autour de soi pour le bien le plus durable et le plus sûr ! Vous prendrez garde à toutes ces haines de là-bas, et vous tâcherez surtout de concilier ici. » Et la famille, et les enfants, elle venait aussi d’en parler, et embellissait par eux les devoirs : « Ils auront les mêmes fées que vous sous vos mêmes ombrages. » Hervé n’essayait plus de comprendre, il nageait dans une sainte joie ; le jour tombant et de si franches paroles l’enhardissaient ; il exprima nettement ce désir prochain d’union, et cette fois, soit qu’elle fût trop faible, après tant d’efforts, ou trop attendrie, elle le laissa s’expliquer jusqu’au bout sans l’interrompre. Il avait fini lorsqu’il vit dans l’ombre une main qui s’avançait comme pour chercher la sienne ; il la donna et sentit qu’après une tremblante étreinte, celle de Christel ne se retirait qu’après lui avoir remis celle même de sa mère. Un long silence d’émotion suivit ; le jour était tout à fait tombé ; on n’entendait qu’un soupir. Après un certain temps, tout d’un coup la domestique entra, sans qu’on l’eût appelée, apportant un flambeau : mais la brusque lumière éclaira d’abord le front blanc de Christel renversé en arrière, et ses yeux calmes à jamais endormis.

Ô Mort, que tu as de formes diverses, et que celui qui t’a déjà rencontrée peut néanmoins te trouver nouvelle ! On t’a vue, quand tu te prends à la jeunesse et à la beauté, t’y acharner avec violence, y revenir coup sur coup, pour les ébranler, comme avec sa hache le bûcheron furieux, et leur livrer de longs assauts dans des agonies terribles. D’autres fois, tu t’attaques lentement et d’une ruine continue à l’enveloppe en même temps qu’au fond, tu opères degré par degré l’œuvre de destruction dans les plus florissantes natures, tu y ravages tout avec un art cruel avant de frapper le dernier coup au cœur ; une vieillesse comme centenaire est empreinte sur des visages de vingt ans. Mais à d’autres fois aussi, et quand tu te sers, ô Clémente, de tes plus douces flèches, tu ne fais qu’affaiblir, diminuer insensiblement le souffle, en conservant aux traits leur harmonie et au front son pur contour ; et quand tu y imprimes ton baiser glacé, il semble que ce soit une dernière couronne. — Ô Mort, que tu as de formes diverses ! tu en as presque autant que l’amour.


Dès le lendemain, Hervé emmena la mère et la conduisit au château de sa famille, où tous les égards délicats, et de sa part un soin vraiment filial, l’environnèrent. Ce ne fut pas pour longtemps, et, avant la fin du prochain automne, elle avait rejoint, sous les premières feuilles tombantes du cimetière, l’unique trésor qu’elle avait perdu.

Et qu’est devenu Hervé ? Oh ! ceci importe moins ; les hommes, même les meilleurs souvent, et les plus sensibles, ont tant de ressources en eux, tant de successives jeunesses ! Il a souffert, mais il a continué de vivre. Le monde l’a repris ; les passions politiques l’ont distrait, peut-être aussi d’autres passions de cœur, si ce n’en est pas profaner le nom que de l’appliquer à des attraits si passagers. Quoi qu’il soit devenu, et quoi qu’il fasse, il se ressouvient éternellement, du moins, de cette divine douleur de jeune fille, et, à ses bons et plus graves moments, sous cette neige déjà que le bel âge enfui a laissée par places à son front, il en fait le refuge secret de ses plus pures tristesses, et la source la plus sûre encore de ce qui lui reste d’inspirations désintéressées.

« — C’est trop vrai, dit alors une jeune et belle femme, et déjà éprouvée, qui avait écouté jusque-là en silence toute cette histoire ; ô hommes, combien vous faut-il donc ainsi de ces existences cueillies en passant pour vous tresser un souvenir ! »

15 novembre 1839.



FIN DE CHRISTEL
  1. Christel, dans les ballades du Nord, quelque chose de plus doux que Christine.
  2. Molière, Princesse d’Élide, acte I, scène ii