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Le Coche et la Mouche

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Fables, deuxième recueil : livres vii, viiiClaude Barbin et Denys Thierry3 (p. 45-48).

VIII.

Le Coche & la Moûche.



DAns un chemin montant, ſablonneux, mal-aisé,
Et de tous les cotez au Soleil expoſé,
Six forts chevaux tiroient un Coche.

Femmes, Moine, vieillards, tout eſtoit deſcendu.
L’attelage ſuoit, ſouffloit, eſtoit rendu.
Une Mouche ſurvient, & des chevaux s’approche ;
Prétend les animer par ſon bourdonnement ;
Pique l’un, pique l’autre, & penſe à tout moment
Qu’elle fait aller la machine,
S’aſſied ſur le timon, ſur le nez du Cocher ;
Auſſi-toſt que le char chemine,
Et qu’elle voit les gens marcher,
Elle s’en attribuë uniquement la gloire ;
Va, vient, fait l’empreſſée ; il ſemble que ce ſoit
Un Sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ſes gens, & hâter la victoire.

La Mouche en ce commun beſoin
Se plaint qu’elle agit ſeule, & qu’elle a tout le ſoin ;
Qu’aucun n’aide aux chevaux à ſe tirer d’affaire.
Le Moine diſoit ſon Bréviaire ;
Il prenoit bien ſon temps ! une femme chantoit ;
C’eſtoit bien de chanſons qu’alors il s’agiſſoit !
Dame Mouche s’en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent ſottiſes pareilles.
Aprés bien du travail le Coche arrive au haut.
Reſpirons maintenant, dit la Mouche auſſi-toſt :
J’ay tant fait que nos gens ſont enfin dans la plaine.

Cà, Meſſieurs les Chevaux, payez-moy de ma peine.

Ainſi certaines gens, faiſant les empreſſez,
S’introduiſent dans les affaires.
Ils font par tout les néceſſaires ;
Et, par tout importuns devroient être chaſſez.