Le Corset - Fernand Butin/Historique

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Division Le Corset - Fernand Butin À_l'Étranger


HISTORIQUE[modifier]

Dans les Études historiques et médicales sur l'usage du corset, le Dr Bouvier a très bien résumé l'histoire du corset.

« On peut, dit-il, résumer l'histoire du corset en cinq périodes :

« La première époque est celle de l'antiquité, des bandes ou fasciœ des dames grecques et romaines.

« La deuxième comprend les premiers siècles de la monarchie française, une grande partie du Moyen Age, pendant laquelle le costume des femmes ne présente rien de fixe qui soit comparable au corset, période de transition, qui participe de la précédente et de la suivante, par Fabandon d'abord incomplet des bandelettes romaines et par l'usage commençant plus tard des corsages justes au corps.

« La troisième époque, qui embrasse la fin du Moyen Age et le commencement de la Renaissance, est marquée par l'adoption générale des robes à corsage serré, tenant lieu de corsets. « La quatrième est celle des corps baleinés; elle s'étend du milieu du XVIe siècle à la fin du XVIIIe.

Fig. 1.

« Enfin, la cinquième époque est celle des corsets modernes. » Nous ajoutons : nous souhaitons une sixième et dernière époque « celle du corset normal, conforme aux exigences de l'hygiène. »

Dans notre « historique », nous allons revoir en détail ces différentes périodes.

Antiquité[modifier]

Les Anciens n'avaient pas de corset proprement dit ; mais déjà Homère parle de ceintures ou stethodesmes (fig. 1).

Ce stéthodesme n'était, en somme, qu'une bande analogue à nos bandes d'hôpital, que les femmes grecques enroulaient plusieurs fois autour du corps.

L'Anamaskalister (fig. 2) était une sorte de brassière passant sous les seins et sur les épaules. On peut le voir, au musée du Louvre, sur une statue orientale de la Vénus de Smyrne. Les Grecs avaient encore le Mastodeton destiné à soutenir les seins trop volumineux.

Chez les Latins, ces ceintures portèrent les différents noms de fascia, mamillare, tœnia, strophium, qui, destinées à soutenir les seins, s'appliquaient directement sur la peau, immédiatement au-dessous des seins. Les auteurs de cette époque avaient déjà remarqué que ces ceintures meurtrissaient et déformaient les chairs; à cause de cela, certaines d'entre elles, comme le mamil-lare, étaient particulièrement réservées aux esclaves et aux femmes de basse condition.

Fig. 2.

Le cingulum, le capitium, le cinctus, le zona, étaient des bandes qui s'appliquaient non plus sous les seins, mais à la ceinture et sur les vêtements. Notre figure 3 représente le zona dont se servaient les jeunes vierges grecques et romaines. Homère, Ovide, Martialet Catulle en font mention dans leurs écrits.

Fig. 3.

En France[modifier]

Les auteurs de l'époque Gallo-Romaine ne nous ont laissé aucun document sur cette question. Après l'invasion des Gaules par les troupes de César, les Gauloises acceptèrent les vêtements des Romaines comme elles en subirent les autres coutumes.

Un journal anglais, The Lancet, rapporte l'intéressante légende suivante :

« Un barbare mari du XIIIe siècle ne trouva rien de mieux, pour punir sa femme, que de la comprimer entre deux étaux qui l'empêchaient de reprendre souffle. D'autres maris suivirent bientôt ce terrible exemple et enfermèrent leurs femmes dans ces prisons portatives. Les femmes ne voulurent pas céder, s'habituèrent, par coup de tête et petit à petit à leur carcere, le modifièrent, et d'une punition barbare, firent par esprit de contradiction et pour se conformer aux lois de la mode, le corset actuel, que portent également, sans vouloir en reconnaître les inconvénients, grandes dames comme femmes du peuple. »

Cette légende fait honneur à l'imagination de son auteur. Nous ne la citons qu'à titre de curiosité. Car il est bien évident que les Gallo-Romaines adoptèrent la mode Romaine qui se continua sous les Mérovingiens et les Carlovingiens.

Vers le milieu du XIIIe siècle apparut « le corcet », sorte de corsage lacé, commun aux deux sexes, et dont fait mention le sire de Joinville dans ses écrits. Sous Charles V, le nom de corset désignait des vêtements divers pouvant tous se ramener à un corsage lacé.

Jusqu'à la fin du XVe siècle, les femmes portèrent ces « surcots lacés ». A cette époque, elles commencèrent à le border d'acier et à le doter d'un buse ou « coche » placé sur le devant.

A la fin de ce siècle, les surcots furent délaissés et remplacés par la basquine ou vasquine, sorte de corset de grosse toile avec un buse en bois ou en acier; par devant, ces basquines étaient souvent garnies de fils de laiton. A cette époque apparut aussi le vertugadin, sorte de bourrelet placé sur les hanches ; le but de cette « vertugade » était de faire « baller » la robe.

Un fait admis par tous les auteurs est l'importation par Catherine de Médicis (1519-1589) des « corps » à baleine qu'elle rapporta d'Italie. La taille excessivement mince fut alors à la mode et beaucoup de femmes en arrivèrent à porter de véritables cuirasses métalliques dont notre figure 4 donne une idée; elle montre une jeune femme portant un de ces corsets métalliques dont on peut voir des spécimens au musée de Cluny et au musée Carnavalet.

Les hommes sensés de cette époque, les médecins et les philosophes furent unanimes à les blâmer. Montaigne écrit :

« Le corset était une sorte de gaîne qui emboîtait la poitrine depuis le dessous des seins jusqu'au défaut des côtés et qui finissait en pointe sur le ventre... Pour faire un « corps » bien espagnol, quelle géhenne ne souffrent-elles
Fig. 4.
pas, guindées et sanglées avec de grosses « coches » sur les oostes jusqu'à la chair vive. Oui, quelquefois à en mourir. Et Ambroise Paré, qui avait vu sur la table de dissection de ces jolies personnes à fines tailles, lève le cuir et la chair et nous montre leurs costes chevauchant les unes par dessus les autres. »

Sous Charles IX, on voit les corps piqués, sorte de cuirasse piquée en tissu inextensible et très résistant.

Le règne de Henri III (1574-1589) fut le plein épanouissement des basquines, corps à baleine, et des vertugadins. Ces vertugadins, destinés, comme nous l'avons dit, à arrondir la taille, furent les ancêtres des crinolines et des tournures. Henri III imagina même une ridicule modification de cet appareil et construisit le panseron, corset moins serré à la taille mais très grossi et busqué du bas, ce qui donnait aux femmes qui le por taient l'apparence de la grossesse.

Sous Henri IV, on ajouta au corset des « sangles » destinées à en augmenter la constriction.

Ainsi modifiée, cette pièce du vêtement devint si nuisible, qu'Henri IV rendit plusieurs arrêts pour en interdire l'usage. En 1619, le Parlement d'Aix promulgua contre le corset un édit rigoureux auquel il y eut, naturellement, de nombreuses contraventions.

Toutes ces lois ainsi que les instances des médecins et des philosophes, eurent un commencement d'effet : les corsets se portèrent un peu moins serrés.

Malheureusement, cette amélioration ne dura pas. Avec Louis XIV. vers 1643, la mode revint de serrer les corsets qui prirent le nom de « justes-au-corps » ; notre figure 5 donne une idée très nette de ces justes-au corps qui étaient des corsets terminés, devant et en bas, par une pointe arrondie, bombés sur les seins par des baleines ; un buse
Fig. 5.
s'étendait en avant de haut en bas.

Mme de Sévigné écrivait, en parlant d'une jeune fille : « Il lui faut un petit corps un peu dur qui lui tienne la taille ». Pauvre jeune fille!

En 1641, Mme de Montespan mit à la mode les robes « bal lantes », vêtements sans ceinture. Le corset ne se portait près que plus. Cet âge d'or ne dura pas, le corset réapparut avec Mme de Maintenon; il s'entr'ouvrit par devant, on appela cette échancrure « la gourgandine ».

A l'époque de Louis XIV, le corset cessa d'être fait par les tailleurs et devint l'apanage des couturières qui l'améliorèrent un peu, en le faisant plus court et de tissu plus souple. Malgré cela, surtout sous Louis XV (fig. 6), le corset resta très serré; c'est certainement lui qui fut la
Fig. 6.
cause de ces « vapeurs » ou syncopes si fréquentes à cette époque.

De Goncourt a dit à ce propos :

a Tout le siècle s'est élevé contre cette mode du corps
Fig. 7.
que les femmes ne veulent pas abandonner à aucun prix. C'est une véritable croisade, depuis les remarques de l'Arétin moderne jusqu'aux observations de l'anatomiste Winslow, depuis les objurgations du bonhomme Métra, jusqu'à l'Avis de Reisser sur les corps baleinés, jusqu'aux plaintes du chevalier de Jaucourt, dans l'Encyclopédie. Pendant tout le siècle, on attaque le corps, on le fait responsable de la mort d'un grand nombre d'enfants, de la mort de la duchesse de Mazarin. Les corps les plus à la mode étaient les corps à la grecque, d'abord à cause de leur nom, puis pour leur bon marché, quoiqu'ils fussent très dangereux, parce que les baleines ne montaient qu'au-dessous de la gorge et pouvaient la blesser. »

Buffon et Jean-Jacques Rousseau unirent leurs efforts à ceux de Winslow pour obtenir une amélioration du corset ; ils n'obtinrent que la diminution du nombre des buses qui s'abaissa à deux.

Ci-contre (fig. 7) la représentation du corps figuré dans l'encyclopédie de Diderot.

En même temps que les titres, les abus, les privilèges, la Révolution de 1792 supprima le corset qui fut considéré, à cette époque, comme symbole de l'ancien régime et « séditieux ».

L'antiquité fut en honneur, on revint au zona grec dont la ceinture Directoire (fig. 8) fut une imitation.

Malheureusement, à la fin du premier Empire, les corsets lacés revinrent à la mode; ils se composaient (fig. 9) de différentes pièces rapportées et étaient lacés en arrière et aussi par devant, comme le montre notre figure représentant un corset « à la Ninon », la grande mode de l'époque.

Sous Charles X, ces corsets conservèrent la même forme, mais la mode était de les serrer au maximum. En 1830, le corset, devenant plus élégant, devient aussi plus souple (fig. 10), il se lace en arrière a à la paresseuse », car ce fut en 1830 qu'apparut ce mode de laçage
Fig. 8.
encore en usage de nos jours, qui permet à la femme de
Fig. 9.
mettre son corset seule et qui lui permet aussi, trop souvent, hélas! de se serrer avec excès. Sous le second Empire, le corset s'adaptait au bas des
Fig. 10.
côtes. Il avait la forme représentée par notre figure 11 Il était muni de goussets pour les seins. Aussitôt après la guerre apparut le buse poire fig. 12),
Fig. 11.
qui donnait au corset un aspect orthopédique. Ce corset remontait les seins. Il fut à son apogée en 1880. Enfin, depuis quelques années, on a adopté un modèle se rapprochant du « juste au corps » comme forme gêné raie.
Fig. 12.
Notre figure n° 13, due au talent de Mme Lami, indique bien la forme du corset moderne, dans lequel on s'est efforcé surtout de supprimer la cambrure antérieure. C'est le corset droit devant. Ce corset comprime moins l'estomac et les côtes, mais il empêche complètement les mouvements de flexion en avant.
Fig. 13.
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