Le Corset - Fernand Butin/Les Améliorations Proposées

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Génito-urinaire Le Corset - Fernand Butin Conclusions


LES AMÉLIORATIONS PROPOSÉES[modifier]

En présence des accidents causés par le corset, les hygiénistes et les médecins de tous les temps ont proposé des améliorations de cet instrument.

Plus radicaux, un grand nombre, parmi lesquels Mme Tylicka, demandent la suppression absolue du corset. Nous avons déjà dit, dans notre introduction, combien sont platoniques ces décrets de suppression complète. Ils ne pourraient, du reste, se concilier qu’avec une transformation complète du costume de la femme ; ce costume devrait se composer de robes à la grecque se rattachant sur les épaules. Autrement, avec le mode actuel d’habillement inférieur, les corsets, ou tout au moins de larges ceintures, sont nécessaires. Sans cela, comment faire tenir à la taille les robes, les jupons, etc., dont le poids atteint plusieurs kilogs. Il faudrait serrer les liens d’attache ; cette constriction serait plus mauvaise encore que le corset, dont l’existence chez tous les peuples prouve du reste l’utilité. Puisque la femme doit porter un corset, le problème se résume à rendre cette partie du vêtement la plus conforme possible aux exigences de l'hygiène.

Cette solution pratique a été celle qui, à toutes les époques, a fixé l'attention de ceux qui se sont occupés de la question. Nous ne citerons pas tous les perfectionnements faits ou proposés à ce sujet. Chaque année, le nombre des brevets pris dans ce genre est considérable.

Nous citerons seulement, parmi les plus récents : le corset de Mme le Dr Gaches-Sarraute, et le Callimaste de Mme le Dr de Griniewitch.

Le corset de Mme Gaches-Sarraute a ceci de particulier qu'en haut il s'arrête au milieu de la distance qui sépare la dernière fausse côte de l'appendice xiphoïde, et qu'il se termine, en bas, à quelques centimètres au-dessous du pli de l'aine.

Voici comment le décrit Mme Gaches-Sarraute elle-même, dans sa récente Etude physiologique et pratique sur le corset :

« Le rôle de la partie du corset qui dépasse le pli de la taille en haut, est un rôle de protection pour les viscères contre les influences extérieures et contre la constriction occasionnée par les liens du vêtement. De plus, il permet aux femmes de s'habiller, et même, d'aucunes pensent d'une façon élégante, ce qui ne gâte rien, tout en conservant ou en restituant les formes originelles. Dans aucun cas, il ne peut soutenir les seins par la raison bien simple que ceux-ci, placés sur la cage thoracique, sont solidaires de leur base d'appui qui doit rester indépendante du bassin. Le corset se termine en bas à quelques centimètres au-dessous du pli de l'aine; après avoir enveloppé la région hypogastrique de bas en haut à la manière de la ceinture classique, il se continue vers le bas, dépassant le pli de flexion de la cuisse, de façon que la peau de la région abdominale inférieure soit toujours maintenue et n'ait pas de tendance à s'échapper sous le bord inférieur du corset, en un mot, pour que le maintien du ventre soit complètement assuré. La portion de tissu qui s'étend vers le bas ne gêne aucunement, puisqu'elle est dépourvue de toute pièce rigide. Elle sert de trait d'union entre les membres inférieurs et le tronc dans les grands mouvements d'extension, par l'intermédiaire de liens qui unissent le bord du corset aux bas. La sensation de solidarité entre les membres inférieurs et le tronc, dans l'extension forcée, augmente la sécurité de la cavité abdominale, en raison directe de l'étendue de la surface d'appui et double la force musculaire de la paroi. »

Ce corset, soutenant bien la paroi abdominale, nous paraît excellent pour les femmes obèses ou à paroi abdominale relâchée.

Il revient, en somme, à un corset peu élevé du haut et terminé par une ceinture abdominale. Dans la pratique, toute femme peut le réaliser en adjoignant à son corset une ceinture hypogastrique de modèle courant adhérente ou non au corset.

Le callimaste, décrit par son inventeur, Mme le Dr de Grimewitch, Gazette médicale de Paris, juillet 1899, repose sur un principe tout à fait différent. Cet appareil, a, du reste, été construit dans un autre but. Il est destiné à soutenir les seins, c'est une sorte de brassière formée d'un treillis de rubans élastiques et d'une ceinture qui peut s'adapter à un corset bas. Le callimaste peut donc s'employer soit seul, soit avec un corset bas ; son emploi est, nous croyons, très recommandable dans les cas où la glande mammaire se trouve très développée, soit pour cause de grossesse ou d'allaitement, soit pour complexion naturelle.

Nous avons mentionné ces deux tentatives, parce qu'elles émanent de deux médecins bien au courant de la question, convaincus et animés d'excellentes intentions, et aussi parce qu'elles ont soulevé un certain intérêt dans le monde médical. Mais elles n'ont d'intérêt qu'au point de vue théorique. En pratique, elles sont condamnées au même insuccès que leurs devancières. Les milliers de brevets de corsets « hygiéniques » qul ont été pris dans ces dernières années, tant en France qu'à l'étranger, portent également de louables intentions mais demeurent aussi négatifs comme effet pratique.

La solution du problème doit être cherchée ailleurs. Tout d'abord, il ne faut pas perdre de vue que ce n'est pas tant l'usage du corset, mais l'abus du corset, c'est-à-dire remploi du corset trop serré qui cause tous les méfaits dont nous avons parlé.

Il faut donc, par tous les moyens possibles, empêcher les jeunes filles et les jeunes femmes de se serre. Le meilleur de ces moyens est de leur faire voir nettement ce à quoi elles s'exposent, en transgressant cette recommandation. L'enseignement, dans les écoles de jeunes filles, devra insister le plus possible, avec démonstrations à l'appui, sur cette partie de l'hygiène du vêtement.

Les mères devront non seulement choisir avec une minutieuse attention le corset de leurs filles, mais elles devront encore en surveiller l'emploi judicieux et vérifier souvent si cette pièce du vêtement n'est pas trop serrée. Elles mêmes devront donner l'exemple et ne pas trop se serrer, et ne plus avoir de tendance à croire qu'une taille filiforme est le trait le plus achevé de la beauté féminine. Prêchant d'exemple, elles auront l'autorité suffisante pour enseigner à leurs filles qu'elles auraient tort de mettre leur orgueil dans une taille aussi fine que possible.

Le corset doit présenter les qualités décrites par M. Langlois : « Pour être inoffensif, le corset doit réduire ses proportions à celles d'une large ceinture destinée surtout à supporter les pièces de l'habillement; il doit s'adapter à la forme des parties qu'il soutiendra sans les comprimer, être doux et élastique, afin que les organes qu'il embrasse conservent leur libre exercice et fonctionnent librement ».

Les médecins devront songer à son importance pathogérique. En présence de certains symptômes, ils devront examiner soigneusement la femme et voir dans quelle proportion ils peuvent incriminer la constriction exagérée de la taille, et surtout faire immédiatement cesser cette construction.

Beaucoup de personnes se préoccupent en ce moment de cette question, espérons que cette actualité aura pour effet un effort sérieux dans l'instruction des jeunes filles qui, jusqu'ici surmenées par toute espèce d'études, ont presque toujours été négligées quant à l'hygiène. Quand cette instruction hygiénique sera faite, les jeunes filles deviendront soucieuses de leur santé, parce qu'elles sauront que c'est une condition de beauté et « une promesse de bonheur. »

En ajoutant notre modeste effort à ceux de tant d'autres plus autorisés, nous espérons qu'il ne sera pas complètement perdu, parce que les grands édifices se font pierre, à pierre et que les idées justes et bonnes, pour faire leur chemin, doivent être répétées souvent.

Nous sommes persuadé que c'est un rôle intéressant et de quelque utilité que d'essayer d'apporter une contribution, si minime soit-elle, à la culture physique de celles qui sont les mères de demain. Angerstein a proclamé une grande vérité quand il a écrit que « la santé des générations futures, l'avenir d'un peuple dépendent en grande partie de l'éducation des jeunes filles. »

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