Le Corset : étude physiologique et pratique/00

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AVANT-PROPOS


Le « Corset », tel est le titre d’un travail que je poursuis depuis plusieurs années[1]. Il n’est pas fréquent de le voir figurer parmi les bibliographies des sciences médicales auxquelles, au premier abord, il pourrait paraître étranger, car, à part quelques thèses récentes et des leçons de clinique isolées, il n’est généralement pas question du corset en médecine. Cette abstention tendrait à prouver que les médecins n’attachent pas d’importance au port de cet appareil, ou bien qu’ils considèrent son amélioration ou sa suppression comme une impossibilité. Il n’en est rien dans la réalité ; mais la confection et l’expérimentation de l’appareil ne rentrent plus dans les attributions du sexe masculin. Voilà pourquoi si tous les praticiens sont d’accord sur les inconvénients d’un mauvais corset, ils se trouvent renseignés incomplètement et désarmés le jour où ils veulent entreprendre la réforme d’un appareil dont ils ne pourront apprécier eux-mêmes les effets. Or nous savons que, pour faire exécuter par d’autres un ouvrage absolument conforme à nos plans, il faut, sinon que nous soyons capables de l’exécuter nous-mêmes, du moins que nous puissions en diriger l’exécution avec compétence, et, dans le cas particulier, en faire nous-mêmes l’expérimentation. Quoi qu’il en soit, le corset a fait et fait encore trop de mal à la femme pour que le médecin puisse s’en désintéresser. Cet appareil, le plus répandu de tous les appareils orthopédiques, puisqu’il s’adresse d’abord à la femme bien portante et que toutes les femmes le portent, est du domaine de l’hygiène lorsqu’il est considéré comme vêtement capable de conserver la santé, du domaine de la thérapeutique lorsqu’il devient un moyen palliatif ou curatif de certaines affections. C’est à ce double titre qu’il pouvait séduire une femme médecin, et c’est l’intérêt passionnant de cette double étude qui m’a entraînée malgré moi, de plus en plus, vers la solution d’un problème complexe et ardu.

Pour se consacrer à ce travail, il ne fallait pas craindre la dépréciation qui peut s’attacher à une entreprise de ce genre excessivement délicate pour un médecin. Mais j’étais décidée, dès le premier jour, à conserver au but que je poursuivais son véritable caractère scientifique et à observer la plus stricte correction professionnelle. Obligée, pour mener mon œuvre à bien, de m’en occuper personnellement, tant en théorie qu’en pratique, malgré le peu de goût que j’avais pour certaines questions matérielles, ce me sera un dédommagement et une consolation si, au milieu des difficultés de ma tâche, j’ai pu replacer la question du corset dans le domaine de l’hygiène et de la thérapeutique et rendre service à l’humanité.

  1. Voir les Annexes, p. 83 et suivantes.