Le Corset : étude physiologique et pratique/02

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II

MANIÈRE DE PLACER LE CORSET


Après avoir décrit la forme du corset abdominal, indiqué son but et la position qu’il doit prendre sur le buste, j’en ai fini avec les explications théoriques ; mais la manière de s’habiller est tellement contraire aux idées que je préconise que les femmes, sans autres indications, ne sauraient pas se servir de cet appareil. Il faut leur en expliquer le fonctionnement si on veut qu’elles le portent convenablement.

1° Avant d’être attaché, le corset sera entièrement délacé et élargi ; afin que, placé sur le corps, il puisse descendre facilement aussi bas qu’il est nécessaire au-dessous du ventre, sans repousser ni tirailler les organes, ce qui ne manquerait pas de se produire si l’on tentait de faire descendre l’appareil, préalablement serré, dans la position qu’il doit occuper.

Une fois placé normalement, c’est-à-dire l’extrémité inférieure du busc touchant le bord supérieur de la symphyse pubienne et les pièces évasées des côtés reposant sur la crête iliaque, on assujettit aux bas, par l’intermédiaire de liens élastiques, la partie du corset qui suit le pli de l’aine, en avant, et celle qui correspond à l’articulation coxo-fémorale, sur les côtés. L’union du corset et des bas ainsi constituée peut être assimilée à l’action d’un maillot partant du pied et se terminant à la ceinture ; la solidarité obtenue concourt à la fixité de l’appareil et présente, en outre, le double avantage : de maintenir tendue l’étoffe des pièces inférieures du corset qui, dépourvues de baleines, pourraient se relever en plis gênants, et aussi, par la suppression des jarretières, d’éviter la ligature circulaire qui déforme les jambes et favorise la stase veineuse dans les membres inférieurs.
Fig. 9. — Corset Gaches-Sarraute chez une femme ayant besoin d’être soutenue. (Abaissement de l’utérus).
En indiquant la manière de poser l’appareil, je viens de dire que sa partie inférieure s’applique exactement sur la branche horizontale du pubis ; par ce fait, toute la masse abdominale se trouve maintenue au-dessus de ce point. Mais le contact entre la surface antérieure du corset et le bas-ventre doit être absolu ; on le rend tout a fait intime en serrant le corset en bas et en arrière. Dans ces conditions, poser des jarretelles au niveau du pli de l’aine signifie bien qu’on les fait partir intentionnellement d’un point situé au-dessous du ventre, et que leur tension n’intéressera nullement les organes de l’abdomen ; au contraire elle déterminera un mouvement de bascule qui a pour effet d’éloigner le corset du corps vers le haut et par suite de permettre le soutien du ventre d’une manière tout à fait parfaite.
Fig. 10. — La même, nue.

Il en serait autrement dans le cas d’un corset s’appliquant non plus au-dessous, mais au-dessus du ventre, comme le corset thoracique et même le corset qu’on fait de nos jours. On comprend sans peine que des jarretelles attachées au bord inférieur d’un appareil de ce genre augmenteront notablement la pression déjà produite sur la masse intestinale. (Les figures 1 et 7 mettent bien ce contraste en relief.) D’où il est permis de conclure qu’un corset thoracique sera d’un usage moins dangereux, s’il est dépourvu de jarretelles, que s’il est tiraillé vers le bas par des liens tendus.

2° Le corset étant ainsi installé, les jarretelles attachées, la masse abdominale bien relevée au-dessus du pubis, et le bord inférieur de l’appareil maintenu en contact intime avec le rebord osseux du bassin, on serre le lacet en commençant par le bas pour bien emboîter la partie inférieure du ventre, puis on termine le serrage en remontant vers le haut. La pression s’exerce ainsi obliquement, de bas en haut, d’avant en arrière ; et, à mesure qu’on serre le corset, on voit apparaître à l’épigastre une saillie d’autant plus accentuée que le ventre était plus volumineux, les organes abdominaux plus distendus. Le corset doit être suffisamment serré pour faire corps avec le bassin. Cette pression, parce qu’elle a pour effet le soutien des viscères, produit bientôt une sensation d’allègement qui est toujours constatée.

3° Dans ces conditions, la taille dessine une ligne oblique en bas et en avant, parallèle à la direction de la crête iliaque. Les ceintures des jupes devront naturellement suivre aussi cette direction et s’attacher, en avant, aussi bas que possible, sur la ligne indiquée par la forme du corset. S’il en était autrement, si la ceinture des jupes était placée horizontalement, elle ferait exécuter au corset un mouvement de bascule en vertu duquel il se rapprocherait du corps en haut et s’en éloignerait en bas, ce qui produirait le contraire du résultat cherché.

Dans les cas normaux, la direction de la crête iliaque continuée par une ligne fictive prolongée sur la paroi abdominale rencontre vers l’ombilic la ligne correspondante du côté opposé ; la taille étant placée à ce niveau, l’estomac se trouve au-dessus et dispose de toute la place nécessaire pour se développer.

On doit comprendre que les anciens ajustements ne sauraient s’accommoder de ce déplacement de la ligne de taille vers le bas ; les corsages préexistants se trouvent de beaucoup trop courts en avant ; il y a donc une réforme à apporter au costume, réforme ennuyeuse, mais qui s’impose. La femme qui veut porter le corset abdominal ne doit point se laisser arrêter par cette modification ; il ne faut pas qu’elle hésite à faire subir à ses vêtements les transformations radicales exigées par l’appareil.

D’un autre côté, on observe que plus la direction des ceintures est oblique, en bas et en avant, et se rapproche des crêtes iliaques, moins les mouvements du buste rencontrent d’entraves. Nous savons, en effet, que les mouvements de torsion, de flexion et d’extension s’exécutent dans la région du corps située entre les deux cavités osseuses ; c’est à ce niveau que les articulations vertébrales offrent le plus de laxité et que l’élasticité de la peau en avant est le plus marquée, puisque sa surface libre est plus étendue. Si la ceinture des jupes se rapproche du bassin, la paroi est entièrement dégagée et les mouvements peuvent s’exercer dans toute leur amplitude.

Ajoutons, pour terminer, qu’il est urgent de ne pas serrer les corsages au niveau de la région épigastrique, la plus légère pression en ce point ayant pour effet de comprimer l’estomac et de le refouler au-dessous de sa position normale avec d’autant plus de facilité qu’il en était déjà éloigné auparavant. De plus, la constriction de l’épigastre immobilise le buste dans une attitude intermédiaire entre la flexion et l’extension, ce qui n’est certainement pas une condition avantageuse au point de vue de la nutrition en général. Il ne devrait pas être nécessaire de spécifier que les corsages des robes doivent suivre les lois qu’indique le corset, c’est-à-dire s’attacher très bas en avant sur la ligne signalée et présenter au niveau de l’épigastre une convexité correspondant à la forme de la paroi. Mais sur ce point encore il est difficile de faire entendre raison aux couturières, car elles admettent difficilement qu’on leur supprime le moule que leur fournissait le corset et sur lequel elles n’avaient qu’à tendre les étoffes sans faire d’effort d’imagination. De même qu’elles ne comprennent pas que la taille puisse être tout à fait élargie en avant juste à l’endroit où elles avaient l’habitude de la creuser.

En somme, ceux qui interviennent dans la construction du costume féminin font tous leurs efforts pour suggérer aux femmes la pensée de résister à la transformation que je propose, mais leurs tentatives sont vaines. À notre époque la femme veut ses aises malgré tout. Puis, en général, l’idée de changer de forme ne la choque pas, c’est une chose nouvelle, et les sports auxquels elle a été amenée à prendre part ne sont pas étrangers à sa détermination.