Le Coucher du soleil romantique

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

PIÈCES CONDAMNÉES, TIRÉES DES FLEURS DU MAL.




I


LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE





Que le Soleil est beau quand tout frais il se lève,
Comme une explosion nous lançant son bonjour !
— Bienheureux celui-là qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve !


Je me souviens !… J’ai vu tout, fleur, source, sillon,
Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite…
— Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon !


Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ;
L’irrésistible Nuit établit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;


Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons 6(1).



6(1). Le mot : Genus irritabile vatum, date de bien des siècles avant les querelles des Classiques, des Romantiques, des Réalistes, des Euphuistes, etc… Il est évident que par l’irrésistible Nuit M. Charles Baudelaire a voulu caractériser l’état actuel de la littérature, et que les crapauds imprévus et les froids limaçons sont les écrivains qui ne sont pas de son école.

Ce sonnet a été composé en 1862, pour servir d’épilogue à un livre de M. Charles Asselineau, qui n’a pas paru : Mélanges tirés d’une petite bibliothèque romantique ; lequel devait avoir pour prologue un sonnet de M. Théodore de Banville : Le lever du soleil romantique.

(Note de l’éditeur.)