Le Devisement du monde (français moderne)/Livre 1/Chapitre 55

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Livre 1 - Chapitre 54 Le Devisement du Monde Livre 1 - Chapitre 56


LV
Des mœurs et coutumes les plus générales des Tartares.


C’est une chose permise et honnête parmi eux d’avoir autant de femmes qu’on en peut nourrir et de prendre pour femmes leurs plus proches parentes, excepté les sœurs, jusqu’à la belle-mère, si le père est mort. La première des femmes est la plus honorée. Il est permis d’épouser la veuve de son frère. Les hommes ne reçoivent point de dot de leurs femmes, mais en donnent aux femmes et à leurs mères. Les Tartares ont beaucoup d’enfants à cause de cette pluralité de femmes, et le grand nombre de ces femmes n’est pas à charge au pays, parce qu’elles sont fort laborieuses. Elles sont premièrement fort soigneuses du ménage et de préparer le boire et le manger. Les hommes vont à la chasse et ne s’attachent qu’au dehors et à l’exercice des armes. Les Tartares nourrissent de grands troupeaux de bœufs, de moutons et d’autres bestiaux, et les conduisent dans les lieux où il y a des pâturages ; en été ils vont sur les montagnes, pour y chercher la fraîcheur des bois et des pâturages, et en hiver ils se retirent dans les vallées, où ils trouvent de la nourriture pour leurs bêtes. Ils ont des cabanes faites comme des tentes et couvertes de feutre[1], qu’ils portent partout avec eux, car ils peuvent les plier, les tendre, les dresser et les détendre à leur fantaisie ; ils les dressent de manière que la porte regarde toujours le midi. Ils ont aussi des espèces de chariots couverts de feutre, dans lesquels ils mettent leurs femmes, leurs enfants et tous leurs ustensiles, où ils sont à couvert de la pluie, et qui sont traînés par des chameaux.


  1. Marco Polo confirme ici tout ce qu’a dit Rubruquis des mœurs pastorales des Tartares.


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