Le Devisement du monde (français moderne)/Livre 2/Chapitre 13

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Livre 2 - Chapitre 12 Le Devisement du Monde Livre 2 - Chapitre 14


XIII
Du magnifique appareil de ses festins.


Voici de quelle manière on procède dans la pompe et la somptuosité des festins du roi. Lorsque, pour quelque fête ou pour quelque autre raison, le roi veut donner un festin, ce qui se fait ordinairement dans la grande cour de son palais, la table où il doit manger est portée à la partie septentrionale de la cour, et plus élevée que les autres tables. Quand le roi se met à table, il a le visage tourné du côté du midi, ayant à sa gauche la première reine, et à sa droite ses fils et ses neveux, et tous ceux qui sont de la maison royale. Leur table est cependant plus basse, en sorte que leurs têtes sont à hauteur des pieds du roi ; les barons et courtisans et autres officiers de guerre sont encore dans un lieu plus bas, ayant chacun leurs femmes à leur gauche ; chacun tient son rang, et les femmes suivent le rang de leurs maris. Car tous les nobles qui doivent dîner à la cour un jour de fête amènent leurs femmes avec eux ; et l’empereur même, pendant qu’il est à table, passe en revue des yeux tous les conviés. Hors de cette cour royale, il y a d’autres cours à côté, dans lesquelles, un jour de solennité, il y a quelquefois jusqu’à quarante mille conviés ; les uns sont des courtisans, d’autres viennent pour renouveler leur dépendance de l’empereur. Il y a grande quantité de farceurs et de baladins ; c’est pourquoi au milieu de la cour royale on pose un vase d’or, d’où découle le vin ou quelque autre liqueur, comme d’une fontaine ; et il y a quatre vaisseaux d’or placés çà et là pour recevoir cette douce liqueur, d’où on la puise ensuite pour en servir à tous ceux qui sont à table. Tous ceux qui sont traités dans cette cour boivent dans des vases d’or ; on ne peut exprimer le grand appareil ni la quantité des vases d’or et d’ustensiles qui sont employés quand le Grand Khan donne une fête publique. Les princes qui servent le roi à table se couvrent la bouche d’une étoffe fort fine, de peur que leur souffle ou leur haleine ne donne sur le manger et le boire du roi. Et quand l’empereur lève la coupe pour boire, tous les joueurs d’instruments et de trompettes commencent à faire entendre une agréable musique, et tous les courtisans se mettent à genoux. Il n’est pas besoin que je fasse la description des mets de la table du roi, de leur délicatesse et de leur magnificence, ni avec combien de pompe et de splendeur ils sont servis. Le repas étant fini, les chanteurs et les joueurs d’instruments, les nécromanciens et les farceurs viennent faire leurs concerts et leurs grimaces devant la table du roi ; ce qui contribue à le mettre de bonne humeur et à lui procurer une agréable digestion.


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