Le Devisement du monde (français moderne)/Livre 2/Chapitre 4

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Livre 2 - Chapitre 3 Le Devisement du Monde Livre 2 - Chapitre 5


IV
De quelle manière Koubilaï vinquit Naiam.


L’empereur partit donc sur cette assurance et se rendit dans la susdite plaine, où Naiam attendait encore l’arrivée du roi Caydu, qui devait lui amener du secours. Ayant fait camper son armée sur une colline, il y passa la nuit avec tous ses gens. Pendant ce temps-là les soldats de Naiam, qui ne se défiaient de rien et qui ne croyaient pas qu’il y eût rien à craindre, battaient la campagne, les uns avec leurs armes, les autres sans armes ; mais la nuit étant passée et le jour commençant à paraître, l’empereur monta sur le plus haut de la colline ; il partagea son armée en douze bataillons de trois mille hommes chacun. Les bataillons furent ainsi ordonnés, à savoir, qu’en quelques bataillons les piétons couvriraient de leurs lances le front des combattants. Le roi était dans un château admirable bâti sur quatre éléphants, où était aussi l’étendard royal ; mais aussitôt que l’armée de Naiam eut aperçu les enseignes et les camps de Koubilaï, elle fut saisie d’un grand étonnement, car le secours qu’elle attendait du roi Caydu n’était pas encore arrivé. Saisis d’épouvante, ils coururent à la tente de Naiam, qui dormait, et le réveillèrent. Il se leva et mit le plus promptement qu’il put son armée en bataille. C’est une coutume générale parmi les Tartares de sonner de la trompette et de battre de toutes sortes d’instruments de guerre, en chantant à perte d’haleine, avant que le roi ait donné le signal d’attaquer l’ennemi ; de sorte qu’après cette cérémonie faite dans les deux armées, le roi ordonna de donner le signal aux trompettes et d’attaquer les troupes de Naiam. Tout aussitôt le combat fut très sanglant, car l’air fut obscurci d’une grêle de flèches et de traits, et, les machines à jeter des pierres ayant été laissées, les adversaires se tuaient à coups de lances et d’épées. Naiam était chrétien de nom, mais il ne suivait pas les maximes de la religion chrétienne ; cependant il avait fait peindre sur son principal étendard le signe de la croix et avait beaucoup de chrétiens avec lui. Le combat dura depuis le commencement du jour jusqu’à midi ; il périt beaucoup de gens dans les deux armées, mais à la fin Koubilaï fut vainqueur et mit l’ennemi en fuite. Dès que l’armée de Naiam commença à fuir, ce prince fut pris, et une grande multitude de fuyards fut mise à mort.


Livre 2 - Chapitre 3 Le Devisement du Monde Livre 2 - Chapitre 5