Le Devisement du monde (français moderne)/Livre 3/Chapitre 1

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Texte établi par Eugène Müller, Delagrave (p. 269).

I
Quelles sortes de navires il y a dans l’Inde.


Nous commencerons ce troisième livre, où nous traiterons de l’Inde, par les vaisseaux (jonques) qui y sont en usage. Les plus grands navires dont les Indiens se servent sur mer sont faits ordinairement de bois de sapin[1] ; ils n’ont qu’un pont, que nos matelots appellent couverture, sur lequel il y a environ quarante loges pour les marchands. Chaque vaisseau a un gouvernail, quatre mâts et autant de voiles ; les planches en sont jointes avec des clous de fer, et les fentes en sont bien étoupées. Et parce que la poix ou goudron est rare dans leur pays, ils goudronnent leurs vaisseaux avec de l’huile d’un certain arbre, mêlée avec de la chaux[2]. Les grands vaisseaux peuvent porter deux cents hommes, qui les conduisent en mer avec des rames ; chaque navire peut outre cela porter environ six mille caisses. Il y a de petites chaloupes attachées à la queue de ces grands vaisseaux, et qui servent à la pêche et à jeter les ancres.

  1. Ou de quelque bois analogue par sa légèreté, car le sapin n’est pas fort répandu dans les régions chaudes de l’Asie.
  2. Ciment nommé gallegate de Surate, composé de chaux vive réduite en poussière et d’huile dans laquelle on a fait fondre du brai sec. (P.)