Le Diable au XIXe siècle/V

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Docteur Bataille ()
Delhomme et Briguet (tome 1p. 98-111).

CHAPITRE V

Deux gros-bonnets de l’occultisme.




Ainsi que je l’expliquerai plus tard avec tous les détails nécessaires, Calcutta est le siège de l’un des quatre Grands Centres Directeurs de la franc-maçonnerie universelle. Dans la capitale politique des Indes se tient le haut et souverain conseil de tous les rites pour l’Asie et l’Océanie. Mais le Directoire de Calcutta et les trois autres reconnaissent au-dessus d’eux, comme autorité spirituelle, si l’on peut s’exprimer ainsi, le Suprême Directoire Dogmatique de Charleston, dont le président est en réalité le souverain pontife de toutes les sectes occultes, disons le mot, l’antipape.

Ici encore, comme dans toute cette région du sud de l’Asie, la nature et les mœurs des habitants semblent prêter au satanisme et être comme le reflet de ce choix maudit.

On sait que la franc-maçonnerie affectionne surtout l’horrible, le macabre. Eh bien, à Calcutta, la mort se montre sous toutes ses formes. À côté des cataclysmes de la nature, inondations, ouragans et typhons, qui y sont comme la normale du temps, les grands fléaux, peste et choléra, y sont comme la normale de la santé. Ceux qui échappent aux éléments et aux épidémies, sont dévorés par les fauves ou piqués par les serpents. La superstition, qui pousse au suicide, achève le reste. Telles sont les causes de décadence de cette race indienne si ancienne, remontant presque sans mélange aux premiers âges du monde, si puissante par le nombre, mais si faible par son abaissement intellectuel. L’Inde a eu cette singulière fortune d’avoir été conquise sitôt connue et d’avoir toujours eu des maîtres.

Dans l’Inde on rencontre le cadavre à chaque pas : bûchers, ou les suttees (veuves) se brûlent aujourd’hui encore, malgré tout, et qui fument dans le Ciel ; Gange et Brahmapoutra, qui charrient dans leurs eaux limoneuses et empoisonnées les cadavres de parias que l’on y jette, et qui roulent, crevés, le ventre ballonné, jusqu’à la mer ; tours élevées, appelées « tours des morts », au sommet desquelles les parsis exposent les corps de leurs trépassés, entre ciel et terre, afin que les vautours, les gyps et gypaètes, viennent, pensent-ils, les transporter lambeaux par lambeaux au séjour des bienheureux ; plaine de Dappah, enfin, cet ossuaire gigantesque aux portes même de la ville, ce charnier de plusieurs lieues d’étendue, où, par innombrables milliers, par plusieurs centaines de mille, pêle-mêle confondus, pourrissent au soleil les cadavres d’hommes et les charognes d’animaux, où une tête humaine côtoie le sabot d’un cheval, ou sur le corps d’un homme, placé là comme par hasard, on rencontre des têtes de veau mort-né, d’éléphant, de tortue, comme en un formidable sabbat de pourritures et de squelettes.

Tout, en un mot, dans ce pays de pestilence, tout pue, obsède le cadavre.

La mort, et toujours la mort, sous toutes ses faces et sous tous ses aspects : humide et visqueuse, dans l’eau croupie ; carbonisée ou fumante, dans le feu, sous le ciel ; putréfiée et noire, sur le sol marécageux ; ou blanche d’ossements parsemés, comme une mosaïque funèbre, dans la terre sèche. Partout c’est encore la mort, et la mort païenne, bestiale, diabolique, pour dire la vérité ; car, si le chrétien aspire à la mort calme et décente, le luciférien, qui est le pire des fanatiques et qui se complaît dans l’horrible, recherche comme une volupté sainte le trépas cruel et se vautre à plaisir au sein des plus immondes putréfactions.

Et ici, de nouveau, je ne saurais trop prier le lecteur de ne pas croire à du roman ; tout ce que je dis et tout ce que j’aurai encore à dire, est de la plus scrupuleuse exactitude, de la plus scientifique vérité. Mais il est utile, indispensable de faire ressortir cela, de surmonter une légitime répugnance pour montrer cette mise en scène infernale, afin que l’on voie clairement qu’à travers les oripeaux dont les contes de pseudo-voyageurs l’ont parée, sous cette Inde de rajahs et de bayadères, s’exhibe l’Inde des fakirs, des sectateurs de l’esprit du mal ; et c’est là un tableau fidèle où apparaît très distinctement, écrite, non en hiéroglyphes, mais en caractères, en lettres bien nettes pour ceux qui savent voir et lire, la signature exécrable de Satan, peintre de ce fantasmagorique décor, suprême grand maître de ces populations dégradées, avilies depuis des siècles ; et toutes ces puanteurs respirent sa présence, exhalent sa manifestation permanente ; c’est bien là un des endroits du globe les plus propices à sa communication avec ses élus.

Vraiment, la franc-maçonnerie des arrière-loges ne pouvait trouver mieux que Calcutta pour y établir son directoire asiatique et océanien.

Entre chaque voyage, le Meïnam restait douze jours dans le port de la capitale indienne, c’est-à-dire plus qu’il ne m’en fallait pour étudier, dans cette première excursion, les agissements des chefs inconnus de la secte internationale, et pour prendre le temps de mettre mes notes au clair, de consigner les résultats de mon enquête préliminaire.

Calcutta est aujourd’hui la plus grande ville de l’Inde, la plus peuplée, la plus riche. Elle n’est pas, elle ne sera jamais la métropole des Hindous ; il lui manquera, pour le devenir, le prestige des traditions et la poésie des grands souvenirs de l’histoire ; mais Calcutta est la capitale des Anglais ; c’est un bazar oriental, devenu comptoir-office.

Elle est située sur les rives du Bhagirati, auquel les Hindous ont conservé le nom brahmanique de Hougly. Étagée sur les bords du fleuve, la ville montre avec orgueil ses édifices européens, que le vieux sol de l’Inde s’étonne de porter ; des maisons en briques s’alignent dans des rues symétriques, au-dessus desquelles pyramident les pagodes des temples, s’arrondissent les dômes des mosquées, dominant au loin. Au sud, on aperçoit la masse imposante du Fort-William, symbole de la puissance des conquérants.

On n’a pas fait vingt pas dans la cité, que l’on se sent en plein bazar, en plein commerce ; spectacle que l’animation de la rue, la vue du fleuve ou des navires, se pressant, de toutes formes et de toutes dimensions, ne font qu’accentuer, attestant la fiévreuse activité du génie anglais, que rien n’arrête, que rien ne ralentit.

Mais, au sein même de ce mouvement, au milieu de ces splendeurs de la civilisation matérielle, l’homme est averti qu’il se trouve en présence d’une nature ennemie, que tout menace son existence, et que, s’il veut la conserver, chaque instant de sa vie qui est en péril est aussi une lutte. L’air qu’on y respire, chaud et humide, poisseux, suffoque ; l’eau des puits est sulfureuse et saumâtre ; le sol, plat et marécageux, s’affaisse sous le poids des maisons, dont les murs se lézardent et craquent ; et il suffirait d’un caprice du Gange, il suffirait d’un détour de l’Hougly, inclinant vers la droite, pour que la riche cité, pressée de toutes parts dans les bras perfides de ses mille canaux, fût changée tout à coup en une vaste mer, engloutissant sous le niveau de ses vagues l’orgueilleuse insolence des maîtres de l’Inde et la servitude des esclaves conquis.

Par sa situation de siège de l’un des quatre Directoires de la haute maçonnerie, Calcutta est un grand centre sectaire, où affluent et pullulent des membres de tous les rites ; ainsi qu’à Jérusalem les chrétiens de diverses églises se réunissent au Saint-Sépulcre ; ici se coudoient, au grand temple maçonnique ; le Kadosch du rite écossais et le Sublime Maître Choisi du rite de Royale-Arche, le Commandeur de l’Aigle Blanc et Noir du rite d’Hérodom et le Grand Inspecteur Parfait Initié du rite de l’Écossisme philosophique, le Frère Élu du rite johannite dit de Zinnendorf et le Frère de la Croix-Rouge du rite des Illuminés de Swedenborg, le Chevalier de la Ranouka du rite misraïmite et le Souverain Grand Maître ad Vitam du rite de Memphis, le Bon Cousin Grand Maître Carbonaro, chef d’une Haute Vente, et le Mage de la Nouvelle Rose-Croix, le Fakir luciférien et le Sublime et Discret Vengeur de la San-Ho-Hoeï chinoise, le Chevalier Templier du Lessingbund et le Hiérarque du Palladium Ré-Théurgiste Optimate ; en d’autres termes, Calcutta est un des principaux lieux de rendez-vous de tous les sectaires occultistes qui ont juré l’anéantissement du catholicisme, de tous les maçons des hauts grades, qui, par une initiation à eux réservée, connaissent le secret des secrets, savoir : que le grand architecte de l’univers n’est autre que Lucifer-Dieu.

Dans ce pays où règne extérieurement le protestantisme anglais, favorisant cet épanouissement de l’occultisme sataniste, les conquérants sont, d’autre part, tenus en échec par d’autres sociétés secrètes, celles-ci indiennes et patriotes, depuis les Thugs ou étrangleurs, qui existent toujours, jusqu’aux Brahmavanis, continuateurs de Tippoo et de Nana-Saëb, qui rêvent la revanche, la liberté, qui ont fait le serment d’affranchir de la domination étrangère le sol de leur patrie.

La société des Thugs a, depuis longtemps, sa réputation faite. On sait que les Indiens qui en font partie se vouent tout spécialement à la déesse Khali, et que, d’après leur théorie religieuse, plus on offre de victimes à cette déesse, plus on arrive facilement au ciel, à la condition toutefois que les sacrifices offerts soient non sanglants ; d’où le procédé du foulard ou de la corde, c’est-à-dire l’étranglement.

J’ai eu l’occasion de causer longuement avec un des chefs de cette secte redoutée, lequel fut mon passager, se rendant de Calcutta à Madras, où l’on avait annoncé une arrivée de caravane très nombreuse d’Européens et, en particulier, d’Anglais. Cet homme m’a vraiment étonné par son érudition, son calme, sa distinction.

Loin d’être des brigands, tuant pour voler, les Thugs sont, à leur manière, des patriotes, farouches, implacables, fanatiques ; en effet, ce sont surtout les étrangers qu’ils assassinent, et, d’après leur superstition, le meurtre d’un Anglais compte double auprès de Khali ; l’étranglement des envahisseurs du territoire sacré de l’Inde est leur façon de gagner des indulgences ; le Thug qui a étranglé cinq Anglaises enceintes est du coup sacré et se croit définitivement sauvé, destiné infailliblement au paradis de Brahma

Quelque temps après le voyage de ce chef thug dont je viens de parler, j’appris que toute la caravane anglaise nouvellement arrivée à Madras avait disparu. Le gouvernement local fit le silence sur cette affaire, et l’on répandit le bruit qu’elle s’était noyée dans un torrent, par l’imprudence des guides qui la conduisaient et qui avaient eux-mêmes péri. Le fait était vrai ; mais ce qu’on ne disait pas, ce que le lieutenant gouverneur cachait avec soin, c’était que Madras était le centre de la secte des Thugs-Noyeurs, une variété des étrangleurs, ainsi que mon terrible passager me l’avait expliqué.

Des Brahmavanis, qui sont des patriotes combattant loyalement les conquérants avides et odieux, leur tenant tête, à visage découvert, je n’ai rien à dire, sinon qu’ils sont souvent, dans leurs insurrections, des héros admirables ; et j’en arrive tout de suite aux Fakirs, dont un grand nombre s’immolent à Brahma-Lucif ; ceux-ci sont les plus intéressants à connaître, les plus curieux à étudier.

Le Fakir de l’Inde est, en réalité, un personnage énigmatique, qui semble violer toutes les lois de la nature. Sa caractéristique est surtout de ne rien faire de ce que fait le commun des mortels. C’est un rebours. [illisible]Il ne boit, ni il ne mange, ni il ne dort ; il ne vit pas ; il est dans une perpétuelle contemplation, une constante absorption ; la médecine le constate, mais n’a point réussi à l’expliquer.

Il a commencé par être jongleur, ou, pour mieux dire, escamoteur, bateleur forain ; puis, il est devenu kami, c’est-à-dire qu’aux escamotages vulgaires il a eu le droit de mélanger quelques jongleries d’ordre supérieur ; enfin, il est parvenu au grade de Sâta, c’est-à-dire qu’il peut maintenant, en vertu des conjurations rituelles qu’il prononce, se livrer à des sortilèges, des évocations et des actes en contradiction avec les lois de la nature. Il y a chez lui, dans cette initiation progressive, quelque chose de ce qui se passe chez le Brahme, qui, au premier degré, ne peut ni entendre ni lire la doctrine, qui, au second degré, l’entend, mais ne peut la lire, qui, au troisième, la lit, mais ne l’enseigne pas, et qui, enfin, au quatrième degré seulement, peut tout faire, lire et enseigner. Mais, il existe, entre le Brahme et le Fakir, une différence capitale. Le Brahme est le prêtre de la religion nationale indienne. Le Fakir, lui, est, en quelque sorte, le moine d’une religion secrète ; longtemps, il a dérouté les écrivains qui ont étudié l’Orient ; tel auteur le donne pour un religieux mahométan, vivant d’aumônes, et c’est qu’en effet, dans certaines contrées où l’islamisme domine, les fakirs paraissent, par quelques pratiques extérieures, se rattacher à la religion de Mahomet ; tels autres auteurs croient et écrivent que le fakirisme est une secte particulière inféodée au brahmanisme, parce que, dans les pays indiens, bon nombre de fakirs laissent entendre que Brahma est vénéré par eux. Ces écrivains se sont laissé tromper par des apparences. Le fakirisme, je ne saurais trop le répéter, constitue une société secrète religieuse ; c’est une variété du satanisme ; c’est le gnosticisme oriental. De même que, dans les pays protestants, les lucifériens se donnent plus ou moins ouvertement comme adhérents au socinianisme, de même les fakirs ont une doctrine occulte, une religion spéciale mystérieuse, qu’il est impossible de connaître si l’on n’a pas pénétré dans leurs assemblées secrètes.

À Calcutta, je ne manquai pas de me rendre, dès le jour même de mon arrivée, au siège du Directoire maçonnique. Là, les dépendances du grand temple sont surtout réservées à l’administration. L’immeuble, qui n’est nullement caché, que tous les habitants connaissent, est situé en plein Chowringhee, au quartier neuf ; il renferme une douzaine de salles, plus ou moins spacieuses, appareillées pour les tenues des principaux rites, machinées en conséquence, notamment trois sanctuaires dans le sous-sol. Une quatrième salle, installée aux dernières profondeurs de l’édifice, est, contrairement aux autres, dépourvue de toute préparation ; les murs en sont nus, en blocs massifs de granit, sans aucune niche ; les dalles sont larges, en ciment ; l’orient est en pierres de granit, comme les murailles ; nul autre ornement que l’autel du Baphomet, flanqué, à droite et à gauche, des deux obligatoires tableaux que j’ai déjà décrits ; mais, ici, les peintures sont soignées, et non grossières comme chez les fakirs cynghalais. Ayant décliné mes titres, je fus admis à visiter l’immeuble, et même je fis une petite station à la bibliothèque, qui contient des livres fort curieux, en quantité innombrable, et tous les rituels maçonniques que l’on peut imaginer, imprimés ou manuscrits en presque toutes les langues. Naturellement, le frère archiviste ne me laissa feuilleter que ceux des grades égaux ou inférieurs à mon degré d’initiation ; en réalité, il ne me manquait que l’initiation au palladisme.


le baphomet
Reproduction exacte du Baphomet, tel que l’idole existe dans le grand temple rouge du Directoire maçonnique de Calcutta (d’après un croquis rapporté par l’auteur). — L’étoile à cinq pointes, formée par cinq lames de métal enchevêtrées les unes dans les autres, et qui figure sur le front de l’idole, n’est autre que le pentagramme magique ; l’hiéroglyphe qui se détache sur le globe terrestre reproduit fidèlement ce que les théurgistes appellent « la signature de Baal-Zéboub ». — Le serpent, qui est à droite, la tête devant un soleil rayonnant, est le serpent indien dit d’Éléphanta ; celui de gauche est le serpent égyptien dit d’Osiris. Celui qui est enroulé, supportant le globe terrestre, est nommé serpent d’Éva. Les trois serpents sont en or massif, artistement ciselés.

Tandis que je faisais cette visite préliminaire, vint un certain frère Hobbs, avec qui je fus très aise de lier connaissance ; il était un des principaux administrateurs d’une grande compagnie de thés de Calcutta ; ce qui m’intéressait n’était pas sa qualité civile, comme on pense bien, mais sa fonction dans la haute maçonnerie. Le frère Hobbs était précisément le grand-maître de l’aréopage théurgiste, qui avait présidé la séance où avait eu lieu l’apparition dont Carbuccia s’était montré si ému.

Je m’empressai donc de me faire présenter à lui, et, lorsque je lui eus raconté, comme incidemment, l’épisode de Galle, c’est-à-dire la mort de la prêtresse fakir à laquelle j’avais assisté, et la réunion du temple Mac-Benac de Pondichéry, lorsque je lui eus montré la carte de visite du frère John Campbell, augmentée de quelques mots d’amitié de celui-ci, avec sa signature, nous devînmes bientôt les meilleurs amis du monde.

Adroitement, je fis venir la conversation sur les apparitions, que je croyais possibles, dis-je, mais que je n’avais pas encore vues.

— Nous en avons eu plusieurs, cette année, affirma le frère Hobbs ; mais c’est surtout dans les tenues palladiques qu’elles se produisent le plus aisément. Il n’y a pas quatre mois, le Dieu Bon lui-même s’est manifesté à nous.

— En personne ? interrogeai-je.

— En personne.

— Ici ?

— Ici, dans le sanctuaire de granit, du sous-sol. Mais, pour voir le Dieu Bon face à face, il faut avoir un cœur ferme. Cette fois, nous eûmes le tort d’admettre à la séance un cabaliste de Memphis, — votre rite, ajouta-t-il, — un Napolitain que nous nous imaginions peu impressionnable, car il avait subi sans faiblir diverses épreuves à des initiations précédentes ; mais le malheureux n’était pas de taille à connaître tous les mystères du Palladium. Le frère Carbuccia, c’est son nom, s’est évanoui, a eu une crise ; nous avons dû lui prodiguer nos soins…

Je l’interrompis, en stimulant l’étonnement.

— Tiens, tiens, Carbuccia, fis-je ; mais il me semble me rappeler vaguement que j’ai connu quelqu’un de ce nom-là… N’est-ce pas un graineur ?

— Il l’était, du moins ; maintenant, il fait le commerce des bibelots et des curiosités de l’Inde et de la Chine.

— Je dois peut-être l’avoir eu comme passager… Oui, certes ; ce nom de Carbuccia n’est pas nouveau pour moi.

Je me fis donner quelques détails de l’apparition. Le frère Hobbs me répéta à peu près le récit de mon Italien ; il omit néanmoins de m’indiquer le procédé auquel on avait eu recours, dans cette tenue récente, pour obtenir la manifestation luciférienne ; il ne me dit pas un mot des trois crânes de missionnaires martyrisés, ni de la mort subite du frère Shekleton.

— Pourrai-je assister à quelque séance de ce genre ? demandai-je, d’un air avide de curiosité.

— Je ne crois pas que ce soit encore possible pour vous. Carbuccia avait, au rite de Memphis, un grade inférieur au vôtre, il est vrai ; mais c’était déjà un grade cabalistique, et il avait eu soin de se faire initier au palladisme, en passant par toute la filière. Il vous faudrait être au moins Kadosch du Palladium, et vous ne l’êtes pas, mon cher frère.

— J’en solliciterai l’initiation, répondis-je.

J’étais déçu, au fond ; car je savais quels serments à Lucifer il faut prêter pour entrer dans le palladisme, et, pour rien au monde, je n’aurais passé par cette abominable formalité. En moi-même, je cherchais comment je devrais m’y prendre pour continuer mon enquête sans faillir à ma foi.

Le frère Hobbs m’expliqua qu’à raison de mon haut grade cabalistique, il me serait possible d’assister à une réunion palladique, comme visiteur, si j’y tenais ; mais, d’après les règles, cette admission était exceptionnelle et ne pouvait avoir lieu qu’une seule et unique fois ; en outre, dans les tenues de Ré-Théurgistes Optimates où sont admis des frères haut gradés non affiliés au rite, on ne procède jamais à des évocations. Il ajouta, cependant, pour m’engager à venir, que je verrais des choses tout à fait extraordinaires et sortant absolument des banalités de la plupart des loges européennes.

— Un de nos plus illustres frères, un délégué de Charleston, me dit-il, est de passage à Calcutta, en ce moment, à titre de Souverain Grand Inspecteur Général, envoyé par le frère Albert Pike auprès de notre Directoire, et ce soir nous aurons, en son honneur, non pas ici, mais en dehors de Calcutta, une solennité à laquelle prendront part tous les grades de théurgie ; on baptisera, on fera une reconnaissance conjugale, selon les principes du palladisme en ce pays, c’est-à-dire avec le concours de fakirs et de dévadasis ; on terminera par une pompe funèbre théurgiste, dans des conditions qui vaudront bien une de ces manifestations divines que vous êtes désireux de voir.

Je connaissais par Carbuccia l’argot de la secte ; il s’agissait de parodier un baptême catholique, un mariage catholique, une cérémonie mortuaire catholique. Je le devinais sans peine ; mais en quoi, me demandais-je en moi-même, une parodie d’enterrement chrétien pouvait-elle équivaloir à une apparition d’esprit, à une scène surnaturelle infernale ?… Le frère Hobbs ne m’en dit pas plus long sur ce point.

Par contre, il s’offrit à me servir d’introducteur auprès du délégué de Charleston, dont l’acquiescement était indispensable pour mon admission exceptionnelle à la solennité. Cet inspecteur délégué se nommait Philéas Walder et était un des dix Mages Élus composant le Sérénissime Grand Collège des Maçons Émérites, qui est, autour de l’anti-pape, la contrefaçon du Sacré Collège des cardinaux.

Nous nous rendîmes à l’hôtel Adelphi où cet important personnage était descendu. Le frère Hobbs me présenta, en insistant sur la recommandation dont la carte de visite du frère John Campbell me faisait bénéficier. Philéas Walder m’accueillit, en gardant vis-à-vis de moi une certaine réserve.

Un être indéchiffrable, une vivante énigme, ce Philéas Walder. Quelques auteurs anti-maçonniques ont déjà parlé de lui et de ses collègues, mais d’une façon très vague. Mgr Léon Meurin, évêque de Port-Louis, dans son remarquable ouvrage paru tout récemment, la Franc-Maçonnerie synagogue de Satan, cite le fameux Grand Collège des Maçons Émérites, indique le nombre de ses membres, mais, dans la reproduction d’une « encyclique » de l’anti-pape Albert Pike, il supprime les noms, qu’il eût été intéressant de faire connaître au public, puisque voilà quelques-uns des hauts chefs secrets de la franc-maçonnerie universelle. M. Léo Taxil n’a pas fait d’allusion, que je sache, aux dix membres du Grand Collège de Charleston ; mais il mentionne, accidentellement, le frère W*** comme ayant organisé en 1881 les loges palladiques en France ; il consacre quelques pages à sa fille, mais toujours en ne donnant que l’initiale de son nom. Ces indications, trop succinctes, sont la preuve que M. Léo Taxil avait recueilli assez de renseignements sur les Walder, le père et la fille ; pourquoi n’a-t-il pas publié leurs noms en toutes lettres ? pourquoi ses divulgations, jusque-là courageuses, se sont-elles arrêtées ? D’autre part, M. Adolphe Ricoux imprime les noms des dix Mages Élus du Sérénissime Grand Collège ; mais il ne donne sur aucun d’eux pas le moindre renseignement, et cependant on comprend, en lisant cet auteur, qu’il a été bien informé sur les chefs de Charleston.

Il m’appartiendra, en conséquence, de combler toutes ces lacunes. Je me suis promis de faire la lumière complète. Je nommerai, moi, Maçons et Maçonnes en toutes lettres, ou, tout au moins, ceux et celles qu’il sera nécessaire de nommer. Les Walder sont du nombre.

C’est donc en octobre 1880 que je vis pour la première fois Philéas Walder, à Calcutta ; il avait alors cinquante-huit ans. Il est de taille plutôt grande que petite, mais de buste court ; il parait petit, lorsqu’il est assis, étendant devant lui d’assez longues jambes ; sitôt qu’il est debout l’aspect change. La physionomie est dure, légèrement allongée ; les yeux sont glauques et d’une expression indéfinissable ; la bouche est édentée ; le front est vaste, sous une chevelure postiche. La parole est brève, cassante. Quand on cause avec lui, il a une manie : de la main gauche, il vous tient par l’habit, vers une boutonnière, et constamment, en gesticulant, il agite son bras droit, par saccades, le poing fermé ; on croirait qu’il veut vous boxer, s’il n’écartait le poing dans chacun de ces mouvements brusques.

Il se rendait en Europe, accomplissant une tournée d’inspection ; il avait laissé sa fille à Charleston.

Né dans un canton de la Suisse allemande, Philéas Walder a, d’abord, été pasteur luthérien. À vingt-sept ans, il démissionna, on n’a jamais bien su au juste pourquoi. Il habita quelques années l’Alsace et s’y fit anabaptiste. Dans cette secte, il fut un des plus fanatiques ; il prêchait l’hérésie, non pas sous la forme modérée de Mennon Simonis, mais violemment et en conformité avec la doctrine de Jean de Leyde. Pour être saint, selon lui, il fallait rejeter toute loi extérieure ; la Bible elle-même était inutile ; il donnait à ses adeptes le baptême du feu ; il les faisait communier avec une tranche de rôti et une chope de bière ; il se prétendait inspiré directement de Dieu, et, lorsque ses inspirations contredisaient la Bible, c’était, affirmait-il, qu’il y avait falsification dans celle-ci. Au surplus, il était loin d’avoir de bonnes mœurs ; il soutenait publiquement que les hommes et les femmes ne doivent s’unir entre eux que par des liaisons passagères et simultanément multiples.

Il demeura anabaptiste trois années seulement. En 1852, la renommée des mormons de l’Amérique du Nord commençait à devenir tapageuse. Brigham Young, le second chef de la secte nouvelle, chassée de l’Illinois par les habitants résolus à ne pas souffrir au milieu d’eux ce qu’ils appelaient « un ramassis de voleurs et d’infâmes coquins », avait établi ses disciples dans la vallée du Grand-Lac-Salé, entre la Californie et l’Orégon ; il y avait fondé la cité de Deseret ou Nouvelle-Sion, qui compta 8,000 habitants au bout de quatre ans, et où il avait fait construire une école normale, des bains, des édifices publics, un fort, une vaste salle d’assemblée et un temple. Ce fut à cette époque que l’ex-pasteur Walder quitta l’Europe, se sentant attiré par le mormonisme ; le gouvernement des États-Unis avait, depuis deux ans, érigé en territoire, sous le nom de l’Utah, la colonie des sectaires, dont les progrès avaient été si rapides ; l’apôtre John Taylor venait de publier, à Paris même, l’Évangile des Mormons et l’Étoile du Désert. Philéas Walder fut bientôt reçu apôtre, à son tour.

On sait les difficultés qui surgirent, dès 1856, entre le gouvernement fédéral et le territoire de l’Utah, qui comptait alors 30,000 mormons. Il y eut guerre civile, en 1857, les disciples de Brigham Young voulant maintenir leur droit à la polygamie, contrairement à la constitution de l’Union américaine. Walder fut au premier rang des combattants les plus acharnés. Lorsqu’en 1862 Brigham Young fut élu président de l’Utah, l’ex-pasteur fut nommé un des quatre-vingt-dix missionnaires du mormonisme ; ce qui lui procura l’occasion de revenir en Europe. Il visita surtout l’Angleterre, la Hollande, le Danemark, l’Alsace, s’efforçant de recruter des adhérents. C’est au cours de ce voyage qu’il eut Sophie d’une jeune Danoise, presque aussitôt abandonnée que connue ; à peine mise au monde, à Strasbourg, l’enfant fut ravie à la mère, et celle-ci, délaissée. Rien n’est plus étrange que cette conduite de Philéas Walder, se plaisant à briser le cœur de la jeune femme, sa victime, et, d’autre part, entourant de soins le bébé dont il s’emparait furtivement, en vrai larron. Je n’ai pu savoir, et tout le monde, sauf peut-être l’ex-pasteur, ignore ce qu’est devenue la malheureuse mère de Sophie ; on affirme, du reste, que jamais Sophie, digne fille de son père sans cœur, ne s’est souciée de rechercher celle à qui elle doit le jour ; cette indifférence inouïe, contre nature, cache sans doute quelque sombre mystère.


Portraits de Sophie Walder et de son père
Modèle d’un Bref de Bon-Accueil, que la Sœur Sophie Walder, en sa qualité de Maîtresse Templière du Rite Palladique Réformé Nouveau, se fait délivrer par la principale loge occultiste d’une grande ville, pour être reçue avec honneur dans toutes les sociétés théurgistes de la région. — Nota : ce bref est collé au dos de la photographie de la Maîtresse Templière et lui sert ainsi à la fois de passe-port et de carte d’identité. C’est ainsi que procèdent toutes les sociétés palladiques.

Chez les mormons, Philéas Walder se donnait comme ayant le don de converser avec les esprits. On sait que, sous des apparences religieuses, la secte cache un bizarre mélange de matérialisme et de spiritisme.

Entre temps, Walder s’était affilié à la franc-maçonnerie, passant d’un rite à un autre ; il fut d’abord, dans l’Utah, le propagateur du rite de Royale-Arche ; il y établit, progressivement, huit loges, régies par une Grande Loge, qui a été fondée en 1872 à Salt-Lake-City ; puis, il se rallia à l’écossisme et se rangea sous la bannière du Suprême Conseil de Charleston ; il avait enfin appris que là était le centre directeur de la franc-maçonnerie universelle, le siège du souverain pontificat de l’Église de Satan. Albert Pike l’apprécia et fit de lui un des membres de son Sérénissime Grand Collège.

En 1873, les mormons étaient plus de cent mille dans l’Utah. Quatre ans après, Brigham Young mourait, et sa succession était dévolue à John Taylor par le conseil des douze apôtres de la secte.

Walder, à la fois lieutenant de John Taylor et d’Albert Pike, est aujourd’hui le trait d’union entre le mormonisme et la franc-maçonnerie. C’est un homme d’une activité prodigieuse. Tantôt dans l’Utah, tantôt dans la Caroline du Sud, il a deux domiciles officiels : l’un, au Deseret ; l’autre, à Charleston. Ce qui ne l’empêche pas d’accomplir de nombreux voyages. Le croit-on en Amérique ? il débarque tout à coup d’un paquebot en Europe ou en Asie, ayant sans cesse une mission dont le but est inconnu, visitant les loges et les arrière-loges des diverses capitales du monde, aujourd’hui sous son nom et se faisant rendre des honneurs, demain en secret, avec une fausse barbe et un diplôme à lui délivré, sous un nom de fantaisie, par le Suprême Conseil de Charleston. Depuis une dizaine d’années, il s’est particulièrement consacré à la propagande du rite palladique et néglige la maçonnerie ordinaire.

C’est lui-même qui a élevé sa fille, dans le satanisme pur.

Tel est l’homme à qui le frère Hobbs sollicita pour moi la faveur exceptionnelle d’être admis à la solennité qui se préparait. Il me l’accorda froidement, après quelques mots secs. Il me dévisagea un long moment, me posa trois ou quatre questions dont j’eus la chance de ne pas être embarrassé, — car elles avaient trait justement à des sujets dont Carbuccia m’avait instruit, — et, pour conclure, il dit à mon introducteur :

— Frère Hobbs, vous veillerez à ce que le frère Bataille soit soumis à l’épreuve que vous savez.

Là-dessus, il se leva de son fauteuil ; ce qui nous indiquait nettement qu’il était temps que nous prissions congé de lui. Nous le saluâmes et sortîmes de sa chambre, où il nous avait reçus.

Sur le seuil de la porte d’entrée de l’hôtel, nous rencontrâmes Tomaso Cresponi, autre maçon de haute marque. Nouvelle présentation. Celui-ci est aussi exubérant que Philéas Walder est concentré ; mais Cresponi est un malin, qui ne dit jamais que ce qu’il veut dire.

Maigre, osseux, aux yeux noirs et vifs, à la chevelure bouclée, long comme un jour sans pain, la lèvre supérieure garnie d’une épaisse moustache qui s’étend jusqu’aux joues, Tomaso Cresponi est un gros bonnet de la secte. Il venait d’Amérique, lui aussi, et avait accompagné Walder, mais il devait se fixer à Rome, où il avait à prendre, auprès du Suprême Conseil d’Italie, les fonctions, en apparence honorifiques, de Garant d’Amitié du Suprême Directoire Dogmatique de Charleston. En réalité, Cresponi est une sorte d’espion surveillant le grand-maître Adriano Lemmi pour le compte de l’anti-pape luciférien.

Il faut croire que ma physionomie plut au frère Cresponi ; car, séance tenante, il m’invita à dîner au restaurant Bansard, où il prenait ses repas. Le frère Hobbs fut invité aussi ; mais il ne put accepter, étant attendu chez lui. Je restai donc avec Cresponi ; il fut convenu que ce serait lui qui me conduirait au temple extra-muros, — je devrais dire : aux temples, — où devait avoir lieu, dès la tombée de la nuit, la solennité à laquelle j’avais maintenant hâte d’assister.

En dinant, nous bavardâmes, comme on pense ; ce fut, naturellement, le spiritisme qui fit les frais de la conversation.

Avec quel rire bruyant Cresponi lançait les éclats de son hilarité, lors qu’il parlait des spirites de salon et de leurs tables tournantes, qui, les trois quarts du temps, sont muettes ! Quelle différence, disait-il, avec les prestiges des sociétés de cabale et de théurgie !

Il me fit le recensement des spirites du monde entier, pays par pays. Cet homme a une mémoire étonnante.

Il me cita des noms, dont quelques-uns me surprirent. Pour la France, je notai au passage M. Jules Lérmina, M. Auguste Vacquerie, ce dernier, par extraordinaire, n’étant pas franc-maçon.

Il me pria de venir à Rome ; court voyage qui me serait possible, la première fois que je ferais une station de vingt-huit jours à Marseille. Je verrais, grâce à lui, me promettait-il, le grand-maître Adriano Lemmi[1], le Chef d’Action politique de la franc-maçonnerie ; et, en effet, il me tint plus tard sa promesse. Par Cresponi, j’ai connu de près l’illustre frère Lemmi, qui a juré d’expulser, avant de mourir, la papauté de l’Italie. Et si je suis en mesure de consacrer au grand-maître romain un chapitre spécial, c’est à Cresponi que je le dois.

Certes, je crois fort aussi que, lorsque ces lignes tomberont sous les yeux de mon ami Tomaso Cresponi, il esquissera sans doute une vilaine grimace, et peut-être me gardera-t-il rancune de mon indiscrétion. Mais, baste ! s’il me fallait prendre souci des rancunes et des grimaces des gros bonnets à trois points, si je ne devais, par préoccupation des colères des Directoires, révéler au public que ce que tout le monde sait déjà, mes lecteurs auraient alors, eux, le droit de se plaindre, et, tout compte fait, j’aime mieux déplaire à Lemmi et à Cresponi qu’à mes lecteurs.

Je publierai plus loin la correspondance édifiante entre la maçonnerie romaine et le grand chef Albert Pike, sur les moyens plus ou moins opportuns à employer pour se débarrasser de Léon XIII, au besoin par l’envahissement du Vatican et par l’assassinat ; car cette question-là a été débattue, discutée, et j’ai la bonne fortune de posséder la copie de ces lettres, qu’il serait vraiment dommage de ne pas produire au grand jour.

Cette digression terminée, j’arrive à la grande solennité satanique, à laquelle j’ai assisté, à fin octobre 1880, à Calcutta, par la gracieuse autorisation du Très Illustre, Très Éclairé et Très Sublime frère Philéas Walder (ce sont ses qualifications usuelles), et aussi par suite de ma fermeté à subir une fort désagréable épreuve pour laquelle il m’avait recommandé au frère Hobbs.

  1. Si des francs-maçons me lisent, je les prie de ne pas croire à une erreur de ma part lorsque je cite le nom d’Adriano Lemmi comme étant celui du grand-maître d’Italie en 1880. Le frère Garibaldi, grand-maître titulaire, vivait retiré dans son îlot de Capera, et le véritable grand-maître, celui auprès de qui les diverses autorités maçonniques accréditaient leurs représentants dits Garants d’Amitié, était bien le frère Lemmi, portant le titre de grand-maître adjoint. Il en fut de même sous la grande maîtrise du successeur de Garibaldi ; c’est toujours Lemmi, qui a réellement exercé le pouvoir. J’ai fait la connaissance d’Adriano Lemmi, en 1882, lors d’un voyage à Rome, où je me trouvai en compagnie de nombreux francs-maçons français, notamment le frère Yves Guyot, dont je narrerai certaines transes, et qui ne doit pas avoir oublié la cérémonie d’intronisation du frère Giuseppe Petroni comme grand-maître titulaire, ni la réunion du palazetto Sciarra où furent proférées les plus odieuses menaces contre le Vatican.