Le Diable aux champs/4/Scène 10

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Calmann Lévy (p. 191-201).



SCÈNE X


Dans le salon du château de Noirac


DIANE, JACQUES

DIANE. — Eh bien, voilà mon péché ! Je suis coquette, j’ai soif de plaire : est-ce un grand mal ?

JACQUES. — Attendez, ma pénitente ! Avez-vous soif de charmer ou d’éblouir ? Plaire est un mot vague. Il est beau de vouloir plaire à ce qu’on aime. C’est une jouissance du cœur ; mais vouloir l’étonner, l’étourdir, le dominer, c’est préméditer sa servitude. N’est-ce pas ainsi que vous prétendez être aimée de Gérard ? Telle que je vous vois et tel que je le connais, je crains fort que vous ne soyez pas occupée de le charmer pour le rendre heureux, mais de le fasciner pour le rendre esclave.

DIANE. — C’est discutable, cela. Il y a des gens qui ne sont heureux que dans la dépendance, et à qui l’on rend un vrai service en leur enlevant leur libre arbitre.

JACQUES. — Je ne suis pas de cet avis. C’est une maxime de tyran, et je vois que vous l’êtes. Je plains vos sujets, mais je vous plains encore davantage.

DIANE. — Vraiment ! Pourquoi ?

JACQUES. — L’esclave volontaire (et vous n’avez que de ceux-là, parce que les lois qui nous régissent aujourd’hui ne vous permettent pas d’en avoir d’autres), l’esclave volontaire est misérable et avili ; mais en amour, il se console et se relève par la conscience de son dévouement. Par là, il est vraiment plus grand devant Dieu que celui qui l’opprime. Le tyran volontaire est le plus infortuné des êtres ; il est seul ; rien ne lui sert d’être aimé ; il n’aime pas. Il ne croit à rien, il n’estime personne. Il aspire à s’adorer lui-même, mais il se fait peur, comme l’homme qui voit son propre spectre.

DIANE. — C’est effrayant, ce que vous me dites-là ! Vous me montrez, dans l’isolement de mon cœur, le châtiment de mon despotisme ! Mais je ne vois pas en quoi ce châtiment est mérité, puisque le despotisme me parait de droit divin.

JACQUES. — Ah ! madame ! je vous disais bien que nous causerions inutilement, et je regrette le temps que je vous fais perdre. Il faudrait vous reprendre et vous changer depuis A jusqu’à Z, pour vous amener à me comprendre. Oui, je vous le disais, je ne puis convaincre une personne catholique et légitimiste !

DIANE. — Voyons, monsieur Jacques, vous me prenez pour une vieille douairière encroûtée. Je ne suis catholique que par raison et légitimiste que par convenance. L’Église orthodoxe et la royauté absolue sont les clefs de voûte indispensables de mon édifice philosophique. Mon cœur n’y tient pas, mon esprit en voit les injustices et les ridicules ; mais je ne trouve pas dans le passé quelque chose de mieux pour étayer ma croyance à l’inégalité nécessaire des conditions ; et dans le présent (dans le présent qui m’attire pourtant par le piquant de la nouveauté, et dont je suis, malgré moi, par l’attrait de la jeunesse), vous ne voulez pas admettre, vous, philosophe, ce que je réclame avant tout : ma part de royauté et mon lot d’esclaves.

JACQUES. — Non ! nous ne vous accorderons cela ni dans la religion, ni dans le mariage, ni dans l’amour. L’amour, c’est l’idéal de l’égalité, puisque c’est la fusion, l’identification de deux êtres qui s’admirent et s’adorent l’un l’autre. Celui qui n’adore plus n’aime déjà plus, et celui qui n’a jamais admiré que lui-même n’a jamais aimé.

DIANE. — Hélas ! c’est vrai ! je n’ai jamais aimé.

JACQUES. — Et si vous ne renversez en vous le culte de vous-même, vous n’aimerez jamais.

DIANE. — N’aimant pas, j’espérais du moins être heureuse par l’amour que j’inspirais.

JACQUES. — Et vous ne l’étiez pas. Pour celui qui ne sait pas donner, il n’y a pas de plaisir à recevoir. Je défierais Dieu lui-même de suffire à sa propre félicité, s’il n’existait pas un échange, une réciprocité d’amour et d’intelligence entre lui et les œuvres sorties de son sein.

DIANE. — Il me semble que je vous comprends et que je sens ce que vous dites ; mais si je ne peux pas me corriger, si le bronze de mon cœur ne se fond pas, si l’amour m’est impossible !

JACQUES. — Faites-vous religieuse, vous qui êtes catholique, et tâchez d’aimer Jésus-Christ.

DIANE. — Je l’admire beaucoup, mais je ne saurais être amoureuse d’un mort.

JACQUES. — Eh bien, vivez seule, et punissez-vous vous-même. Lisez, instruisez-vous, réfléchissez, ennuyez-vous beaucoup ; ce sera du moins vous abstenir de faire le mal et d’inspirer de l’amour aux autres pour leur tourment et leur humiliation.

DIANE. — Vous m’écrasez. Je suis donc perdue sans ressource ? Il n’est pas de bonheur pour moi ? Je suis un être odieux, un monstre, une femme sans cœur et sans entrailles ? Je mourrai comme cela, sans avoir vécu ? Ah ! monsieur Jacques, que vous m’avez fait du mal !

(Elle fond en larmes. Jacques la laisse pleurer sans rien dire. Jenny entre.)

JENNY. — Ah ! mon Dieu ! vous pleurez, ma maîtresse ! Monsieur Jacques, vous la laissez pleurer ?… Madame, madame, écoutez-moi ! (Elle se met à genoux devant elle, le dos tourné à Jacques, et met un paquet sur ses genoux. — Bas.) Voyez donc, madame, et consolez-vous !

(Jacques s’éloigne d’elles.)

DIANE, de même. Quoi ?… qu’est-ce que c’est, Jenny ?… Les lettres !

JENNY. — Il n’en manque pas une seule.

(Diane fait un grand cri, se renverse sur sa chaise, puis tend les bras à Jenny et la presse contre son cœur en sanglotant.)

JENNY, pleurant et lui embrassant les mains. — Ma chère maîtresse ! ah ! que je suis contente !

DIANE. — Florence ! où est Florence ?

JENNY. — Il m’a remis cela sans rien dire, et il s’est retiré dans son pavillon.

DIANE. — Je veux le voir, aussitôt que je serai seule. Va, cours lui dire que je veux le remercier. Qu’il ne se couche pas. Il dormira demain. Je ne veux plus qu’il travaille… que pour son plaisir, pas du tout si bon lui semble ! je veux qu’il soit mon hôte, mon ami. Va !

(Jenny sort.)

DIANE. — Vous prenez votre chapeau, vous partez, monsieur Jacques ? Non ! pas encore, je vous prie ! Laissez-moi vous dire… vous remercier d’abord d’avoir bien voulu vous ennuyer deux heures avec moi, et puis vous promettre que je ferai mon possible pour me corriger. Tenez, tout à l’heure, j’étais aigrie, j’étais amère, j’étais malheureuse, je haïssais le genre humain. J’aurais voulu l’écraser sous mes pieds ! Mais Jenny vient de m’apporter une bonne nouvelle, quelque chose d’inespéré qui me sauve, et je me sens renaître. Et puis, vos duretés m’ont pénétrée d’effroi et de douleur. Je me sens toute petite auprès de vous ; j’en souffre ; je vois que je ne fais pas d’effet sur vous ! Vous voyez comme je me confesse ! Mais votre sévérité est paternelle, je le sens, et je veux qu’elle me soit salutaire. Venez me gronder souvent, ne m’épargnez pas. Tenez, je n’ai presque pas connu mon père ; soyez le mien ! Vous m’apprendrez la piété filiale, et, après cela, mon cœur s’ouvrira peut-être pour l’amour. Alors, vous me guiderez, vous me conseillerez, vous choisirez pour moi, vous me marierez !

JACQUES. — Ma chère madame, je vois que vous avez la tête vive. Tout à l’heure vous pleuriez, et j’ai remarqué que vous êtes fort nerveuse. Tout cela n’est ni de l’enthousiasme, ni de la sensibilité. Cependant, ce n’est pas de la sécheresse, ni de l’indifférence… Eh bien, voulez-vous, avant que je vous quitte, car il me semble que vous désirez être seule, que je vous dise tout à fait vos vérités.

DIANE — Oui, oui, dites. Je ne suis pas pressée de vous voir partir.

JACQUES. — Vous ne vous fâcherez pas ? vous ne vous chagrinerez pas ? Mais vous essayerez de traiter votre maladie, car vous m’avez appelé en consultation, et vous m’avez tourmenté, supplié et taquiné tant que j’ai refusé de faire le pédagogue ?

DIANE. — Oui, cher pédagogue, parlez, je veux être sauvée par vous.

JACQUES. — Eh bien, écoutez ! Je vous connais, à présent, et vous ne vous connaissez pas du tout. — Savez-vous ce que vous êtes ? Vous vous prenez pour une impératrice, pour un tyran, pour une tête froide, orgueilleuse et forte. Rien de tout cela… Vous n’êtes qu’une enfant !

DIANE, abattue. — Une enfant ? Eh bien, cela vaut mieux peut-être.

JACQUES. — Sans aucun doute, et telle que je vous comprends maintenant, je vous aime beaucoup mieux que tout à l’heure. Vous posez, voilà votre travers ; et vous, qui raillez tant la faiblesse et le ridicule dans la société et dans l’humanité, vous ne vous doutez pas que vous avez un ridicule bien conditionné, celui d’affecter un caractère bien trempé et bien logique, qui n’est pas le vôtre. Vous êtes coquette beaucoup plus innocemment que vous ne pensez, car vous devez vous prendre un jour dans vos propres filets, et je serais bien étonné si cela ne vous était pas déjà arrivé… plus d’une fois peut-être !

DIANE. — Ah ! monsieur Jacques, que me dites-vous là ? vous voulez que je me confesse à ce point ?

JACQUES. — Non pas ! c’est inutile ; je crois que je devine votre passé. Vous avez dû être légère quelquefois, et puis vous en repentir beaucoup, car vous avez des instincts de dignité qui se révoltent lorsque vous vous sentez glisser sur la pente où vous cherchiez à vous élever. Vous éprouvez le besoin d’aimer et vous êtes capable d’aimer ; donc vous avez déjà aimé ! Vous ne vous en souvenez plus, parce que l’aversion, le mépris peut-être sont venus à la suite. Mais rentrez en vous-même ; faites la guerre à l’estime exagérée que vous avez de votre force ; reconnaissez que vous êtes dupe de votre illusion et que votre miroir vous trompe. Préservez-vous, au contraire, de votre principale infirmité, qui est la faiblesse. Tâchez de rendre votre cœur fort. Il faut être très-fort pour aimer et pour se dévouer. Quand vous en serez là, vous saurez choisir sans l’aide de personne, et Dieu vous conseillera beaucoup mieux que moi. Adieu, madame.

DIANE. — Merci, monsieur Jacques, merci ! J’accepte tout cela. J’y réfléchirai, et vous verrez, vous verrez que j’aurai la force de devenir forte ! Je ne vous dis pas adieu. Bonsoir ! Je veux vous voir souvent !

JACQUES. — Bonsoir donc, et puissé-je vous être bon à quelque chose !

(Jenny entre.)

DIANE. — Eh bien, Jenny, est-ce lui ?

JENNY. — Non, madame. Ce sont des êtres singuliers… des masques, je crois, qui demandent à vous voir.

DIANE, effrayée. — Ah ! ciel ! qu’est-ce que c’est ? monsieur Jacques, ne me quittez pas, je vous en prie. J’ai peur des masques ! Jenny, je ne veux pas qu’ils entrent !

JACQUES. — Ne craignez rien, madame ; je crois que je les connais. Je vais m’en assurer.

(Il sort.)

JENNY. — Eh ! madame, soyez tranquille. Ce sont nos voisins, les artistes, monsieur Maurice Arnaud et ses amis. Ils viennent vous inviter à la comédie, et j’ai pris sur moi de leur dire d’attendre. Ce sont de braves jeunes gens ; tout le monde ici les estime, et on dit qu’ils sont très-amusants. Puisque vous voilà tranquille, soyez donc gaie, et prenez cette distraction.

DIANE. — Ah ! certes, je veux bien ; à la bonne heure ! J’ai eu une peur affreuse. J’ai cru que cette fille m’envoyait des gens à elle pour me reprendre mes lettres. Je suis folle !… Mais serre-les donc, ces maudites lettres, jusqu’à ce que j’aie le temps de les brûler. Je ne sais où les mettre, ici !

JENNY. — Donnez-les-moi. J’ai de grandes poches, et soyez tranquille : on me tuerait plutôt que de me les ôter. Mais ne craignez rien de ces gens-là, au moins ! et faites-vous-en des amis. Ils vous désennuieront de temps en temps. Monsieur Gérard les connaît, et ils sont amis de monsieur Jacques.

DIANE. — Fais-les entrer, et allume toutes les bougies, que je les voie.

JENNY. — Les voilà, monsieur Jacques les amène.

(Jacques entre avec Maurice, Émile, Damien et Eugène. Florence

reste près de la porte, Maurice en pierrot, la figure enfarinée, commande par signes un roulement de tambour à Damien, qui est affublé en pitre. Puis il salue Diane et lui fait un assez long

compliment en pantomime.)

FLORENCE, qui est sur le seuil de la porte du salon avec Jenny. — Eh bien, mademoiselle Jenny, êtes-vous un peu consolée ?

JENNY, — Oui, puisque madame est contente et que vous l’avez sauvée d’un grand chagrin. Elle vous le dira, monsieur Florence, et vous serez bien récompensé de ce que vous avez fait pour elle, par l’amitié qu’elle veut vous témoigner.

FLORENCE. — L’amitié, c’est beaucoup dire ! N’importe… Et vous, mademoiselle Jenny, est-ce que cela vous fait vraiment plaisir, le succès de mon entreprise ?

JENNY. — Moi je vous remercie du fond du cœur, car le résultat, c’est une bonne action, et la joie de ma maîtresse, c’est la mienne.

FLORENCE. — Pourquoi donc paraissez-vous encore triste ?

JENNY. — Triste, moi ? Mais non, je suis contente, je ris ? Regardez donc comme il est amusant, monsieur Maurice !

(Maurice, après son compliment muet, commence un roulement, après lequel Eugène, en bercer, danse un pas comique.)

DIANE, à Jacques. — Mais c’est ravissant, tout cela ! Sans rien dire, ils ont beaucoup d’esprit. Ce pierrot a mimé avec tant de clarté et de gentillesse que j’ai compris son invitation, et maintenant je comprends très-bien aussi la pantomime de ce berger. Quels costumes divertissants ! Comment peut-on s’arranger si bien avec des chiffons pris au hasard ! C’est risible, et pourtant cela a une physionomie tout à fait Watteau.

JACQUES. — J’en suis aussi étonné que vous, et je vois que l’esprit et le goût savent tout créer avec presque rien.

(Eugène ayant fini son pas, Damien fait un troisième roulement de tambour, et Eugène joue une fantaisie sur le mirliton.)

DIANE, battant des mains. — C’est charmant, c’est l’imitation d’un violon prétentieux, et c’est dit avec une grâce tout à fait aimable et comique. Grand merci, messieurs, je comprends très-bien. Vous m’avez invitée à aller vous voir demain, dimanche… (À Maurice, qui recommence ses gestes.) Oui, dans vingt-quatre heures, en regardant la pendule… et quand le soleil aura fait le tour de l’horizon… C’est très-clair ! une représentation de marionnettes… chez vous… de l’autre côté de la rivière. Vos marionnettes sont fort bien élevées. Oui : votre mouchoir noué dans vos doigts levés en l’air exprime leurs petits gestes, et votre physionomie me dit qu’elles n’abusent pas de leur droit de tout dire. Ah ! voici un dialogue entre la marionnette et vous ! Vous lui faites la leçon, elle me salue… Quoi ! vous la grondez ? Aurait-elle dit une impertinence ? Elle se permet de me trouver à son goût… Elle m’a envoyé un baiser ? Oh ! c’est un peu fort, en effet ! (Maurice, qui a mimé tout le temps, donne un coup de pied à sa main qui, jouant dans un mouchoir, figure la marionnette.) Ah ! ne la châtiez pas si cruellement ; je lui pardonne, à condition qu’elle ne recommencera plus ! Et à présent que vous avez mimé, dansé et joué sur le mirliton votre aimable harangue, ne l’entendrai-je pas en vers ou en prose ?

(Maurice fait le signal du roulement, après quoi lui, Eugène et Damien se groupent et figurent le serment des Horaces.)

DIANE. — Je n’y suis plus. Je ne sais ce que cela veut dire.

JACQUES. — Cela veut dire qu’ils ont fait ou qu’ils font un serment. Ah ! tenez, le pierrot vous l’exprime. C’est d’être muets… (À Eugène, qui fait le mort parterre, pendant que Damien figure une croix au-dessus avec ses bras.) Oui !… Comme la mort, comme la tombe ! Est-ce cela ?

(Maurice fait signe que oui.)

DIANE, troublée. — Muets comme la tombe ! À propos de quoi ? Je vous assure que je ne comprends plus du tout.

ÉMILE, en femme, avec une grande barbe postiche, s’approche et prend la parole. — Je puis la sibylle de Cumes, et je suis chargée de dire à la châtelaine de Noirac que les acteurs sont des personnages muets. Leur engagement leur défend de jamais ouvrir la bouche quand ils sont dans le costume de leurs rôles.

DIANE, inquiète et souriant. — Mais quand ils le quittent, ils s’en dédommagent, et avec beaucoup d’esprit, j’en suis sûre ?

(Maurice, Eugène et Damien prennent la pose des trois Suisses au Rutly).

DIANE, très-inquiète. — Voyons, respectable sibylle, rendez vos oracles !

ÉMILE, à qui Damien souffle la réponse. — Ce nouveau serment est mystérieux comme le Dieu qui m’inspire. Voici la lettre sacrée de l’oracle incompréhensible : En tout temps, la beauté trouvera le pompier français sur le chemin de l’honneur.

DIANE. — Je me contente de cette réponse, et voici la mienne : J’irai demain applaudir les marionnettes, et après le spectacle, les quatre personnes qui me rendent cet honneur, ainsi que monsieur Jacques et son ami, absent d’ici ce soir, à mon grand regret, viendront souper chez Florence avec moi ; c’est-à-dire que nous souperons tous dans la serre du château de Noirac, dont Florence a déjà fait un paradis.

MAURICE. — Alors, en avant la musique !

(Ils saluent avec toutes sortes de grâces comiques ; Damien reprend

son tambour, Eugène son mirliton, Maurice une guimbarde, Émile sa flûte, et ils sortent en faisant un charivari après lequel Marquis s’élance en aboyant ; Jacques les suit, et Florence les accompagne pour ouvrir et fermer les portes. Jenny reste seule

avec Diane.)

DIANE. — Florence va revenir, n’est-ce pas ? Tu lui as dit que je l’attendais ?

JENNY. — Oui, madame ; mais auparavant ne voulez-vous pas voir monsieur Gérard ?

DIANE. — Gérard ?… Non ! pas encore. Je suis calme, je suis gaie, je suis heureuse… Laisse-moi au moins cette soirée sans nuages !

JENNY — Mon Dieu, vous ne l’aimez donc pas du tout, ce pauvre jeune homme ?

DIANE. — Je ne sais pas ! Jenny, je ne sais plus rien ! J’ai la tête je ne sais comment… Mais je ne me trouverais pas à l’aise avec Gérard… Je sens à présent que je l’ai trompé, et c’est le tromper encore…

JENNY. — Eh bien, madame…

DIANE. — Non, non ! à demain. Rends-lui sa liberté ; dis-lui qu’il vienne demain matin. Nous monterons à cheval, s’il fait beau. Ce soir, je suis malade ; je vais dans mon appartement. Envoie-moi Florence et fais partir Gérard, vite ! Il a dîné ?

JENNY. — Oui, madame.

DIANE. — Et dormi, je parie !

JENNY. — Qu’est-ce que ça fait ?

DIANE. — Oh ! cela m’est bien égal !