Le Diable aux champs/6/Scène 14

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Calmann Lévy (p. 292-293).



SCÈNE XIV


Dans le chemin qui descend à la chaumière

DEUX ROUGES-GORGES, suivant Jenny le long du buisson.

Jenny, Jenny, c’est la bonne Jenny ! Viens, ma femelle mignonne, ne crains rien de la fille aux yeux bleus ! C’est elle qui, tous les jours, nous met du pain sur sa fenêtre. C’est elle que nous voyons dans la serre, où nous entrons comme chez nous. C’est elle qui nous laisse venir jusque dans sa chambre sans vouloir nous empêcher d’en sortir. Jenny, Jenny, c’est la bonne Jenny, c’est la fille aux yeux bleus qui nous aime !

LA FEMELLE DU ROUGE-GORGE. — Jenny, Jenny ! nous vois-tu ! nous entends-tu ? Tu vas là-bas porter du pain blanc aux petits enfants de la chaumière, et, au retour, tu nous donneras les miettes de ta corbeille. Moi aussi, vienne le printemps, j’aurai des petits enfants, et je les amènerai dans le jasmin de la fenêtre, pour qu’ils te connaissent et qu’ils n’aient pas peur de toi. Jenny, Jenny, douce fille aux yeux doux, quand tu regardes, on a envie de voler vers toi, parce que ton regard fait qu’on t’aime.

LES DEUX ROUGES-GORGES, en duo. — Va, va, Jenny ! cours et reviens, nous te suivrons de branche en branche ! Pour aller aussi vite que nous, il ne te manque que des ailes. Tu vas, légère et souriante, comme si tu voulais remplir d’amour, de confiance et de bonheur les êtres et les choses qui te saluent ! Elle prend soin et pitié de tout, la bonne fille aux yeux bleus ; elle ne brise pas le rameau qui s’attache à ses cheveux blonds ; elle n’écrase pas le brin de mousse qui se colle à son petit pied. Va, va, Jenny, le bien qu’on fait, c’est du bonheur qu’on prend partout. Le ciel te rit, le vent te caresse, la fleur t’admire. Nous qui t’aimons, Jenny, Jenny, nous te suivons de branche en branche !