Le Diable aux champs/6/Scène 9

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Calmann Lévy (p. 277-278).



SCÈNE IX


Dans le village


UN GROUPE D’ENFANTS de huit à dix ans.

FANCHETTE. — Non je ne veux plus jouer à la marelle ; vous faites trop de poussière, et je veux garder ma coiffe blanche pour la noce de la Maniche.

CADET. — Tu y vas donc, toi, aux noces ?

FANCHETTE. — Dame !

SYLVINET. — Et moi itout, j’y vas, parce que je sais danser.

FANCHETTE. — Ah bien, nous danserons tous deux.

PIERROT. — J’irai aussi, moi, pour manger de la galette.

FANCHETTE. — Si tu n’es pas prié ?

PIERROT. — Ça m’est bien égal, j’irai tout de même.

FANCHETTE. — Toi, tu n’iras pas seulement à la tienne, de noce ! Tu n’es pas assez sage.

PIERROT. — Si fait, je veux y aller, à ma noce !

CADET. — À quoi ça sert de se marier ? C’est des bêtises !

SYLVINET. — Eh bien, tu ne veux pas te marier, toi ? Tu veux être soldat, peut-être bien !

CADET. — Oui, je veux être pompier, comme mon parrain, monsieur Maurice. Il m’a promis que je serais pompier.

PIERROT. — Moi, je veux me marier, ça me fait peur, la pompe. Veux-tu nous marier tous deux Fanchette ?

FANCHETTE. — Oui, si tu veux te moucher.

SYLVINET. — Ah ! le v’là qui se mouche ! Faisons la noce !

FANCHETTE. — Allons, Pierrot, mon petit homme, fais-moi danser.

PIERROT. — Puisque je ne sais pas !

CADET. — Faut apprendre.

PIERROT. — Non, ça m’ennuie.

SYLVINET. — Eh bien, Fanchette, dansons à trois.

PIERROT. — Si elle danse, je lui flanque une pierre !

FANCHETTE. — Oh ! le vilain méchant ! je me démarie d’avec toi.

PIERROT. — Je ne veux pas. Je te flanque une pierre !

CADET. — Viens-y, mon gars ! je prends mon sabot !

PIERROT. — Et moi une pierre !

FANCHETTE. — Fouaillez-moi ce malicieux, bien fort.

SYLVINET. — Non, il me ferait du mal !

CADET. — Moi, je vas le taper, Fanchette… Veux-tu te marier avec moi ?

FANCHETTE. — Oui ! Le v’là qui me jette des pierres !

CADET. — Attends ! attends !

FANCHETTE. — Le v’là qui se sauve, laisse-le, va ! Tiens, le v’là qui pleure ! Est-il bête !

SYLVINET. — Allons, Pierrot, faut pas pleurer, c’est des bêtises ; et faut pas se marier, c’est des batailles.