Le Féminisme aux États-Unis, en France, dans la Grande-Bretagne, en Suède et en Russie/4

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IV

LE FÉMINISME EN SUÉDE


[4 millions 962,568 habitants.

2 millions 550,564 femmes.

2 millions 412,004 hommes. Population germanique et protestante].

Le féminisme en Suède fut créé par Fredrika Bremer. Cet écrivain célèbre publia, en 1856, un roman, Hertha, qui souleva la question féministe. Fredrika Bremer montra un vrai courage en faisant paraître ce volume, car elle risqua sa popularité pour la défense d’une cause qui, en 1856, ne comptait que des partisans bien peu nombreux.

Les choses ont changé depuis, et la Suède est aujourd’hui un des pays les plus avancés au point de vue féministe. Les femmes en sont, dans une certaine mesure, redevables à Henrik Ibsen : l’œuvre puissante de ce grand écrivain, plaidant la cause des femmes, a fortement agi sur l’opinion publique des pays scandinaves.

N’oublions pas non plus que le roi actuel de Suède, Oscar II, monté sur le trône en 1872, n’a pas cessé depuis d’encourager le mouvement pour l’émancipation des femmes, et de donner aux féministes des marques de sa bienveillance. C’est sur la volonté expresse du roi que la comtesse Thorberg-Rappe assista, en 1893, comme déléguée officielle au Congrès féministe international de Chicago.

C’est dans le domaine de l’instruction que les Suédoises ont fait les plus grands progrès.

L’enseignement primaire est obligatoire et gratuit. Les enfants vont à l’école de sept à quatorze ans. Dans les campagnes, garçons et filles sont réunis dans toutes les classes ; on les sépare à l’âge de dix ans dans les écoles des villes.

Depuis 1853, les femmes fonctionnent comme institutrices dans toutes les écoles, où elles forment 60.3 p. 100 du personnel enseignant. Depuis 1859, on a fondé des écoles normales d’institutrices.

L’enseignement secondaire des jeunes filles est un enseignement entièrement privé. L’École Wallin, fondée en 1840, à Stockholm, est la plus ancienne école secondaire de jeunes filles.

À partir de 1874, le Parlement suédois (Riksdag) a voté, chaque année, des crédits de plus en plus importants pour subventionner les écoles secondaires privées de jeunes filles. Les comités de ces écoles se composent, dans leur majorité, d’hommes seulement ; mais depuis 1865, les professeurs sont presque toujours des femmes. Elles ont, depuis 1861, une école normale spéciale.

La Suède possède de nombreuses écoles professionnelles. La plus ancienne, l’École technique de Stockholm, a admis les femmes en 1858. Pour les 21 écoles du même genre qui existent dans différentes villes suédoises, le nombre des élèves-femmes est de 31 p. 100.

On a créé pour les femmes un très grand nombre d’écoles de ménage, 18 écoles de métayage et 1 école de jardinage.

Admises depuis longtemps à l’Institut royal central de gymnastique à Stockholm, les Suédoises ont fondé successivement 7 sociétés de gymnastique dans les grandes villes du royaume.

Il y a, en Suède, 2 Universités, celles d’Upsal et de Lund, et une Faculté des lettres et des sciences à Stockholm. Ces deux Universités, vénérables institutions, fondées en 1477 et en 1668, se sont ouvertes[1] aux femmes en 1870. Jusqu’en 1875, les jeunes filles désireuses de faire des études universitaires devaient se présenter aux épreuves du baccalauréat dans les lycées de garçons. Depuis cette époque, les écoles secondaires de jeunes filles préparant à cet examen ont été autorisées à conférer le grade de bachelier.

À l’école Palmgren, de Stockholm, jeunes filles et jeunes gens reçoivent l’enseignement secondaire en commun. Cette école a été fondée par une ardente féministe, Mme Hierta-Retzius.

Les femmes, dans la Faculté de philosophie, peuvent passer successivement l’examen de filosofie kandidat (licence), un examen appelé licence, qui correspond à l’agrégation en France, puis après avoir présenté une thèse, obtenir le titre de docteur.

Depuis 1870, 23 femmes ont passé le premier examen ; une seule, Mlle Ellen Fries, la fille d’un botaniste connu, s’est fait recevoir, en 1883, docteur en philosophie. Elle enseigne actuellement à la Faculté de Stockholm.

Deux femmes, Mlles Karolina Widerstroem et Hedda Andersson, ont fait leurs études de médecine et exercent en Suède. Un nombre considérable de femmes se préparent actuellement à la même carrière.

Une femme, Mlle Elsa Eschelson, a passé, en 1892, le doctorat en droit.

Proposée, il y a quelques semaines, comme professeur de droit civil à l’Université d’Upsal, le Sénat académique a refusé de nommer la femme doctoresse, parce que, d’après le texte de la loi, cette fonction est réservée aux hommes. Mlle Eschelson vient d’adresser au gouvernement un mémoire dans lequel elle proteste contre cette interprétation de la loi.

La Faculté des sciences de Stockholm avait déjà, en 1884, admis au nombre de ses professeurs la célèbre mathématicienne russe Sonja Kowalewska, morte en 1891.


Les Suédoises exercent tous les métiers accessibles aux femmes des autres pays civilisés. Leur salaire est toujours inférieur à celui de l’homme. L’action syndicale est à peine inaugurée.

Depuis 1874 et 1884, il y a en Suède 2 sociétés féministes : l’Association pour les droits de la femme mariée sur sa propriété et l’Association Fredrika Bremer.

Longtemps avant la fondation des associations féministes, la situation légale de la femme a occupé le

  1. À l’exception de la Faculté de théologie.