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Le Grand Krack

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 124-126).



LE GRAND KRACK



Au citoyen G. Rouanet.


Le grand Krack est bien proche,
Mais la vaste sacoche
De tous les suceurs d’or,
Par le jeu d’une pompe,
Jusqu’à ce qu’elle en rompe,
S’emplit, s’emplit encor.

La masse qui turbine
Sèche dans la débine
Comme un linge tordu.
La pompe trouve à boire,
Dans sa misère noire,
Des gouttes d’or fondu.

Bientôt, montagne énorme,
Le Capital se forme
Du travail non payé.
La sacoche se gonfle
Et le piston qui ronfle
N’est jamais enrayé.


Tout coule en or liquide,
Le cerveau qui se vide,
La moelle de nos os,
Les gaz, les mers, les nues,
Les forces inconnues,
L’épargne des gogos !

Ce vol se perpétue,
Épuise et prostitue
Ce vieux globe gâté.
Humanité souffrante,
Cette pompe aspirante,
C’est la Propriété.

Mais tout a sa mesure.
Dans le sac de l’Usure
Se déclare un grand trou.
Où trouver un refuge ?
Crevant comme un déluge,
Il pleut un argent fou.

À bas tous les commerces,
Il tombe des averses
De coupons lacérés.
Et l’on voit — pertes sèches —
Voltiger en flammèches
Tous les papiers timbrés.

Bravo ! la Banqueroute,
Sur la Bourse en déroute,
Roule ses flots amers.
On voit grossir les ondes,
Les forbans des deux mondes
Sombrent au fond des mers.
 


Au feu les budgets ivres !
Les Banques, les grands livres
S’embrasent à la fois.
Le ciel en devient rose,
Et cette apothéose
Ébahit les bourgeois.

Que peuvent-ils répondre ?
Le sol craqué et s’effondre
Sous leurs pas effarés ;
Et sur terre commence
La farandole immense
Des forçats libérés !