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Le Japon (Gautier)/Les temples

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A. et C. Black (p. 25-27).

les temples

Un des plus célèbres temples de Tokio s’appelle Asakusa, et il est dédié à Kuanon, déesse de la Miséricorde.

On accède à l’enceinte de ce temple par un portique monumental, précédé de lanternes de pierre. Les deux rois gardiens de la porte sont placés sous le portique, un de chaque côté. Ce sont des géants à faces rouges et grimaçantes qui roulent des yeux féroces, et inspirent l’effroi, lorsqu’on les connaît mal. On apprend bientôt qu’ils ne sont terribles qu’aux pécheurs impénitents. Ils gardent non seulement l’entrée du temple, mais encore tous les humains qui les prient avec ferveur, et qui ont soin de leur consacrer une paire de sandales de paille. Ces mortels pieux sont préservés de tous faux pas, et, par les soins des dieux, leurs blessures sont guéries. De nombreux ex-voto, sous forme de sandales, témoignent de la foi des fidèles. Lorsqu’on émerge du portique, on se trouve dans de larges avenues pavées, et bordées de cèdres majestueux. Sous ces arbres, il y a des baraques remplies de poupées de toutes sortes. On avance, et le temple apparaît, imposant, se détachant en rouge sur le ciel vers lequel s’élance sa tour à cinq étages. Cette architecture vient de la Chine, et son caractère principal est la curieuse forme de toitures d’un volume considérable, dont la hauteur embrasse les deux tiers de l’édifice, et dont les bords se relèvent, ce qui est sensible surtout aux angles. L’ensemble donne une impression mélangée de légèreté et de pesanteur à la fois. On traverse le vestibule mystérieux et sombre, où règnent les pigeons sacrés qui vous frôlent en volant et où l’on achète l’encens que l’on veut faire brûler devant les dieux, et l’on arrive dans le temple, salle unique aux larges proportions, à la voûte soutenue par de nombreux piliers rouges à chapiteaux, qu’on ne distingue pas du sol, tellement ils sont haut placés. L’autel resplendit d’or et de lumière au milieu de cette obscurité voulue. On aperçoit des Bouddhas géants, dorés, derrière la grille de fer forgé qui les voile à demi, et tout autour, pendent en hommage des bannières, des lanternes et des fleurs.

Devant l’autel, un énorme brûle-parfums d’un travail fin et achevé exhale la fumée odorante des innombrables baguettes d’aromates que les fidèles y jettent par paquets. D’heure en heure, le voile parfumé devient plus opaque et donne aux choses perçues confusément, la teinte de l’irréel. À peine distingue-t-on les murs sur lesquels s’étalent des peintures et des sculptures de toutes sortes qui représentent les saintes légendes. On voit circuler les bonzes, ou prêtres, en robes amples, la tête complètement rasée. Lorsqu’ils ne célèbrent pas l’office, au son d’une musique bizarre, ils déambulent sans bruit à travers le temple, répondant aux questions des pèlerins et les conduisant à leurs autels préférés.