Le Jardin des dieux/Sous l’œil des hublots/Les Conquérants

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Le Jardin des dieuxEugène Fasquelle (p. 263-265).
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LES CONQUÉRANTS



Nous apportons au fond de nos caisses profondes
           L’amertume et l’alcool
Et nous venons vers eux, las de courir le monde,
           Pour un suprême viol !

Notre ivresse, déjà, d’une haleine fétide
           Empeste les jardins
Où les femmes rêvaient, jaunes cariatides,
           Sous les arbres à pain.


Bientôt, elles viendront toucher loin de la hutte
           Nos casques d’hommes blancs,
Bientôt, nous les aurons dans nos poignes de brute,
           Les doux poignets tremblants,

Et les hommes, bientôt, pour nos laines communes,
           Donneront sans compter
Tous leurs barils de nacre où le lait de la lune,
           À jamais, est resté !

Et nous leur offrirons de belles carabines
           — Nos Winchester charmants —
Afin que dans les soirs où l’absinthe embobine
           Ils se tuent promptement.

Nous construirons un bar lourd comme ceux de Londres,
           En acajou massif,
Et là, tout à loisir, comme nous saurons tondre
           Ces grands diables naïfs !


Que l’Océan rageur sur les brisants déferle,
           Malmenant nos engins,
Nous aurons son corail et ses plus grosses perles
           Pour un verre de gin.

Allons ! faisons puer de notre gazoline
           Le lac si bien conquis
Et que notre remords à tout jamais décline
           À l’aube du wisky !