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Le Joujou des Demoiselles/Texte entier

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Texte entier


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LES PUCELAGES


Apres leur mort où vont les pucelages
En Paradis ? ils tenteroient les Saints.
Descendent ils sur les sombres rivages ?
Si bon morceau n’est fait pour les malins
En Purgatoire ? ils l’ont fait en ce monde ;
Dessous les mers ? ils dessecheroient Londe ;
Où vont ils donc, aux Limbes, le sejour
Des innocens ; ces lieux sont leur patrie
Quand pucelage abandonne le jour
A peine il scait ce que c’est que la vie.


LE LAID VISAGE.


Sincophron aussi laid qu’un Diable
Fait des Enfans aussi beaux que l’Amour
Sur quoi certaine Dame aimable
Lui demandoit un jour,
Comment cela se peut ? c’est, dit le personnage,
Que je n’en fais point avec mon visage.

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LA MARMOTE.


Ma petite Marmote est faite au badinage
Quoi qu’elle ait pris naissance en un pays sauvage
On peut aisement l’aprocher,
Et lorsqu’une main caressante
La flate et daigne la toucher
Elle est docile et complaisante.
A peine ay-je pourtant de quoy
Me nourir de pain noir ; de fruits et de laitage,
Tandis que mainte Iris plus heureuse que moy
A dans le meme qoust gaigné bon equipage.


LE TROP ET LE TROP PEU.


Elle vous aime bien, mais quoy
De vous épouser elle n’ose,
Damis, car belise a de quoy,
Mais vous avez trop peu de chose.

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LA QUERELLE APAISÉE.


Cleon poussé d’amour folâtre
Regardoit à son aise un jour
Les jambes plus blanches qu’albâtre
De Lise objet de son amour,
Tantost il s’adresse a la gauche
Tantost la droite le débauche,
Je ne scais plus, dit-il, laquelle regarder
Une egale beauté fait un combat entre elles,
Ah ! dit Lise, ami, sans tàrder
Mettez vous entre deux pour finir leurs querelles.


LE PETIT AMOUR.


Le Dieu d’Amour se pouroit peindre
Tout aussi grand qu’un autre Dieu,
N’etoit qu’il lui suffit d’atteindre
Jusqu’a la piece du milieu.

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LA DEVISE DE MARGOT.


Pour chaque etat chaque devise ;
Vaincre ou mourir est celle des Heros,
Courte priere et long repos
Fut et sera pour gens d’Eglise ;
Toujour à table ou sur le dos
Est celle que Margot a prise.


LE MAL ADROIT.


Trop haut, tu le met innocent,
Disoit Alix a Nicodeme
C’est un peu trop bas maintenant
Parbleu, dit il, met le toi meme.


L’AMOUR AU GUET.


Cessez quelle ardeur vous transporte ?
Celadon, y pensez vous bien ?
Si quelqu’un survenoit, Iris ne craignez rien,
L’Amour veille pour nous, il fermera la porte.

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LA CHAMBRIERE.


Un jour que Madame dormoit
Monsieur baisoit sa chambriere,
Mais elle qui la danse aimoit
Remuoit fort bien le derriere ;
La galante enfin toute fiere
Lui dit, Monsieur, par vôtre foy,
Qui le fait mieux ? madame ou moy,
C’est toy, dit-il sans contredit,
Vraiment, dit-elle, Je le croy
Car tout le monde me le dit.


LE GASCON.


De Pesenas un citoyen fidelle
Disoit à une jeune jouvencelle
Qu’il avoit dans un jour dix fois donné l’assaut.
Alix loyoit, mon bon ange, dit-elle
Que je voudrois avoir ce qui s’en faut !

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LE JEU D’AMOUR


Deux Dames pres d’une riviere
Parloient d’amour et de son jeu,
Il est beau, ce dit la premiere,
Mais le plaisir dure trop peu,
Et puis l’action ordinaire
Est si sale apres la façon.
Ma foy, repondit la derniere,
Court et vilain, mais il est bon.


LA MENAGERE.


Qu’il fait bon vivre de ménage !
Et que c’est un grand heritage
D’avoir un peu d’entendement,
J’en prens a temoin ta parente
Un lit de cent francs seulement
Lui vaut six cent écus de rente.


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LE CA, CA.

Lucas revenant au logis
Avec plusieurs gens de sa sorte,
Dit a Pierrot dessus sa porte
Ou ta mere est elle : mon fils,
Elle est dans la chambre prochaine
Dit il, avec un Capitaine,
Pour quoy n’y reste tu donc pas ?
Ils vont faire ca ca, mon pere,
Car j’ai vu qu’il troussoit ma mere
Et qu’il avoit ses chausses bas.



LA PEINE INUTILE.


Tu voudrois bien retrecir à Sortienne
De quelques points le bas de son corset
Mais non, cela ne feroit point d’effet,
Il est par trop usé pour que le fil y tienne.


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LE CURIEUX IMPERTINENT.


Certain Meunier eut la folie,
Sa femme étant assez jolie
De lui faire, jurez, sa foy
S’il n’etoit point de ceux que l’on montroit au doigt,
Tu n’en es point, répondit-elle,
Je t’ay toujours êté fidelle
Et n’ay jamais aimé que toy ;
Je te crois, mais serois-tu bien assez sincere ?
Fanchon, si je l’étois, d’avouer la verité,
Nenni ma foy, dit la Meuniere
Femme n’a sur cette matiere
Jamais fait un aveu avec sincerité.

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L’EVÊQUE IN PARTIBUS.


Près de Therese jeune fille
Alerte fringante gentille,
Un Prélat supost de Cypris
Sentoit soulever sa mandille,
Deja de sa Grandeur les doigts Saints et bénis
Visitoient les endroits d’amour les plus cheris,
Que faites-vous lui dit Therese
Quel égarement ! quel abus !
Moy dit l’Evêque in partibus
Je visite mon Diocese.


LA VERTU DU FROC.


Un homme étoit de Frigidis,
On l’afuble du froc d’un moine,
Grand Dieu ! quel changement depuis
Il exploite plus qu’un Chanoine.

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LE PUCELAGE FEINT.


Quand vous feignez d’être pucelle
Vous me croyez un innocent
En l’âge où vous êtes la belle,
Un Pucelage est indécent
Et tout de bon je vous proteste
Que quand vous en auriez eu cent
Je ne croirois pas maintenant
Que vous en eussiez un de reste.


LES COCUS.


Dans nôtre voisinage, où l’on voit tant d’abus
Disoit Lucas à son Compere,
Sans vous compter, combien comptez vous de Cocus ?
Comment, sans me compter ! reprit l’autre en colere,
Ne vous mettez point en courroux
Dit Lucas, je n’ai pas prétendu vous deplaire,
He bien en vous comptant, combien en comptez vous ?

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LES ENFANTS DE PAYSANS.


Ah que voila de beaux enfans !
Disoit un grand Seigneur au gros Colas leur pere ;
Qu’ils sont frais, gaillards, puissans !
Nous autres gens de Cour nous voyons au contraire
Les nôtres delicats, foibles et languissans
Toujours mal sains et toujours blêmes.
Comment faites vous donc, vous autres paysans,
Pargué, Monsieur, je les faisons nous mêmes.


LE VIEUX CHAPEAU.


Qui diable ta donné ce chapeau de Cocu ?
Je ne te l’ai point encore vù,
Disoit à son fermier un Juge de Bergame,
C’est dit l’autre, sauf vôtre honneur
Un de vos vieux chapeaux, Monsieur,
Que vient de me donner Madame vôtre femme.

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LE PETIT MAITRE.


Un petit maitre étoit fort amoureux
Depuis six mois de la belle Angelique,
Il étoit riche et l’on souffroit ses vœux,
Mais a la fin faut’il que l’on s’explique ?
Vint un beau jour que le pere lui dit
Beaucoup d’honneur vous faites a ma fille,
Mais sur quel pied demande la famille,
La voyez-vous ? moy ; sur le pied du lit.


LES ARMES DE VENUS.


Venus manioit près de Mars
Son casque, son glaive, et ses dards ;
Armes de deffence et d’attaque ;
En voicy, lui cria soudain
Le petulant Dieu de Lampsaque,
De plus propres pour votre main.

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PROMESSE EFFECTUÉE


Je sais, mon cher, a quoi l’honneur m’engage
Dit une riche Veuve à son nouvel époux
Deux jours après le mariage,
Je dois vous mettre à l’aise, ainsi rassurez vous.
Je suis déja trop convaincu, Madame,
Repond Damis d’un air moins passionné que froid,
Qu’en m’engageant à vous prendre pour femme
Ce n’étoit point pour me mettre à l’étroit.


FOLIE DE COURIR LA MER


Courir les mers pour quelque pierrerie
Est, selon moi la plus grande folie
Disoit Gregoire en sablant du vin gris
A l’ombre d’une épaisse treille :
J’ai le nez couvert de rubis
Et je ne cours que la bouteille.

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LE BEGUE.


Un Bègue voulant d’une dame
Les bonnes graces aquerir
Et lui montrer l’ardente flame
Dont Amour le fesoit mourir
Etant au bout de sa harangue
Ne pouvant plus remuer la langue
Il eut recours à son outil,
Puis le montrant d’yeux et de geste,
Madame, excusez-moy, dit-il,
Ce porteur vous dira le reste.


LE PETIT CHIEN QUI SECOUE DES PIERRERIES

Conte de La Fontaine.


Que des pates d’un chien il tombe des ducats !
C’est un vrai tour de Fée, un prodige incroyable,
Mais un cœur qui tiendroit contre un pareil appas
Ce seroit un prodige encore moins vrai-semblable.

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LE GUET.


Dans un verger Lubin avec Nicole
Pour n’être pris tandis qu’il exploitoit
Contre un pommier tout debout la bricole
Si que chacun de son côté guétoit ;
Or dans le tems que plus il la pointoit
Nicole pâme, et lors toute éperdue
Dit à Lubin, qui toujours rabotoit,
Guetes tout seul, car j’ay perdu la vue.


LA SERVANTE JUSTIFIÉE,

Conte De la Fontaine.


Afin que ta femme, Damon,
Ne soubçonne point Alizon,
Tu la caresses, tu la baise,
Ah que d’epouses seroient aises
D’êtres dupes de leur maris
Tous les matins au même prix !

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LE SOUHAIT RAISONNABLE.


Aux yeux de mon jaloux non rien ne me derobe,
Si je feins un besoin dans tel appartement
Pour pareille raison il y vole à l’instant :
Je crois qu’il me suivroit jusqu’à la garderobe.
Quoiqu’il en coute à mon repos,
Le lit enfin, J’ose le dire,
Est l’endroit seul après lequel j’aspire
Pour n’avoir pas sans cesse un mari sur le dos.


CONSEIL D’AMI.


Avec ce chef blanc et ces yeux
Bordés de rouge et chassieux
Tu voudrois prendre une Compagne,
Cher ami, tu n’y pense pas,
Quand la neige une fois a couvert la montagne
L’Amour est froid aux Pays bas

LE DIABLE DE PAPE FIGUIERE

Conte De la Fontaine


Ma foy Sire Lubin, tu fus un tres grand sot
Quand au premier aspect de certaine ouverture
Tu cherchas aux Enfers une retraite sure
Qui pût te garantir des griffes de Philipot,
On trouve plus de cœur parmi nous autres hommes
Loin de fuir tous tant que nous sommes
Plus nous considerons cet endroit délicat
Plus nous sommes prets au combat.


LES TROQUEURS

Conte De la Fontaine


Afin de reveiller leurs flammes
Ces Villageois troquent des femmes
C’est avec esprit en agir,
Le chemin qui mene au plaisir
De la maniere la plus sure
Veut que l’on change de monture.

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JUPITER EN TAUREAU.


Jupiter amoureux d’Europe,
Sous diverses formes envelope
Sa coquete divinité
Et pour tacher de plaire a la jeune beauté
Il entreprend la conquête
Comme un Dieu, comme un homme et puis comme une bête ;
Le Dieu réussit mal aupres de ses apas,
L’Homme pour la séduire eut d’inutiles flames ;
Mais ; et cela soit dit a la gloire des Dames
Le Taureau ne la manqua pas.


LES FILLES D**


La moitié tout au moins des Filles de nos jours
Sont des especes alterées
Qui ne laissent pas d’avoir cours
Quoy qu’elles soient souvent rognées

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LES FEMMES SONT TOUJOUR PRÊTES.


D’ou vient disoit un jour Janot à Perronelle
Qu’en amour vous goutez plus de plaisir que nous
Et que c’est nous pourtant qui courons apres vous ?
Il est bien aizé ce dit-elle,
D’en deviner la cause, on la voit tous les jours ;
Hé ! pauvres héres que vous ètes
C’est que nous sommes toujours prètes
Et vous ne l’estes pas toujours.


LES FILLES DE JOYE


Belles jupes, beaux cotillons
On remarque aux filles de joye
Tout le reste est en guenillons
Grands manchons, souliers, petite oye,
Alix dit que c’est la raison
Que son devant soit le plus leste
Puis qu’il est maitre en la maison
Et qu’il fait aller tout le reste.

PAN ET SIRINX

Metamorphoſe d’Ovide


A l’aspect du Dieu Pan, Sirinx pâle et tremblante
En invoquant les Dieux se plonge au fond des eaux ;
Un front cornu sans doute à causé l’epouvante
Dont elle semble encor trembler sous les roseaux ;
Hideux etoit jadis tel ornement de tête,
Les choses changent bien, eût on dix pieds de crête ;
Il n’est belle a present, qui d’un œil aguerri
Ne les vit en riant même sur son mari.


LE DIABLE EN ENFER

Conte De la Fontaine.


Quand Rustic pour mater la chair,
Veut qu’Alibek mette en Enfer
Le Diable de la paillardise
Dans l’accés du zéle qu’elle a
Ne semble t’il pas qu’elle dise ?
Je voudrois qu’il y fut deja.

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LA VENDEUSE DE CITRON


Une fille d’un doux maintien
Vendoit un jour des citrons doux
Un jeune homme lui dit combien
Belle fille les vendez vous.
Je les vend dit elle cinq sous
Cinq sous dit il ; cinq coups de v..
Tenez, Monsieur ils sont à vous
Mais je ne fais point de credit.


LA TASSE CASSÉE


Tu me baille du pied au cu !
Par la sangoi, gros Jean scais tu,
Que tu pairas ma foi la tasse…?
Oüi c’est bien dit si je la casse
Mais je n’en devrois que moitié
Car elle étoit fendue avant le coup de pied.

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LA FEMME DE BON APETIT.


Une jeune Marchande etoit
Qui toujours beaux habits portoit
Aimant a se voir brave, leste pinpante
Ce n’est pas la chose fort surprenante
Jeunes marchandes sont d’une nation
Qu’on voit avoir même inclination ;
Cependant pour fournir à sa folle depence
Il falloit beaucoup de finance
Habits neufs si frequens ne se font pas pour rien
Tout cela retomboit sur le dos du bon homme
Qui voyoit à regret diminuer son bien
sa femme lui coutant tous les jours quelque somme
Enfin un jour il se facha,
Elle lui demandoit pour avoir une jupe
Quoy, ma femme, dit il, me prenez vous pour dupe,
He ! vous epuiseriez les tresors d’un Bacha,

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Oh ma foy ne vous en deplaise,
Si ce train continuoit encore
Vous me mettrez bien a mon aise
Il m’en coute par la plus de dix Louis d’or
Pour chaque fois que je vous baise,
Je ne veux plus etre si fou
Vraiement vous me la baillez belle,
Baisez moi si souvent dit elle
Qu’il ne vous en coute qu’un sou.


LA SŒUR ZÉLÉE.


En lieu bien clos trouvant une Nonette
Crac, sur le cul pere Mathurin la jette
Puis aussitost se met en Oraison
Mon Pere helas que je cheris ce zele
S’il vous reprend pour l’exercer, dit elle
Comptez toujours sur la sœur Alizon.

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FEMME SEMBLABLE AUX MULES


Certain Gaillard docteur en sus
Dit que femme et mule sont de meme nature
Fantastique a la monture
Et bondissant toujour sitôt qu’on est dessus


PORTRAIT D’IRIS. Epigra.


Lautre jour epanchant cette liqueur divine
Dont nos plaisirs et nous tirons notre origine
Iris qui s’innondoit de ses aimables flots
Fit une si charmante mine
Que l’Amour secri a vite qu’on la dessine
Pour mon cabinet de Paphos.


A UNE LAIDE PU....


Catin vous m’excitez en vain
Ne me touchez pas davantage
Ce que vous faites de la main
Vous le defaites du visage.

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ORAISON POUR LA BRULURE


Assis en un banquet un moderne Prelat
Galamment a quelqu’un voulut servir d’un plat
Mais trouvant le bord chaud, que le Diable t’emporte ?
Chien de plat, cria t’il, avec un air faché
Fichu plat, et le mot fut tout outre laché,
Oyant un Oremus gringoté de la sorte
Une Dame apella son Laquais et lui dit
Aporte l’ecritoire, Laverdure
Monseigneur voudra bien me donner par écrit
son Oraison pour la brulure.


LA VIEILLE AMOUREUSE


Tout le monde autrefois courut
Apres la petite Ragonde
A son tour la vieille est en rut
Elle court apres tout le monde.

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EPIGRAMME.


Un jour le bon vieillard Thibault
Encore vaillant de sa personne,
Ayant le v.. et le cul chaud
Fourbissoit la belle Alisonne :
Or comme le Gallant l’enc..
Luy dit d’assez bonne façon,
Vrayment, Mignonne, je m’étonne
Que vous n’avez du poil au c..
Lors en grondant comme un cochon
La Belle répond toute emüe
Hé qu’est-il besoin de bouchon
Où la Taverne est bien connue.


LA PRISONNIERE


Alix qu’on trainoit prisonniere
A sa mere dit sans rougir
Ne vous chagrinéz point, ma mere
Je me ferai bien élargir.

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LA FILLE PRUDENTE.


Damis fait un bel homme, et Philemond est laid,
Damis est fort petit, Philemond grand, bien fait.
Ainsi lequel preferez vous, ma fille
Disoit Cloris à l’aimable Camille,
Qui pour lors parcourant des yeux
Les longs membres, la longue taille
Du plus grand de ses amoureux.
Gentil minois n’est pas chose qui vaille
Dit elle ingénument ; je suis pour Philemond
Si le tout, ma bonne, y répond.


LE BON MARI


De tes enfans tu te crois pere
Jean, et tu fais bien selon moy
Le mariage est un mistere
Qui demande beaucoup de foy.

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LE REMORD INUTILE.


Nicolas de trop pres ayant vu Jaqueline
Il en parut soudain un tendre fruit d’amour
Son Curé soit par zele ou par humeur chagrine,
Quelle honte leur dit il enfant du noir sejour,
Est ce ainsi qu’on se livre a l’eternelle flame ?
Quoy ? lui dit Nicolas j’en aurois des remords
Ma Jaqueline et moi n’avons fait que le corps,
He ! si cetoit un mal, Dieu neut pas bouté l’ame.


LES DEVOTES.


O vous qui recherchez l’honneur d’un pucelage
Galants, n’en jugez pas sur les airs du visage
Ces Devotes beautés qui vont baissant les yeux
Sont celles bien souvent qui deduisent le mieux,
Telle d’un air dévot vous impose et vous dupe
Qui pour son Directeur cent fois leva la jupe
Et lorsqu’elle a fermé la porte et le volet
Pour un godemiché quite le chapelet.

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EPIGRAMME.


Une jeune femme épousée
S’enquit d’une vieille rusée,
Dites ma mere, à vôtre avis,
Les Hommes sont-ils si ravis,
Quand ils ...tent, et ont-ils bien
Autant que nous d’aise et de bien ?
Je crois, répond la M..querelle,
Que leur douceur est toute telle,
Mais elle passe comme vent ;
Je m’étonne donc, dit la belle,
Qu’ils ne nous ...tent plus souvent.


EPIGRAMME.


Contre toute Loy naturelle
Vous renversez le drois humain,
La plus jeune est la M..querelle,
Et la plus vieille, la ..tain.

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LES SEINS DÉCOUVERTS


Les Dames qui au tems passé
Vouloient tant couvrir leur visage
Cette coutume ont delaissé
Pour de leur seins nous faire hommage,
Si elles continuent cet usage
Découvertes jusqu’a l’arçon,
Sus, sus, Messieurs, prenons courage
Nous leur verrons bientost le C...


LES VISITES A CONTRE TEMS.


Vous voulez Galants sans cervelle
Voir du matin Lise chez elle,
Attendez, jeunes etourdis,
Ne la pressez pas davantage,
Quoique Lise ait pris ses habits,
Elle n’a pas peut ètre, encore son visage.

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EPIGRAMME


Margot s’endormit sur un lit,
Une nuit toute decouverte,
Robin sans dire un mot saillit,
Il trouva sa Lenterne ouverte,
Mit sa chandelle au plus profond,
Robin ta chandelle se fond,
Nonfait, dit-il, c’est une goute,
Qu’en s’allument elle degoute
Qui fait la lenterne animer,
Viens, Robin quand on ne voit goute
Souvent ta chandelle allumer.


EPIGRAMME


Il transit, il fait le fidelle
Il suit sa Maitresse par tout
Mais il peut bien mourir débout
S’il ne couche ailleurs qu’avec elle.

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EPIGRAMME.


Nous sommes legers, dites vous,
Et vous vous plaisez à médire,
Tout bien compté de vous à nous
Il n’y a qu’une chose à dire,
Car nous changeons souvent d’avis,
Et vous changez souvent de v.. .


EPIGRAMME.


Quelqu’un un jour au tripot de soulas
Dedans le trou deux .... chasse
Et le tiers coup il se trouva si las,
Que contraint fut de cracher sur la place
La Dame alors qui ce beau jeu pourchasse,
Lui dit aussi que vous êtes vilain,
Non suis dit-il : mais je marque la chasse
Pour achever la partie à demain

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EPIGRAMME.


Je n’entend pas ces beaux discours,
Dont vous voulez qu’on vous cajolle ;
Car quand ce vient au jeu d’amour,
Pour moi je n’ai qu’une parolle
Je fais, des discours me moquant
Aux fleurs de bien dire la nicque,
Je ne sçai point la Rhetorique,
Mais mon v.. est fort éloquent.


EPIGRAMME.


Lisette jure assurement,
Qu’autre part point ne s’abandonne
Qu’à ses amis fidellement :
Je le crois : car elle est si bonne,
Je m’en rapporte à son serment
Qu’au monde elle ne hait personne.

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LE BON DOIGT.


Un Jacobin des plus officieux
Sur ses genoux chatouilloit une Abesse
Et tost apres le bon Religieux
En pàmoison fit tomber la Prestresse
Et profitant du moment de foiblesse
Il lui glissa son fringant eguillon ;
Otez moi donc cecy pere Hilarion
Dit la Nonnain, a quoy le bon apôtre
Lui repartit point tant d’émotion,
Prenez toujours, ce doigt cy vaut bien l’autre.


PLACET.


De nôtre Servante Nanon,
Que le devant soit sale ou non
Elle est condamné en l’amande
Mais douze francs ! c’est l’ecorcher,
La pauvre fille vous demande
Que vous la fassiez decharger.

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EPIGRAMME.


Je ne dors de toute la nuit,
Et ce n’est ny douleur ny bruit,
Qui du sommeil m’oste l’usage,
C’est que je songe à mes amis,
Ce que Jeanne ayme d’aventage
Ou mil ecus, ou mil v.. .


L HORLOGE.


Alix à pleine main tenoit
Le m..che à Thibault qui fretille
Thibault du c.. carillonnoit
Quand Alix tournoit la cheville,
Vilain, vous petez, dit la fille
Quoy, dit Thibault sans s’etonner
Pense tu tant toucher l’aiguille
Sans faire l’horloge sonner ?

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EPITAPHE.


Cy Gist Jaques le plus infâme
De tous les Cocus du bordeau
Qui vouloit qu’on ...tit sa femme
Pourveu qu’il en fut ma........
Il fut à chacun favorable
Tant qu’il vécut par l’univers
Or qu’il est avec le Diable
Il est Maq...... des Enfers,
Il est mort, non d’un coup de lance,
Mais helas ! d’un coup de patin
En disputant la preference
Avec Madame Du Moulin :
Les ma....... tristes et mornes
D’un si piteux évenement
L’ont mis dedans un tas de cornes
Jusques au bout du jugement.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 39.png


SONNET.


Elle avoit consacrée et son corps et son ame
A toy Roy de Priape, à toy chaude Venus,
Et les justes loyers qui leur en sont venus
C’est cette mere infecté et le sepulcre infâme.
Hé bon Dieu que de pleurs sur cette bonne Dame
Mil dessus son corps elle avoit soutenus,
Son mary le scachant, et qui ne l’aimoit plus,
S’en arracha le poil, et sa tête diffame,
O Mary bon Mary, vrai portrait d’amitié
Os que tu a perdu ta publique Moitié
Nestime d’en trouver une qui la seconde
Car elle a seulement plus de chaleur au cu
Que toutes les Pu..... qui se trouvent au monde
Aussi t’a t’elle fait un sublime Cocu.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 40.png


DU DEVIN DE TROIS DEMOISELLES


Trois femmes un jour disputoient
Quel en l’amoureux exercice
Les meilleurs instruments étoient
pour savourer plus de delice,
L’une prisa assez le moyen,
Et dit c’est ce qu’elle désire
L’autre qui entend le combien
Dit que long n’est pas le pire,
La tierce (plus jeune de trois)
Dit au gros j’ai la foy jurée ;
Car il n’est feu que de gros bois,
Et flamme de grosse bourée.


EPIGRAMME.


Un Mary frais dit à sa Demoiselle
Souperons nous, où ferons le déduit,
Faisons lequel qu’il vous plaira dit-elle,
Mais le soupé n’est pas encore cuit.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 41.png


EPIGRAMME.


Une dame allant dans son Coche
Aux Champs avec son Amant,
Hors les Fauxbourgs il vous l’embroche
Et vous l’enfile alegrement,
Elle qui se voit detenüe
Crie pendant un si doux jeu,
Ah dieu si cela continue
Le chemin nous durera peu.


EPIGRAMME.


Comme un Escolier se jouoit
Avec une belle pucelle,
Pour lui plaire hautement louoit
Sa grace et beauté naturelle,
Ses tetons qui la rendoit belle,
Et son petit cas qui tant vaut,
Ha (Monsieur) adont se dit elle,
On y mettera ce quil y faut.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 42.png


EPIGRAMME


Mauregard remply d’imposture,
Et les Astrologues vantez
Ont été par toy frequentez
Pour sçavoir la bonne aventure,
Ils ont prédit que tu serois
Un jour plus haut que les Rois,
Et voicy qu’on te meine pendre,
N’ont-ils pas dit la verité,
Car tu t’en vas si haut monté
Que nul ne veut si haut pretendre.


EPIGRAMME


Elle est sourde ainsi comme un sourd
A ceux qui luy parlent d’Amour
Mais touchez lui son petit centre,
Cela s’endure doucement
Et pour ecouter un Amant
Elle a l’oreille au bout du ventre.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 43.png


REMEDE POUR LES HEMORRHOIDES.


Pour ce bobo qui vous gàte la bouche
J’ai belle Iris un beaume souverain ;
Un doux baiser mieux qu’une large mouche
L’emportera, je gage, avant qu’il soit demain
Quoique sur sa vertu j’aie quelque scrupule,
Répond Iris, si j’ai jamais pour tant
Hémorrhoides ou fistule,
Je vous promes, Monsieur, d’en user à l’instant.


LA JEUNE VIEILLE


Malgré tout l’art et tous les soins
Que pour vous reparer vous mettez en usage
Cloris on dit que pour le moins
Vous avez cinquante ans plus que votre visage.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 44.png


QUESTION ET LA DÉCISION


Trois Rivaux voyant leur maitresse
Que l’on vient de blesser au sein,
Aussitost l’un tombe en foiblesse,
L’autre court apres L’assassin,
Le troisieme bande la playe :
Par ce moyen chacun essaye
De montrer qu’il aime le mieux,
Si mon avis on me demande
Je dirai sans etre ennuieux
Que je suis pour celui qui bande.


LE COCUAGE


Admirez le malheur des gens
Que le cocuage tourmente
Un homme agé de soixante ans
En a fait cornard un de trante,
Cela nous prouve évidemment
Qu’un mari vaut moins qu’un amant.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 45.png


EPIGRAMME.


Un avocat voulant aller au Champs
Dit à son Clerc qu’il lui gressat ses bottes,
Qui au grenier avoient été longtemps
Pleines de poudre et couvertes de crottes,
Alors son Clerc lui dit tout promptement,
Si l’on les veut faire amolir en hâte
Il les faut mettre au trou tant seulement
De votre femme, ou hier mon instrument
Las ! devint mol comme un morceau de pâte.


EPIGRAMME.


Voyez un peu ce medisant
Qui plus vain qu’un vieux courtisan,
Dit que Philis au beau corsage
Lui a donné son pucelage,
Mais, Messieurs, ne le croyez pas
Nul ne donne ce qu’il n’a pas.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 46.png


LA PORTE COCHERE.


Je comptois sur toute autre chose,
Disoit Dave en exploitant Rose,
Sans accrocher un Fiacre entrerois la dedans.
Vous vous plaignez, Monsieur, dit Rose en femme sage,
De ce que j’ai pour vous ouvert les deux battans
C’est que je vous croiois un plus gros equipage.


CHACUN A SON TOUR


Audessus du tendre Atila
La belle Alix prend place à table ;
Mais au lit ce n’est plus cela
L’Epoux complaisant et traitable
Cede ses droits tant qu’il fait jour :
L’Epouse en femme raisonnable
La nuit se soumet à son tour.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 47.png


TRAMONTANE PERDUE.


Colette étoit prête de rendre l’ame,
Sa gorge enfle et son teint pâlit :
George seul au chevet du lit,
Alloit voir trepasser sa femme :
Il appelle au secours, il sort, trouve Babeau,
La jette sur un escabeau,
Et par trois fois notre gaillard s’enflamme
Nanon survient qui les prend sur le fait,
Qu’est-ce ! comment ! vit on jamais, dit elle…
Motus, reprit la servante avec zele,
Mon Maître est si troublé qu’il ne sçait ce qu’il fait


EPIGRAMME.


L’on ne s’enquert jamais d’une chose certaine,
Pour vous vous desirés de sçavoir pour certain
Si je suis toujours fou, comme chose incertaine :
Mais je ne m’enquers pas si vous êtes putain

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 48.png


LE SONGE.


Couchée auprès de mon amant,
Au quatriéme embrassement,
Toujours campée à la renverse
Je m’endors assez promptement.
Un réve vient a la traverse,
Je crois tenir un gros serpent ;
Non serpent engourdi, rampant ;
Qui plus est, je sens qu’il s’allonge,
De pres d’un pied ; oüi, sans mensonge.
Je m’éveille dans le moment,
Croyant bien que j’étois perduë,
Je tenois effectivement
Celui dont Eve fut morduë.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 49.png


EPIGRAMME


Un Cordelier au Coche se trouvant
Pres d’une brune assez vive et gentille
Ne disoit mot : mais cependant le drille
La regardoit, non sans désir ardent :
De son côté la Dame l’agaçant :
Pere, dit-elle, on diroit qu’avez honte.
Reveillez-vous, faites moi quelque conte
Pour m’ebaudir, sans vous faire prier :
Pour Conte non, dit le Moine avec flamme,
Mais beucoup mieux, si vous vouliez, Madame,
Je vous ferois un petit Cordelier.


OBJECTION SANS REPLIQUE.


Ce fut pour pisser seulement
Que le seigneur fit nos Andouilles,
Dit un Carme à son Penitent,
Celui-ci répond : Et les C.... .

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 50.png


SUR UN PRODIGUE


Mon cher Monsieur Alexitere
Vite au secours ou mon Maitre est en biere.
Une indigestion… calme toi ce n’est rien,
Dit savemment le supôt de Galien ;
Le Malade en santé fesoit-il grande chere ?
Depuis un mois, dit le Valet dolent,
Il a mangé trois grands arpens de terre.
Va qu’il en boive tout autant
Je le garantis hors d’affaire.


EPIGRAMME


Lison etant fort jeune et n’etant pas fort belle
Vivoit en sureté dans ce siecle maudit ;
Mais ses douces chansons l’aiant mise en credit
On vit de mille Amans une foule chez elle
Ce fut là ce qui la perdit
Et sa voix fut sa maq....... .

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 51.png


LE JOUG D’AMOUR


Jadis Alix écoutoit ses Amants,
Elle bouilloit d’ètre en ménage ;
Maintenant elle crie apres le mariage,
Regrette l’age de 15. ans,
Et déplore son sort le long de la journée :
Mais sa mauvaise humeur la quite avec le jour
C’est qu’Alix ne se plaint que du joug d’Hymenée
Et ne trouve leger que celui de l’Amour.


EPITAPHE.


J’ai vécu sans souci, je suis mort sans regret
Je ne suis d’aucuns, car je ne plaint personne.
De sçavoir ou je vai c’est un trop grand secret
Je laise à juger à Messieurs de Sorbonne.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 52.png


LE DEMENAGEMENT.


Une Nimphe jeune et gentille
Par un matin déménageoit
Pour son petit meuble de fille
Grande voiture ne falloit
Un seul crocheteur sufisoit ;
Au carrefour elle prit Blaise
Garçon robuste et des mieux faits
Il mit le lit sur ses crochets
Puis à chaque corne une chaise
Prit la bergame sous un bras
Sous l’autre la nappe et les draps


Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 53.png


Et se sentant encor à laise
De la main droite prit le seau
De la gauche le pot a l’eau
Lors allongeant ne vous déplaise,
Ce qu’on ne dira point icy
Par bleu, dit il, prenez cecy
Mademoiselle, et grimpez y
Aussi bien n’ay-je point de voiture
Et sans croter vôtre chaussure
Je vais vous emporter aussy.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 54.png


TOMBEAU DES JEUNES COURTISANNES.


Denise d’un chacun plore
Repose dessous ce tombeau
Qui au doux jeu de Cythere
Consomma son âge plus beau,
Et s’adonnant à l’exercice,
Elle commença dés huit ans
Avec une douce malice,
De rendre ses Amants contens,
Si joüant toujours cette farce,
Elle eut plus longuement vécu ;
C’eut été la plus docte gar..
Qui donna jamais coup de c.. .


L’AMATEUR DE MUSIQUE


Je voudrois bien belle brunette
Voyant votre sein rondelet
Jouer dessus de l’epinette,
Et au dessous du flagolet.

Jouffreau de Lagerie, Le Joujou des Demoiselles, 1750, illust 55.png


LE FOUET.


A L’âge de douze ans, pour certain grave cas,
Que je sais et ne dirai pas,
Lise du fouet fut menacée.
A sa Maman justement courroucée,
Lise répondit fierement,
Vous avez tout lieu de vous plaindre,
Mais pour le fouet tout doucement
Je suis d’age à l’aimer et non pas à le craindre.


L’ÉGUILLE MARINE.


Magette est fille fort honnête
Et si ce n’est un jour de Fête
Elle a toujours l’éguille en mains,
Mais c’est une éguille marine
Qui sert à trouver le chemin
Sur l’Ocean de son urine.