Le Labyrinthe de Versailles/DescriptionDuLabyrinte

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DESCRIPTION
DU LABYRINTE
DE VERSAILLES.


ENtre tous les Bocages du petit Parc de Verſailles, celuy qu’on nomme le Labyrinte, eſt ſur tout recommandable par la nouveauté du deſſein & par le nombre & la diverſité de ſes Fontaines. Il eſt nommé Labyrinte, parce qu’il s’y trouve une infinité de petites allées tellement mélées les unes dans les autres, qu’il eſt preſque impoẞible de ne s’y pas égarer ; mais auẞi afin que ceux qui s’y perdent puiſſent ſe perdre agréablement, il n’y a point de détour qui ne preſente pluſieurs Fontaines en meſme temps à la veûë, en ſorte qu’à chaque pas on eſt ſurpris par quelque nouvel objet.

On a choiſi pour ſujet de ces Fontaines une partie des Fables d’Æſope, & elles ſont ſi naïvement exprimées, qu’on ne peut rien voir de plus ingenieuſement exécuté. Les animaux de bronZe colorié ſelon le naturel, ſont ſi bien déſignez, qu’ils ſemblent eſtre dans l’action meſme qu’ils repréſentent, d’autant plus que l’eau qu’ils jettent, imite en quelque ſorte la parole que la Fable leur a donnée.

La différente dispoſition de chaque Fontaine fait auẞi une diverſité tres-agréable ; & les couleurs brillantes des coquilles rares, & de la rocaille fine dont tous les baẞins ſont ornez, ſe mélent ſi heureuſement avec la verdure des paliſſades, qu’on ne ſe laſſe jamais d’admirer cette prodigieuſe quantité de Fontaines qui ſurprennent toutes par la ſingularité de l’invention, par la juſte expreẞion de ce qu’elles repreſentent, par la beauté des animaux dont elles ſont accompagnées, & par l’abondance de l’eau qu’elles jettent.

On a crû qu’il eſtoit à propos de faire une exacte deſcription de chaque Fontaine en particulier, pour accompagner les Eſtampes qu’on en a fait faire ; & afin de faire connaître comment chaque Fable eſt fidellement repreſentée, on trouvera de ſuite par ordre une courte narration de la Fable, & une courte deſcription de la maniére dont la Fontaine eſt diſpoſée.

En entrant, on trouve deux Figures de bronZe peintes au naturel, & poſées chacune ſur un pied-d’eſtal de rocaille : l’une repreſente Æſope ; l’autre l’Amour. Æſope tient un rouleau de papier & montre l’Amour qui tient un peloton de fil, comme pour faire connoître que ſi ce Dieu engage les hommes dans de fâcheux labyrintes, il n’a pas moins le ſecret de les en tirer lors qu’il eſt accompagné de la ſageſſe, dont Æſope dans ſes Fables enſeigne le chemin.

En ſuite on trouve les Fontaines au nombre de quarante en l’ordre qui ſuit. A chacune de ces Fontaines on a pratiqué une place, où ſur une lame de bronZe peinte en noir il y a une Inſcription de quatre Vers écrite en Lettres d’or. Ces Vers faits par Monſieur de Benſerade, expliquent la Fable, & en tirent la moralité.

I. FABLE.

Le Duc & les Oiſeaux.


UN jour le Duc fut tellement batu par les Oiſeaux, à cauſe de ſon vilain chant, & de ſon laid plumage, qu’il n’a depuis oſé se montrer que la nuit.


UN grand demy-Dome de treillage orné d’architecture, eſt en dedans rempli de toute ſorte d’Oiſeaux perchez ſur des branches, qui jettent de l’eau en mille maniéres differentes ſur le Duc qui eſt en bas au milieu d’un baſſin de rocaille. Les Oiſeaux paroiſſent tous animez de colere, & le pauvre Duc ſemble tout honteux de ſa diſgrace.

ii. FABLE.

Les Coqs & la Perdrix.


UNe Perdrix s’affligeoit fort d’eſtre batuë par des Coqs ; mais ayant veû qu’ils ſe batoient eux-meſmes, elle ſe conſola.


ON voit la Perdrix ſur un petit rocher de rocaille, qui jette de l’eau en l’air ; & aux deux coſtez ſur deux petits rochers plus élevez, deux Coqs vomiſſent l’eau dans un baſſin.

III. FABLE.

Le Coq & le Renard.


UN Renard prioit un Coq de deſcendre pour ſe réjouïr ensemble de la paix faite entre les Coqs & les Renards. Volontiers, dit le Coq, quand deux Levriers que je voy qui en apportent la nouvelle, ſeront arrivez : le Renard remit la réjouïſſance à une autre fois, & s’enfuit.


LE Coq sur un haut pillier de rocaille & de verdure, vomit de l’eau contre le Renard qui en bas de dépit jette de l’eau contre le Coq.

IV. FABLE.

Le Coq & le Diamant.


UN Coq ayant trouvé un Diamant, dit : J’aimerois mieux avoir trouvé un grain d’orge.


AU milieu d’un baſſin, le Coq qui tient ſous ſa patte un gros morceau de criſtal taillé en Diamant, jettant un long trait d’eau en l’air, ſemble ſe plaindre au Ciel de n’avoir pas plûtoſt trouvé un grain d’orge.

V. FABLE.

Le Chat pendu & les Rats.


UN Chat ſe pendit par les pattes, & faiſant le mort, attrapa pluſieurs Rats. Une autre fois il ſe couvrit de farine. Un vieux Rat luy dit : Quand tu ſerois le ſac à la farine, je ne m’approcherois pas.


LE Chat pendu ſur le haut d’une eſpece d’amortiſſement de rocaille vomit de l’eau dans un baſſin ; les Rats autour jettent de l’eau contre luy, ſans l’oſer aborder.

VI. FABLE.

L’Aigle & le Renard.


UNe Aigle mangea les petits d’un Renard au pied de l’arbre où éſtoit ſon nid, ne croyant pas qu’il pûſt s’en vanger : mais le Renard ayant trouvé un flambeau allumé, mit le feu à l’arbre, & brûla les Aiglons.


UN tronc d’arbre parfaitement bien imité, porte un baſſin de bronze doré autour duquel ſont des Aiglons : le Renard au pied du tronc tient un flambeau allumé dans ſa gueule, & du milieu du baſſin il ſort un jet.

vii. FABLE.

Les Paons & le Geay.


LE Geay s’eſtant un jour paré des plumes de pluſieurs Paons, vouloit faire comparaiſon avec eux : chacun reprit ses plumes, & le Geay ainſi dépouïllé leur ſervit de riſée.


DEs deux coſtez d’un grand baſſin huit Paons placez ſur de petits rochers plus élevez les uns que les autres, vomiſſent de l’eau sur le Geay. Au fond, ſur un autre rocher plus élevé, un Paon, la queuë épanouïe, jette de l’eau, qui tombe par nappes en caſcade dans le
baſſin. Au milieu de toute cette cheûte d’eau on voit le pauvre Geay preſque tout dépouïllé.

viii. FABLE.

Le Coc & le Coc-d’Inde.


UN Coc-d’Inde entra dans une cour en faiſant la roûë. Un Coc s’en offenſa, & courut le combatre, quoy qu’il fuſt entré ſans deſſein de luy nuire.


LE Coc-d’Inde faiſant la roûë, & le Coc animé de colere, forment deux gros jets au milieu d’un baſſin.

ix. FABLE.

Le Paon & la Pie


LEs Oiſeaux élûrent le Paon pour leur Roy, à cauſe de ſa beauté. Une Pie s’y oppoſa, & leur dit qu’il falloit moins regarder à la beauté qu’il avoit, qu’à la vertu qu’il n’avoit pas.
PLuſieurs Oiſeaux des plus rares ſont placez ſur un amphiteatre de rocaille, & jettent de l’eau. Au fond eſt le Paon jettant de l’eau, qui tombe par nappes en caſcade dans le baßin. La Pie ſur un petit rocher ſemble plaider ſa cauſe, & jette de l’eau contre le Paon.

X. FABLE.

Le Dragon, l’Enclume, & la Lime.


UN Dragon vouloit ronger une Enclume. Une Lime luy dit : Tu te rompras plûtoſt les dents que de l’entamer ; je puis moy ſeule avec les miennes te ronger toy-meſme, & tout ce qui eſt icy.


UNe efpece de rocher ſauvage repreſente l’antre du Dragon, qui mordant l’Enclume, vomit deſſus un torrent d’eau.

XI. FABLE.

Le Singe & ſes Petits.


UN Singe trouva un jour un de ſes Petits ſi beau, qu’il l’étouffa à force de l’embraſſer.


TRois Singes adoſſez ſoûtiennent une coquille ronde de bronze doré, ſur le milieu de laquelle un Singe étreint dans ſes bras un de ſes Petits, qui jette un long trait d’eau en l’air.

XII. FABLE.

Le Combat des Animaux.


LEs Oiſeaux eûrent guerre avec les Animaux terreſtres. La Chauve-ſouris croyant les Oiſeaux plus foibles, paſſa du coſté de leurs ennemis, qui perdirent pourtant la bataille. Elle n’a depuis oſé retourner avec les Oiſeaux, & ne vole plus que la nuit.
CEtte Fontaine eſt dans un grand cabinet de treillage de fer & de bois, couvert de chévrefeuïlle, de roſes, & autres fleurs. Il eſt orné d’architecture, & finit en dome ouvert par enhaut, avec une petite baluſtrade autour de l’ouverture. La corniche & la voûte de ce cabinet ſont pleines d’Oiſeaux de toutes les eſpeces, qui vomiſſent de l’eau en bas dans un baſſin de rocaille, du milieu duquel s’éleve un rocher ; & le long de ce rocher on voit monter pluſieurs Animaux à quatre pieds, qui jettent de l’eau contre les Oiſeaux. Tout au tour du cabinet, ſur des rocailles, on voit encore d’autres Animaux ; & dans quatre niches, il y en a encore pluſieurs qui jettent une telle abondance d’eau, que cela repreſente naïvement une guerre. Mais ce qu’il y a ſur tout d’admirable, c’eſt le nombre infini d’Animaux tous en differente attitude, & les uns & les autres paroiſſent en colere, & animez au combat. À l’entrée de ce cabinet, deux Singes plaiſamment montez ſur des Chèvres, jettent par ſurpriſe de l’eau par un cornet de bronze doré.

XIII. FABLE.

Le Renard & la Gruë.


UN Renard ayant invité une Gruë à manger, ne luy ſervit dans un baſſin fort plat que de la bouïllie, qu’il mangea toute luy ſeul.



SUr un petit rocher de rocaille on voit le Renard & la Gruë. Le Renard a le muſeau ſur une ſoûcoupe de vermeil doré, où l'eau forme une nappe, & la Gruë fait un jet en l'air.

XIV. FABLE.

La Gruë & le Renard.


LA Gruë pria en ſuite le Renard, & luy ſervit auſſi de la bouïllie, mais dans une bouteille, où faiſant entrer ſon grand bec, elle la mangea toute ſeule.
SUr un petit rocher la Cigogne a ſon bec dans un vaſe de criſtal que forme l’eau, & qui eſt garni de vermeil doré. Le Renard auprés jette de l’eau.

XV. FABLE.

La Poule & les Poußins.


UNe Poule voyant approcher un Milan, fit entrer ſes Petits dans une cage, & les garantit ainſi de leur ennemi.


DAns un demy-Dome de treillage orné d’Architecture, on voit les Poules qui jettent de l’eau. Les Petits ſont enſermez dans une cage qui eſt formée par l’eau meſme, à travers de laquelle on les voit. Le Milan vomit de l’eau d'enhaut, où il paroiſt les aîles étenduës.

xvi. FABLE.

Le Paon & le Roßignol.


UN Paon ſe plaignoit à Junon de n’avoir pas le chant agréable comme le Roſſignol. Junon luy dit : Les Dieux partagent ainſi leurs dons ; il te ſurpaſſe en la douceur du chant ; tu le ſurpaſſes en la beauté du plumage.


LE Paon, la queuë épanouïe, élevé ſur un petit rocher, vomit de l’eau dans un baßin. Pluvieurs Roſſgnols en bas forment des jets en l’air.

xvii. FABLE.

Le Perroquet & le Singe.


UN Perroquet ſe vantoit de parler comme un homme. Et moy, dit le Singe, j’imite toutes ſes actions. Pour en donner une marque, il mît la chemiſe d’un jeune Garçon qui ſe baignoit, & s’y empeſtra si bien, que le jeune Garçon le prit, & l’enchaiſna.



DEux Perroquets élevez ſur de petits rochers vomiſſent de l'eau en bas dans un baſſin. Le Singe aſſis ſur un tronc d’arbre,
deſeſperé de ſe voir embaraſſé dans une chemiſe, leve la teſte, & forme un gros jet.

xviii. FABLE.

Le Singe Juge.


UN Loup & un Renard plaidoient l’un contre l’autre pour une affaire fort embrouïllée. Le Singe qu’ils avoient pris pour Juge, les condamna tous deux à l’amende, diſant qu’il ne pouvoit faire mal de condamner deux ſi méchantes beſtes.


D’Un coſté du baſſin ſont les Renards, & de l’autre les Loups, qui jettent de l'eau. Au fonds, dans un fauteuïl de rocaille, un gros Singe gravement aſſis, & accoudé, vomit de l’eau. À ſes deux coſtez deux Singes, l’un la baguette à la main en forme d’Huiſſier, l’autre écrivant comme un Greffier, jettent de
l’eau, & rendent cette Fontaine fort divertiſſante.

xix. FABLE.

Le Rat & la Grenouïlle.


UNe Grenouïlle voulant noyer un Rat, luy propoſa de le porter ſur ſon dos par tout ſon mareſcage. Elle lia une de ſes pattes à celle du Rat, non pas pour l’empeſcher de tomber comme elle diſoit, mais pour l’entraîner au fond de l’eau. Un Milan voyant le Rat, fondit deſſus, & l’enlevant enleva auſſi la Grenouïlle, & les mangea tous deux.


LE Rat & la Grenouille liez enſemble, & couchez dans le baſſin, font chacun un jet. Le Milan, en haut, les aîles étenduës, vomit de l’eau ſur eux.

XX. FABLE.

Le Liévre & la Tortuë.


UN Liévre s’étant moqué de la lenteur d’une Tortuë, de dépit elle le défia à la courſe. Le Liévre la voit partir, & la laiſſe ſi bien avancer, que quelques efforts qu’il fît en ſuite, elle toucha le but avant luy.


LE Liévre & la Tortuë jettent tous deux de l'eau en l’air, & il ſort un torrent d’eau d’un rocher de rocaille, qui ſemble eſtre le terme de la courſe qu’ils ont entrepriſe.

xxi. FABLE.

Le Loup & la Grüe.


UN Loup pria une Gruë de luy oſter avec ſon bec un os qu’il avoit dans la gorge. Elle le fit, & luy demanda récompenſe. N’eſt-ce pas aſſsez, dit le Loup, de ne t’avoir pas mangée ?


DAns un rond d’eau, au milieu d’une allée, on voit le Loup & la Grüe. La Gruë a ſon bec dans la gueule du Loup, qui jette de l’eau en l’air avec abondance.

xxii. FABLE.

Le Milan & les Oiſeaux.


UN Milan feignit de vouloir traiter les petits Oiſeaux le jour de ſa naiſſance, & les ayant receûs chez luy, les mangea tous.


DAns un baſſin ovale, ſur un petit rocher, eſt le Milan, qui jette de l’eau en l’air : pluſieurs différents petits Oiſeaux autour de luy forment une espece de gerbe.

xxiii. FABLE.

Le Singe Roy.


UN Singe fut élû Roy par les Animaux, pour avoir fait cent ſingeries avec la couronne qui avoit eſté apportée pour couronner celuy qui ſeroit élû. Un Renard indigné de ce choix, dit au nouveau Roy qu’il vint prendre un treſor qu’il avoit trouvé. Il y alla, & fut pris à un trebuchet tendu, où le Renard diſoit qu’eſtoit le treſor.


AU milieu d’une espece de cabinet de verdure, eſt un baſſin tout entouré de pluſieurs differens Animaux qui jettent de l’eau. Le Singe au milieu aſſis, paroiſt ſe joüer avec la couronne, & fait un long jet en l'air. Le Renard à ſon coſté ſemble ſe moquer de luy.

xxiv. FABLE.

Le Renard & le Bouc.


UN Bouc & un Renard deſcendirent dans un puits pour y boire ; la difficulté fut de s’en retirer. Le Renard propoſa au Bouc de ſe tenir debout, qu’il monteroit ſur ſes cornes, & qu’étant ſorti, il luy aideroit. Quand il fut dehors, il ſe moqua du Bouc, & luy dit : Si tu avois autant de ſens que de barbe, tu ne ſerois pas descendu là ſans ſçavoir comment tu en ſortirois.
ON voit un puits de rocaille, duquel ſort une groſſe nappe d’eau. Le Bouc montre plaiſamment la teſte, & ſemble ſe plaindre du Renard, qui hors du puits vomit encore de l’eau ſur luy, pour l’inſulter.

xxv. FABLE.

Le Conſeil des Rats.


LEs Rats tinrent conſeil, pour ſe garantir d’un Chat qui les deſoloit. L’un d’eux propoſa de luy pendre un grelot au col. L’avis fut loüé, mais la difficulté fut grande à mettre le grelot.


AUtour d’un petit baſſin exagone ſont pluſieurs Rats aſſis, comme pour tenir conseil, qui jettent de l’eau en l’air. Un plus gros que les autres, au milieu du baſſin, tenant un grelot en ſa patte, forme auſſi un gros jet.

xxvi. FABLE.

Les Grenouïlles & Jupiter.


LEs Grenouilles demanderent un jour un Roy à Jupiter, qui leur envoya une Poutre. Les Grenouïlles ſe moquerent de ce Roy immobile, & en demanderent un autre. Jupiter leur envoya une Gruë, qui les mangea toutes.


SUr le derriére eſt la Gruë, qui tient une Grenouïlle dans ſon bec. Plusieurs Grenouilles, ſur une petite Poutre de bronze, ſemblent en jettant de l’eau, demander un autre Roy.

xxvii. FABLE.

Le Singe & le Chat.


LE Singe voulant manger des marons qui eſtoient dans le feu, ſe ſervit de la patte du Chat pour les tirer.
SUr une coquille de bronze doré portée par des eſpeces de conſoles de meſme métail, paroiſt un brazier, duquel il ſort un gros jet. Le Singe, en riant, tire la patte au Chat qui ſemble s’en défendre.

xxviii. FABLE.

Le Renard & les Raiſins.


UN Renard ne pouvant atteindre aux Raiſins d’une treille, dît qu’ils n’étoient pas meûrs, & qu’il n’en vouloit point.


D’Une treille qui entoure une maniére de Grotte ruſtique à jour il pend de belles grappes de Raiſin. Pluſieurs Renards, en differentes poſtures, jettent de l’eau ; & du fonds, & des coſtez de cette Grotte il ſort des jets, dont l’eau forme des nappes, qui retombent ensuite dans le baſſin.

xxix. FABLE.

L’Aigle, le Lapin & l’Eſcarbot.


LAigle poursuivant un Lapin, fut priée par un Eſarbot de luy donner la vie. Elle n’en voulut rien faire, & mangea le Lapin. L’Eſcarbot, par vengeance, caſſa deux années de fuite les œufs de l’Aigle, qui enfin alla pondre ſur la robbe de Jupiter. L’Eſcarbot y fit tomber ſon ordure. Jupiter voulant la ſecoüer, jetta les œufs de l’Aigle, & les caſſa.


L’Aigle eſt élevée sur un petit rocher, & vomit de l’eau par ſon bec. Le Lapin l’Eſcarbot en bas forment deux jets.

xxx. FABLE.

Le Loup & le Porc-Epic.


UN Loup vouloit perſuader à un Porc-Epic de ſe défaire de ses piquans, & qu’il en ſeroit bien plus beau. Je le croy, dit le Porc-Epic ; mais ces piquans ſervent à me deffendre.


C’Eſt une maniere de Grotte ruſtique, où, dans des niches à jour, il y a des Porcs-Epies, dont les piquans ſont ingenieuſement formez par l’eau. Aux deux coſtez on voit des Loups qui vomiſſent de l’eau dans le baſſin.

xxxi. FABLE.

Le Serpent à pluſieurs teſtes.


Deux Serpens, l’un à pluſieurs teſtes, l’autre à pluſieurs queuës, diſputoient de leurs avantages. Ils furent pourſuivis. Celuy à pluſieurs queuës ſe ſauva au travers des brouſſailles, toutes les queuës ſuivant aiſément la teſte. L’autre y demeura, parce que unes de ſes teſtes allant à droite, les autres à gauche, elles trouverent des branches qui les arreſterent.
LE Serpent à plusieurs teſtes eſt au milieu d'un baſſin. Chaque teſte forme un jet d’eau. Celuy à plusieurs queuës plus élevé, fait un gros jet en l’air.

xxxii. FABLE.

La Souris, le Chat, & le petit Coc.


UNe Souris ayant rencontré un Chat & un petit Coc, vouloit faire amitié avec le Chat ; mais elle fut effarouchée par le Coc, qui vint à chanter. Elle s’en plaignit à ſa mere, qui luy dit : Apprend que cet animal, qui eſt ſi doux, ne cherche qu’à nous manger, & que l’autre ne nous fera jamais de mal.


LE petit Coc au milieu, le Chat a la Souris aux deux coſtez forment trois jets.

xxxiii. FABLE.

Le Milan & les Colombes.


LEs Colombes pourſuivies par le Milan, demanderent ſecours à l’Eſpervier, qui leur fit plus de mal que le Milan meſme.


DAns un cabinet de treillage orné d’Architecture, est un baſſin rond, au milieu duquel le Milan avec des Colombes qu’il tient ſous ſes ſerres, forme une eſpece de Gerbe tout autour de la corniche du Cabinet. Il a pluseurs autres Colombes, qui jettent de longs traits d’eau dans le baſſin ; & l’Eſpervier paroiſt en l’air, comme pour les défendre.

xxxiv. FABLE.

Le Dauphin & le Singe.


UN Singe dans un naufrage ſauta ſur un Dauphin, qui le receût, le prenant pour un homme. Mais luy ayant demandé s’il viſitoit ſouvent le Pirée, qui eſt un Port de mer ; & le Singe ayant répondu qu’il eſtoit de ſes amis, il connut qu’il ne portoit qu’une beſte, & le noya.


AU milieu d’un baſſin quarré le Singe tranſi de peur, eſt monté ſur le Dauphin, qui forme un beau jet.

xxxv. FABLE.

Le Renard & le Corbeau.


UN Renard voyant un fromage dans le bec d’un Corbeau, ſe mit à louër ſon chant. Le Corbeau voulut chanter, & laiſſa choir ſon fromage, que le Renard mangea.


LE Corbeau perché ſur des branches vomit de colere de l’eau contre le Renard qui tenant le fromage, ſemble, en jettant de l’eau, se moquer de luy.

xxxvi. FABLE.

Le Cigne &la Cruë.


LA Gruë demanda à un Cigne pourquoy il chantoit. C’est que je vais mourir, répondit le Cigne, & mettre fin à tous mes maux.


Du bec du Cigne & de celuy de la Gruë il ſort deux beaux jets d’eau.

xxxvii. FABLE.

Le Loup & la Teſte.


UN Loup voyant une belle teſte chez un Sculpteur, diſoit : Elle eſt belle ; mais le principal luy manque, l’eſprit, & le jugement.


AU milieu d’un baſſin rond le Loup tenant une Teſte de marbre ſous ſa patte forme un gros jet d’eau.

xxxviii. FABLE.

Le Serpent & le Porc-Epic.


UN Serpent retira dans ſa caverne un Porc-Epic, qui s’eſtant familiariſé, se mit à le piquer. Il le pria de ſe loger ailleurs. Si je t’incommode, dit le Porc-Epic, tu peux toy-meſme chercher un autre logement.


LE Porc-Epic, à l’entrée d’un petit rocher en manière de caverne, jette de l’eau par tous les endroits de ſon corps ; ce qui imite très-bien ſes piquans : & le Serpent, au milieu d’un baſſin, fait un jet d’eau.

xxxix. FABLE.

Les Cannes & le petit Barbet.


UN petit Barbet pourſuivoit de grandes Cannes à la nage. Elles luy dirent : Tu te tourmentes en vain ; tu as bien la force de nous faire fuïr, mais tu n’en as pas assez pour nous prendre.


DAns un cabinet de treillage orné d’Architecture, pluſieurs Cannes, en tournant avec rapidité au milieu d’un baſſin, jettent de l’eau en l’air ; & on entend le petit Barbet, qui aboye après, en les ſuivant.


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ON n’a pas prétendu pouvoir par ces courtes deſcriptions, peindre parfaitement la beauté & l’agrément de toutes ces Fontaines. On a voulu seulement en donner quelque idée à ceux qui ne les ont jamais veûës : & parce que les différentes beautez de Versailles ne laiſſent pas le temps de les admirer toutes avec reflexion ; peuteſtre meſme que ceux qui ont veû le Labyrinte, ſeront bien-aiſes de s’en rafraiſchir la memoire, & de voir avec loiſir ce qu’ils n’ont pû voir qu’en courant.