Le Lion et l’Âne chassant

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Claude Barbin & Denys Thierry (pp. 136-138).

Chauveau - Fables de La Fontaine - 02-19.png



XIX.

Le Lion & l’Aſne chaſſant.




LE Roy des animaux ſe mit un jour en teſte
De giboyer. Il celebroit ſa feſte.
Le gibier du Lion ce ne ſont pas moineaux ;
Mais beaux & bons Sangliers, Daims & Cerfs bons & beaux.

Pour réüſſir dans cette affaire,
Il ſe ſervit du miniſtere
De l’Aſne à la voix de Stentor.
L’Aſne à Meſſer Lion fit office de Cor.
Le Lion le poſta, le couvrit de ramée,
Luy commanda de braire, aſſuré qu’à ce ſon
Les moins intimidez fuïroient de leur maiſon.
Leur troupe n’eſtoit pas encore accoûtumée
A la tempeſte de ſa voix :
L’air en retentiſſoit d’un bruit épouventable :
La frayeur ſaiſiſſoit les hoſtes de ces bois.
Tous fuyoient, tous tomboient au piége inévitable
Où les attendoit le Lion.
N’ay-je pas bien ſervy dans cette occaſion ?

Dit l’Aſne, en ſe donnant tout l’honneur de la chaſſe ;
Oüy, reprit le Lion, c’eſt bravement crié.
Si je ne connoiſſois ta perſonne & ta race,
J’en ſerois moy-meſme effrayé.

L’Aſne s’il eût oſé ſe fût mis en colere,
Encor qu’on le raillaſt avec juſte raiſon :
Car qui pourroit ſouffrir un Aſne fanfaron ?
Ce n’eſt pas là leur caractere.