Le Lis du Japon

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Michel Lévy frères.

LE
LIS DU JAPON
COMÉDIE
Représentée pour la première fois, à Paris, sur le théâtre du Vaudeville,
le 14 août 1866


LE
LIS DU JAPON
COMÉDIE
EN UN ACTE, EN PROSE
PAR
GEORGE SAND
Levy.png
PARIS
MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
rue vivienne, 2 bis, et boulevard des italiens, 15
À LA LIBRAIRIE NOUVELLE

1866
Tous droits réservés


PERSONNAGES


JULIEN THIERRY, peintre 
MM. Delacour.
MARCEL, procureur 
MM. Colson.
LA MARQUISE, jeune veuve 
Mlle Savary.
Un Domestique 
M. Bource.


Sous Louis XVI, à Paris.


S’adresser, pour la mise en scène, à M. A. Vizentini, au théâtre du Vaudeville.



LE
LIS DU JAPON



L’intérieur d’un joli petit atelier pour peindre des fleurs. Il y a des fleurs partout, en jardinières, en caisses, en vases ; des toiles, des chevalets, etc. ; une grande table, un fauteuil, d’autres siéges ; aucun luxe, beaucoup de propreté. Au fond, une grande porte ouverte, donnant sur un petit péristyle où l’on voit un escalier qui monte aux étages supérieurs. — À droite, dans l’atelier, une fenêtre à demi couverte d’un rideau vert ; à gauche, en face, une porte.




Scène première.

JULIEN, MARCEL.

Julien est à la fenêtre ; Marcel entre, tenant un petit pot de faïence dont la plante est enveloppée de papier.

JULIEN, à lui-même.

Personne dans le jardin ! Elle ne sort donc pas aujourd’hui ?


MARCEL, à part.

Comme le voilà absorbé ! (Haut.) Ohé ! Julien, bonjour !


JULIEN.

Ah ! cousin Marcel ! (Il lui serre les mains.)


MARCEL.

Tu étais donc là, perdu dans tes rêveries, grand artiste ?


JULIEN.

Oui, grand procureur ! je regardais fleurir le printemps. Et ton étude, fleurit-elle aussi ?


MARCEL.

Elle bourgeonne, mon ami, elle bourgeonne. Ah ! si elle était payée, ça irait mieux ; il y pousserait des branches et des fruits. Dis donc, si tu hérites, tu m’aideras, hein ?


JULIEN.

À payer ? Ah ! je t’en réponds ! mais ne te réjouis pas, mon pauvre ami, je n’hériterai pas.


MARCEL.

Qu’en sait-on ?


JULIEN.

L’oncle Thierry dédaigne trop les artistes, en général, et moi en particulier.


MARCEL.

Il en reviendra peut-être. Ça dépend de toi.


JULIEN.

Tu veux que je renonce à la peinture ?


MARCEL.

Non pas ! peindre des fleurs et des fruits, des mouches d’or, des papillons, des gouttes de rosée, c’est un art très-galant où ton pauvre père excellait et où tu fais déjà parler de toi avec éloge. Je ne veux pas que tu y renonces, je veux que…


JULIEN.

Que quoi ?


MARCEL.

Que tu me donnes de l’eau !


JULIEN.

Tu as soif ?


MARCEL.

Non, c’est pour cette fleur qu’il faut tenir fraîche par le pied.


JULIEN.

Ah ! qu’elle est belle et qu’elle sent bon ! je n’en ai jamais vu de pareille. C’est un présent que tu me fais ?


MARCEL.

Oh ! des présents comme ça, je t’en souhaite ! ça vaut peut-être un millier d’écus !


JULIEN.

Ah ! bah ! c’est donc à notre oncle ?


MARCEL.

À qui veux-tu que ce soit ? C’est un lis d’Afrique, ou…


JULIEN.

Ou d’Asie ?


MARCEL.

Ou d’Amérique, je ne sais plus ; et ça s’appelle… Attends donc !… Ah ! ma foi, je ne sais plus. Ça m’est bien égal, tu penses ; mais ce que je sais, c’est qu’il me l’a confié avec des recommandations comme s’il s’agissait d’un enfant à mettre en nourrice.


JULIEN.

Et où portes-tu ça ?


MARCEL.

Je l’apporte chez toi, et je te le confie à ton tour. Il s’agit de faire le portrait de ce précieux végétal pendant qu’il est dans sa beauté, et notre oncle te donne pour ça…


JULIEN.

Combien ?


MARCEL.

Deux heures.


JULIEN.

Deux heures de sa tendresse ?


MARCEL.

Non, deux heures de ton travail. N’importe ! dépêche-toi, Julien, mets-toi à la besogne.


JULIEN.

Bien ! il commence donc à comprendre qu’un peintre de fleurs et un amateur de plantes rares peuvent se rendre service l’un à l’autre ? Dis donc, Marcel, il aurait pu commencer plus tôt, lui, si riche !


MARCEL.

Eh bien, il commence, il te donne sa pratique.


JULIEN.

Et te la donne-t-il aussi, à toi ?


MARCEL.

En partie. Une clientèle comme la sienne occupe plus d’un procureur ; mais enfin, il m’emploie.


JULIEN.

Eh bien, pourquoi n’hériterais-tu pas ?


MARCEL.

Moi ? Jamais ; je suis marié avec une bourgeoise.


JULIEN.

C’est donc sérieux, cette vanité de parvenu qui s’est logée dans sa cervelle ?


MARCEL.

Ça devient une manie, une idée fixe. Tu sais bien qu’il s’est brouillé avec toi parce que tu n’as pas voulu épouser certaine veuve…


JULIEN.

Cette grosse dame de campagne sur le retour ?


MARCEL.

Elle avait en poche quelques petits aïeux de robe, et ça flattait le richard ; mais j’avoue qu’elle était un peu passée fleur. À présent, il a une autre idée, qui est moins effrayante.


JULIEN.

Un autre projet de mariage pour moi ?


MARCEL.

Oui ; vingt-cinq ans, veuve aussi, passablement jolie, très-avenante, on dit même un peu coquette : la présidente de Reuilly.


JULIEN.

Très-bien ! c’est conclu : je refuse.


MARCEL.

Pourquoi ça ? Tu es donc fou ?


JULIEN.

Oui. (Il se lève et va à la fenêtre.)


MARCEL.

Voilà une réponse nette et qui coupe court aux remontrances. Pourtant, Julien… Mais que regardes-tu donc là ?


JULIEN.

Rien.


MARCEL.

Si fait ! (Il regarde.) Tiens ! la marquise d’Estrelle, ma cliente aussi. Laisse-moi donc la saluer.


JULIEN.

Non pas ! elle ne sait pas que je la regarde, moi.


MARCEL.

Ah ! tu la regardes ?


JULIEN.

Elle ne s’en doute pas. J’y mets tant de précautions ! Dès qu’elle paraît, je baisse le rideau.


MARCEL.

Et, pendant qu’elle se promène dans son petit jardin, tu la contemples à travers cette fente de l’étoffe ? Es-tu bien sûr qu’elle ne s’en soit jamais aperçue ?


JULIEN.

Ah ! mon ami, elle ne sait pas seulement que j’existe !


MARCEL.

Mais elle va le savoir.


JULIEN.

Comment ? Pourquoi ?


MARCEL.

Parce que, à la suite d’un petit procès que j’ai gagné pour elle, pas plus tard qu’hier, ce pavillon que tu habites devient sa propriété.


JULIEN.

Vrai ?


MARCEL.

Notre oncle a quelque envie de l’acheter pour le jeter par terre et agrandir son jardin, qui est de ce côté-ci, séparé par un enclos vague dont il se porte acquéreur.


JULIEN.

Ô mon Dieu ! abattre ce pavillon !


MARCEL.

Ce sera décidé aujourd’hui même !


JULIEN.

Par qui ?


MARCEL.

Par l’architecte, qui doit venir tout à l’heure le visiter. S’il est réparable à peu de frais, la marquise le conserve et y garde un locataire. S’il menace ruine, elle le vend, et l’oncle Thierry le rase pour y planter des tulipes.


JULIEN.

Impossible !


MARCEL.

Ça regarde les tulipes. Si elles veulent pousser.


JULIEN.

Ah ! Marcel, ne ris pas de moi ! je suis désespéré !


MARCEL.

Comment ! c’est si sérieux que ça ? une femme que tu vois… d’assez loin… à qui tu n’as jamais parlé…


JULIEN.

Elle vient là, tout près, sur ce banc, où elle reste quelquefois une heure à lire ou à rêver. D’autres fois, elle est accompagnée d’une ou deux femmes de ses amies, ou d’un vieux monsieur, son parent ; elle cause avec eux… Ah ! que sa voix est douce et son langage noble et touchant ! Je ne fais pas d’indiscrétion, en l’écoutant, Marcel ! je ne le fais pas toujours exprès, et puis je ne m’intéresse pas aux choses dont on parle, quand elle ne s’y intéresse pas. Je n’entends qu’elle, et, dans tout ce qu’elle dit, je la sens si bonne, si vraie, si généreuse !… c’est une âme grande et pure, vois-tu, une âme au-dessus de toutes les autres. C’est un esprit droit, un sens rare, un cœur magnanime ! enfin, c’est une créature du ciel, c’est un ange sur la terre, et je l’adore !


MARCEL.

Diable ! diable ! te voilà bien pris, mon pauvre ami… et sans espoir ! c’est une trop grande dame !


JULIEN.

Et trop austère dans ses idées comme dans ses mœurs, pour faire jamais la moindre attention à moi. Tu vois donc bien que, sans l’offenser, je peux l’aimer en silence ; ne me trahis pas !


MARCEL.

Je n’ai garde. Pourtant… que sait-on ? elle est veuve et peu fortunée ; si l’oncle… Mais à quoi songes-tu ?


JULIEN.

Ah ! pardon… tu me parlais ?


MARCEL.

Diantre ! oui, je te parle ; es-tu sourd ?


JULIEN.

Dis-moi, Marcel, cet architecte qui va venir, c’est Dubourg ?


MARCEL.

Eh ! oui, notre camarade d’école. Où vas-tu ?


JULIEN.

Je cours chez lui, c’est au bout de la rue.


MARCEL.

Puisqu’il va venir !


JULIEN.

N’importe ! je veux…


MARCEL.

Quoi donc ?


JULIEN.

Tu verras !


MARCEL.

Mais le lis, le dessin… ?


JULIEN.

Oui, oui, je reviens à l’instant. (Il sort.)



Scène II.



MARCEL, seul.

Ah ! c’est de la frénésie ! quelle tête ! et ce que c’est que les artistes ! Ai-je bien fait d’étudier la chicane ! je serais peut-être devenu comme ça, moi ! Mais, voyons, je vais trouver la marquise, je lui dirai… Oui, oui, j’y suis… (La marquise paraît.) Et, en même temps, je pourrai bien tâter le terrain.



Scène III.

MARCEL, LA MARQUISE, un Laquais.


LA MARQUISE.

Ah ! vous êtes là, monsieur Marcel ?


MARCEL.

Comme chez moi, c’est-à-dire, non, chez vous. Entrez, madame la marquise !


LA MARQUISE.

Non, je monte. Je veux voir par mes yeux cet étage qui menace. M. Dubourg doit être là-haut ?


MARCEL.

Non, madame, il n’est pas arrivé, et c’est lui qui a les clefs… Daignez attendre ici… chez… C’est un atelier de peinture, et il n’y a personne.


LA MARQUISE, entrant.

Vous êtes sûr ? C’est là que demeure ce jeune peintre, votre parent, je crois ?


MARCEL.

Julien Thierry, mon cousin. D’ailleurs, vous êtes ici sur vos nouveaux domaines, et, en qualité de propriétaire, vous avez droit de visite et d’examen. Et puis vous pourrez jeter un coup d’œil sur ses toiles… Ce n’est pas mal.


LA MARQUISE, regardant.

C’est même très-bien… c’est charmant… vrai ! Je savais par vous qu’il a du talent et une bonne conduite ; mais je vais être forcée de lui donner congé.


MARCEL.

Sans doute, s’il est vrai qu’il y ait cas de force majeure ; autrement… il a un bail, et c’est une indemnité à discuter.


LA MARQUISE.

Discuter ? Non, puisque la personne est recommandable, elle fixera elle-même le chiffre de ses prétentions ; je n’entends rien aux affaires, vous le savez ! Mais je ne saurais rester plus long-temps ; s’il rentrait !… Il vit tout seul, n’est-ce pas ? il n’est pas marié ?


MARCEL.

Il n’est ni marié, ni… Enfin, il vit seul, sagement et honorablement.


LA MARQUISE.

Son atelier est fleuri et agréable. Il est dans l’aisance ?


MARCEL.

S’il ne payait pas religieusement les dettes de son père, il gagnerait de quoi vivre assez bien ; mais…


LA MARQUISE.

Mais il a de la délicatesse et il est gêné ? Ne prenez pas mes intérêts, monsieur Marcel, je vous le défends.


MARCEL.

Madame la marquise, soit dit sans l’offenser, est gênée aussi. Elle ne compte pas quand il s’agit de donner. Si elle voulait suivre les conseils de son humble procureur, elle songerait, — elle m’a déjà permis de le lui dire, — elle songerait sérieusement à convoler en secondes noces.


LA MARQUISE.

Je suis donc bien endettée, monsieur Marcel ?


MARCEL.

Assez pour n’être point en état de rebâtir ce pavillon, qui pourtant rapporte quelque chose. Madame la marquise devrait se mettre en situation de ne pas avoir ces petites préoccupations-là ! vraiment une personne de son rang, avec un si grand caractère…


LA MARQUISE.

Encore, monsieur Marcel ? Vous tenez, je le vois, à me faire faire un riche mariage.


MARCEL.

Il ne tiendrait qu’à vous, madame ; je sais un jeune homme…


LA MARQUISE.

Ah ! vous savez un jeune homme…


MARCEL.

Beau, bien fait, aimable et plein de cœur…


LA MARQUISE.

Eh ! mais c’est charmant d’être ainsi !


MARCEL, à part.

Ça prend ! courage ! (Haut.) Et riche, très-riche même !


LA MARQUISE.

C’est un avantage, s’il aime à faire le bien !


MARCEL.

N’est-ce pas, madame la marquise ? La magnificence des habitudes rachète l’absence des titres ; au temps où nous vivons, une mésalliance n’est pas une si grosse affaire qu’au temps passé, et…


LA MARQUISE.

Ah ! permettez ! ce serait une mésalliance ? Ne m’en parlez plus. Cela me répugnerait.


MARCEL, à part.

Aïe ! (Haut.) Je demande humblement pardon à madame la marquise d’avoir blessé ses… principes !


LA MARQUISE.

Vous alliez dire mes préjugés ? Eh bien, je veux m’expliquer avec vous qui êtes un galant homme. Je n’ai point de préjugés ; mais je trouve qu’il y a quelque chose de lâche à vendre son nom pour de l’argent, de même qu’il y a, dans la vanité d’un parvenu qui recherche l’alliance d’une femme de qualité sans fortune, quelque chose de ridicule, quelque chose de contraire à la dignité. Toute situation doit garder l’orgueil d’elle-même, monsieur Marcel… Que les parvenus soient fiers de leurs richesses, je ne demande pas mieux, s’ils les ont bien acquises ; mais qu’on nous laisse être fiers aussi de ne rien devoir à personne, et que chacun se tienne à sa place, sans convoitise et sans puérile ambition !


MARCEL.

Madame la marquise a parfaitement raison ! (À part.) Pauvre Julien ! il faut le faire partir d’ici !



Scène IV.

Les Mêmes, JULIEN, MARCEL.


JULIEN.

Eh bien, j’ai vu Dubourg, je… (Voyant la marquise, il jette un cri.) Ah !


MARCEL.

C’est lui, madame, c’est mon cousin le peintre… votre locataire… et, puisque vous avez des ordres à lui donner, le voilà pour les recevoir.


LA MARQUISE.

Si vous me trouvez installée chez vous en votre absence, monsieur, ne vous en prenez qu’à M. Marcel. Je me plaisais à regarder vos œuvres.


MARCEL, bas, à Julien.

C’est-à-dire qu’elle ne les regardait pas du tout.


LA MARQUISE.

Et, puisque nous voici en présence, pourquoi ne vous dirais-je pas que je désire rentrer en possession de ce pavillon ?


JULIEN.

Mais… M. Dubourg et moi, nous étions d’accord… Les réparations sont urgentes, il est vrai ; mais, désirant ne pas déménager, je les prends à ma charge, et, dès lors, il est tout à fait indifférent à madame la marquise que j’en sois plus ou moins incommodé.


MARCEL, surpris.

Oui ; mais…


JULIEN.

Permets, Marcel, ceci me regarde.


LA MARQUISE.

Alors, monsieur, vous refusez d’accéder à ma demande ?


JULIEN.

Votre demande, madame ? Je croyais… (Le laquais entre et remet un billet à Marcel.)


LA MARQUISE.

Vous pensiez que c’était seulement une question de… ? Qu’est-ce, monsieur Marcel ? l’architecte ?


MARCEL.

Non, madame, c’est mon oncle, M. Thierry… qui me fait demander pour une affaire pressante… (Bas, à Julien.) Ta réponse pour le mariage en question.


JULIEN.

J’ai dit non.


LA MARQUISE.

Allez, monsieur Marcel, je traiterai cette affaire-ci moi-même.


MARCEL.

Je reviens, madame, c’est tout près. (Bas, à Julien.) Je vais gagner du temps. Tu te raviseras ; n’espère rien ici. Orgueil intraitable, mon cher ! (Il sort.)



Scène V.

JULIEN, LA MARQUISE.


LA MARQUISE.

Peut-être vous demandait-on aussi ?


JULIEN.

Non, madame.


LA MARQUISE.

Eh bien, je vais vous parler franchement. Puisque ce pavillon est réparable, et c’est à moi seule de m’en occuper, je désire y loger une femme de mes amies. Je vous prie donc d’exiger de moi une indemnité légitime pour votre départ, le plus prompt possible.


JULIEN.

Je partirai aujourd’hui, madame. Je ne sais que vous obéir.


LA MARQUISE.

Et M. Marcel fera droit…


JULIEN.

Non, madame. On perd son bonheur, on ne le vend pas.


LA MARQUISE.

Son bonheur ? Le vôtre ne peut pas être attaché à la jouissance de ce modeste appartement.


JULIEN.

Pardonnez-moi, il est si clair, si gai, si riant ! des fleurs devant ma fenêtre, des gazons de plain-pied, un coin de ciel là-haut, des arbres là-bas, la chanson d’un petit jet d’eau, les moineaux qui me connaissaient… tout cela, c’est le bonheur, c’est la vie d’un pauvre artiste à Paris.


LA MARQUISE.

Eh bien, alors, il m’en coûte de vous affliger. On pourrait s’entendre. Je logerais mon amie au premier étage, et vous garderiez le rez-de-chaussée. Vous avez donc de la vue, ici ? (Elle entr’ouvre le rideau.) Ah ! mais c’est mon jardin… et cette fenêtre… je croyais cette pièce inhabitée !


JULIEN.

Je ne m’y tiens jamais… que pour travailler, et, comme le jour serait trop vif, je ferme tout.


LA MARQUISE.

Alors, vous ne jouissez pas du tout de cette vue que vous vantiez ?


JULIEN.

Quand vous n’êtes pas là, madame…


LA MARQUISE.

Vous savez donc quand j’y suis ? Tenez, monsieur Thierry, cette fenêtre me gêne.


JULIEN.

Ah ! madame, vous croyez que je me permets… ?


LA MARQUISE.

Je ne crois rien du tout. Je n’ai jamais remarqué là personne, et je ne vous soupçonne pas d’être curieux. Ce serait en pure perte, je n’ai pas de secrets, moi ! N’importe ! on aime à être chez soi, et vous-même, l’œil d’un voisin vous gênerait. Si vous tenez beaucoup à rester ici, je ferai mon possible pour ne pas vous déranger, mais vous trouverez bon que cette ouverture soit murée.


JULIEN.

Murée ? Ah ! grands dieux ! vous me plongez dans les ténèbres, moi, un peintre !


LA MARQUISE.

Attendez ! si je m’oriente bien… les grands et beaux jardins de M. Thierry mon voisin… votre parent… sont par ici.


JULIEN.

Oui ; mais…


LA MARQUISE.

On peut ouvrir ici une fenêtre aussi grande que vous la voudrez, et M. Thierry ne s’y opposera certainement pas. Vous gagnerez donc tout au change. Parlez-en à votre oncle… et le plus tôt possible, vous m’obligerez. (Voyant l’accablement de Julien.) Vous êtes très-nouveau ici, m’a-t-on dit : il n’y a pas plus de deux ou trois mois…


JULIEN.

Deux mois… deux jours, deux heures, c’est parfois l’équivalent de toute une vie de souffrances et de délices. Quand je suis venu ici, moi, la douleur d’avoir perdu mon père…


LA MARQUISE.

Un homme de grand talent, je le sais, et fort aimé de tout le monde !


JULIEN.

Oui, madame, le regret de cette perte était encore bien vif. Je ne sortais pas, je ne vivais plus. La solitude était un besoin en même temps qu’un supplice. La tranquillité de ce petit réduit m’a charmé. J’y ai trouvé des idées plus calmes… et aussi plus vives… un idéal plus élevé, des rêveries, des aspirations sans fin… tout un monde de désirs sans espoir… Ah ! vos fleurs sont moins méfiantes et moins cruelles que vous ! Elles ne se croyaient pas souillées par le regard d’un pauvre amant de la nature, et Dieu, qui a fait tout ce qui est beau et bon, ne me faisait pas un crime de l’adorer dans ses divins ouvrages !


LA MARQUISE.

Un esprit aussi élevé que le vôtre trouvera partout de pures jouissances et des modèles divins. N’en êtes-vous pas entouré ? Voici chez vous des plantes plus rares que les miennes, et vous ne devez pas les oublier pour celles du dehors. Vivez pour le bel art que votre père vous a enseigné, et où sa renommée vous soutiendra. Et, puisque vous aimez à symboliser, songez que les lis… en voici un admirable de blancheur !… ne doivent leur éclat qu’à leur pureté, et trouvez naturel qu’ils aiment l’ombre… et la solitude. Adieu.


JULIEN.

Adieu, madame !… mais, ce lis que vous avez regardé… votre image… accordez-moi une seule consolation, une seule grâce ! (Il le cueille.)


LA MARQUISE.

Ah ! que faites-vous ?


JULIEN.

Emportez-le.


LA MARQUISE.

Mais… Non, monsieur, je ne l’accepte pas !


JULIEN.

Ah ! malheureux que je suis ! vous me refusez cela !… Oui, c’est juste, j’oubliais… Pauvre et sans nom, je n’ai même pas le droit de vous offrir une fleur !


LA MARQUISE.

Ce n’est pas cela, monsieur ; mais je ne reçois de fleurs de personne, et je craindrais le parfum de celle-ci.



Scène VI.

Les Mêmes, MARCEL.


MARCEL.

Vous partez, madame la marquise ?


LA MARQUISE.

Dubourg n’arrive pas ; vous l’enverrez chez moi, monsieur Marcel. (Elle disparaît.)


MARCEL, à Julien.

L’oncle s’impatiente et s’irrite ; tu n’as pas travaillé ?… (Voyant le lis coupé.) Ah ! grands dieux ! qu’as-tu fait, malheureux ? c’est un crime !


LA MARQUISE, rentre effrayée.

Quoi donc ? qu’y a-t-il ? (Elle court vers Julien.)


MARCEL, lui montrant le lis.

Un crime ! un meurtre ! voyez, madame !


LA MARQUISE, tombant sur une chaise.

Ah ! que vous m’avez fait peur !


JULIEN.

Peur ? Ah ! elle s’évanouit ! elle est pâle ! (Il cherche un verre d’eau.)


LA MARQUISE.

Non ! rien… merci… je ne comprends pas… j’ai cru… je ne sais pas ce que j’ai cru ! Pourquoi ce cri terrible ?


MARCEL.

Je suis désolé de vous avoir effrayée, madame la marquise ; mais, si vous saviez !… ah ! c’est un suicide, on peut le dire.


LA MARQUISE.

Un suicide ? comment ? qui ?


JULIEN.

Mais je n’y comprends rien non plus. Marcel est fou !


LA MARQUISE.

Ah ! c’est lui ? (Marcel éclate de rire.) Vous riez, à présent ?


MARCEL.

Oui, je ris, je crie, j’enrage, je jurerais, si j’osais ! nous voilà tous éperdus… Calmons-nous, comprenons-nous, et soyez juge, madame la marquise. Vous connaissez de vue ou de réputation notre oncle, l’ex-armateur, le fantasque, l’honnête, le désagréable, le riche M. Thierry ?


JULIEN.

Eh ! qu’importe à madame la marquise…


MARCEL.

Tais-toi, malheureux, tu es sans excuse ! (À la marquise.) Vous avez ouï parler de sa passion pour les oignons ?


LA MARQUISE, étonnée.

Les… ?


MARCEL.

Oui, les plantes bulbeuses, comme il les appelle, les tulipes, les lis… Celui-ci, à peine éclos en serre chaude, — trente-deux degrés Réaumur ! — m’avait été confié pour que ce maudit barbouilleur en fît une esquisse.


LA MARQUISE.

Oui, je comprends… je vois…


MARCEL.

Non, madame, vous ne voyez que le fait. La conséquence se dérobe aux prévisions. Notre oncle avait résolu… je viens d’en recevoir la confidence… de léguer tous ses biens à Julien ici présent, moyennant certaines conditions…


JULIEN.

Tais-toi ! je…


MARCEL.

Tais-toi ! tu… tu n’as pas le sens commun. Après cet accident funeste, cette distraction impardonnable ou cette inexplicable malice, c’en est fait de toi. Je le connais, je vois d’ici sa fureur ; il te renie, il te déshérite. Voilà un lis qui te coûte trois ou quatre cent mille livres de rente !


LA MARQUISE, à part.

Pauvre jeune homme !… et c’est pour moi !… (Haut.) Courez, monsieur Marcel. Allez dire à M. Thierry que c’est moi qui ai fait le mal.


MARCEL.

Vous, madame ? Il ne le croira pas.


LA MARQUISE.

C’est pourtant moi. J’ai pris fantaisie de cette fleur, et, sans savoir ce que je faisais… Allez vite, monsieur Marcel, je prends tout sur moi.


JULIEN.

Mais je ne veux pas tromper…


MARCEL.

Mais, moi qui avais répondu de toi, je ne veux pas être accusé… banni ! Diable ! non, je suis ici en cause. Je cours, je vole… (Il s’arrête ; à part.) Elle n’est pas partie, et je ferai mieux de savoir à quoi m’en tenir. (Il reste derrière la porte en tapisserie.)


JULIEN.

Que Marcel apaise la colère de l’oncle pour son compte, quant à moi, je l’affronterai et j’en porterai la peine. Ah ! qu’elle m’eût été douce si…


LA MARQUISE.

Si ?…


JULIEN.

Si, au lieu de me refuser avec tant de hauteur, vous eussiez accepté cette humble offrande !


LA MARQUISE.

Une offrande qui vous coûtera peut-être si cher ! Tenez, monsieur, ce que vous avez fait là est déraisonnable, et ce que je vais vous dire l’est peut-être aussi… Mais, bien loin de vous traiter avec dédain, comme vous semblez le croire, je me sens émue de votre étourderie… j’y vois une absence… une absence de raison, certainement… mais aussi une absence de calcul… et, que vous soyez blâmable ou non, il m’est impossible de ne pas estimer un caractère qui oublie si facilement ses intérêts pour ne songer qu’au plaisir des autres.


JULIEN.

Si c’était un petit plaisir pour vous que de l’accepter… pourquoi l’avoir refusé si durement ?


LA MARQUISE.

Durement ! je ne croyais pas…


JULIEN.

Durement ou non, pourquoi le refuser ?


LA MARQUISE.

Mon Dieu ! il y a des choses que l’usage du monde…


JULIEN.

J’ai un peu vu le monde aussi, moi, madame la marquise. L’esprit et les talents de mon père l’ont fait plus d’une fois rechercher par les grands, et, à ses côtés, tout en me tenant à la place qui appartenait à mon jeune âge, j’ai pu observer ce qui est convenable et ce qui ne l’est pas. Si vous fussiez venue dans l’atelier de mon père, et qu’il vous eût offert cette fleur, vous ne l’eussiez pas refusée.


LA MARQUISE.

Non, sans doute ; un vieillard a le droit d’être galant, et il y aurait mauvaise grâce à s’en offenser.


JULIEN.

J’ai donc eu le malheur de vous offenser, moi ?


LA MARQUISE.

Mon Dieu ! je ne dis pas cela.


JULIEN.

Si fait, j’ai manqué aux usages, j’ai été présomptueux, impertinent…


LA MARQUISE.

Mais… non.


JULIEN.

Pardonnez-moi, puisque vous me chassez de votre voisinage.


LA MARQUISE.

Tenez, monsieur Thierry, il le faut ! vous n’êtes pas bien ici ; l’isolement, la rêverie… avec une tête vive, on se crée des chimères, on s’attache à des idées… que l’on croit sérieuses et qui ne sont que des fantaisies d’artiste, les élans d’un cœur ignorant de lui-même. Moi, je… je ne sais pourquoi je vous parle de moi… c’est à propos de ce refus qui vous blesse… Je vis dans une grande crainte de moi-même. Je n’aime pas à faire souffrir, j’ai horreur des coquettes ; mais je crains aussi que ma loyauté ne soit méconnue et que la plus innocente marque d’abandon ne soit prise pour une légèreté. Je n’accepte les hommages et les bouquets de personne. Je fuis les regards, ma position me commande cette réserve ; et ce que je n’ai point accepté de vous, je ne l’eusse point accepté d’un duc et pair, je vous prie d’en être assuré, car c’est la vérité que je vous dis.


JULIEN, saluant.

Adieu donc, madame, et que rien ne trouble la sérénité de votre âme. La mienne se brise… et, puisque je ne dois plus vous voir…


LA MARQUISE.

Eh bien ?


JULIEN.

Non, rien, madame. En perdant tout, je ne veux pas perdre le respect que je vous dois.


MARCEL, bas.

Imbécile ! si je ne m’en mêle pas… (Haut.) Me voici.


LA MARQUISE.

Ah ! Eh bien ?


MARCEL.

Tout est perdu ! L’oncle n’a pas cru à ma parole. Il ne se connaît plus ; il maudit Julien, il le renie… à moins que…


LA MARQUISE.

Que quoi ?


MARCEL.

À moins qu’il n’épouse la présidente.


LA MARQUISE.

Quelle présidente ? (Mouvement de Julien pour faire taire Marcel.)


MARCEL.

Non ! je la nommerai, pour que madame la marquise soit juge de ta sottise : la présidente de Reuilly !


LA MARQUISE.

Ah ! une personne très à la mode, charmante sans être belle, un peu… une femme qui plaît beaucoup. Et pourquoi refuse-t-il un parti si… si flatteur ?


MARCEL.

Parce que monsieur prétend en adorer une autre ! et voyez un peu l’absurdité ! une autre qui ne l’aime pas, qui méprise les parvenus, qui se trouve trop haut placée pour lui, une autre enfin…


LA MARQUISE.

Que vous connaissez, monsieur Marcel ?


MARCEL.

Non, madame, il ne la nomme pas.


JULIEN.

Je pourrais la nommer à l’univers entier sans la compromettre ! Depuis quand une femme de bien est-elle exposée au blâme parce qu’un fou, un malheureux se meurt pour elle ? (Mouvement de Marcel.) Tout est fini pour moi, les joies de la jeunesse, les promesses de l’avenir, les triomphes de l’art, les espérances, les illusions, tout ! Il est trop tard pour combattre la mal, cette journée le rend incurable. Je n’ai plus qu’à chérir ma blessure, à me laisser consumer par une passion terrible, et à y succomber sans lâcheté. Que l’on me repousse et me dédaigne, que l’on m’abandonne et me maudisse, je garderai, je veux garder pur et sacré ce feu qui m’embrase et me tue ! (Il tombe assis, la tête dans ses mains.)


LA MARQUISE, bas, à Marcel.

Son exaltation m’inquiète… Pauvre cœur troublé ! il a l’air si bon et si vrai ! Consolez-le, monsieur Marcel, dites-lui…


MARCEL.

Que lui dirai-je ?


LA MARQUISE.

Ah ! vraiment, je ne sais !… Dites-lui que sa douleur est digne de pitié… (Haut.) Mon Dieu ! que voulez-vous qu’on dise ? que pourrait-on conseiller à celle qui est aimée ainsi ? est-elle libre de tout contrôle ? n’a-t-elle personne à ménager ? et si, comme il le dit, elle est sans tache, ne doit-elle pas être jalouse de mériter le respect qui l’entoure ? Que penserait-on d’elle si elle encourageait les espérances d’un homme qu’elle ne connaît pas ? et, pour le connaître, comment voulez-vous qu’elle s’y prenne ? L’admettra-t-elle dans son intimité, elle qui n’y a jamais admis aucun autre ? Elle doit le plaindre, sans doute… et peut-être qu’elle le plaint beaucoup, car elle doit être bonne ; il ne l’aimerait pas vaniteuse, insolente ou prude… Mais je crois qu’elle fera l’effort de le décourager, dût-elle… (À part.) Ah ! cela est cruel ! et mon cœur est ici d’une faiblesse que je ne puis plus cacher ! (Elle sort en cachant son visage dans son mouchoir.)



Scène VII.

JULIEN, MARCEL.


MARCEL.

Réveille-toi, essuie tes yeux. La partie est gagnée.


JULIEN.

Ah ! laisse-moi. Je suis brisé, Marcel.


MARCEL.

Mais tu ne comprends donc pas ? L’oncle ne sait rien de l’accident arrivé à son lis, je n’ai pas été chez lui, je suis resté là, j’ai entendu, je suis rentré à point, et j’ai tout sauvé en parlant de la présidente. Sans mon aide et sans l’à-propos, jamais tu n’aurais osé faire ta déclaration, et c’est à moi que tu dois ce morceau d’éloquence qui a porté coup.


JULIEN.

Tu déraisonnes !


MARCEL.

Non pas ! c’est toi, tu es aveugle ; l’oncle…


JULIEN.

Ah ! de quoi me parles-tu ? Il s’agit bien…


MARCEL.

Il s’agit de ça avant tout. Sois aimé de la marquise pour hériter ; hérite pour épouser la marquise !


JULIEN.

La marquise est au-dessus…


MARCEL.

De toute cupidité, je le sais ; mais le monde, qui la condamnerait si elle épousait un pauvre peintre, l’absoudra si elle épouse un honnête millionnaire. Et toi-même, oserais-tu accepter sa main, si tu n’avais que privation et misère à lui offrir ? Non, va, les mariages d’amour sont une belle chose, je n’en disconviens pas : J’aime ma femme, je travaille, elle épargne, ça nous occupe et nous lie. Mais, quand on est l’époux d’une marquise, il faut pouvoir la dispenser de l’économie, qui serait pour elle un supplice et une honte. Il faut l’entourer de bien-être et de dignité, il faut être riche, c’est moi qui te le dis, et tu es riche, j’en réponds. Avant trois jours, l’oncle et moi ferons si bien, que la marquise écoutera les propositions qu’elle a rejetées ce matin.


JULIEN.

Que dis-tu ? tu as osé… ?


MARCEL.

Elle ne sait pas encore que je lui parlais de toi. Elle t’aime aujourd’hui misérable… demain, elle te pardonnera de ne plus l’être !


JULIEN.

Tu mens !… elle ne m’aime pas !


MARCEL.

Attends !… Elle n’est pas loin, va ! elle est affreusement inquiète ; elle pleurait tout à l’heure.


JULIEN.

Elle pleurait ?


MARCEL.

Elle regarde par ici… oui, oui, elle craint ton désespoir.


JULIEN.

Que veux-tu faire ?


MARCEL.

Une épreuve. (Très-haut, près de la fenêtre.) Au diable la maudite fleur ! au diable les grandes passions qui rendent fou, et les grandes dames qui s’en moquent ! Viens, partons, je ne veux pas que tu restes ici un jour de plus, tu mourrais ! Allons, viens, je le veux ! (Il ouvre et ferme la porte de côté avec bruit, il pousse Julien derrière un chevalet et se dissimule dans un autre coin.)


JULIEN, bas.

Comment ! tu veux, tu crois… ?


MARCEL.

Obéis, vite !


JULIEN.

Je tremble.


MARCEL.

Silence !



Scène VIII.

Les Mêmes, LA MARQUISE.


LA MARQUISE.

Parti ! pour toujours, peut-être ! je ne le verrai plus !… Ah ! pourquoi l’ai-je vu ? (Elle prend le lis.) Pauvre fleur ! Pauvre Julien ! Ah ! mais qu’est-ce que j’ai donc, moi ? Mon cœur se brise ! Il était heureux ici, heureux de m’aimer ! et c’est moi qui le chasse, c’est moi qui le tue !… non ! c’est impossible !… mais que faire ? Je ne peux pas courir après lui !… Ah ! je vais lui écrire… lui écrire quoi ? (Écrivant.) « Monsieur… » Non ! « Julien ! » Tant pis, Julien tout court ! « J’emporte le lis et je l’accepte ! » (Elle baise le lis.)


JULIEN, tombant à ses pieds.

Ah ! merci !


LA MARQUISE.

Julien !


MARCEL, à part.

Allons, allons, un ami heureux, une cousine marquise… et mon étude payée !

fin.