Le Livre des Esprits/Livre troisième/Chapitre I

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LIVRE TROISIÈME
LOIS MORALES
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CHAPITRE PREMIER ― LOI DIVINE OU NATURELLE : 1. Caractères de la loi naturelle. ― 2. Source et connaissance de la loi naturelle. ― 3. Le bien et le mal. ― 4. Division de la loi naturelle.[modifier]

Caractères de la loi naturelle.[modifier]

614. Que doit-on entendre par la loi naturelle ?

« La loi naturelle est la loi de Dieu ; c’est la seule vraie pour le bonheur de l’homme ; elle lui indique ce qu’il doit faire ou ne pas faire, et il n’est malheureux que parce qu’il s’en écarte. »

615. La loi de Dieu est-elle éternelle ?

« Elle est éternelle et immuable comme Dieu même. »

616. Dieu a-t-il pu prescrire aux hommes dans un temps ce qu’il leur aurait défendu dans un autre ?

« Dieu ne peut se tromper ; ce sont les hommes qui sont obligés de changer leurs lois, parce qu’elles sont imparfaites ; mais les lois de Dieu sont parfaites. L’harmonie qui règle l’univers matériel et l’univers moral est fondée sur les lois que Dieu a établies de toute éternité. »

617. Quels objets embrassent les lois divines ? Concernent-elles autre chose que la conduite morale ?

« Toutes les lois de la nature sont des lois divines, puisque Dieu est l’auteur de toutes choses. Le savant étudie les lois de la matière, l’homme de bien étudie celles de l’âme et les pratique. »

― Est-il donné à l’homme d’approfondir les unes et les autres ?

« Oui, mais une seule existence ne suffit pas. »

Que sont, en effet, quelques années pour acquérir tout ce qui constitue l’être parfait, si l’on ne considère même que la distance qui sépare le sauvage de l’homme civilisé ? La plus longue existence possible est insuffisante, à plus forte raison quand elle est abrégée, comme cela a lieu chez un grand nombre.

Parmi les lois divines, les unes règlent le mouvement et les rapports de la matière brute : ce sont les lois physiques ; leur étude est du domaine de la science.

Les autres concernent spécialement l’homme en lui-même et dans ses rapports avec Dieu et avec ses semblables. Elles comprennent les règles de la vie du corps aussi bien que celles de la vie de l’âme : ce sont les lois morales.

618. Les lois divines sont-elles les mêmes pour tous les mondes ?

« La raison dit qu’elles doivent être appropriées à la nature de chaque monde et proportionnées au degré d’avancement des êtres qui les habitent. »

Connaissance de la loi naturelle.[modifier]

619. Dieu a-t-il donné à tous les hommes les moyens de connaître sa loi ?

« Tous peuvent la connaître, mais tous ne la comprennent pas ; ceux qui la comprennent le mieux sont les hommes de bien et ceux qui veulent la chercher ; cependant, tous la comprendront un jour, car il faut que le progrès s’accomplisse. »

La justice des diverses incarnations de l’homme est une conséquence de ce principe, puisqu’à chaque existence nouvelle son intelligence est plus développée et qu’il comprend mieux ce qui est bien et ce qui est mal. Si tout devait s’accomplir pour lui dans une seule existence, quel serait le sort de tant de millions d’êtres qui meurent chaque jour dans l’abrutissement de la sauvagerie, ou dans les ténèbres de l’ignorance, sans qu’il ait dépendu d’eux de s’éclairer ? (171-222)

620. L’âme, avant son union avec le corps, comprend-elle la loi de Dieu mieux qu’après son incarnation ?

« Elle la comprend selon le degré de perfection auquel elle est arrivée, et en conserve le souvenir intuitif après son union avec le corps ; mais les mauvais instincts de l’homme la lui font souvent oublier. »

621. Où est écrite la loi de Dieu ?

« Dans la conscience. »

― Puisque l’homme porte dans sa conscience la loi de Dieu, quelle nécessité y avait-il de la lui révéler ?

« Il l’avait oubliée et méconnue : Dieu a voulu qu’elle lui fût rappelée. »

622. Dieu a-t-il donné à certains hommes la mission de révéler sa loi ?

« Oui, certainement ; dans tous les temps des hommes ont reçu cette mission. Ce sont des Esprits supérieurs incarnés dans le but de faire avancer l’humanité. »

623. Ceux qui ont prétendu instruire les hommes dans la loi de Dieu ne se sont-ils pas quelquefois trompés et ne les ont-ils pas souvent égarés par de faux principes ?

« Ceux qui n’étaient pas inspirés de Dieu, et qui se sont donné, par ambition, une mission qu’ils n’avaient pas ont certainement pu les égarer ; cependant, comme en définitive c’étaient des hommes de génie, au milieu même des erreurs qu’ils ont enseignées, il se trouve souvent de grandes vérités. »

624. Quel est le caractère du vrai prophète ?

« Le vrai prophète est un homme de bien inspiré de Dieu. On peut le reconnaître à ses paroles et à ses actions. Dieu ne peut se servir de la bouche du menteur pour enseigner la vérité. »

625. Quel est le type le plus parfait que Dieu ait offert à l’homme pour lui servir de guide et de modèle ?

« Voyez Jésus. »

Jésus est pour l’homme le type de la perfection morale à laquelle peut prétendre l’humanité sur la terre. Dieu nous l’offre comme le plus parfait modèle, et la doctrine qu’il a enseignée est la plus pure expression de sa loi, parce qu’il était animé de l’esprit divin, et l’être le plus pur qui ait paru sur la terre.

Si quelques-uns de ceux qui ont prétendu instruire l’homme dans la loi de Dieu l’ont quelquefois égaré par de faux principes, c’est pour s’être laissé dominer eux-mêmes par des sentiments trop terrestres, et pour avoir confondu les lois qui régissent les conditions de la vie de l’âme avec celles qui régissent la vie du corps. Plusieurs ont donné comme lois divines ce qui n’était que des lois humaines créées pour servir les passions et dominer les hommes.

626. Les lois divines et naturelles n’ont-elles été révélées aux hommes que par Jésus, et avant lui n’en ont-ils eu connaissance que par l’intuition ?

« N’avons-nous pas dit qu’elles sont écrites partout ? Tous les hommes qui ont médité sur la sagesse ont donc pu les comprendre et les enseigner dès les siècles les plus reculés. Par leurs enseignements, même incomplets, ils ont préparé le terrain à recevoir la semence. Les lois divines étant inscrites dans le livre de la nature, l’homme a pu les connaître quand il a voulu les chercher ; c’est pourquoi les préceptes qu’elles consacrent ont été proclamés de tout temps par les hommes de bien, et c’est aussi pourquoi on en trouve les éléments dans la doctrine morale de tous les peuples sortis de la barbarie, mais incomplets ou altérés par l’ignorance et la superstition. »

627. Puisque Jésus a enseigné les véritables lois de Dieu, quelle est l’utilité de l’enseignement donné par les Esprits ? Ont-ils à nous apprendre quelque chose de plus ?

« La parole de Jésus était souvent allégorique et en paraboles, parce qu’il parlait selon les temps et les lieux. Il faut maintenant que la vérité soit intelligible pour tout le monde. Il faut bien expliquer et développer ces lois, puisqu’il y a si peu de gens qui les comprennent et encore moins qui les pratiquent. Notre mission est de frapper les yeux et les oreilles pour confondre les orgueilleux et démasquer les hypocrites : ceux qui affectent les dehors de la vertu et de la religion pour cacher leurs turpitudes. L’enseignement des Esprits doit être clair et sans équivoque, afin que personne ne puisse prétexter ignorance et que chacun puisse le juger et l’apprécier avec sa raison. Nous sommes chargés de préparer le règne du bien annoncé par Jésus ; c’est pourquoi il ne faut pas que chacun puisse interpréter la loi de Dieu au gré de ses passions, ni fausser le sens d’une loi toute d’amour et de charité. »

628. Pourquoi la vérité n’a-t-elle pas toujours été mise à la portée de tout le monde ?

« Il faut que chaque chose vienne en son temps. La vérité est comme la lumière : il faut s’y habituer peu à peu, autrement elle éblouit.

Jamais il n’est arrivé que Dieu permît à l’homme de recevoir des communications aussi complètes et aussi instructives que celles qu’il lui est donné de recevoir aujourd’hui. Il y avait bien, comme vous le savez, dans les anciens âges, quelques individus qui étaient en possession de ce qu’ils considéraient comme une science sacrée, et dont ils faisaient mystère aux profanes selon eux. Vous devez comprendre, avec ce que vous connaissez des lois qui régissent ces phénomènes, qu’ils ne recevaient que quelques vérités éparses au milieu d’un ensemble équivoque et, la plupart du temps, emblématique. Cependant, il n’y a pour l’homme d’étude aucun ancien système philosophique, aucune tradition, aucune religion à négliger, car tout renferme des germes de grandes vérités qui, bien que paraissant contradictoires les unes avec les autres, éparses qu’elles sont au milieu d’accessoires sans fondement, sont très faciles à coordonner, grâce à la clef que nous donne le spiritisme d’une foule de choses qui ont pu, jusqu’ici, vous paraître sans raison et dont aujourd’hui la réalité vous est démontrée d’une manière irrécusable. Ne négligez donc pas de puiser dans ces matériaux des sujets d’étude ; ils en sont très riches et peuvent contribuer puissamment à votre instruction. »

Le bien et le mal.[modifier]

629. Quelle définition peut-on donner de la morale ?

« La morale est la règle pour se bien conduire, c’est-à-dire la distinction entre le bien et le mal. Elle est fondée sur l’observation de la loi de Dieu. L’homme se conduit bien quand il fait tout en vue et pour le bien de tous, car alors il observe la loi de Dieu. »

630. Comment peut-on distinguer le bien et le mal ?

« Le bien est tout ce qui est conforme à la loi de Dieu, et le mal tout ce qui s’en écarte. Ainsi, faire le bien, c’est se conformer à la loi de Dieu ; faire le mal, c’est enfreindre cette loi. »

631. L’homme a-t-il par lui-même les moyens de distinguer ce qui est bien de ce qui est mal ?

« Oui, quand il croit en Dieu et qu’il veut le savoir. Dieu lui a donné l’intelligence pour discerner l’un de l’autre. »

632. L’homme, qui est sujet à l’erreur, ne peut-il se tromper dans l’appréciation du bien et du mal, et croire qu’il fait bien quand en réalité il fait mal ?

« Jésus vous l’a dit : voyez ce que vous voudriez qu’on fît ou ne fît pas pour vous : tout est là. Vous ne vous tromperez pas. »

633. La règle du bien et du mal, qu’on pourrait appeler de réciprocité ou de solidarité, ne peut s’appliquer à la conduite personnelle de l’homme envers lui-même. Trouve-t-il, dans la loi naturelle, la règle de cette conduite et un guide sûr ?

« Quand vous mangez trop, cela vous fait mal. Eh bien ! C’est Dieu qui vous donne la mesure de ce qu’il vous faut. Quand vous la dépassez, vous êtes puni. Il en est de même de tout. La loi naturelle trace à l’homme la limite de ses besoins ; quand il la dépasse, il en est puni par la souffrance. Si l’homme écoutait en toutes choses cette voix qui lui dit assez, il éviterait la plupart des maux dont il accuse la nature. »

634. Pourquoi le mal est-il dans la nature des choses ? Je parle du mal moral. Dieu ne pouvait-il créer l’humanité dans des conditions meilleures ?

« Nous te l’avons déjà dit : les Esprits ont été créés simples et ignorants (115). Dieu laisse à l’homme le choix de la route ; tant pis pour lui s’il prend la mauvaise : son pèlerinage sera plus long. S’il n’y avait pas de montagnes, l’homme ne pourrait pas comprendre que l’on peut monter et descendre, et s’il n’y avait pas de rochers, il ne comprendrait pas qu’il y a des corps durs. Il faut que l’Esprit acquière de l’expérience, et pour cela il faut qu’il connaisse le bien et le mal ; c’est pourquoi il y a union de l’Esprit et du corps. » (119).

635. Les différentes positions sociales créent des besoins nouveaux qui ne sont pas les mêmes pour tous les hommes. La loi naturelle paraîtrait ainsi n’être pas une règle uniforme ?

« Ces différentes positions sont dans la nature et selon la loi du progrès. Cela n’empêche pas l’unité de la loi naturelle qui s’applique à tout. »

Les conditions d’existence de l’homme changent selon les temps et les lieux ; il en résulte pour lui des besoins différents et des positions sociales appropriées à ces besoins. Puisque cette diversité est dans l’ordre des choses, elle est conforme à la loi de Dieu, et cette loi n’en est pas moins une dans son principe. C’est à la raison de distinguer les besoins réels des besoins factices ou de convention.

636. Le bien et le mal sont-ils absolus pour tous les hommes ?

« La loi de Dieu est la même pour tous ; mais le mal dépend surtout de la volonté qu’on a de le faire. Le bien est toujours bien et le mal est toujours mal, quelle que soit la position de l’homme ; la différence est dans le degré de responsabilité. »

637. Le sauvage qui cède à son instinct en se nourrissant de chair humaine est-il coupable ?

« J’ai dit que le mal dépend de la volonté ; eh bien ! l’homme est plus coupable à mesure qu’il sait mieux ce qu’il fait. »

Les circonstances donnent au bien et au mal une gravité relative. L’homme commet souvent des fautes qui, pour être la suite de la position où l’a placé la société, n’en sont pas moins répréhensibles ; mais la responsabilité est en raison des moyens qu’il a de comprendre le bien et le mal. C’est ainsi que l’homme éclairé qui commet une simple injustice est plus coupable aux yeux de Dieu que le sauvage ignorant qui s’abandonne à ses instincts.

638. Le mal semble quelquefois être une conséquence de la force des choses. Telle est, par exemple, dans certains cas, la nécessité de destruction, même sur son semblable. Peut-on dire alors qu’il y ait prévarication à la loi de Dieu ?

« Ce n’en est pas moins le mal, quoique nécessaire ; mais cette nécessité disparaît à mesure que l’âme s’épure en passant d’une existence à l’autre ; et alors l’homme n’en est que plus coupable lorsqu’il le commet, parce qu’il le comprend mieux. »

639. Le mal que l’on commet n’est-il pas souvent le résultat de la position que nous ont faite les autres hommes ; et dans ce cas, quels sont les plus coupables ?

« Le mal retombe sur celui qui en est cause. Ainsi, l’homme qui est conduit au mal par la position qui lui est faite par ses semblables est moins coupable que ceux qui en sont cause ; car chacun portera la peine, non seulement du mal qu’il aura fait, mais de celui qu’il aura provoqué. »

640. Celui qui ne fait pas le mal, mais qui profite du mal fait par un autre, est-il coupable au même degré ?

« C’est comme s’il le commettait ; en profiter c’est y participer. Peut-être aurait-il reculé devant l’action ; mais si, la trouvant toute faite, il en use, c’est donc qu’il l’approuve, et qu’il l’eût faite lui-même s’il eût pu, ou s’il eût osé. »

641. Le désir du mal est-il aussi répréhensible que le mal même ?

« C’est selon ; il y a vertu à résister volontairement au mal dont on éprouve le désir, quand surtout on a la possibilité de satisfaire ce désir ; si ce n’est que l’occasion qui manque, on est coupable. »

642. suffit-il de ne point faire de mal pour être agréable à Dieu et assurer sa position à venir ?

« Non, il faut faire le bien dans la limite de ses forces ; car chacun répondra de tout le mal qui aura été fait à cause du bien qu’il n’aura pas fait. »

643. Y a-t-il des personnes qui, par leur position, n’aient pas la possibilité de faire du bien ?

« Il n’y a personne qui ne puisse faire du bien : l’égoïste seul n’en trouve jamais l’occasion. Il suffit d’être en rapport avec d’autres hommes pour trouver à faire le bien, et chaque jour de la vie en donne la possibilité à quiconque n’est pas aveuglé par l’égoïsme ; car faire le bien, ce n’est pas seulement être charitable, c’est être utile dans la mesure de votre pouvoir toutes les fois que votre secours peut être nécessaire. »

644. Le milieu dans lequel certains hommes se trouvent placés n’est-il pas pour eux la source première de beaucoup de vices et de crimes ?

« Oui, mais c’est encore là une épreuve choisie par l’Esprit à l’état de liberté ; il a voulu s’exposer à la tentation pour avoir le mérite de la résistance. »

645. Quand l’homme est en quelque sorte plongé dans l’atmosphère du vice, le mal ne devient-il pas pour lui un entraînement presque irrésistible ?

« Entraînement, oui ; irrésistible, non ; car, au milieu de cette atmosphère du vice, tu trouves quelquefois de grandes vertus. Ce sont des Esprits qui ont eu la force de résister, et qui ont eu en même temps pour mission d’exercer une bonne influence sur leurs semblables. »

646. Le mérite du bien que l’on fait est-il subordonné à certaines conditions ; autrement dit, y a-t-il différents degrés dans le mérite du bien ?

« Le mérite du bien est dans la difficulté ; il n’y en a point à faire le bien sans peine et quand il ne coûte rien. Dieu tient plus de compte au pauvre qui partage son unique morceau de pain, qu’au riche qui ne donne que son superflu. Jésus l’a dit à propos du denier de la veuve. »

Division de la loi naturelle.[modifier]

647. Toute la loi de Dieu est-elle renfermée dans la maxime de l’amour du prochain enseignée par Jésus ?

« Certainement, cette maxime renferme tous les devoirs des hommes entre eux ; mais il faut leur en montrer l’application, autrement ils la négligeront comme ils le font aujourd’hui ; d’ailleurs, la loi naturelle comprend toutes les circonstances de la vie, et cette maxime n’en est qu’une partie. Il faut aux hommes des règles précises ; les préceptes généraux et trop vagues laissent trop de portes ouvertes à l’interprétation. »

648. Que pensez-vous de la division de la loi naturelle en dix parties comprenant les lois sur l’adoration, le travail, la reproduction, la conservation, la destruction, la société, le progrès, l’égalité, la liberté, enfin celle de justice, d’amour et de charité ?

« Cette division de la loi de Dieu en dix parties est celle de Moïse, et peut embrasser toutes les circonstances de la vie, ce qui est essentiel ; tu peux donc la suivre sans qu’elle ait pour cela rien d’absolu, pas plus que tous les autres systèmes de classification qui dépendent du point de vue sous lequel on considère une chose. La dernière loi est la plus importante ; c’est par elle que l’homme peut avancer le plus dans la vie spirituelle, car elle les résume toutes. »

CHAPITRE II ― I. ― LOI D’ADORATION : 1. But de l’adoration. ― 2. Adoration extérieure. ― 3. Vie contemplative. ― 4. De la prière. ― 5. Polythéisme. ― 6. Sacrifices.[modifier]

But de l’adoration.[modifier]

649. En quoi consiste l’adoration ?

« C’est l’élévation de la pensée vers Dieu. Par l’adoration, on rapproche son âme de lui. »

650. L’adoration est-elle le résultat d’un sentiment inné, ou le produit d’un enseignement ?

« Sentiment inné, comme celui de la Divinité. La conscience de sa faiblesse porte l’homme à se courber devant celui qui peut le protéger. »

651. Y a-t-il eu des peuples dépourvus de tout sentiment d’adoration ?

« Non, car il n’y a jamais eu de peuples d’athées. Tous comprennent qu’il y a au-dessus d’eux un être suprême. »

652. Peut-on considérer l’adoration comme ayant sa source dans la loi naturelle ?

« Elle est dans la loi naturelle, puisqu’elle est le résultat d’un sentiment inné chez l’homme ; c’est pourquoi on la retrouve chez tous les peuples, quoique sous des formes différentes. »

Adoration extérieure.[modifier]

653. L’adoration a-t-elle besoin de manifestations extérieures ?

« La véritable adoration est dans le cœur. Dans toutes vos actions, songez toujours qu’un maître vous regarde. »

― L’adoration extérieure est-elle utile ?

« Oui, si elle n’est pas un vain simulacre. Il est toujours utile de donner un bon exemple ; mais ceux qui ne le font que par affectation et amour-propre, et dont la conduite dément leur piété apparente, donnent un exemple plus mauvais que bon, et font plus de mal qu’ils ne pensent. »

654. Dieu accorde-t-il une préférence à ceux qui l’adorent de telle ou telle façon ?

« Dieu préfère ceux qui l’adorent du fond du cœur, avec sincérité, en faisant le bien et en évitant le mal, à ceux qui croient l’honorer par des cérémonies qui ne les rendent pas meilleurs pour leurs semblables.

Tous les hommes sont frères et enfants de Dieu ; il appelle à lui tous ceux qui suivent ses lois, quelle que soit la forme sous laquelle ils les expriment.

Celui qui n’a que les dehors de la piété est un hypocrite ; celui chez qui l’adoration n’est qu’affectée et en contradiction avec sa conduite, donne un mauvais exemple.

Celui qui fait profession d’adorer le Christ et qui est orgueilleux, envieux et jaloux, qui est dur et implacable pour autrui, ou ambitieux des biens de ce monde, je vous dis que la religion est sur ses lèvres et non dans son cœur ; Dieu, qui voit tout, dira : celui-là qui connaît la vérité est cent fois plus coupable du mal qu’il fait que l’ignorant sauvage du désert, et il sera traité en conséquence, au jour de la justice. Si un aveugle vous renverse en passant, vous l’excusez ; si c’est un homme qui voit clair, vous vous plaignez et vous avez raison.

Ne demandez donc pas s’il y a une forme d’adoration plus convenable, car ce serait demander s’il est plus agréable à Dieu d’être adoré dans une langue plutôt que dans une autre. Je vous dis encore une fois : les chants n’arrivent à lui que par la porte du cœur. »

655. Est-on blâmable de pratiquer une religion à laquelle on ne croit pas dans le fond de son âme, quand on le fait par respect humain et pour ne pas scandaliser ceux qui pensent autrement ?

« L’intention, en cela comme en beaucoup d’autres choses, est la règle. Celui qui n’a en vue que de respecter les croyances d’autrui ne fait pas mal ; il fait mieux que celui qui les tournerait en ridicule, car il manquerait de charité ; mais celui qui pratique par intérêt et par ambition est méprisable aux yeux de Dieu et des hommes. Dieu ne peut avoir pour agréables ceux qui n’ont l’air de s’humilier devant lui que pour s’attirer l’approbation des hommes. »

656. L’adoration en commun est-elle préférable à l’adoration individuelle ?

« Les hommes réunis par une communion de pensées et de sentiments ont plus de force pour appeler à eux les bons Esprits. Il en est de même quand ils se réunissent pour adorer Dieu. Mais ne croyez pas pour cela que l’adoration particulière soit moins bonne, car chacun peut adorer Dieu en pensant à lui. »

Vie contemplative.[modifier]

657. Les hommes qui s’adonnent à la vie contemplative, ne faisant aucun mal et ne pensant qu’à Dieu, ont-ils un mérite à ses yeux ?

« Non, car s’ils ne font pas de mal, ils ne font pas de bien et sont inutiles ; d’ailleurs ne pas faire de bien est déjà un mal. Dieu veut qu’on pense à lui, mais il ne veut pas qu’on ne pense qu’à lui, puisqu’il a donné à l’homme des devoirs à remplir sur la terre. Celui qui se consume dans la méditation et dans la contemplation ne fait rien de méritoire aux yeux de Dieu, parce que sa vie est toute personnelle et inutile à l’humanité, et Dieu lui demandera compte du bien qu’il n’aura pas fait. » (640).

De la prière.[modifier]

658. La prière est-elle agréable à Dieu ?

« La prière est toujours agréable à Dieu quand elle est dictée par le cœur, car l’intention est tout pour lui, et la prière du cœur est préférable à celle que tu peux lire, quelque belle qu’elle soit, si tu la lis plus avec les lèvres qu’avec la pensée. La prière est agréable à Dieu quand elle est dite avec foi, ferveur et sincérité ; mais ne crois pas qu’il soit touché de celle de l’homme vain, orgueilleux et égoïste, à moins que ce ne soit de sa part un acte de sincère repentir et de véritable humilité. »

659. Quel est le caractère général de la prière ?

« La prière est un acte d’adoration. Prier Dieu, c’est penser à lui ; c’est se rapprocher de lui ; c’est se mettre en communication avec lui. Par la prière, on peut se proposer trois choses : louer, demander, remercier. »

660. La prière rend-elle l’homme meilleur ?

« Oui, car celui qui prie avec ferveur et confiance est plus fort contre les tentations du mal, et Dieu lui envoie de bons Esprits pour l’assister. C’est un secours qui n’est jamais refusé quand il est demandé avec sincérité. »

― Comment se fait-il que certaines personnes qui prient beaucoup sont, malgré cela, d’un très mauvais caractère, jalouses, envieuses, acariâtres ; qu’elles manquent de bienveillance et d’indulgence ; qu’elles soient même quelquefois vicieuses ?

« L’essentiel n’est pas de beaucoup prier, mais de bien prier. Ces personnes croient que tout le mérite est dans la longueur de la prière, et ferment les yeux sur leurs propres défauts. La prière est pour elles une occupation, un emploi du temps, mais non une étude d’elles-mêmes. Ce n’est pas le remède qui est inefficace, c’est la manière dont il est employé. »

661. Peut-on prier utilement Dieu de nous pardonner nos fautes ?

« Dieu sait discerner le bien et le mal : la prière ne cache pas les fautes. Celui qui demande à Dieu le pardon de ses fautes ne l’obtient qu’en changeant de conduite. Les bonnes actions sont la meilleure des prières, car les actes valent mieux que les paroles. »

662. Peut-on prier utilement pour autrui ?

« L’Esprit de celui qui prie agit par sa volonté de faire le bien. Par la prière, il attire à lui les bons Esprits qui s’associent au bien qu’il veut faire. »

Nous possédons en nous-mêmes, par la pensée et la volonté, une puissance d’action qui s’étend bien au-delà des limites de notre sphère corporelle. La prière pour autrui est un acte de cette volonté. Si elle est ardente et sincère, elle peut appeler à son aide les bons Esprits, afin de lui suggérer de bonnes pensées et lui donner la force du corps et de l’âme dont il a besoin. Mais là encore la prière du cœur est tout, celle des lèvres n’est rien.

663. Les prières que nous faisons pour nous-mêmes peuventelles changer la nature de nos épreuves et en détourner le cours ?

« Vos épreuves sont entre les mains de Dieu et il en est qui doivent être subies jusqu’au bout, mais alors Dieu tient toujours compte de la résignation. La prière appelle à vous les bons Esprits qui vous donnent la force de les supporter avec courage, et elles vous paraissent moins dures. Nous l’avons dit, la prière n’est jamais inutile quand elle est bien faite, parce qu’elle donne la force, et c’est déjà un grand résultat. Aide-toi, le Ciel t’aidera, tu sais cela. D’ailleurs, Dieu ne peut changer l’ordre de la nature au gré de chacun, car ce qui est un grand mal à votre point de vue mesquin et à celui de votre vie éphémère est souvent un grand bien dans l’ordre général de l’univers ; et puis, combien n’y a-t-il pas de maux dont l’homme est le propre auteur par son imprévoyance ou par ses fautes ! Il en est puni par où il a péché. Cependant, les demandes justes sont plus souvent exaucées que vous ne pensez ; vous croyez que Dieu ne vous a pas écoutés, parce qu’il n’a pas fait un miracle pour vous, tandis qu’il vous assiste par des moyens tellement naturels qu’ils vous semblent l’effet du hasard ou de la force des choses ; souvent aussi, le plus souvent même, il vous suscite la pensée nécessaire pour vous tirer vous-mêmes d’embarras. »

664. Est-il utile de prier pour les morts et pour les Esprits souffrants, et dans ce cas, comment nos prières peuvent-elles leur procurer du soulagement et abréger leurs souffrances ; ont-elles le pouvoir de faire fléchir la justice de Dieu ?

« La prière ne peut avoir pour effet de changer les desseins de Dieu, mais l’âme pour laquelle on prie en éprouve du soulagement, parce que c’est un témoignage d’intérêt qu’on lui donne, et que le malheureux est toujours soulagé quand il trouve des âmes charitables qui compatissent à ses douleurs. D’un autre côté, par la prière on l’excite au repentir et au désir de faire ce qu’il faut pour être heureux ; c’est en ce sens qu’on peut abréger sa peine, si de son côté il seconde par sa bonne volonté. Ce désir d’amélioration, excité par la prière, attire près de l’Esprit souffrant des Esprits meilleurs qui viennent l’éclairer, le consoler et lui donner l’espérance. Jésus priait pour les brebis égarées ; il vous montre par là que vous seriez coupables de ne pas le faire pour ceux qui en ont le plus besoin. »

665. Que penser de l’opinion qui rejette la prière pour les morts, par la raison qu’elle n’est pas prescrite dans l’Évangile ?

« Le Christ a dit aux hommes : Aimez-vous les uns les autres. Cette recommandation renferme celle d’employer tous les moyens possibles de leur témoigner de l’affection, sans entrer pour cela dans aucun détail sur la manière d’atteindre ce but. S’il est vrai que rien ne peut détourner le Créateur d’appliquer la justice, dont il est le type, à toutes les actions de l’Esprit, il n’en est pas moins vrai que la prière que vous lui adressez pour celui qui vous inspire de l’affection est pour lui un témoignage de souvenir qui ne peut que contribuer à alléger ses souffrances et le consoler. Dès qu’il témoigne le moindre repentir, et alors seulement, il est secouru ; mais on ne lui laisse jamais ignorer qu’une âme sympathique s’est occupée de lui, et on lui laisse la douce pensée que son intercession lui a été utile. Il en résulte nécessairement de sa part un sentiment de reconnaissance et d’affection pour celui qui lui a donné cette preuve d’attachement ou de pitié ; par conséquent, l’amour que recommandait le Christ aux hommes n’a fait que s’accroître entre eux ; ils ont donc tous deux obéi à la loi d’amour et d’union de tous les êtres, loi divine qui doit amener l’unité, but et fin de l’Esprit [1]. »

666. Peut-on prier les Esprits ?

« On peut prier les bons Esprits comme étant les messagers de Dieu et les exécuteurs de ses volontés ; mais leur pouvoir est en raison de leur supériorité, et relève toujours du maître de toutes choses, sans la permission de qui rien ne se fait ; c’est pourquoi les prières qu’on leur adresse ne sont efficaces que si elles sont agréées par Dieu. »

Polythéisme.[modifier]

667. Pourquoi le polythéisme est-il une des croyances les plus anciennes et les plus répandues, puisqu’elle est fausse ?

« La pensée d’un Dieu unique ne pouvait être chez l’homme que le résultat du développement de ses idées. Incapable dans son ignorance de concevoir un être immatériel, sans forme déterminée, agissant sur la matière, il lui avait donné les attributs de la nature corporelle, c’est-à-dire une forme et une figure, et dès lors tout ce qui lui paraissait dépasser les proportions de l’intelligence vulgaire était pour lui une divinité. Tout ce qu’il ne comprenait pas devait être l’œuvre d’une puissance surnaturelle, et de là à croire à autant de puissances distinctes qu’il voyait d’effets, il n’y avait qu’un pas. Mais dans tous les temps, il y a eu des hommes éclairés qui ont compris l’impossibilité de cette multitude de pouvoirs pour gouverner le monde sans une direction supérieure, et se sont élevés à la pensée d’un Dieu unique. »

668. Les phénomènes spirites s’étant produits dans tous les temps et étant connus dès les premiers âges du monde, n’ont-ils pas pu faire croire à la pluralité des dieux ?

« Sans doute, car les hommes appelant dieu tout ce qui était surhumain, les Esprits étaient pour eux des dieux, et c’est pourquoi lorsqu’un homme se distinguait entre tous les autres par ses actions, son génie ou par un pouvoir occulte incompris du vulgaire, on en faisait un dieu, et on lui rendait un culte après sa mort. » (603).

Le mot dieu avait chez les Anciens une acception très étendue ; ce n’était point, comme de nos jours, une personnification du maître de la nature, c’était une qualification générique donnée à tout être placé en dehors des conditions de l’humanité ; or, les manifestations spirites leur ayant révélé l’existence d’êtres incorporels agissant comme puissance de la nature, ils les avaient appelés dieux, comme nous les appelons Esprits, c’est une simple question de mots, avec cette différence que dans leur ignorance, entretenue à dessein par ceux qui y trouvaient leur intérêt, ils leur élevaient des temples et des autels très lucratifs, tandis que pour nous ce sont des simples créatures comme nous, plus ou moins parfaites, et ayant dépouillé leur enveloppe terrestre. Si l’on étudie avec soin les divers attributs des divinités païennes, on y reconnaîtra sans peine tous ceux de nos Esprits à tous les degrés de l’échelle spirite, leur état physique dans les mondes supérieurs, toutes les propriétés du périsprit et le rôle qu’ils jouent dans les choses de la terre.

Le christianisme, en venant éclairer le monde de sa lumière divine, n’a pu détruire une chose qui est dans la nature, mais il a fait reporter l’adoration vers celui à qui elle appartient. Quant aux Esprits, leur souvenir s’est perpétué sous divers noms, selon les peuples, et leurs manifestations, qui n’ont jamais cessé, ont été diversement interprétées, et souvent exploitées sous l’empire du mystère ; tandis que la religion y a vu des phénomènes miraculeux, les incrédules y ont vu de la jonglerie. Aujourd’hui, grâce à une étude plus sérieuse, faite au grand jour, le spiritisme, dégagé des idées superstitieuses qui l’ont obscurci pendant des siècles, nous révèle un des plus grands et des plus sublimes principes de la nature.

Sacrifices.[modifier]

669. L’usage des sacrifices humains remonte à la plus haute antiquité. Comment l’homme a-t-il pu être porté à croire que de pareilles choses pussent être agréables à Dieu ?

« D’abord, parce qu’il ne comprenait pas Dieu comme étant la source de la bonté ; chez les peuples primitifs, la matière l’emporte sur l’esprit ; ils s’abandonnent aux instincts de la brute, c’est pourquoi ils sont généralement cruels, parce que le sens moral n’est point encore développé en eux. Ensuite, les hommes primitifs devaient croire naturellement qu’une créature animée avait beaucoup plus de prix aux yeux de Dieu qu’un corps matériel. C’est ce qui les a portés à immoler d’abord des animaux, et plus tard des hommes, puisque, suivant leur croyance fausse, ils pensaient que le prix du sacrifice était en rapport avec l’importance de la victime. Dans la vie matérielle, telle que vous la pratiquez pour la plupart, si vous offrez un cadeau à quelqu’un, vous le choisissez toujours d’une valeur d’autant plus grande que vous voulez témoigner à la personne plus d’attachement et de considération. Il devait en être de même des hommes ignorants à l’égard de Dieu. »

― Ainsi, les sacrifices des animaux auraient précédé les sacrifices humains ?

« Cela n’est pas douteux. »

― D’après cette explication, les sacrifices humains n’auraient pas leur source dans un sentiment de cruauté ?

« Non, mais dans une idée fausse d’être agréable à Dieu. Voyez Abraham. Par la suite, les hommes en ont abusé en immolant leurs ennemis, même leurs ennemis particuliers. Du reste, Dieu n’a jamais exigé de sacrifices, pas plus celui des animaux que celui des hommes ; il ne peut être honoré par la destruction inutile de sa propre créature. »

670. Est-ce que les sacrifices humains, accomplis avec une intention pieuse, ont quelquefois pu être agréables à Dieu ?

« Non, jamais ; mais Dieu juge l’intention. Les hommes étant ignorants pouvaient croire qu’ils faisaient un acte louable en immolant un de leurs semblables ; dans ce cas, Dieu ne s’attachait qu’à la pensée et non au fait. Les hommes, en s’améliorant, devaient reconnaître leur erreur et réprouver ces sacrifices qui ne devaient pas entrer dans l’idée d’esprits éclairés ; je dis éclairés, parce que les Esprits étaient alors enveloppés du voile matériel ; mais par le libre arbitre, ils pouvaient avoir un aperçu de leur origine et de leur fin, et beaucoup comprenaient déjà, par intuition, le mal qu’ils faisaient, mais ils ne l’accomplissaient pas moins pour satisfaire leurs passions. »

671. Que devons-nous penser des guerres dites sacrées ? Le sentiment qui porte les peuples fanatiques à exterminer le plus possible, en vue d’être agréables à Dieu, ceux qui ne partagent pas leurs croyances, semblerait avoir la même source que celui qui les excitait jadis aux sacrifices de leurs semblables ?

« Ils sont poussés par les mauvais Esprits, et en faisant la guerre à leurs semblables ils vont contre la volonté de Dieu qui dit qu’on doit aimer son frère comme soi-même. Toutes les religions, ou plutôt tous les peuples, adorant un même Dieu, qu’il porte un nom ou qu’il en porte un autre, pourquoi leur faire une guerre d’extermination, parce que leur religion est différente ou n’a pas encore atteint le progrès de celle des peuples éclairés ? Les peuples sont excusables de ne pas croire à la parole de celui qui était animé de l’Esprit de Dieu et envoyé par lui, surtout lorsqu’ils ne l’ont pas vu et qu’ils n’ont pas été témoins de ses actes ; et comment voulez-vous qu’ils croient à cette parole de paix, quand vous allez la leur donner le fer à la main ? Ils doivent s’éclairer, et nous devons chercher à leur faire connaître sa doctrine par la persuasion et la douceur, et non par la force et le sang. Pour la plupart, vous ne croyez pas aux communications que nous avons avec certains mortels ; pourquoi voudriez-vous que des étrangers vous crussent sur parole, quand vos actes démentent la doctrine que vous prêchez ? »

672. L’offrande des fruits de la terre, faite à Dieu, avait-elle plus de mérite à ses yeux que le sacrifice des animaux ?

«  Je vous ai déjà répondu en vous disant que Dieu jugeait l’intention, et que le fait avait peu d’importance pour lui. Il était évidemment plus agréable à Dieu de se voir offrir les fruits de la terre que le sang des victimes. Comme nous vous l’avons dit et vous le répétons toujours, la prière dite du fond du cœur est cent fois plus agréable à Dieu que toutes les offrandes que vous pourriez lui faire. Je répète que l’intention est tout et le fait rien. »

673. N’y aurait-il pas un moyen de rendre ces offrandes plus agréables à Dieu en les consacrant au soulagement de ceux qui manquent du nécessaire, et dans ce cas, le sacrifice des animaux, accompli dans un but utile, ne serait-il pas méritoire, tandis qu’il était abusif alors qu’il ne servait à rien, ou ne profitait qu’à des gens qui ne manquaient de rien ? N’y aurait-il pas quelque chose de vraiment pieux à consacrer aux pauvres les prémices des biens que Dieu nous accorde sur la terre ?

« Dieu bénit toujours ceux qui font du bien ; soulager les pauvres et les affligés est le meilleur moyen de l’honorer. Je ne dis pas pour cela que Dieu désapprouve les cérémonies que vous faites pour le prier, mais il y a beaucoup d’argent qui pourrait être employé plus utilement qu’il ne l’est. Dieu aime la simplicité en toutes choses. L’homme qui s’attache au dehors et non au cœur est un esprit à vues étroites ; jugez si Dieu doit s’attacher à la forme plus qu’au fond. »

CHAPITRE III ― II. ― LOI DU TRAVAIL : 1. Nécessité du travail. ― 2. Limite du travail. Repos.[modifier]

Nécessité du travail.[modifier]

674. La nécessité du travail est-elle une loi de la nature ?

« Le travail est une loi de nature, par cela même qu’il est une nécessité, et la civilisation oblige l’homme à plus de travail, parce qu’elle augmente ses besoins et ses jouissances. »

675. Ne doit-on entendre par le travail que les occupations matérielles ?

« Non ; l’Esprit travaille comme le corps. Toute occupation utile est un travail. »

676. Pourquoi le travail est-il imposé à l’homme ?

« C’est une conséquence de sa nature corporelle. C’est une expiation et en même temps un moyen de perfectionner son intelligence. Sans le travail, l’homme resterait dans l’enfance de l’intelligence ; c’est pourquoi il ne doit sa nourriture, sa sécurité et son bien-être qu’à son travail et à son activité. À celui qui est trop faible de corps, Dieu a donné l’intelligence pour y suppléer ; mais c’est toujours un travail. »

677. Pourquoi la nature pourvoit-elle d’elle-même à tous les besoins des animaux ?

« Tout travaille dans la nature ; les animaux travaillent comme toi, mais leur travail, comme leur intelligence, est borné au soin de leur conservation ; voilà pourquoi chez eux il n’amène pas le progrès, tandis que chez l’homme il a un double but : la conservation du corps et le développement de la pensée qui est aussi un besoin, et qui l’élève au-dessus de lui-même. Quand je dis que le travail des animaux est borné au soin de leur conservation, j’entends le but qu’ils se proposent en travaillant, mais ils sont, à leur insu, et tout en pourvoyant à leurs besoins matériels, des agents qui secondent les vues du Créateur, et leur travail n’en concourt pas moins au but final de la nature, bien que, fort souvent, vous n’en découvriez pas le résultat immédiat. »

678. Dans les mondes plus perfectionnés, l’homme est-il soumis à la même nécessité du travail ?

« La nature du travail est relative à la nature des besoins ; moins les besoins sont matériels, moins le travail est matériel ; mais ne crois pas pour cela que l’homme reste inactif et inutile : l’oisiveté serait un supplice au lieu d’être un bienfait. »

679. L’homme qui possède des biens suffisants pour assurer son existence est-il affranchi de la loi du travail ?

« Du travail matériel, peut-être, mais non de l’obligation de se rendre utile selon ses moyens, de perfectionner son intelligence ou celle des autres, ce qui est aussi un travail. Si l’homme à qui Dieu a départi des biens suffisants pour assurer son existence n’est pas contraint de se nourrir à la sueur de son front, l’obligation d’être utile à ses semblables est d’autant plus grande pour lui que la part qui lui est faite d’avance lui donne plus de loisirs pour faire le bien. »

680. N’y a-t-il pas des hommes qui sont dans l’impuissance de travailler à quoi que ce soit, et dont l’existence est inutile ?

« Dieu est juste ; il ne condamne que celui dont l’existence est volontairement inutile ; car celui-là vit aux dépens du travail des autres. Il veut que chacun se rende utile selon ses facultés. » (643).

681. La loi de nature impose-t-elle aux enfants l’obligation de travailler pour leurs parents ?

« Certainement, comme les parents doivent travailler pour leurs enfants ; c’est pourquoi Dieu a fait de l’amour filial et de l’amour paternel un sentiment de nature afin que, par cette affection réciproque, les membres d’une même famille fussent portés à s’entraider mutuellement ; c’est ce qui est trop souvent méconnu dans votre société actuelle. » (205).

Limite du travail. Repos.[modifier]

682. Le repos étant un besoin après le travail, n’est-il pas une loi de nature ?

« Sans doute, le repos sert à réparer les forces du corps, et il est aussi nécessaire afin de laisser un peu plus de liberté à l’intelligence pour s’élever au-dessus de la matière. »

683. Quelle est la limite du travail ?

« La limite des forces ; du reste, Dieu laisse l’homme libre. »

684. Que penser de ceux qui abusent de leur autorité pour imposer à leurs inférieurs un excès de travail ?

« C’est une des plus mauvaises actions. Tout homme qui a le pouvoir de commander est responsable de l’excès de travail qu’il impose à ses inférieurs, car il transgresse la loi de Dieu. » (273).

685. L’homme a-t-il droit au repos dans sa vieillesse ?

« Oui, il n’est obligé que selon ses forces. »

― Mais quelle ressource a le vieillard qui a besoin de travailler pour vivre, et qui ne le peut pas ?

« Le fort doit travailler pour le faible ; à défaut de famille, la société doit lui en tenir lieu : c’est la loi de charité. »

Ce n’est pas tout de dire à l’homme qu’il doit travailler, il faut encore que celui qui attend son existence de son labeur trouve à s’occuper, et c’est ce qui n’a pas toujours lieu. Quand la suspension du travail se généralise, elle prend les proportions d’un fléau comme la disette. La science économique cherche le remède dans l’équilibre entre la production et la consommation ; mais cet équilibre, à supposer qu’il soit possible, aura toujours des intermittences, et pendant ces intervalles le travailleur n’en doit pas moins vivre. Il est un élément qu’on n’a pas assez fait entrer dans la balance, et sans lequel la science économique n’est qu’une théorie : c’est l’éducation ; non pas l’éducation intellectuelle, mais l’éducation morale ; non pas encore l’éducation morale par les livres, mais celle qui consiste dans l’art de former les caractères, celle qui donne des habitudes : car l’éducation est l’ensemble des habitudes acquises. Quand on songe à la masse d’individus jetés chaque jour dans le torrent de la population, sans principes, sans frein et livrés à leurs propres instincts, doit-on s’étonner des conséquences désastreuses qui en résultent ? Quand cet art sera connu, compris et pratiqué, l’homme apportera dans le monde des habitudes d’ordre et de prévoyance pour lui-même et les siens, de respect pour ce qui est respectable, habitudes qui lui permettront de traverser moins péniblement les mauvais jours inévitables. Le désordre et l’imprévoyance sont deux plaies qu’une éducation bien entendue peut seule guérir ; là est le point de départ, l’élément réel du bien-être, le gage de la sécurité de tous.

CHAPITRE IV ― III. ― LOI DE REPRODUCTION : 1. Population du globe. ― 2. Succession et perfectionnement des races. ― 3. Obstacles à la reproduction. ― 4. Mariage et célibat. ― 5. Polygamie.[modifier]

Population du globe.[modifier]

686. La reproduction des êtres vivants est-elle une loi de nature ?

« Cela est évident ; sans la reproduction, le monde corporel périrait. »

687. Si la population suit toujours la progression croissante que nous voyons, arrivera-t-il un moment où elle sera exubérante sur la terre ?

« Non ; Dieu y pourvoit et maintient toujours l’équilibre ; il ne fait rien d’inutile ; l’homme qui ne voit qu’un coin du tableau de la nature ne peut juger de l’harmonie de l’ensemble. »

Succession et perfectionnement des races.[modifier]

688. Il y a en ce moment des races humaines qui diminuent évidemment ; arrivera-t-il un moment où elles auront disparu de dessus la terre ?

« C’est vrai ; mais c’est que d’autres ont pris leur place, comme d’autres prendront la vôtre un jour. »

689. Les hommes actuels sont-ils une nouvelle création ou les descendants perfectionnés des êtres primitifs ?

« Ce sont les mêmes Esprits qui sont revenus se perfectionner dans de nouveaux corps, mais qui sont encore loin de la perfection. Ainsi, la race humaine actuelle qui, par son augmentation, tend à envahir toute la terre et à remplacer les races qui s’éteignent, aura sa période de décroissance et de disparition. D’autres races plus perfectionnées la remplaceront, qui descendront de la race actuelle, comme les hommes civilisés d’aujourd’hui descendent des êtres bruts et sauvages des temps primitifs. »

690. Au point de vue purement physique, les corps de la race actuelle sont-ils une création spéciale, ou procèdent-ils des corps primitifs par voie de reproduction ?

« L’origine des races se perd dans la nuit des temps ; mais comme elles appartiennent toutes à la grande famille humaine, quelle que soit la souche primitive de chacune, elles ont pu s’allier entre elles et produire des types nouveaux. »

691. Quel est, au point de vue physique, le caractère distinctif et dominant des races primitives ?

« Développement de la force brutale aux dépens de la force intellectuelle ; maintenant c’est le contraire : l’homme fait plus par l’intelligence que par la force du corps, et pourtant il fait cent fois plus, parce qu’il a su mettre à profit les forces de la nature, ce que ne font pas les animaux. »

692. Le perfectionnement des races animales et végétales par la science est-il contraire à la loi de nature ? Serait-il plus conforme à cette loi de laisser les choses suivre leur cours normal ?

« On doit tout faire pour arriver à la perfection, et l’homme lui-même est un instrument dont Dieu se sert pour arriver à ses fins. La perfection étant le but auquel tend la nature, c’est répondre à ses vues que favoriser cette perfection. »

― Mais l’homme n’est généralement mû dans ses efforts pour l’amélioration des races que par un sentiment personnel et n’a d’autre but que l’augmentation de ses jouissances ; cela ne diminue-t-il pas son mérite ?

« Qu’importe que son mérite soit nul, pourvu que le progrès se fasse ? C’est à lui de rendre son travail méritoire par l’intention. D’ailleurs, par ce travail il exerce et développe son intelligence, et c’est sous ce rapport qu’il en profite le plus. »

Obstacles à la reproduction.[modifier]

693. Les lois et les coutumes humaines qui ont pour but ou pour effet d’apporter des obstacles à la reproduction sont-elles contraires à la loi de nature ?

« Tout ce qui entrave la nature dans sa marche est contraire à la loi générale. »

― Cependant, il y a des espèces d’êtres vivants, animaux et plantes, dont la reproduction indéfinie serait nuisible à d’autres espèces et dont l’homme lui-même serait bientôt la victime ; commet-il un acte répréhensible en arrêtant cette reproduction ?

« Dieu a donné à l’homme sur tous les êtres vivants un pouvoir dont il doit user pour le bien, mais non abuser. Il peut régler la reproduction selon les besoins ; il ne doit pas l’entraver sans nécessité. L’action intelligente de l’homme est un contrepoids établi par Dieu pour ramener l’équilibre entre les forces de la nature, et c’est encore ce qui le distingue des animaux, parce qu’il le fait avec connaissance de cause ; mais les animaux eux-mêmes concourent aussi à cet équilibre, car l’instinct de destruction qui leur a été donné fait que, tout en pourvoyant à leur propre conservation, ils arrêtent le développement excessif, et peut-être dangereux, des espèces animales et végétales dont ils se nourrissent. »

694. Que faut-il penser des usages qui ont pour effet d’arrêter la reproduction en vue de satisfaire la sensualité ?

« Cela prouve la prédominance du corps sur l’âme, et combien l’homme est dans la matière. »

Mariage et célibat.[modifier]

695. Le mariage, c’est-à-dire l’union permanente de deux êtres, est-il contraire à la loi de nature ?

« C’est un progrès dans la marche de l’humanité. »

696. Quel serait l’effet de l’abolition du mariage sur la société humaine ?

« Le retour à la vie des bêtes. »

L’union libre et fortuite des sexes est l’état de nature. Le mariage est un des premiers actes de progrès dans les sociétés humaines, parce qu’il établit la solidarité fraternelle et se retrouve chez tous les peuples, quoique dans des conditions diverses. L’abolition du mariage serait donc le retour à l’enfance de l’humanité, et placerait l’homme au-dessous même de certains animaux qui lui donnent l’exemple d’unions constantes.

697. L’indissolubilité absolue du mariage est-elle dans la loi de nature ou seulement dans la loi humaine ?

« C’est une loi humaine très contraire à la loi de nature. Mais les hommes peuvent changer leurs lois : celles de la nature sont seules immuables. »

698. Le célibat volontaire est-il un état de perfection méritoire aux yeux de Dieu ?

« Non, et ceux qui vivent ainsi par égoïsme déplaisent à Dieu et trompent tout le monde. »

699. Le célibat n’est-il pas de la part de certaines personnes un sacrifice dans le but de se vouer plus entièrement au service de l’humanité ?

« Cela est bien différent ; j’ai dit : par égoïsme. Tout sacrifice personnel est méritoire quand c’est pour le bien ; plus le sacrifice est grand, plus le mérite est grand. »

Dieu ne peut se contredire, ni trouver mauvais ce qu’il a fait ; il ne peut donc voir un mérite dans la violation de sa loi ; mais si le célibat, par lui-même, n’est pas un état méritoire, il n’en est pas de même lorsqu’il constitue, par la renonciation aux joies de la famille, un sacrifice accompli au profit de l’humanité. Tout sacrifice personnel en vue du bien, et sans arrière-pensée d’égoïsme, élève l’homme au-dessus de sa condition matérielle.

Polygamie.[modifier]

700. L’égalité numérique qui existe à peu de chose près entre les sexes, est-elle un indice de la proportion selon laquelle ils doivent être unis ?

« Oui, car tout a un but dans la nature. »

701. Laquelle des deux, de la polygamie ou de la monogamie, est la plus conforme à la loi de nature ?

« La polygamie est une loi humaine dont l’abolition marque un progrès social. Le mariage, selon les vues de Dieu, doit être fondé sur l’affection des êtres qui s’unissent. Avec la polygamie, il n’y a pas d’affection réelle : il n’y a que sensualité. »

Si la polygamie était selon la loi de nature, elle devrait pouvoir être universelle, ce qui serait matériellement impossible, vu l’égalité numérique des sexes.

La polygamie doit être considérée comme un usage, ou une législation particulière appropriée à certaines mœurs, et que le perfectionnement social fait peu à peu disparaître.

CHAPITRE V ― IV. ― LOI DE CONSERVATION : 1. Instinct de conservation. ― 2. Moyens de conservation. ― 3. Jouissance des biens de la terre. ― 4. Nécessaire et superflu. ― 5. Privations volontaires. Mortifications.[modifier]

Instinct de conservation.[modifier]

702. L’instinct de conservation est-il une loi de nature ?

« Sans doute ; il est donné à tous les êtres vivants, quel que soit le degré de leur intelligence ; chez les uns, il est purement machinal, et chez d’autres il est raisonné. »

703. Dans quel but Dieu a-t-il donné à tous les êtres vivants l’instinct de leur conservation ?

« Parce que tous doivent concourir aux vues de la Providence ; c’est pour cela que Dieu leur a donné le besoin de vivre. Et puis la vie est nécessaire au perfectionnement des êtres ; ils le sentent instinctivement sans s’en rendre compte. »

Moyens de conservation.[modifier]

704. Dieu en donnant à l’homme le besoin de vivre lui en a-t-il toujours fourni les moyens ?

« Oui, et s’il ne les trouve pas, c’est qu’il ne les comprend pas. Dieu n’a pu donner à l’homme le besoin de vivre sans lui en donner les moyens, c’est pourquoi il fait produire à la terre de quoi fournir le nécessaire à tous ses habitants, car le nécessaire seul est utile ; le superflu ne l’est jamais. »

705. Pourquoi la terre ne produit-elle pas toujours assez pour fournir le nécessaire à l’homme ?

« C’est que l’homme la néglige, l’ingrat ! C’est pourtant une excellente mère. Souvent aussi, il accuse la nature de ce qui est le fait de son impéritie ou de son imprévoyance. La terre produirait toujours le nécessaire si l’homme savait s’en contenter. Si elle ne suffit pas à tous les besoins, c’est que l’homme emploie au superflu ce qui pourrait être donné au nécessaire. Vois l’Arabe au désert ; il trouve toujours à vivre, parce qu’il ne se crée pas des besoins factices ; mais quand la moitié des produits est gaspillée pour satisfaire des fantaisies, l’homme doit-il s’étonner de ne rien trouver le lendemain, et a-t-il raison de se plaindre d’être au dépourvu quand vient le temps de la disette ? En vérité je vous le dis, ce n’est pas la nature qui est imprévoyante, c’est l’homme qui ne sait pas se régler. »

706. Les biens de la terre ne doivent-ils s’entendre que des produits du sol ?

« Le sol est la source première d’où découlent toutes les autres ressources, car en définitive, ces ressources ne sont qu’une transformation des produits du sol ; c’est pourquoi il faut entendre par les biens de la terre tout ce dont l’homme peut jouir ici-bas. »

707. Les moyens d’existence font souvent défaut à certains individus, même au milieu de l’abondance qui les entoure ; à qui doivent-ils s’en prendre ?

« À l’égoïsme des hommes, qui ne font pas toujours ce qu’ils doivent ; ensuite, et le plus souvent, à eux-mêmes. Cherchez et vous trouverez : ces paroles ne veulent point dire qu’il suffit de regarder à terre pour trouver ce qu’on désire, mais qu’il faut le chercher avec ardeur et persévérance, et non avec mollesse, sans se laisser décourager par les obstacles, qui bien souvent ne sont que des moyens de mettre à l’épreuve votre constance, votre patience et votre fermeté. » (534).

Si la civilisation multiplie les besoins, elle multiplie aussi les sources du travail et les moyens de vivre ; mais il faut convenir que sous ce rapport il lui reste encore beaucoup à faire ; quand elle aura accompli son œuvre, personne ne devra pouvoir dire qu’il manque du nécessaire, si ce n’est par sa faute. Le malheur, pour beaucoup, est qu’ils s’engagent dans une voie qui n’est pas celle que la nature leur a tracée ; c’est alors que l’intelligence pour réussir leur fait défaut. Il y a place pour tout le monde au soleil, mais c’est à la condition d’y prendre la sienne, et non celle des autres. La nature ne saurait être responsable des vices de l’organisation sociale et des suites de l’ambition et de l’amour-propre.

Il faudrait être aveugle cependant pour ne pas reconnaître le progrès qui s’est accompli sous ce rapport chez les peuples les plus avancés. Grâce aux louables efforts que la philanthropie et la science réunies ne cessent de faire pour l’amélioration de l’état matériel des hommes, et malgré l’accroissement incessant des populations, l’insuffisance de la production est atténuée, en grande partie du moins, et les années les plus calamiteuses n’ont rien de comparable à ce qu’elles étaient naguère ; l’hygiène publique, cet élément si essentiel de la force et de la santé, inconnu de nos pères, est l’objet d’une sollicitude éclairée ; l’infortune et la souffrance trouvent des lieux de refuge ; partout la science est mise à contribution pour accroître le bien-être. Est-ce à dire que l’on ait atteint la perfection ? Oh ! certes, non ; mais ce qui s’est fait donne la mesure de ce qui peut se faire avec la persévérance, si l’homme est assez sage pour chercher son bonheur dans les choses positives et sérieuses, et non dans des utopies qui le reculent au lieu de l’avancer.

708. N’y a-t-il pas des positions où les moyens d’existence ne dépendent nullement de la volonté de l’homme, et où la privation du nécessaire le plus impérieux est une conséquence de la force des choses ?

« C’est une épreuve souvent cruelle qu’il doit subir, et à laquelle il savait qu’il serait exposé ; son mérite est dans sa soumission à la volonté de Dieu, si son intelligence ne lui fournit aucun moyen de se tirer d’embarras. Si la mort doit l’atteindre, il doit s’y résoudre sans murmure en pensant que l’heure de la véritable délivrance est arrivée, et que le désespoir du dernier moment peut lui faire perdre le fruit de sa résignation. »

709. Ceux qui, dans certaines positions critiques, se sont trouvés réduits à sacrifier leurs semblables pour s’en repaître ont-ils commis un crime ; s’il y a crime, est-il atténué par le besoin de vivre que leur donne l’instinct de conservation ?

« J’ai déjà répondu en disant qu’il y a plus de mérite à subir toutes les épreuves de la vie avec courage et abnégation. Il y a homicide, et crime de lèse nature, faute qui doit être doublement punie. »

710. Dans les mondes où l’organisation est plus épurée, les êtres vivants ont-ils besoin d’alimentation ?

« Oui, mais leurs aliments sont en rapport avec leur nature. Ces aliments ne seraient point assez substantiels pour vos estomacs grossiers ; de même ils ne pourraient digérer les vôtres. »

Jouissance des biens terrestres.[modifier]

711. L’usage des biens de la terre est-il un droit pour tous les hommes ?

« Ce droit est la conséquence de la nécessité de vivre. Dieu ne peut avoir imposé un devoir sans avoir donné le moyen de le remplir. »

712. Dans quel but Dieu a-t-il attaché un attrait aux jouissances des biens matériels ?

« C’est pour exciter l’homme à l’accomplissement de sa mission, et aussi pour l’éprouver par la tentation. »

― Quel est le but de cette tentation ?

« Développer sa raison qui doit le préserver des excès. »

Si l’homme n’eût été excité à l’usage des biens de la terre qu’en vue de l’utilité, son indifférence eût pu compromettre l’harmonie de l’univers : Dieu lui a donné l’attrait du plaisir qui le sollicite à l’accomplissement des vues de la Providence. Mais par cet attrait même Dieu a voulu en outre l’éprouver par la tentation qui l’entraîne vers l’abus dont sa raison doit le défendre.

713. Les jouissances ont-elles des bornes tracées par la nature ?

« Oui, pour vous indiquer la limite du nécessaire ; mais par vos excès vous arrivez à la satiété et vous vous en punissez vous-mêmes. »

714. Que penser de l’homme qui cherche dans les excès de tous genres un raffinement à ses jouissances ?

« Pauvre nature qu’il faut plaindre et non envier, car il est bien près de la mort ! »

― Est-ce de la mort physique ou de la mort morale qu’il s’approche ?

« De l’une et de l’autre. »

L’homme qui cherche dans les excès de tous genres un raffinement de jouissances se met au-dessous de la brute, car la brute sait s’arrêter à la satisfaction du besoin. Il abdique la raison que Dieu lui a donnée pour guide, et plus ses excès sont grands, plus il donne à sa nature animale d’empire sur sa nature spirituelle. Les maladies, les infirmités, la mort même, qui sont la conséquence de l’abus, sont en même temps la punition de la transgression de la loi de Dieu.

Nécessaire et superflu.[modifier]

715. Comment l’homme peut-il connaître la limite du nécessaire ?

« Le sage la connaît par intuition ; beaucoup la connaissent par expérience et à leurs dépens. »

716. La nature n’a-t-elle pas tracé la limite de nos besoins par notre organisation ?

« Oui, mais l’homme est insatiable. La nature a tracé la limite de ses besoins par son organisation, mais les vices ont altéré sa constitution et créé pour lui des besoins qui ne sont pas les besoins réels. »

717. Que penser de ceux qui accaparent les biens de la terre pour se procurer le superflu au préjudice de ceux qui manquent du nécessaire ?

« Ils méconnaissent la loi de Dieu et auront à répondre des privations qu’ils auront fait endurer. »

La limite du nécessaire et du superflu n’a rien d’absolu. La civilisation a créé des nécessités que n’a pas la sauvagerie, et les Esprits qui ont dicté ces préceptes ne prétendent pas que l’homme civilisé doive vivre comme le sauvage. Tout est relatif, c’est à la raison à faire la part de chaque chose. La civilisation développe le sens moral et en même temps le sentiment de charité qui porte les hommes à se prêter un mutuel appui. Ceux qui vivent aux dépens des privations des autres exploitent les bienfaits de la civilisation à leur profit ; ils n’ont de la civilisation que le vernis, comme il y a des gens qui n’ont de la religion que le masque.

Privations volontaires. Mortifications.[modifier]

718. La loi de conservation oblige-t-elle à pourvoir aux besoins du corps ?

« Oui, sans la force et la santé le travail est impossible. »

719. L’homme est-il blâmable de rechercher le bien-être ?

« Le bien-être est un désir naturel ; Dieu ne défend que l’abus, parce que l’abus est contraire à la conservation ; il ne fait point un crime de rechercher le bien-être, si ce bien-être n’est acquis aux dépens de personne, et s’il ne doit affaiblir ni vos forces morales, ni vos forces physiques. »

720. Les privations volontaires, en vue d’une expiation également volontaire, ont-elles un mérite aux yeux de Dieu ?

« Faites le bien aux autres et vous mériterez davantage. »

― Y a-t-il des privations volontaires qui soient méritoires ?

« Oui, la privation des jouissances inutiles, parce qu’elle détache l’homme de la matière et élève son âme. Ce qui est méritoire, c’est de résister à la tentation qui sollicite aux excès ou à la jouissance des choses inutiles ; c’est de retrancher de son nécessaire pour donner à ceux qui n’ont pas assez. Si la privation n’est qu’un vain simulacre, c’est une dérision. »

721. La vie de mortifications ascétiques a été pratiquée de toute antiquité et chez différents peuples ; est-elle méritoire à un point de vue quelconque ?

« Demandez-vous à qui elle sert et vous aurez la réponse. Si elle ne sert qu’à celui qui la pratique et l’empêche de faire le bien, c’est de l’égoïsme, quel que soit le prétexte dont on la colore. Se priver et travailler pour les autres, c’est la vraie mortification, selon la charité chrétienne. »

722. L’abstention de certains aliments, prescrite chez divers peuples, est-elle fondée en raison ?

« Tout ce dont l’homme peut se nourrir sans préjudice pour sa santé est permis ; mais des législateurs ont pu interdire certains aliments dans un but utile, et pour donner plus de crédit à leurs lois, ils les ont présentées comme venant de Dieu. »

723. La nourriture animale est-elle, chez l’homme, contraire à la loi de nature ?

« Dans votre constitution physique, la chair nourrit la chair, autrement l’homme dépérit. La loi de conservation fait à l’homme un devoir d’entretenir ses forces et sa santé pour accomplir la loi du travail. Il doit donc se nourrir selon que le veut son organisation. »

724. L’abstention de nourriture animale ou autre, comme expiation, est-elle méritoire ?

« Oui, si l’on se prive pour les autres ; mais Dieu ne peut voir une mortification quand il n’y a pas privation sérieuse et utile ; c’est pourquoi nous disons que ceux qui ne se privent qu’en apparence sont des hypocrites. » (720).

725. Que penser des mutilations opérées sur le corps de l’homme ou des animaux ?

« À quoi bon une pareille question ? Demandez-vous donc encore une fois si une chose est utile. Ce qui est inutile ne peut être agréable à Dieu, et ce qui est nuisible lui est toujours désagréable ; car, sachez-le bien, Dieu n’est sensible qu’aux sentiments qui élèvent l’âme vers lui ; c’est en pratiquant sa loi que vous pourrez secouer votre matière terrestre et non en la violant. »

726. Si les souffrances de ce monde nous élèvent par la manière dont on les supporte, est-on élevé par celles que l’on se crée volontairement ?

« Les seules souffrances qui élèvent sont les souffrances naturelles, parce qu’elles viennent de Dieu ; les souffrances volontaires ne servent à rien quand elles ne font rien pour le bien d’autrui. Crois-tu que ceux qui abrègent leur vie dans des rigueurs surhumaines, comme le font les bonzes, les fakirs et certains fanatiques de plusieurs sectes, avancent dans leur voie ? Que ne travaillent-ils plutôt au bien de leurs semblables ? Qu’ils vêtent l’indigent ; qu’ils consolent celui qui pleure ; qu’ils travaillent pour celui qui est infirme ; qu’ils endurent des privations pour le soulagement des malheureux, alors leur vie sera utile et agréable à Dieu. Lorsque, dans les souffrances volontaires que l’on endure, on n’a en vue que soi, c’est de l’égoïsme ; lorsqu’on souffre pour les autres, c’est de la charité : tels sont les préceptes du Christ. »

727. Si l’on ne doit pas se créer des souffrances volontaires qui ne sont d’aucune utilité pour autrui, doit-on chercher à se préserver de celles qu’on prévoit ou qui nous menacent ?

« L’instinct de conservation a été donné à tous les êtres contre les dangers et les souffrances. Fustigez votre esprit et non votre corps, mortifiez votre orgueil, étouffez votre égoïsme semblable à un serpent qui vous ronge le cœur, et vous ferez plus pour votre avancement que par des rigueurs qui ne sont plus de ce siècle. »

CHAPITRE VI ― V. ― LOI DE DESTRUCTION : 1. Destruction nécessaire et destruction abusive. ― 2. Fléaux destructeurs. ― 3. Guerres. ― 4. Meurtre. ― 5. Cruauté. ― 6. Duel. ― 7. Peine de mort.[modifier]

Destruction nécessaire et destruction abusive.[modifier]

728. La destruction est-elle une loi de nature ?

« Il faut que tout se détruise pour renaître et se régénérer ; car ce que vous appelez destruction n’est qu’une transformation qui a pour but le renouvellement et l’amélioration des êtres vivants. »

― L’instinct de destruction aurait ainsi été donné aux êtres vivants dans des vues providentielles ?

« Les créatures de Dieu sont les instruments dont il se sert pour arriver à ses fins. Pour se nourrir, les êtres vivants se détruisent entre eux, et cela dans le double but de maintenir l’équilibre dans la reproduction qui pourrait devenir excessive, et d’utiliser les débris de l’enveloppe extérieure. Mais ce n’est toujours que cette enveloppe qui est détruite, et cette enveloppe n’est que l’accessoire et non la partie essentielle de l’être pensant ; la partie essentielle, c’est le principe intelligent qui est indestructible, et qui s’élabore dans les différentes métamorphoses qu’il subit. »

729. Si la destruction est nécessaire pour la régénération des êtres, pourquoi la nature les entoure-t-elle des moyens de préservation et de conservation ?

« C’est afin que la destruction n’arrive pas avant le temps nécessaire. Toute destruction anticipée entrave le développement du principe intelligent ; c’est pourquoi Dieu a donné à chaque être le besoin de vivre et de se reproduire. »

730. Puisque la mort doit nous conduire à une vie meilleure, qu’elle nous délivre des maux de celle-ci, et qu’ainsi elle est plus à désirer qu’à redouter, pourquoi l’homme en a-t-il une horreur instinctive qui la lui fait appréhender ?

« Nous l’avons dit, l’homme doit chercher à prolonger sa vie pour accomplir sa tâche ; c’est pourquoi Dieu lui a donné l’instinct de conservation, et cet instinct le soutient dans les épreuves ; sans cela il se laisserait trop souvent aller au découragement. La voix secrète qui lui fait repousser la mort lui dit qu’il peut encore faire quelque chose pour son avancement. Quand un péril le menace, c’est un avertissement pour qu’il ait à mettre à profit le répit que Dieu lui accorde ; mais, l’ingrat ! il en rend plus souvent grâce à son étoile qu’à son Créateur. »

731. Pourquoi, à côté des moyens de conservation, la nature a-t-elle en même temps placé les agents destructeurs ?

« Le remède à côté du mal ; nous l’avons dit, c’est pour maintenir l’équilibre et servir de contrepoids. »

732. Le besoin de destruction est-il le même dans tous les mondes ?

« Il est proportionné à l’état plus ou moins matériel des mondes ; il cesse avec un état physique et moral plus épuré. Dans les mondes plus avancés que le vôtre, les conditions d’existence sont tout autres. »

733. La nécessité de la destruction existera-t-elle toujours parmi les hommes sur la terre ?

« Le besoin de destruction s’affaiblit chez l’homme à mesure que l’Esprit l’emporte sur la matière ; c’est pourquoi vous voyez l’horreur de la destruction suivre le développement intellectuel et moral. »

734. Dans son état actuel, l’homme a-t-il un droit illimité de destruction sur les animaux ?

« Ce droit est réglé par la nécessité de pourvoir à sa nourriture et à sa sécurité ; l’abus n’a jamais été un droit. »

735. Que penser de la destruction qui dépasse les limites des besoins et de la sécurité ; de la chasse, par exemple, quand elle n’a pour but que le plaisir de détruire sans utilité ?

« Prédominance de la bestialité sur la nature spirituelle. Toute destruction qui dépasse les limites du besoin est une violation de la loi de Dieu. Les animaux ne détruisent que pour leurs besoins ; mais l’homme, qui a le libre arbitre, détruit sans nécessité ; il devra compte de l’abus de la liberté qui lui a été accordée, car ce sont alors les mauvais instincts auxquels il cède. »

736. Les peuples qui poussent à l’excès le scrupule relatif à la destruction des animaux ont-ils un mérite particulier ?

« C’est un excès dans un sentiment louable en lui-même, mais qui devient abusif, et dont le mérite est neutralisé par des abus de bien d’autres sortes. Il y a chez eux plus de crainte superstitieuse que de véritable bonté. »

Fléaux destructeurs.[modifier]

737. Dans quel but Dieu frappe-t-il l’humanité par des fléaux destructeurs ?

« Pour la faire avancer plus vite. N’avons-nous pas dit que la destruction est nécessaire à la régénération morale des Esprits qui puisent dans chaque nouvelle existence un nouveau degré de perfection ? Il faut voir la fin pour en apprécier les résultats. Vous ne les jugez qu’à votre point de vue personnel, et vous les appelez fléaux à cause du préjudice qu’ils vous occasionnent ; mais ces bouleversements sont souvent nécessaires pour faire arriver plus promptement un ordre de choses meilleur, et en quelques années ce qui eût exigé bien des siècles. » (744).

738. Dieu ne pouvait-il employer pour l’amélioration de l’humanité d’autres moyens que les fléaux destructeurs ?

« Oui, et il les emploie tous les jours, puisqu’il a donné à chacun les moyens de progresser par la connaissance du bien et du mal. C’est l’homme qui n’en profite pas ; il faut bien le châtier dans son orgueil et lui faire sentir sa faiblesse. »

― Mais dans ces fléaux l’homme de bien succombe comme le pervers ; cela est-il juste ?

« Pendant la vie, l’homme rapporte tout à son corps ; mais après la mort, il pense autrement et comme nous l’avons dit : la vie du corps est peu de chose ; un siècle de votre monde est un éclair dans l’éternité ; donc les souffrances de ce que vous appelez de quelques mois ou de quelques jours ne sont rien ; c’est un enseignement pour vous, et qui vous sert dans l’avenir. Les Esprits, voilà le monde réel, préexistant et survivant à tout (85) ; ce sont les enfants de Dieu et l’objet de toute sa sollicitude ; les corps ne sont que les déguisements sous lesquels ils apparaissent dans le monde. Dans les grandes calamités qui déciment les hommes, c’est comme une armée qui, pendant la guerre, voit ses vêtements usés, déchirés ou perdus. Le général a plus de souci de ses soldats que de leurs habits. »

― Mais les victimes de ces fléaux n’en sont pas moins des victimes ?

« Si l’on considérait la vie pour ce qu’elle est, et combien elle est peu de chose par rapport à l’infini, on y attacherait moins d’importance. Ces victimes trouveront dans une autre existence une large compensation à leurs souffrances si elles savent les supporter sans murmure. »

Que la mort arrive par un fléau ou par une cause ordinaire, il n’en faut pas moins mourir quand l’heure du départ a sonné ; la seule différence est qu’il en part un plus grand nombre à la fois.

Si nous pouvions nous élever par la pensée de manière à dominer l’humanité et à l’embrasser tout entière, ces fléaux si terribles ne nous paraîtraient plus que des orages passagers dans la destinée du monde.

739. Les fléaux destructeurs ont-ils une utilité au point de vue physique, malgré les maux qu’ils occasionnent ?

« Oui, ils changent quelquefois l’état d’une contrée ; mais le bien qui en résulte n’est souvent ressenti que par les générations futures. »

740. Les fléaux ne seraient-ils pas également pour l’homme des épreuves morales qui le mettent aux prises avec les plus dures nécessités ?

« Les fléaux sont des épreuves qui fournissent à l’homme l’occasion d’exercer son intelligence, de montrer sa patience et sa résignation à la volonté de Dieu, et le mettent à même de déployer ses sentiments d’abnégation, de désintéressement et d’amour du prochain, s’il n’est pas dominé par l’égoïsme. »

741. Est-il donné à l’homme de conjurer les fléaux dont il est affligé ?

« Oui, d’une partie ; mais pas comme on l’entend généralement. Beaucoup de fléaux sont la suite de son imprévoyance ; à mesure qu’il acquiert des connaissances et de l’expérience, il peut les conjurer, c’est-à-dire les prévenir s’il sait en rechercher les causes. Mais parmi les maux qui affligent l’humanité, il en est de généraux qui sont dans les décrets de la Providence, et dont chaque individu reçoit plus ou moins le contre-coup ; à ceux-là l’homme ne peut opposer que la résignation à la volonté de Dieu ; et encore ces maux sont souvent aggravés par son insouciance. »

Parmi les fléaux destructeurs, naturels et indépendants de l’homme, il faut ranger en première ligne la peste, la famine, les inondations, les intempéries fatales aux productions de la terre. Mais l’homme n’a-t-il pas trouvé dans la science, dans les travaux d’art, dans le perfectionnement de l’agriculture, dans les assolements et les irrigations, dans l’étude des conditions hygiéniques, les moyens de neutraliser, ou tout au moins d’atténuer bien des désastres ? Certaines contrées jadis ravagées par de terribles fléaux n’en sont-elles pas préservées aujourd’hui ? Que ne fera donc pas l’homme pour son bien-être matériel quand il saura mettre à profit toutes les ressources de son intelligence et quand, au soin de sa conservation personnelle, il saura allier le sentiment d’une véritable charité pour ses semblables ? (707).

Guerres.[modifier]

742. Quelle est la cause qui porte l’homme à la guerre ?

« Prédominance de la nature animale sur la nature spirituelle et assouvissement des passions. Dans l’état de barbarie, les peuples ne connaissent que le droit du plus fort ; c’est pourquoi la guerre est pour eux un état normal. À mesure que l’homme progresse, elle devient moins fréquente, parce qu’il en évite les causes ; et quand elle est nécessaire, il sait y allier l’humanité. »

743. La guerre disparaîtra-t-elle un jour de dessus la terre ?

« Oui, quand les hommes comprendront la justice et pratiqueront la loi de Dieu ; alors tous les peuples seront frères. »

744. Quel a été le but de la Providence en rendant la guerre nécessaire ?

« La liberté et le progrès. »

― Si la guerre doit avoir pour effet d’arriver à la liberté, comment se fait-il qu’elle ait souvent pour but et pour résultat l’asservissement ?

« Asservissement momentané pour tasser les peuples, afin de les faire arriver plus vite. »

745. Que penser de celui qui suscite la guerre à son profit ?

« Celui-là est le vrai coupable, et lui faudra bien des existences pour expier tous les meurtres dont il aura été la cause, car il répondra de chaque homme dont il aura causé la mort pour satisfaire son ambition. »

Meurtre.[modifier]

746. Le meurtre est-il un crime aux yeux de Dieu ?

« Oui, un grand crime ; car celui qui ôte la vie à son semblable tranche une vie d’expiation ou de mission, et là est le mal. »

747. Le meurtre a-t-il toujours le même degré de culpabilité ?

« Nous l’avons déjà dit, Dieu est juste ; il juge l’intention plus que le fait. »

748. Dieu excuse-t-il le meurtre en cas de légitime défense ?

« La nécessité peut seule l’excuser ; mais si l’on peut préserver sa vie sans porter atteinte à celle de son agresseur, on doit le faire. »

749. L’homme est-il coupable des meurtres qu’il commet pendant la guerre ?

« Non, lorsqu’il y est contraint par la force ; mais il est coupable des cruautés qu’il commet, et il lui sera tenu compte de son humanité. »

750. Quel est le plus coupable aux yeux de Dieu, du parricide ou de l’infanticide ?

« Tous deux le sont également, car tout crime est un crime. »

751. D’où vient que chez certains peuples déjà avancés au point de vue intellectuel, l’infanticide soit dans les mœurs et consacré par la législation ?

« Le développement intellectuel n’entraîne pas la nécessité du bien ; l’Esprit supérieur en intelligence peut être mauvais ; c’est celui qui a beaucoup vécu sans s’améliorer : il sait. »

Cruauté.[modifier]

752. Peut-on rattacher le sentiment de cruauté à l’instinct de destruction ?

« C’est l’instinct de destruction dans ce qu’il a de plus mauvais, car si la destruction est quelquefois une nécessité, la cruauté ne l’est jamais ; elle est toujours le résultat d’une mauvaise nature. »

753. D’où vient que la cruauté est le caractère dominant des peuples primitifs ?

« Chez les peuples primitifs, comme tu les appelles, la matière l’emporte sur l’Esprit ; ils s’abandonnent aux instincts de la brute, et, comme ils n’ont pas d’autres besoins que ceux de la vie du corps, ils ne songent qu’à leur conservation personnelle, c’est ce qui les rend généralement cruels. Et puis les peuples dont le développement est imparfait sont sous l’empire d’Esprits également imparfaits qui leur sont sympathiques, jusqu’à ce que des peuples plus avancés viennent détruire ou affaiblir cette influence. »

754. La cruauté ne tient-elle pas à l’absence du sens moral ?

« Dis que le sens moral n’est pas développé, mais ne dis pas qu’il est absent, car il existe en principe chez tous les hommes ; c’est ce sens moral qui en fait plus tard des êtres bons et humains. Il existe donc chez le sauvage, mais il y est comme le principe du parfum est dans le germe de la fleur avant qu’elle soit épanouie. »

Toutes les facultés existent chez l’homme à l’état rudimentaire ou latent ; elles se développent selon que les circonstances leur sont plus ou moins favorables. Le développement excessif des unes arrête ou neutralise celui des autres. La surexcitation des instincts matériels étouffe pour ainsi dire le sens moral, comme le développement du sens moral affaiblit peu à peu les facultés purement animales.

755. Comment se fait-il qu’au sein de la civilisation la plus avancée il se trouve des êtres quelquefois aussi cruels que des sauvages ?

« Comme, sur un arbre chargé de bons fruits, il se trouve des avortons. Ce sont, si tu veux, des sauvages qui n’ont de la civilisation que l’habit, des loups égarés au milieu des moutons. Des Esprits d’un ordre inférieur et très arriérés peuvent s’incarner parmi les hommes avancés dans l’espoir d’avancer eux-mêmes ; mais si l’épreuve est trop lourde, le naturel primitif l’emporte. »

756. La société des hommes de bien sera-t-elle un jour purgée des êtres malfaisants ?

« L’humanité progresse ; ces hommes dominés par l’instinct du mal, et qui sont déplacés parmi les gens de bien, disparaîtront peu à peu, comme le mauvais grain se sépare du bon après que celui-ci a été vanné, mais pour renaître sous une autre enveloppe ; et, comme ils auront plus d’expérience, ils comprendront mieux le bien et le mal. Tu en as un exemple dans les plantes et les animaux que l’homme a trouvé l’art de perfectionner, et chez lesquels il développe des qualités nouvelles. Eh bien ! ce n’est qu’après plusieurs générations que le perfectionnement devient complet. C’est l’image des différentes existences de l’homme. »

Duel.[modifier]

757. Le duel peut-il être considéré comme un cas de légitime défense ?

« Non, c’est un meurtre et une habitude absurde, digne des barbares. Avec une civilisation plus avancée et plus morale, l’homme comprendra que le duel est aussi ridicule que les combats que l’on regardait jadis comme le jugement de Dieu. »

758. Le duel peut-il être considéré comme un meurtre de la part de celui qui, connaissant sa propre faiblesse, est à peu près sûr de succomber ?

« C’est un suicide. »

― Et quand les chances sont égales, est-ce un meurtre ou un suicide ?

« C’est l’un et l’autre. »

Dans tous les cas, même dans celui où les chances sont égales, le duelliste est coupable, d’abord parce qu’il attente froidement et de propos délibéré à la vie de son semblable ; secondement, parce qu’il expose sa propre vie inutilement et sans profit pour personne.

759. Quelle est la valeur de ce qu’on appelle le point d’honneur en matière de duel ?

« L’orgueil et la vanité : deux plaies de l’humanité. »

― Mais n’est-il pas des cas où l’honneur se trouve véritablement engagé et où un refus serait une lâcheté ?

« Cela dépend des mœurs et des usages ; chaque pays et chaque siècle ont là-dessus une manière de voir différente ; lorsque les hommes seront meilleurs et plus avancés en morale, ils comprendront que le véritable point d’honneur est au-dessus des passions terrestres, et que ce n’est point en tuant ou en se faisant tuer qu’on répare un tort. »

Il y a plus de grandeur et de véritable honneur à s’avouer coupable si l’on a tort, ou à pardonner si l’on a raison, et dans tous les cas à mépriser les insultes qui ne peuvent nous atteindre.

Peine de mort.[modifier]

760. La peine de mort disparaîtra-t-elle un jour de la législation humaine ?

« La peine de mort disparaîtra incontestablement, et sa suppression marquera un progrès dans l’humanité. Lorsque les hommes seront plus éclairés, la peine de mort sera complètement abolie sur la terre ; les hommes n’auront plus besoin d’être jugés par les hommes. Je parle d’un temps qui est encore assez éloigné de vous. »

Le progrès social laisse sans doute encore beaucoup à désirer, mais on serait injuste envers la société moderne si l’on ne voyait un progrès dans les restrictions apportées à la peine de mort chez les peuples les plus avancés et dans la nature des crimes auxquels on en borne l’application. Si l’on compare les garanties dont la justice, chez ces mêmes peuples, s’efforce d’entourer l’accusé, l’humanité dont elle use envers lui, alors même qu’il est reconnu coupable, avec ce qui se pratiquait dans des temps qui ne sont pas encore très éloignés, on ne peut méconnaître la voie progressive dans laquelle marche l’humanité.

761. La loi de conservation donne à l’homme le droit de préserver sa propre vie ; n’use-t-il pas de ce droit quand il retranche de la société un membre dangereux ?

« Il y a d’autres moyens de se préserver du danger que de le tuer. Il faut d’ailleurs ouvrir au criminel la porte du repentir et non la lui fermer. »

762. Si la peine de mort peut être bannie des sociétés civilisées, n’a-t-elle pas été une nécessité dans des temps moins avancés ?

« Nécessité n’est pas le mot ; l’homme croit toujours une chose nécessaire quand il ne trouve rien de mieux ; à mesure qu’il s’éclaire, il comprend mieux ce qui est juste ou injuste et répudie les excès commis dans les temps d’ignorance au nom de la justice. »

763. La restriction des cas où l’on applique la peine de mort est-elle un indice de progrès dans la civilisation ?

« Peux-tu en douter ? Ton Esprit ne se révolte-t-il pas en lisant le récit des boucheries humaines que l’on faisait jadis au nom de la justice, et souvent en l’honneur de la Divinité ; des tortures que l’on faisait subir au condamné, et même à l’accusé pour lui arracher, par l’excès des souffrances, l’aveu d’un crime que souvent il n’avait pas commis ? Eh bien ! si tu avais vécu dans ces temps-là, tu aurais trouvé cela tout naturel, et peut-être toi, juge, en aurais-tu fait tout autant. C’est ainsi que ce qui paraissait juste dans un temps paraît barbare dans un autre. Les lois divines sont seules éternelles ; les lois humaines changent avec le progrès ; elles changeront encore jusqu’à ce qu’elles soient mises en harmonie avec les lois divines. »

764. Jésus a dit : Qui a tué par l’épée périra par l’épée. Ces paroles ne sont-elles pas la consécration de la peine du talion, et la mort infligée au meurtrier n’est-elle pas l’application de cette peine ?

« Prenez garde ! vous vous êtes mépris sur ces paroles comme sur beaucoup d’autres. La peine du talion, c’est la justice de Dieu ; c’est lui qui l’applique. Vous tous subissez à chaque instant cette peine, car vous êtes punis par où vous avez péché, dans cette vie ou dans une autre ; celui qui a fait souffrir ses semblables sera dans une position où il subira lui-même ce qu’il aura fait endurer ; c’est le sens de ces paroles de Jésus ; mais ne vous a-t-il pas dit aussi : Pardonnez à vos ennemis ; et ne vous a-t-il pas enseigné à demander à Dieu de vous pardonner vos offenses comme vous aurez pardonné vous-mêmes ; c’est-à-dire dans la même proportion que vous aurez pardonné : comprenez bien cela. »

765. Que penser de la peine de mort infligée au nom de Dieu ?

« C’est prendre la place de Dieu dans la justice. Ceux qui agissent ainsi montrent combien ils sont loin de comprendre Dieu, et qu’ils ont encore bien des choses à expier. La peine de mort est un crime quand elle est appliquée au nom de Dieu, et ceux qui l’infligent en sont chargés comme d’autant de meurtres. »

CHAPITRE VII ― VI. ― LOI DE SOCIÉTÉ : 1. Nécessité de la vie sociale. ― 2. Vie d’isolement. Vœu de silence. ― 3. Liens de famille.[modifier]

Nécessité de la vie sociale.[modifier]

766. La vie sociale est-elle dans la nature ?

« Certainement ; Dieu a fait l’homme pour vivre en société. Dieu n’a pas donné inutilement à l’homme la parole et toutes les autres facultés nécessaires à la vie de relation. »

767. L’isolement absolu est-il contraire à la loi de nature ?

« Oui, puisque les hommes cherchent la société par instinct et qu’ils doivent tous concourir au progrès en s’aidant mutuellement. »

768. L’homme, en recherchant la société, ne fait-il qu’obéir à un sentiment personnel, ou bien y a-t-il dans ce sentiment un but providentiel plus général ?

« L’homme doit progresser ; seul, il ne le peut pas, parce qu’il n’a pas toutes les facultés ; il lui faut le contact des autres hommes. Dans l’isolement, il s’abrutit et s’étiole. »

Nul homme n’a des facultés complètes ; par l’union sociale ils se complètent les uns par les autres pour assurer leur bien-être et progresser ; c’est pourquoi, ayant besoin les uns des autres, ils sont faits pour vivre en société et non isolés.

Vie d’isolement. Vœu de silence.[modifier]

769. On conçoit que, comme principe général, la vie sociale soit dans la nature ; mais comme tous les goûts sont aussi dans la nature, pourquoi celui de l’isolement absolu serait-il condamnable, si l’homme y trouve sa satisfaction ?

« Satisfaction d’égoïste. Il y a aussi des hommes qui trouvent une satisfaction à s’enivrer ; les approuves-tu ? Dieu ne peut avoir pour agréable une vie par laquelle on se condamne à n’être utile à personne. »

770. Que penser des hommes qui vivent dans la réclusion absolue pour fuir le contact pernicieux du monde ?

« Double égoïsme. »

― Mais si cette retraite a pour but une expiation en s’imposant une privation pénible, n’est-elle pas méritoire ?

« Faire plus de bien qu’on n’a fait de mal, c’est la meilleure expiation. En évitant un mal, il tombe dans un autre, puisqu’il oublie la loi d’amour et de charité. »

771. Que penser de ceux qui fuient le monde pour se vouer au soulagement des malheureux ?

« Ceux-là s’élèvent en s’abaissant. Ils ont le double mérite de se placer au-dessus des jouissances matérielles, et de faire le bien par l’accomplissement de la loi du travail. »

― Et ceux qui cherchent dans la retraite la tranquillité que réclament certains travaux ?

« Ce n’est point là la retraite absolue de l’égoïste ; ils ne s’isolent pas de la société, puisqu’ils travaillent pour elle. »

772. Que penser du vœu de silence prescrit par certaines sectes dès la plus haute antiquité ?

« Demandez-vous plutôt si la parole est dans la nature, et pourquoi Dieu l’a donnée. Dieu condamne l’abus et non l’usage des facultés qu’il a accordées. Cependant, le silence est utile ; car dans le silence tu te recueilles ; ton esprit devient plus libre et peut alors entrer en communication avec nous ; mais vœu de silence est une sottise. Sans doute, ceux qui regardent ces privations volontaires comme des actes de vertu ont une bonne intention ; mais ils se trompent parce qu’ils ne comprennent pas suffisamment les véritables lois de Dieu. »

Le vœu de silence absolu, de même que le vœu d’isolement, prive l’homme des relations sociales qui peuvent lui fournir les occasions de faire le bien et d’accomplir la loi du progrès.

Liens de famille.[modifier]

773. Pourquoi, chez les animaux, les parents et les enfants ne se reconnaissent-ils plus lorsque ceux-ci n’ont plus besoin de soins ?

« Les animaux vivent de la vie matérielle, et non de la vie morale. La tendresse de la mère pour ses petits a pour principe l’instinct de conservation des êtres auxquels elle a donné le jour ; quand ces êtres peuvent se suffire à eux-mêmes, sa tâche est remplie, la nature ne lui en demande pas davantage ; c’est pourquoi elle les abandonne pour s’occuper des nouveaux venus. »

774. Il y a des personnes qui infèrent de l’abandon des petits des animaux par leurs parents que, chez l’homme, les liens de famille ne sont qu’un résultat des mœurs sociales et non une loi de nature ; qu’en devons-nous penser ?

« L’homme a une autre destinée que les animaux ; pourquoi donc toujours vouloir l’assimiler à eux ? Chez lui, il y a autre chose que des besoins physiques : il y a la nécessité du progrès ; les liens sociaux sont nécessaires au progrès, et les liens de famille resserrent les liens sociaux : voilà pourquoi les liens de famille sont une loi de nature. Dieu a voulu que les hommes apprissent ainsi à s’aimer comme des frères. » (205).

775. Quel serait, pour la société, le résultat du relâchement des liens de famille ?

« Une recrudescence d’égoïsme. »

CHAPITRE VIII ― VII. ― LOI DU PROGRÈS : 1. État de nature. ― 2. Marche du progrès. ― 3. Peuples dégénérés. ― 4. Civilisation. ― 5. Progrès de la législation humaine. ― 6. Influence du spiritisme sur le progrès.[modifier]

État de nature.[modifier]

776. L’état de nature et la loi naturelle sont-ils la même chose ?

« Non, l’état de nature est l’état primitif. La civilisation est incompatible avec l’état de nature, tandis que la loi naturelle contribue au progrès de l’humanité. »

L’état de nature est l’enfance de l’humanité et le point de départ de son développement intellectuel et moral. L’homme étant perfectible, et portant en soi le germe de son amélioration, il n’est point destiné à vivre perpétuellement dans l’état de nature, pas plus qu’il n’est destiné à vivre perpétuellement dans l’enfance ; l’état de nature est transitoire, l’homme en sort par le progrès et la civilisation. La loi naturelle, au contraire, régit l’humanité entière, et l’homme s’améliore à mesure qu’il comprend mieux et pratique mieux cette loi.

777. Dans l’état de nature, l’homme ayant moins de besoins, n’a pas toutes les tribulations qu’il se crée dans un état plus avancé ; que penser de l’opinion de ceux qui regardent cet état comme celui de la plus parfaite félicité sur la terre ?

« Que veux-tu ! c’est le bonheur de la brute ; il y a des gens qui n’en comprennent pas d’autre. C’est être heureux à la manière des bêtes. Les enfants aussi sont plus heureux que les hommes faits. »

778. L’homme peut-il rétrograder vers l’état de nature ?

« Non, l’homme doit progresser sans cesse, et il ne peut retourner à l’état d’enfance. S’il progresse, c’est que Dieu le veut ainsi ; penser qu’il peut rétrograder vers sa condition primitive serait nier la loi du progrès. »

Marche du progrès.[modifier]

779. L’homme puise-t-il en lui la force progressive, ou bien le progrès n’est-il que le produit d’un enseignement ?

« L’homme se développe lui-même naturellement ; mais tous ne progressent pas en même temps et de la même manière ; c’est alors que les plus avancés aident au progrès des autres par le contact social. »

780. Le progrès moral suit-il toujours le progrès intellectuel ?

« Il en est la conséquence, mais il ne le suit pas toujours immédiatement. » (192-365).

― Comment le progrès intellectuel peut-il conduire au progrès moral ?

« En faisant comprendre le bien et le mal ; l’homme, alors, peut choisir. Le développement du libre arbitre suit le développement de l’intelligence et augmente la responsabilité des actes. »

― Comment se fait-il alors que les peuples les plus éclairés soient souvent les plus pervertis ?

« Le progrès complet est le but, mais les peuples, comme les individus, n’y arrivent que pas à pas. Jusqu’à ce que le sens moral se soit développé en eux, ils peuvent même se servir de leur intelligence pour faire le mal. Le moral et l’intelligence sont deux forces qui ne s’équilibrent qu’à la longue. » (365-751).

781. Est-il donné à l’homme de pouvoir arrêter la marche du progrès ?

« Non, mais de l’entraver quelquefois. »

― Que penser des hommes qui tentent d’arrêter la marche du progrès et de faire rétrograder l’humanité ?

« Pauvres êtres que Dieu châtiera ; ils seront renversés par le torrent qu’ils veulent arrêter. »

Le progrès étant une condition de la nature humaine, il n’est au pouvoir de personne de s’y opposer. C’est une force vive que de mauvaises lois peuvent retarder, mais non étouffer. Lorsque ces lois lui deviennent incompatibles, il les brise avec tous ceux qui tentent de les maintenir, et il en sera ainsi jusqu’à ce que l’homme ait mis ses lois en rapport avec la justice divine qui veut le bien pour tous, et non des lois faites par le fort au préjudice du faible.

782. N’y a-t-il pas des hommes qui entravent le progrès de bonne foi, en croyant le favoriser parce qu’ils le voient à leur point de vue, et souvent là où il n’est pas ?

« Petite pierre mise sous la roue d’une grosse voiture, et qui ne l’empêche pas d’avancer. »

783. Le perfectionnement de l’humanité suit-il toujours une marche progressive et lente ?

« Il y a le progrès régulier et lent qui résulte de la force des choses ; mais quand un peuple n’avance pas assez vite, Dieu lui suscite, de temps à autre, une secousse physique ou morale qui le transforme. »

L’homme ne peut rester perpétuellement dans l’ignorance, parce qu’il doit arriver au but marqué par la Providence : il s’éclaire par la force des choses. Les révolutions morales, comme les révolutions sociales, s’infiltrent peu à peu dans les idées ; elles germent pendant des siècles, puis tout à coup éclatent et font écrouler l’édifice vermoulu du passé, qui n’est plus en harmonie avec les besoins nouveaux et les aspirations nouvelles.

L’homme n’aperçoit souvent dans ces commotions que le désordre et la confusion momentanés qui le frappent dans ses intérêts matériels ; celui qui élève sa pensée au-dessus de la personnalité admire les desseins de la Providence qui du mal fait sortir le bien. C’est la tempête et l’orage qui assainissent l’atmosphère après l’avoir bouleversée.

784. La perversité de l’homme est bien grande, et ne semble-t-il pas marcher à reculons au lieu d’avancer, du moins au point de vue moral ?

« Tu te trompes ; observe bien l’ensemble et tu verras qu’il avance, puisqu’il comprend mieux ce qui est mal, et que chaque jour il réforme des abus. Il faut l’excès du mal pour faire comprendre la nécessité du bien et des réformes. »

785. Quel est le plus grand obstacle au progrès ?

« L’orgueil et l’égoïsme ; je veux parler du progrès moral, car le progrès intellectuel marche toujours ; il semble même au premier abord donner à ces vices un redoublement d’activité en développant l’ambition et l’amour des richesses qui, à leur tour, excitent l’homme aux recherches qui éclairent son Esprit. C’est ainsi que tout se tient dans le monde moral comme dans le monde physique, et que du mal même peut sortir le bien ; mais cet état de choses n’aura qu’un temps ; il changera à mesure que l’homme comprendra mieux qu’il y a en dehors de la jouissance des biens terrestres un bonheur infiniment plus grand et infiniment plus durable. » (Voyez Égoïsme, chapitre XII).

Il y a deux espèces de progrès qui se prêtent un mutuel appui, et pourtant ne marchent pas de front, c’est le progrès intellectuel et le progrès moral. Chez les peuples civilisés, le premier reçoit, dans ce siècle-ci, tous les encouragements désirables ; aussi a-t-il atteint un degré inconnu jusqu’à nos jours. Il s’en faut que le second soit au même niveau, et cependant si l’on compare les mœurs sociales à quelques siècles de distance, il faudrait être aveugle pour nier le progrès. Pourquoi donc la marche ascendante s’arrêterait-elle plutôt pour le moral que pour l’intelligence ? Pourquoi n’y aurait-il pas entre le dix-neuvième et le vingt-quatrième siècle autant de différence qu’entre le quatorzième et le dix-neuvième ? En douter serait prétendre que l’humanité est à l’apogée de la perfection, ce qui serait absurde, ou qu’elle n’est pas perfectible moralement, ce qui est démenti par l’expérience.

Peuples dégénérés.[modifier]

786. L’histoire nous montre une foule de peuples qui, après les secousses qui les ont bouleversés, sont retombés dans la barbarie ; où est le progrès dans ce cas ?

« Quand ta maison menace ruine, tu l’abats pour en reconstruire une plus solide et plus commode ; mais, jusqu’à ce qu’elle soit reconstruite, il y a trouble et confusion dans ta demeure.

Comprends encore cela : tu étais pauvre et tu habitais une masure ; tu deviens riche et tu la quittes pour habiter un palais. Puis, un pauvre diable comme tu étais vient prendre ta place dans ta masure, et il est encore très content, car avant il n’avait pas d’abri. Eh bien ! apprends donc que les Esprits qui se sont incarnés dans ce peuple dégénéré ne sont pas ceux qui le composaient au temps de sa splendeur ; ceux d’alors qui étaient avancés, sont allés dans des habitations plus parfaites et ont progressé, tandis que d’autres moins avancés ont pris leur place qu’ils quitteront à leur tour. »

787. N’y a-t-il pas des races rebelles au progrès par leur nature ?

« Oui, mais celles-là s’anéantissent chaque jour, corporellement. »

― Quel sera le sort à venir des âmes qui animent ces races ?

« Elles arriveront comme toutes les autres à la perfection en passant par d’autres existences ; Dieu ne déshérite personne. »

― Ainsi, les hommes les plus civilisés ont pu être sauvages et anthropophages ?

« Toi-même tu l’as été plus d’une fois avant d’être ce que tu es. »

788. Les peuples sont des individualités collectives qui, comme les individus, passent par l’enfance, l’âge mûr et la décrépitude ; cette vérité constatée par l’histoire ne peut-elle faire penser que les peuples les plus avancés de ce siècle auront leur déclin et leur fin, comme ceux de l’antiquité ?

« Les peuples qui ne vivent que de la vie du corps, ceux dont la grandeur n’est fondée que sur la force et l’étendue, naissent, croissent et meurent, parce que la force d’un peuple s’épuise comme celle d’un homme ; ceux dont les lois égoïstes jurent avec le progrès des lumières et la charité meurent, parce que la lumière tue les ténèbres et la charité tue l’égoïsme ; mais il y a, pour les peuples comme pour les individus, la vie de l’âme ; ceux dont les lois s’harmonisent avec les lois éternelles du Créateur vivront et seront le flambeau des autres peuples. »

789. Le progrès réunira-t-il un jour tous les peuples de la terre en une seule nation ?

« Non, pas en une seule nation, cela est impossible, car de la diversité des climats naissent des mœurs et des besoins différents qui constituent les nationalités ; c’est pourquoi il leur faudra toujours des lois appropriées à ces mœurs et à ces besoins ; mais la charité ne connaît point de latitudes et ne fait pas de distinction entre la couleur des hommes. Quand la loi de Dieu sera partout la base de la loi humaine, les peuples pratiqueront la charité de l’un à l’autre, comme les individus d’homme à homme ; alors ils vivront heureux et en paix, parce que nul ne cherchera à faire du tort à son voisin, ni à vivre à ses dépens. »

L’humanité progresse par les individus qui s’améliorent peu à peu et s’éclairent ; alors, quand ceux-ci l’emportent en nombre, ils prennent le dessus et entraînent les autres. De temps en temps surgissent parmi eux des hommes de génie qui donnent un élan, puis des hommes ayant l’autorité, instruments de Dieu, qui en quelques années la font avancer de plusieurs siècles.

Le progrès des peuples fait encore ressortir la justice de la réincarnation. Les hommes de bien font de louables efforts pour faire avancer une nation moralement et intellectuellement ; la nation transformée sera plus heureuse en ce monde et en l’autre, soit ; mais pendant sa marche lente à travers les siècles, des milliers d’individus meurent chaque jour ; quel est le sort de tous ceux qui succombent dans le trajet ? Leur infériorité relative les prive-t-elle du bonheur réservé aux derniers arrivés ? Ou bien leur bonheur est-il relatif ? La justice divine ne saurait consacrer une telle injustice. Par la pluralité des existences, le droit au bonheur est le même pour tous, car nul n’est déshérité du progrès ; ceux qui ont vécu au temps de la barbarie, pouvant revenir au temps de la civilisation, chez le même peuple ou chez un autre, il en résulte que tous profitent de la marche ascendante.

Mais le système de l’unité des existences présente ici une autre difficulté. Avec ce système l’âme est créée au moment de la naissance ; donc si un homme est plus avancé qu’un autre, c’est que Dieu crée pour lui une âme plus avancée. Pourquoi cette faveur ? Quel mérite a-t-il, lui qui n’a pas vécu plus qu’un autre, moins qu’un autre souvent, pour être doué d’une âme supérieure ? Mais là n’est pas la principale difficulté. Une nation passe, en mille ans, de la barbarie à la civilisation. Si les hommes vivaient mille ans on concevrait que dans cet intervalle ils eussent le temps de progresser ; mais tous les jours il en meurt à tout âge ; ils se renouvellent sans cesse, de telle sorte que chaque jour en voit paraître et disparaître. Au bout des mille ans, il n’y a plus trace des anciens habitants ; la nation, de barbare qu’elle était, est devenue policée ; qu’est-ce qui a progressé ? Sont-ce les individus jadis barbares ? Mais ils sont morts depuis longtemps. Sont-ce les nouveaux venus ? Mais si leur âme est créée au moment de leur naissance, ces âmes n’existaient pas au temps de la barbarie, et il faut alors admettre que les efforts que l’on fait pour civiliser un peuple ont le pouvoir, non pas d’améliorer des âmes imparfaites, mais de faire créer par Dieu des âmes plus parfaites.

Comparons cette théorie du progrès avec celle donnée par les Esprits. Les âmes venues au temps de la civilisation ont eu leur enfance comme toutes les autres, mais elles ont déjà vécu, et sont venues avancées par un progrès antérieur ; elles viennent, attirées par un milieu qui leur est sympathique, et qui est en rapport avec leur état actuel ; de sorte que les soins donnés à la civilisation d’un peuple n’ont pas pour effet de faire créer pour l’avenir des âmes plus parfaites, mais d’attirer celles qui ont déjà progressé, soit qu’elles aient déjà vécu chez ce même peuple au temps de sa barbarie, soit qu’elles viennent d’autre part. Là est encore la clef du progrès de l’humanité tout entière ; quand tous les peuples seront au même niveau pour le sentiment du bien, la terre ne sera le rendez-vous que de bons Esprits qui vivront entre eux dans une union fraternelle, et les mauvais s’y trouvant repoussés et déplacés iront chercher dans des mondes inférieurs le milieu qui leur convient, jusqu’à ce qu’ils soient dignes de venir dans le nôtre transformé. La théorie vulgaire a encore cette conséquence, que les travaux d’amélioration sociale ne profitent qu’aux générations présentes et futures ; leur résultat est nul pour les générations passées qui ont eu le tort de venir trop tôt, et qui deviennent ce qu’elles peuvent, chargées qu’elles sont de leurs actes de barbarie. Selon la doctrine des Esprits, les progrès ultérieurs profitent également à ces générations qui revivent dans des conditions meilleures et peuvent ainsi se perfectionner au foyer de la civilisation. (222).

Civilisation.[modifier]

790. La civilisation est-elle un progrès ou, selon quelques philosophes, une décadence de l’humanité ?

« Progrès incomplet ; l’homme ne passe pas subitement de l’enfance à l’âge mûr. »

― Est-il rationnel de condamner la civilisation ?

« Condamnez plutôt ceux qui en abusent, et non pas l’œuvre de Dieu. »

791. La civilisation s’épurera-t-elle un jour de manière à faire disparaître les maux qu’elle aura produits ?

« Oui, quand le moral sera aussi développé que l’intelligence. Le fruit ne peut venir avant la fleur. »

792. Pourquoi la civilisation ne réalise-t-elle pas immédiatement tout le bien qu’elle pourrait produire ?

« Parce que les hommes ne sont pas encore prêts ni disposés à obtenir ce bien. »

― Ne serait-ce pas aussi parce qu’en créant de nouveaux besoins, elle surexcite des passions nouvelles ?

« Oui, et parce que toutes les facultés de l’Esprit ne progressent pas en même temps ; il faut le temps pour tout. Vous ne pouvez attendre des fruits parfaits d’une civilisation incomplète. » (751-780).

793. À quels signes peut-on reconnaître une civilisation complète ?

« Vous la reconnaîtrez au développement moral. Vous vous croyez bien avancés, parce que vous avez fait de grandes découvertes et des inventions merveilleuses ; que vous êtes mieux logés et mieux vêtus que des sauvages ; mais vous n’aurez vraiment le droit de vous dire civilisés que lorsque vous aurez banni de votre société les vices qui la déshonorent, et que vous vivrez entre vous comme des frères en pratiquant la charité chrétienne ; jusque-là, vous n’êtes que des peuples éclairés, n’ayant parcouru que la première phase de la civilisation. »

La civilisation a ses degrés comme toutes choses. Une civilisation incomplète est un état de transition qui engendre des maux spéciaux, inconnus à l’état primitif ; mais elle n’en constitue pas moins un progrès naturel, nécessaire, qui porte avec soi le remède au mal qu’il fait. À mesure que la civilisation se perfectionne, elle fait cesser quelques-uns des maux qu’elle a engendrés, et ces maux disparaîtront avec le progrès moral.

De deux peuples arrivés au sommet de l’échelle sociale, celui-là seul peut se dire le plus civilisé, dans la véritable acception du mot, chez lequel on trouve le moins d’égoïsme, de cupidité et d’orgueil ; où les habitudes sont plus intellectuelles et morales que matérielles ; où l’intelligence peut se développer avec le plus de liberté ; où il y a le plus de bonté, de bonne foi, de bienveillance et de générosité réciproques ; où les préjugés de caste et de naissance sont le moins enracinés, car ces préjugés sont incompatibles avec le véritable amour du prochain ; où les lois ne consacrent aucun privilège et sont les mêmes pour le dernier comme pour le premier ; où la justice s’exerce avec le moins de partialité ; où le faible trouve toujours appui contre le fort ; où la vie de l’homme, ses croyances et ses opinions sont le mieux respectées ; où il y a le moins de malheureux, et enfin, où tout homme de bonne volonté est toujours sûr de ne point manquer du nécessaire.

Progrès de la législation humaine.[modifier]

794. La société pourrait-elle être régie par les seules lois naturelles sans le secours des lois humaines ?

« Elle le pourrait si on les comprenait bien, et si on avait la volonté de les pratiquer, elles suffiraient ; mais la société a ses exigences, et il lui faut des lois particulières. »

795. Quelle est la cause de l’instabilité des lois humaines ?

« Dans les temps de barbarie, ce sont les plus forts qui ont fait les lois, et ils les ont faites pour eux. Il a bien fallu les modifier à mesure que les hommes ont mieux compris la justice. Les lois humaines sont plus stables à mesure qu’elles se rapprochent de la véritable justice, c’est-à-dire à mesure qu’elles sont faites pour tous, et qu’elles s’identifient avec la loi naturelle. »

La civilisation a créé pour l’homme de nouveaux besoins, et ces besoins sont relatifs à la position sociale qu’il s’est faite. Il a dû régler les droits et les devoirs de cette position par les lois humaines ; mais sous l’influence de ses passions, il a souvent créé des droits et des devoirs imaginaires que condamne la loi naturelle, et que les peuples effacent de leurs codes à mesure qu’ils progressent. La loi naturelle est immuable et la même pour tous ; la loi humaine est variable et progressive ; elle seule a pu consacrer, dans l’enfance des sociétés, le droit du plus fort.

796. La sévérité des lois pénales n’est-elle pas une nécessité dans l’état actuel de la société ?

« Une société dépravée a certainement besoin de lois plus sévères ; malheureusement, ces lois s’attachent plus à punir le mal quand il est fait, qu’à tarir la source du mal. Il n’y a que l’éducation qui puisse réformer les hommes ; alors ils n’auront plus besoin de lois aussi rigoureuses. »

797. Comment l’homme pourra-t-il être amené à réformer ses lois ?

« Cela vient naturellement par la force des choses et l’influence des gens de bien qui le conduisent dans la voie du progrès. Il en a déjà beaucoup réformé et il en réformera bien d’autres. Attends ! »

Influence du spiritisme sur le progrès.[modifier]

798. Le spiritisme deviendra-t-il une croyance vulgaire, ou restera-t-il le partage de quelques personnes ?

« Certainement il deviendra une croyance vulgaire, et il marquera une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, parce qu’il est dans la nature et que le temps est venu où il doit prendre rang parmi les connaissances humaines ; cependant il aura de grandes luttes à soutenir, plus encore contre l’intérêt que contre la conviction, car il ne faut pas se dissimuler qu’il y a des gens intéressés à le combattre, les uns par amour-propre, les autres pour des causes toutes matérielles ; mais les contradicteurs se trouvant de plus en plus isolés seront bien forcés de penser comme tout le monde, sous peine de se rendre ridicules. »

Les idées ne se transforment qu’à la longue, et jamais subitement ; elles s’affaiblissent de génération en génération et finissent par disparaître peu à peu avec ceux qui les professaient, et qui sont remplacés par d’autres individus imbus de nouveaux principes, comme cela a lieu pour les idées politiques. Voyez le paganisme ; il n’est certes personne aujourd’hui qui professe les idées religieuses de ces temps-là ; cependant, plusieurs siècles après l’avènement du christianisme, elles ont laissé des traces que la complète rénovation des races a seule pu effacer. Il en sera de même du spiritisme ; il fait beaucoup de progrès ; mais il y aura encore pendant deux ou trois générations un levain d’incrédulité que le temps seul dissipera. Toutefois sa marche sera plus rapide que celle du christianisme, parce que c’est le christianisme lui-même qui lui ouvre les voies et sur lequel il s’appuie. Le christianisme avait à détruire ; le spiritisme n’a qu’à édifier.

799. De quelle manière le spiritisme peut-il contribuer au progrès ?

« En détruisant le matérialisme qui est une des plaies de la société, il fait comprendre aux hommes où est leur véritable intérêt. La vie future n’étant plus voilée par le doute, l’homme comprendra mieux qu’il peut assurer son avenir par le présent. En détruisant les préjugés de sectes, de castes et de couleurs, il apprend aux hommes la grande solidarité qui doit les unir comme des frères. »

800. N’est-il pas à craindre que le spiritisme ne puisse triompher de l’insouciance des hommes et de leur attachement aux choses matérielles ?

« Ce serait bien peu connaître les hommes, si l’on pensait qu’une cause quelconque pût les transformer comme par enchantement. Les idées se modifient peu à peu selon les individus, et il faut des générations pour effacer complètement les traces des vieilles habitudes. La transformation ne peut donc s’opérer qu’à la longue, graduellement et de proche en proche ; à chaque génération une partie du voile se dissipe ; le spiritisme vient le déchirer tout à fait ; mais en attendant n’aurait-il pour effet, chez un homme, que de le corriger d’un seul défaut, ce serait un pas qu’il lui aurait fait faire, et par cela même un grand bien, car ce premier pas lui rendra les autres plus faciles. »

801. Pourquoi les Esprits n’ont-ils pas enseigné de tout temps ce qu’ils enseignent aujourd’hui ?

« Vous n’enseignez pas aux enfants ce que vous enseignez aux adultes, et vous ne donnez pas au nouveau-né une nourriture qu’il ne pourrait pas digérer ; chaque chose a son temps. Ils ont enseigné beaucoup de choses que les hommes n’ont pas comprises ou qu’ils ont dénaturées, mais qu’ils peuvent comprendre maintenant. Par leur enseignement, même incomplet, ils ont préparé le terrain à recevoir la semence qui va fructifier aujourd’hui. »

802. Puisque le spiritisme doit marquer un progrès dans l’humanité, pourquoi les Esprits ne hâtent-ils pas ce progrès par des manifestations tellement générales et tellement patentes que la conviction serait portée chez les plus incrédules ?

« Vous voudriez des miracles ; mais Dieu les sème à pleines mains sous vos pas, et vous avez encore des hommes qui le renient. Le Christ lui-même a-t-il convaincu ses contemporains par les prodiges qu’il a accomplis ? Ne voyez-vous pas aujourd’hui des hommes nier les faits les plus patents qui se passent sous leurs yeux ? N’en avez-vous pas qui disent qu’ils ne croiraient pas quand même ils verraient ? Non ; ce n’est pas par des prodiges que Dieu veut ramener les hommes ; dans sa bonté, il veut leur laisser le mérite de se convaincre par la raison. »

CHAPITRE IX ― VIII. ― LOI D’ÉGALITÉ : 1. Égalité naturelle. ― 2. Inégalité des aptitudes. ― 3. Inégalités sociales. ― 4. Inégalité des richesses. ― 5. Épreuves de la richesse et de la misère. ― 6. Égalité des droits de l’homme et de la femme. ― 7. Égalité devant la tombe.[modifier]

Égalité naturelle.[modifier]

803. Tous les hommes sont-ils égaux devant Dieu ?

« Oui, tous tendent au même but, et Dieu a fait ses lois pour tout le monde. Vous dites souvent : Le soleil luit pour tous, et vous dites là une vérité plus grande et plus générale que vous ne pensez. »

Tous les hommes sont soumis aux mêmes lois de la nature ; tous naissent avec la même faiblesse, sont sujets aux mêmes douleurs, et le corps du riche se détruit comme celui du pauvre. Dieu n’a donc donné à aucun homme de supériorité naturelle, ni par la naissance, ni par la mort : tous sont égaux devant lui.

Inégalité des aptitudes.[modifier]

804. Pourquoi Dieu n’a-t-il pas donné les mêmes aptitudes à tous les hommes ?

« Dieu a créé tous les Esprits égaux, mais chacun d’eux a plus ou moins vécu, et par conséquent plus ou moins acquis ; la différence est dans le degré de leur expérience, et dans leur volonté, qui est le libre arbitre ; de là, les uns se perfectionnent plus rapidement, ce qui leur donne des aptitudes diverses. Le mélange des aptitudes est nécessaire, afin que chacun puisse concourir aux vues de la Providence dans la limite du développement de ses forces physiques et intellectuelles : ce que l’un ne fait pas, l’autre le fait ; c’est ainsi que chacun a son rôle utile. Puis, tous les mondes étant solidaires les uns des autres, il faut bien que les habitants des mondes supérieurs et qui, pour la plupart, sont créés avant le vôtre, viennent y habiter pour vous donner l’exemple. » (361).

805. En passant d’un monde supérieur dans un monde inférieur, l’Esprit conserve-t-il l’intégralité des facultés acquises ?

« Oui, nous l’avons déjà dit, l’Esprit qui a progressé ne rechute point ; il peut choisir, dans son état d’Esprit, une enveloppe plus engourdie ou une position plus précaire que celle qu’il a eue, mais tout cela toujours pour lui servir d’enseignement et l’aider à progresser. » (180).

Ainsi la diversité des aptitudes de l’homme ne tient pas à la nature intime de sa création, mais au degré de perfectionnement auquel sont arrivés les Esprits incarnés en lui. Dieu n’a donc pas créé l’inégalité des facultés, mais il a permis que les différents degrés de développement fussent en contact, afin que les plus avancés pussent aider au progrès des plus arriérés, et aussi afin que les hommes, ayant besoin les uns des autres, comprissent la loi de charité qui doit les unir.

Inégalités sociales.[modifier]

806. L’inégalité des conditions sociales est-elle une loi de nature ?

« Non, elle est l’œuvre de l’homme et non celle de Dieu. »

― Cette inégalité disparaîtra-t-elle un jour ?

« Il n’y a d’éternel que les lois de Dieu. Ne la vois-tu pas s’effacer peu à peu chaque jour ? Cette inégalité disparaîtra avec la prédominance de l’orgueil et de l’égoïsme ; il ne restera que l’inégalité du mérite. Un jour viendra où les membres de la grande famille des enfants de Dieu ne se regarderont plus comme de sang plus ou moins pur ; il n’y a que l’Esprit qui est plus ou moins pur, et cela ne dépend pas de la position sociale. »

807. Que penser de ceux qui abusent de la supériorité de leur position sociale pour opprimer le faible à leur profit ?

« Ceux-là méritent l’anathème ; malheur à eux ! ils seront opprimés à leur tour, et ils renaîtront dans une existence où ils endureront tout ce qu’ils ont fait endurer. » (684).

Inégalité des richesses.[modifier]

808. L’inégalité des richesses n’a-t-elle pas sa source dans l’inégalité des facultés qui donne aux uns plus de moyens d’acquérir qu’aux autres ?

« Oui et non ; et la ruse et le vol, qu’en dis-tu ? »

― La richesse héréditaire n’est pourtant pas le fruit des mauvaises passions ?

« Qu’en sais-tu ? Remonte à la source et tu verras si elle est toujours pure. Sais-tu si dans le principe elle n’a pas été le fruit d’une spoliation ou d’une injustice ? Mais sans parler de l’origine, qui peut être mauvaise, crois-tu que la convoitise du bien, même le mieux acquis, les désirs secrets que l’on conçoit de le posséder plus tôt, soient des sentiments louables ? C’est là ce que Dieu juge, et je t’assure que son jugement est plus sévère que celui des hommes. »

809. Si une fortune a été mal acquise dans l’origine, ceux qui en héritent plus tard en sont-ils responsables ?

« Sans doute ils ne sont pas responsables du mal que d’autres ont pu faire, d’autant moins qu’ils peuvent l’ignorer ; mais sache bien que souvent une fortune n’échoit à un homme que pour lui fournir l’occasion de réparer une injustice. Heureux pour lui s’il le comprend ! s’il le fait au nom de celui qui a commis l’injustice, il sera tenu compte à tous deux de la réparation, car souvent c’est ce dernier qui la provoque. »

810. Sans s’écarter de la légalité, on peut disposer de ses biens d’une manière plus ou moins équitable. Est-on responsable après sa mort des dispositions que l’on a faites ?

« Toute action porte ses fruits ; les fruits des bonnes actions sont doux ; ceux des autres sont toujours amers ; toujours, entendez bien cela. »

811. L’égalité absolue des richesses est-elle possible, et a-t-elle jamais existé ?

« Non, elle n’est pas possible. La diversité des facultés et des caractères s’y oppose. »

― Il y a pourtant des hommes qui croient que là est le remède aux maux de la société ; qu’en pensez-vous ?

« Ce sont des systématiques ou des ambitieux jaloux ; ils ne comprennent pas que l’égalité qu’ils rêvent serait bientôt rompue par la force des choses. Combattez l’égoïsme, c’est là votre plaie sociale, et ne cherchez pas des chimères. »

812. Si l’égalité des richesses n’est pas possible, en est-il de même du bien-être ?

« Non, mais le bien-être est relatif, et chacun pourrait en jouir si l’on s’entendait bien... car le véritable bien-être consiste dans l’emploi de son temps à sa guise, et non à des travaux pour lesquels on ne se sent aucun goût ; et comme chacun a des aptitudes différentes, aucun travail utile ne resterait à faire. L’équilibre existe en tout, c’est l’homme qui veut le déranger. »

― Est-il possible de s’entendre ?

« Les hommes s’entendront quand ils pratiqueront la loi de justice. »

813. Il y a des gens qui tombent dans le dénuement et la misère par leur faute ; la société ne peut en être responsable ?

« Si ; nous l’avons déjà dit, elle est souvent la première cause de ces fautes ; et d’ailleurs ne doit-elle pas veiller à leur éducation morale ? C’est souvent la mauvaise éducation qui a faussé leur jugement au lieu d’étouffer chez eux les tendances pernicieuses. » (685).

Épreuves de la richesse et de la misère.[modifier]

814. Pourquoi Dieu a-t-il donné aux uns les richesses et la puissance, et aux autres la misère ?

« Pour les éprouver chacun d’une manière différente. D’ailleurs, vous le savez, ces épreuves, ce sont les Esprits eux-mêmes qui les ont choisies, et souvent ils y succombent. »

815. Laquelle des deux épreuves est la plus redoutable pour l’homme, celle du malheur ou celle de la fortune ?

« Elles le sont autant l’une que l’autre. La misère provoque le murmure contre la Providence, la richesse excite à tous les excès. »

816. Si le riche a plus de tentations, n’a-t-il pas aussi plus de moyens de faire le bien ?

« C’est justement ce qu’il ne fait pas toujours ; il devient égoïste, orgueilleux et insatiable ; ses besoins augmentent avec sa fortune, et il croit n’en avoir jamais assez pour lui seul. »

L’élévation dans ce monde et l’autorité sur ses semblables sont des épreuves tout aussi grandes et tout aussi glissantes que le malheur ; car plus on est riche et puissant, plus on a d’obligations à remplir, et plus sont grands les moyens de faire le bien et le mal. Dieu éprouve le pauvre par la résignation, et le riche par l’usage qu’il fait de ses biens et de sa puissance.

La richesse et le pouvoir font naître toutes les passions qui nous attachent à la matière et nous éloignent de la perfection spirituelle ; c’est pourquoi Jésus a dit : « Je vous le dis, en vérité, il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. » (266).

Égalité des droits de l’homme et de la femme.[modifier]

817. L’homme et la femme sont-ils égaux devant Dieu et ont-ils les mêmes droits ?

« Dieu n’a-t-il pas donné à tous les deux l’intelligence du bien et du mal et la faculté de progresser ? »

818. D’où vient l’infériorité morale de la femme en certaines contrées ?

« C’est par l’empire injuste et cruel que l’homme a pris sur elle. C’est un résultat des institutions sociales, et de l’abus de la force sur la faiblesse. Chez les hommes peu avancés au point de vue moral, la force fait le droit. »

819. Dans quel but la femme a-t-elle plus de faiblesse physique que l’homme ?

« Pour lui assigner des fonctions particulières. L’homme est pour les travaux rudes, comme étant le plus fort ; la femme pour les travaux doux, et tous les deux pour s’entraider à passer les épreuves d’une vie pleine d’amertume. »

820. La faiblesse physique de la femme ne la place-t-elle pas naturellement sous la dépendance de l’homme ?

« Dieu a donné aux uns la force pour protéger le faible et non pour l’asservir. »

Dieu a approprié l’organisation de chaque être aux fonctions qu’il doit accomplir. S’il a donné à la femme une moins grande force physique, il l’a douée en même temps d’une plus grande sensibilité en rapport avec la délicatesse des fonctions maternelles et la faiblesse des êtres confiés à ses soins.

821. Les fonctions auxquelles la femme est destinée par la nature ont-elles une importance aussi grande que celles qui sont dévolues à l’homme ?

« Oui, et plus grande ; c’est elle qui lui donne les premières notions de la vie. »

822. Les hommes étant égaux devant la loi de Dieu doivent-ils l’être également devant la loi des hommes ?

« C’est le premier principe de justice : Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît. »

― D’après cela, une législation, pour être parfaitement juste, doit-elle consacrer l’égalité des droits entre l’homme et la femme ?

« Des droits, oui ; des fonctions, non ; il faut que chacun ait une place attitrée ; que l’homme s’occupe du dehors et la femme du dedans, chacun selon son aptitude. La loi humaine, pour être équitable, doit consacrer l’égalité des droits entre l’homme et la femme ; tout privilège accordé à l’un ou à l’autre est contraire à la justice. L’émancipation de la femme suit le progrès de la civilisation ; son asservissement marche avec la barbarie. Les sexes, d’ailleurs, n’existent que par l’organisation physique ; puisque les Esprits peuvent prendre l’un et l’autre, il n’y a point de différence entre eux sous ce rapport, et par conséquent ils doivent jouir des mêmes droits. »

Égalité devant la tombe.[modifier]

823. D’où vient le désir de perpétuer sa mémoire par des monuments funèbres ?

« Dernier acte d’orgueil. »

― Mais la somptuosité des monuments funèbres n’est-elle pas plus souvent le fait des parents qui veulent honorer la mémoire du défunt, que celui du défunt lui-même ?

« Orgueil des parents qui veulent se glorifier eux-mêmes. Oh ! oui, ce n’est pas toujours pour le mort que l’on fait toutes ces démonstrations : c’est par amour-propre et pour le monde, et pour faire parade de sa richesse. Crois-tu que le souvenir d’un être chéri soit moins durable dans le cœur du pauvre, parce que celui-ci ne peut mettre qu’une fleur sur sa tombe ? Crois-tu que le marbre sauve de l’oubli celui qui a été inutile sur la terre ? »

824. Blâmez-vous d’une manière absolue la pompe des funérailles ?

« Non ; quand elle honore la mémoire d’un homme de bien, elle est juste et d’un bon exemple. »

La tombe est le rendez-vous de tous les hommes ; là finissent impitoyablement toutes distinctions humaines. C’est en vain que le riche veut perpétuer sa mémoire par de fastueux monuments ; le temps les détruira comme le corps ; ainsi le veut la nature. Le souvenir de ses bonnes et de ses mauvaises actions sera moins périssable que son tombeau ; la pompe des funérailles ne le lavera pas de ses turpitudes, et ne le fera pas monter d’un échelon dans la hiérarchie spirituelle. (320 et suivants).

CHAPITRE X ― IX. ― LOI DE LIBERTÉ : 1. Liberté naturelle. ― 2. Esclavage. ― 3. Liberté de penser. ― 4. Liberté de conscience. ― 5. Libre arbitre. ― 6. Fatalité. ― 7. Connaissance de l’avenir. ― 8. Résumé théorique du mobile des actions de l’homme.[modifier]

Liberté naturelle.[modifier]

825. Est-il des positions dans le monde où l’homme puisse se flatter de jouir d’une liberté absolue ?

« Non, parce que tous vous avez besoin les uns des autres, les petits comme les grands. »

826. Quelle serait la condition dans laquelle l’homme pourrait jouir d’une liberté absolue ?

« L’ermite dans un désert. Dès qu’il y a deux hommes ensemble, ils ont des droits à respecter et n’ont, par conséquent, plus de liberté absolue. »

827. L’obligation de respecter les droits d’autrui ôte-t-elle à l’homme le droit de s’appartenir à lui-même ?

« Nullement, car c’est un droit qu’il tient de la nature. »

828. Comment concilier les opinions libérales de certains hommes avec le despotisme qu’ils exercent souvent eux-mêmes dans leur intérieur et sur leurs subordonnés ?

« Ils ont l’intelligence de la loi naturelle, mais elle est contre-balancée par l’orgueil et l’égoïsme. Ils comprennent ce qui doit être, quand leurs principes ne sont pas une comédie jouée par calcul, mais ils ne le font pas. »

― Leur sera-t-il tenu compte dans l’autre vie des principes qu’ils ont professés ici-bas ?

« Plus on a d’intelligence pour comprendre un principe, moins on est excusable de ne pas l’appliquer à soi-même. Je vous dis, en vérité, que l’homme simple, mais sincère, est plus avancé dans la voie de Dieu que celui qui veut paraître ce qu’il n’est pas. »

Esclavage.[modifier]

829. Y a-t-il des hommes qui soient, par la nature, voués à être la propriété d’autres hommes ?

« Toute sujétion absolue d’un homme à un autre homme est contraire à la loi de Dieu. L’esclavage est un abus de la force ; il disparaît avec le progrès comme disparaîtront peu à peu tous les abus. »

La loi humaine qui consacre l’esclavage est une loi contre nature, puisqu’elle assimile l’homme à la brute et le dégrade moralement et physiquement.

830. Lorsque l’esclavage est dans les mœurs d’un peuple, ceux qui en profitent sont-ils répréhensibles, puisqu’ils ne font que se conformer à un usage qui leur paraît naturel ?

« Le mal est toujours le mal, et tous vos sophismes ne feront pas qu’une mauvaise action devienne bonne ; mais la responsabilité du mal est relative aux moyens qu’on a de le comprendre. Celui qui tire profit de la loi de l’esclavage est toujours coupable d’une violation de la loi de nature ; mais en cela, comme en toutes choses, la culpabilité est relative. L’esclavage étant passé dans les mœurs de certains peuples, l’homme a pu en profiter de bonne foi et comme d’une chose qui lui semblait naturelle ; mais dès que sa raison plus développée, et surtout éclairée par les lumières du christianisme, lui a montré dans l’esclave son égal devant Dieu, il n’a plus d’excuse. »

831. L’inégalité naturelle des aptitudes ne place-t-elle pas certaines races humaines sous la dépendance des races les plus intelligentes ?

« Oui, pour les relever, et non pour les abrutir encore davantage par la servitude. Les hommes ont trop longtemps regardé certaines races humaines comme des animaux travailleurs munis de bras et de mains qu’ils se sont cru le droit de vendre comme des bêtes de somme. Ils se croient d’un sang plus pur ; insensés qui ne voient que la matière ! Ce n’est pas le sang qui est plus ou moins pur, mais bien l’Esprit. » (361-803).

832. Il y a des hommes qui traitent leurs esclaves avec humanité ; qui ne les laissent manquer de rien et pensent que la liberté les exposerait à plus de privations ; qu’en dites-vous ?

« Je dis que ceux-là comprennent mieux leurs intérêts ; ils ont aussi grand soin de leurs bœufs et de leurs chevaux, afin d’en tirer plus de profit au marché. Ils ne sont pas aussi coupables que ceux qui les maltraitent, mais ils n’en disposent pas moins comme d’une marchandise, en les privant du droit de s’appartenir. »

Liberté de penser.[modifier]

833. Y a-t-il en l’homme quelque chose qui échappe à toute contrainte, et pour laquelle il jouisse d’une liberté absolue ?

« C’est dans la pensée que l’homme jouit d’une liberté sans limite, car elle ne connaît pas d’entraves. On peut en arrêter l’essor, mais non l’anéantir. »

834. L’homme est-il responsable de sa pensée ?

« Il en est responsable devant Dieu ; Dieu seul pouvant la connaître, il la condamne ou l’absout selon la justice. »

Liberté de conscience.[modifier]

835. La liberté de conscience est-elle une conséquence de la liberté de penser ?

« La conscience est une pensée intime qui appartient à l’homme, comme toutes les autres pensées. »

836. L’homme a-t-il le droit de mettre des entraves à la liberté de conscience ?

« Pas plus qu’à la liberté de penser, car à Dieu seul appartient le droit de juger la conscience. Si l’homme règle par ses lois les rapports d’homme à homme, Dieu, par les lois de la nature, règle les rapports de l’homme avec Dieu. »

837. Quel est le résultat des entraves mises à la liberté de conscience ?

« Contraindre les hommes à agir autrement qu’ils ne pensent, c’est en faire des hypocrites. La liberté de conscience est un des caractères de la vraie civilisation et du progrès. »

838. Toute croyance est-elle respectable, alors même qu’elle serait notoirement fausse ?

« Toute croyance est respectable quand elle est sincère et qu’elle conduit à la pratique du bien. Les croyances blâmables sont celles qui conduisent au mal. »

839. Est-on répréhensible de scandaliser dans sa croyance celui qui ne pense pas comme nous ?

« C’est manquer de charité et porter atteinte à la liberté de penser. »

840. Est-ce porter atteinte à la liberté de conscience que d’apporter des entraves à des croyances de nature à troubler la société ?

« On peut réprimer les actes, mais la croyance intime est inaccessible. »

Réprimer les actes extérieurs d’une croyance quand ces actes portent un préjudice quelconque à autrui, ce n’est point porter atteinte à la liberté de conscience, car cette répression laisse à la croyance son entière liberté.

841. Doit-on, par respect pour la liberté de conscience, laisser se propager des doctrines pernicieuses, ou bien peut-on, sans porter atteinte à cette liberté, chercher à ramener dans la voie de la vérité ceux qui sont égarés par de faux principes ?

« Certainement on le peut et même on le doit ; mais enseignez, à l’exemple de Jésus, par la douceur et la persuasion, et non par la force, ce qui serait pis que la croyance de celui que l’on voudrait convaincre. S’il y a quelque chose qu’il soit permis d’imposer, c’est le bien et la fraternité ; mais nous ne croyons pas que le moyen de les faire admettre soit d’agir avec violence : la conviction ne s’impose pas. »

842. Toutes les doctrines ayant la prétention d’être l’unique expression de la vérité, à quels signes peut-on reconnaître celle qui a le droit de se poser comme telle ?

« Ce sera celle qui fait le plus d’hommes de bien et le moins d’hypocrites, c’est-à-dire pratiquant la loi d’amour et de charité dans sa plus grande pureté et dans son application la plus large. À ce signe vous reconnaîtrez qu’une doctrine est bonne, car toute doctrine qui aurait pour conséquence de semer la désunion et d’établir une démarcation entre les enfants de Dieu ne peut être que fausse et pernicieuse. »

Libre arbitre.[modifier]

843. L’homme a-t-il le libre arbitre de ses actes ?

« Puisqu’il a la liberté de penser, il a celle d’agir. Sans libre arbitre l’homme serait une machine. »

844. L’homme jouit-il du libre arbitre depuis sa naissance ?

« Il y a liberté d’agir dès qu’il y a volonté de faire. Dans les premiers temps de la vie la liberté est à peu près nulle ; elle se développe et change d’objet avec les facultés. L’enfant ayant des pensées en rapport avec les besoins de son âge, il applique son libre arbitre aux choses qui lui sont nécessaires. »

845. Les prédispositions instinctives que l’homme apporte en naissant ne sont-elles pas un obstacle à l’exercice du libre arbitre ?

« Les prédispositions instinctives sont celles de l’Esprit avant son incarnation ; selon qu’il est plus ou moins avancé, elles peuvent le solliciter à des actes répréhensibles, et il sera secondé en cela par les Esprits qui sympathisent avec ces dispositions ; mais il n’y a point d’entraînement irrésistible quand on a la volonté de résister. Rappelez-vous que vouloir c’est pouvoir. » (361).

846. L’organisation est-elle sans influence sur les actes de la vie, et si elle a une influence, n’est-ce pas aux dépens du libre arbitre ?

« L’Esprit est certainement influencé par la matière qui peut l’entraver dans ses manifestations ; voilà pourquoi, dans les mondes où les corps sont moins matériels que sur la terre, les facultés se déploient avec plus de liberté, mais l’instrument ne donne pas la faculté. Au reste, il faut distinguer ici les facultés morales des facultés intellectuelles ; si un homme a l’instinct du meurtre, c’est assurément son propre Esprit qui le possède et qui le lui donne, mais non pas ses organes. Celui qui annihile sa pensée pour ne s’occuper que de la matière devient semblable à la brute, et pire encore, car il ne songe plus à se prémunir contre le mal, et c’est en cela qu’il est fautif, puisqu’il agit ainsi par sa volonté. » (Voyez n° 367 et suivants ― Influence de l’organisme).

847. L’aberration des facultés ôte-t-elle à l’homme le libre arbitre ?

« Celui dont l’intelligence est troublée par une cause quelconque n’est plus le maître de sa pensée, et dès lors n’a plus de liberté. Cette aberration est souvent une punition pour l’Esprit qui, dans une autre existence, peut avoir été vain et orgueilleux et avoir fait un mauvais usage de ses facultés. Il peut renaître dans le corps d’un idiot, comme le despote dans le corps d’un esclave, et le mauvais riche dans celui d’un mendiant ; mais l’Esprit souffre de cette contrainte dont il a parfaite conscience ; c’est là qu’est l’action de la matière. » (371 et suivants).

848. L’aberration des facultés intellectuelles par l’ivresse excuse-t-elle les actes répréhensibles ?

« Non, car l’ivrogne s’est volontairement privé de sa raison pour satisfaire des passions brutales : au lieu d’une faute il en commet deux. »

849. Quelle est, chez l’homme à l’état sauvage, la faculté dominante : l’instinct, ou le libre arbitre ?

« L’instinct ; ce qui ne l’empêche pas d’agir avec une entière liberté pour certaines choses ; mais, comme l’enfant, il applique cette liberté à ses besoins, et elle se développe avec l’intelligence ; par conséquent, toi qui es plus éclairé qu’un sauvage, tu es aussi plus responsable de ce que tu fais qu’un sauvage. »

850. La position sociale n’est-elle pas quelquefois un obstacle à l’entière liberté des actes ?

« Le monde a sans doute ses exigences ; Dieu est juste : il tient compte de tout, mais il vous laisse la responsabilité du peu d’efforts que vous faites pour surmonter les obstacles. »

Fatalité.[modifier]

851. Y a-t-il une fatalité dans les événements de la vie, selon le sens attaché à ce mot ; c’est-à-dire tous les événements sont-ils arrêtés d’avance, et dans ce cas, que devient le libre arbitre ?

« La fatalité n’existe que par le choix qu’a fait l’Esprit en s’incarnant de subir telle ou telle épreuve ; en la choisissant, il se fait une sorte de destin qui est la conséquence même de la position où il se trouve placé ; je parle des épreuves physiques, car pour ce qui est des épreuves morales et des tentations, l’Esprit, conservant son libre arbitre sur le bien et sur le mal, est toujours le maître de céder ou de résister. Un bon Esprit, en le voyant faiblir, peut venir à son aide, mais ne peut influer sur lui de manière à maîtriser sa volonté. Un Esprit mauvais, c’est-à-dire inférieur, en lui montrant, en lui exagérant un péril physique, peut l’ébranler et l’effrayer ; mais la volonté de l’Esprit incarné n’en reste pas moins libre de toute entrave. »

852. Il y a des gens qu’une fatalité semble poursuivre indépendamment de leur manière d’agir ; le malheur n’est-il pas dans leur destinée ?

« Ce sont peut-être des épreuves qu’ils doivent subir et qu’ils ont choisies ; mais encore une fois vous mettez sur le compte de la destinée ce qui n’est le plus souvent que la conséquence de votre propre faute. Dans les maux qui t’affligent, tâche que ta conscience soit pure et tu seras à moitié consolé. »

Les idées justes ou fausses que nous nous faisons des choses nous font réussir ou échouer selon notre caractère et notre position sociale. Nous trouvons plus simple et moins humiliant pour notre amour-propre d’attribuer nos échecs au sort ou à la destinée qu’à notre propre faute. Si l’influence des Esprits y contribue quelquefois, nous pouvons toujours nous soustraire à cette influence en repoussant les idées qu’ils nous suggèrent, quand elles sont mauvaises.

853. Certaines personnes n’échappent à un danger mortel que pour tomber dans un autre ; il semble qu’elles ne pouvaient échapper à la mort. N’y a-t-il pas fatalité ?

« Il n’y a de fatal, dans le vrai sens du mot, que l’instant de la mort ; quand ce moment est venu, que ce soit par un moyen ou par un autre, vous ne pouvez vous y soustraire. »

― Ainsi, quel que soit le danger qui nous menace, nous ne mourons pas si l’heure n’est pas arrivée ?

« Non, tu ne périras pas, et tu en as des milliers d’exemples ; mais quand ton heure est venue de partir, rien ne peut t’y soustraire. Dieu sait à l’avance de quel genre de mort tu partiras d’ici, et souvent ton Esprit le sait aussi, car cela lui est révélé quand il fait choix de telle ou telle existence. »

854. De l’infaillibilité de l’heure de la mort suit-il que les précautions que l’on prend pour l’éviter sont inutiles ?

« Non, car les précautions que vous prenez vous sont suggérées en vue d’éviter la mort qui vous menace ; elles sont un des moyens pour qu’elle n’ait pas lieu. »

855. Quel est le but de la Providence en nous faisant courir des dangers qui ne doivent pas avoir de suite ?

« Lorsque ta vie est mise en péril, c’est un avertissement que toi-même as désiré afin de te détourner du mal et te rendre meilleur. Lorsque tu échappes à ce péril, encore sous l’influence du danger que tu as couru, tu songes plus ou moins fortement, selon l’action plus ou moins forte des bons Esprits, à devenir meilleur. Le mauvais Esprit survenant (je dis mauvais, sous-entendant le mal qui est encore en lui), tu penses que tu échapperas de même à d’autres dangers, et tu laisses de nouveau tes passions se déchaîner. Par les dangers que vous courez, Dieu vous rappelle votre faiblesse et la fragilité de votre existence. Si l’on examine la cause et la nature du péril, on verra que, le plus souvent, les conséquences eussent été la punition d’une faute commise ou d’un devoir négligé. Dieu vous avertit ainsi de rentrer en vous-mêmes et de vous amender. » (526-532).

856. L’Esprit sait-il d’avance le genre de mort auquel il doit succomber ?

« Il sait que le genre de vie qu’il choisit l’expose à mourir de telle manière plutôt que de telle autre ; mais il sait également les luttes qu’il aura à soutenir pour l’éviter, et que, si Dieu le permet, il ne succombera pas. »

857. Il y a des hommes qui affrontent les périls des combats avec cette persuasion que leur heure n’est pas venue ; y a-t-il quelque chose de fondé dans cette confiance ?

« Très souvent l’homme a le pressentiment de sa fin, comme il peut avoir celui qu’il ne mourra pas encore. Ce pressentiment lui vient de ses Esprits protecteurs qui veulent l’avertir de se tenir prêt à partir, ou qui relèvent son courage dans les moments où il lui est le plus nécessaire. Il peut lui venir encore de l’intuition qu’il a de l’existence qu’il a choisie, ou de la mission qu’il a acceptée, et qu’il sait devoir accomplir. » (411-522).

858. D’où vient que ceux qui pressentent leur mort la redoutent généralement moins que les autres ?

« C’est l’homme qui redoute la mort et non l’Esprit ; celui qui la pressent pense plus comme Esprit que comme homme : il comprend sa délivrance, et il attend. »

859. Si la mort ne peut être évitée quand elle doit avoir lieu, en est-il de même de tous les accidents qui nous arrivent dans le cours de la vie ?

« Ce sont souvent d’assez petites choses pour que nous puissions vous en prévenir, et quelquefois vous les faire éviter en dirigeant votre pensée, car nous n’aimons pas la souffrance matérielle ; mais cela est peu important à la vie que vous avez choisie. La fatalité, véritablement, ne consiste que dans l’heure où vous devez apparaître et disparaître ici-bas. »

― Y a-t-il des faits devant forcément arriver et que la volonté des Esprits ne puisse conjurer ?

« Oui, mais que toi, à l’état d’Esprit, tu as vus et pressentis quand tu as fait ton choix. Cependant ne crois pas que tout ce qui arrive soit écrit, comme on le dit ; un événement est souvent la conséquence d’une chose que tu as faite par un acte de ta libre volonté, de telle sorte que si tu n’avais pas fait cette chose l’événement n’aurait pas eu lieu. Si tu te brûles le doigt, ce n’est rien ; c’est la suite de ton imprudence et la conséquence de la matière ; il n’y a que les grandes douleurs, les événements importants et pouvant influer sur le moral qui sont prévus par Dieu, parce qu’ils sont utiles à ton épuration et à ton instruction. »

860. L’homme, par sa volonté et par ses actes, peut-il faire que des événements qui devraient avoir lieu ne soient pas, et réciproquement ?

« Il le peut, si cette déviation apparente peut entrer dans la vie qu’il a choisie. Puis, pour faire le bien, comme ce doit être, et comme c’est le seul but de la vie, il peut empêcher le mal, surtout celui qui pourrait contribuer à un mal plus grand. »

861. L’homme qui commet un meurtre sait-il, en choisissant son existence, qu’il deviendra assassin ?

« Non ; il sait que, choisissant une vie de lutte, il y a chance pour lui de tuer un de ses semblables, mais il ignore s’il le fera, car il y a presque toujours en lui délibération avant de commettre le crime ; or, celui qui délibère sur une chose est toujours libre de la faire ou de ne pas la faire. Si l’Esprit savait d’avance que, comme homme, il doit commettre un meurtre, c’est qu’il y serait prédestiné. Sachez donc qu’il n’y a personne de prédestiné au crime, et que tout crime ou tout acte quelconque est toujours le fait de la volonté et du libre arbitre.

Au reste, vous confondez toujours deux choses bien distinctes : les événements matériels de la vie et les actes de la vie morale. S’il y a fatalité quelquefois, c’est dans ces événements matériels dont la cause est en dehors de vous et qui sont indépendants de votre volonté. Quant aux actes de la vie morale, ils émanent toujours de l’homme même, qui a toujours, par conséquent, la liberté du choix ; pour ces actes il n’y a donc jamais fatalité. »

862. Il y a des personnes auxquelles rien ne réussit, et qu’un mauvais génie semble poursuivre dans toutes leurs entreprises ; n’est-ce pas là ce qu’on peut appeler la fatalité ?

« C’est bien de la fatalité, si tu veux l’appeler ainsi, mais elle tient au choix du genre d’existence, parce que ces personnes ont voulu être éprouvées par une vie de déception, afin d’exercer leur patience et leur résignation. Cependant ne crois pas que cette fatalité soit absolue ; elle est souvent le résultat de la fausse route qu’elles ont prise, et qui n’est pas en rapport avec leur intelligence et leurs aptitudes. Celui qui veut traverser une rivière à la nage sans savoir nager a grande chance de se noyer ; il en est ainsi dans la plupart des événements de la vie. Si l’homme n’entreprenait que des choses en rapport avec ses facultés, il réussirait presque toujours ; ce qui le perd c’est son amour-propre et son ambition, qui le font sortir de sa voie et prendre pour une vocation le désir de satisfaire certaines passions. Il échoue et c’est sa faute ; mais au lieu de s’en prendre à lui, il aime mieux en accuser son étoile. Tel eût fait un bon ouvrier et gagné honorablement sa vie, qui sera un mauvais poète et mourra de faim. Il y aurait place pour tout le monde si chacun savait se mettre à sa place. »

863. Les mœurs sociales n’obligent-elles pas souvent un homme à suivre telle voie plutôt que telle autre, et n’est-il pas soumis au contrôle de l’opinion dans le choix de ses occupations ? Ce qu’on appelle le respect humain, n’est-il pas un obstacle à l’exercice du libre arbitre ?

« Ce sont les hommes qui font les mœurs sociales et non Dieu ; s’ils s’y soumettent, c’est que cela leur convient, et c’est encore là un acte de leur libre arbitre, puisque s’ils le voulaient ils pourraient s’en affranchir ; alors pourquoi se plaindre ? Ce ne sont pas les mœurs sociales qu’ils doivent accuser, mais leur sot amour-propre qui leur fait préférer mourir de faim plutôt que de déroger. Personne ne leur tient compte de ce sacrifice fait à l’opinion, tandis que Dieu leur tiendra compte du sacrifice de leur vanité. Ce n’est pas à dire qu’il faille braver cette opinion sans nécessité, comme certaines gens qui ont plus d’originalité que de véritable philosophie ; il y a autant de déraison à se faire montrer au doigt ou regarder comme une bête curieuse, qu’il y a de sagesse à descendre volontairement et sans murmure, quand on ne peut se maintenir sur le haut de l’échelle. »

864. S’il y a des gens auxquels le sort est contraire, d’autres semblent être favorisés, car tout leur réussit ; à quoi cela tient-il ?

« C’est souvent parce qu’ils savent mieux s’y prendre ; mais ce peut être aussi un genre d’épreuve ; le succès les enivre ; ils se fient à leur destinée, et ils payent souvent plus tard ces mêmes succès par de cruels revers qu’ils eussent pu éviter avec de la prudence. »

865. Comment expliquer la chance qui favorise certaines personnes dans les circonstances où la volonté ni l’intelligence ne sont pour rien : au jeu, par exemple ?

« Certains Esprits ont choisi d’avance certaines sortes de plaisir ; la chance qui les favorise est une tentation. Celui qui gagne comme homme perd comme Esprit : c’est une épreuve pour son orgueil et sa cupidité. »

866. La fatalité qui semble présider aux destinées matérielles de notre vie serait donc encore l’effet de notre libre arbitre ?

« Toi-même as choisi ton épreuve : plus elle est rude, mieux tu la supportes, plus tu t’élèves. Ceux-là qui passent leur vie dans l’abondance et le bonheur humain sont de lâches Esprits qui demeurent stationnaires. Ainsi le nombre des infortunés l’emporte de beaucoup sur celui des heureux de ce monde, attendu que les Esprits cherchent pour la plupart l’épreuve qui leur sera la plus fructueuse. Ils voient trop bien la futilité de vos grandeurs et de vos jouissances. D’ailleurs, la vie la plus heureuse est toujours agitée, toujours troublée : ne serait-ce que par l’absence de la douleur. » (525 et suivants).

867. D’où vient l’expression : Être né sous une heureuse étoile ?

« Vieille superstition qui rattachait les étoiles à la destinée de chaque homme ; allégorie que certaines gens ont la sottise de prendre à la lettre. »

Connaissance de l’avenir.[modifier]

868. L’avenir peut-il être révélé à l’homme ?

« En principe l’avenir lui est caché, et ce n’est que dans des cas rares et exceptionnels que Dieu en permet la révélation. »

869. Dans quel but l’avenir est-il caché à l’homme ?

« Si l’homme connaissait l’avenir, il négligerait le présent et n’agirait pas avec la même liberté, parce qu’il serait dominé par la pensée que, si une chose doit arriver, il n’a pas à s’en occuper, ou bien il chercherait à l’entraver. Dieu n’a pas voulu qu’il en fût ainsi, afin que chacun concourût à l’accomplissement des choses, même de celles auxquelles il voudrait s’opposer ; ainsi toi-même, tu prépares souvent, sans t’en douter, les événements qui surviendront dans le cours de ta vie. »

870. Puisqu’il est utile que l’avenir soit caché, pourquoi Dieu en permet-il quelquefois la révélation ?

« C’est lorsque cette connaissance préalable doit faciliter l’accomplissement de la chose au lieu de l’entraver, en engageant à agir autrement qu’on n’eût fait sans cela. Et puis, souvent c’est une épreuve. La perspective d’un événement peut éveiller des pensées plus ou moins bonnes ; si un homme doit savoir, par exemple, qu’il fera un héritage sur lequel il ne compte pas, il pourra être sollicité par le sentiment de la cupidité, par la joie d’augmenter ses jouissances terrestres, par le désir de posséder plus tôt en souhaitant peut-être la mort de celui qui doit lui laisser sa fortune ; ou bien cette perspective éveillera en lui de bons sentiments et des pensées généreuses. Si la prédiction ne s’accomplit pas, c’est une autre épreuve : celle de la manière dont il supportera la déception ; mais il n’en aura pas moins le mérite ou le tort des pensées bonnes ou mauvaises que la croyance à l’événement a fait naître en lui. »

871. Puisque Dieu sait tout, il sait également si un homme doit succomber ou non dans une épreuve ; dès lors, quelle est la nécessité de cette épreuve, puisqu’elle ne peut rien apprendre à Dieu qu’il ne sache déjà sur le compte de cet homme ?

« Autant vaudrait demander pourquoi Dieu n’a pas créé l’homme parfait et accompli (119) ; pourquoi l’homme passe par l’enfance avant d’arriver à l’état d’adulte (379). L’épreuve n’a pas pour but d’éclairer Dieu sur le mérite de cet homme, car Dieu sait parfaitement ce qu’il vaut, mais de laisser à cet homme toute la responsabilité de son action, puisqu’il est libre de la faire ou de ne pas la faire. L’homme ayant le choix entre le bien et le mal, l’épreuve a pour effet de le mettre aux prises avec la tentation du mal et de lui laisser tout le mérite de la résistance ; or, quoique Dieu sache très bien d’avance s’il réussira ou non, il ne peut, dans sa justice, ni le punir ni le récompenser pour un acte qui n’a pas été accompli. » (258).

Il en est ainsi parmi les hommes. Quelque capable que soit un aspirant, quelque certitude qu’on ait de le voir réussir, on ne lui confère aucun grade sans examen, c’est-à-dire sans épreuve ; de même le juge ne condamne un accusé que sur un acte consommé et non sur la prévision qu’il peut ou doit consommer cet acte.

Plus on réfléchit aux conséquences qui résulteraient pour l’homme de la connaissance de l’avenir, plus on voit combien la Providence a été sage de le lui cacher. La certitude d’un événement heureux le plongerait dans l’inaction ; celle d’un événement malheureux, dans le découragement ; dans l’un et l’autre cas ses forces seraient paralysées. C’est pourquoi l’avenir n’est montré à l’homme que comme un but qu’il doit atteindre par ses efforts, mais sans connaître la filière par laquelle il doit passer pour l’atteindre. La connaissance de tous les incidents de la route lui ôterait son initiative et l’usage de son libre arbitre ; il se laisserait entraîner à la pente fatale des événements, sans exercer ses facultés. Quand le succès d’une chose est assuré, on ne s’en préoccupe plus.

Résumé théorique du mobile des actions de l’homme.[modifier]

872. La question du libre arbitre peut se résumer ainsi : L’homme n’est point fatalement conduit au mal ; les actes qu’il accomplit ne sont point écrits d’avance ; les crimes qu’il commet ne sont point le fait d’un arrêt du destin. Il peut, comme épreuve et comme expiation, choisir une existence où il aura les entraînements du crime, soit par le milieu où il se trouve placé, soit par des circonstances qui surviennent, mais il est toujours libre d’agir ou de ne pas agir. Ainsi le libre arbitre existe à l’état d’Esprit dans le choix de l’existence et des épreuves, et à l’état corporel dans la faculté de céder ou de résister aux entraînements auxquels nous nous sommes volontairement soumis. C’est à l’éducation à combattre ces mauvaises tendances ; elle le fera utilement quand elle sera basée sur l’étude approfondie de la nature morale de l’homme. Par la connaissance des lois qui régissent cette nature morale, on parviendra à la modifier, comme on modifie l’intelligence par l’instruction et le tempérament par l’hygiène.

L’Esprit dégagé de la matière, et à l’état errant, fait choix de ses existences corporelles futures selon le degré de perfection auquel il est arrivé, et c’est en cela, comme nous l’avons dit, que consiste surtout son libre arbitre. Cette liberté n’est point annulée par l’incarnation ; s’il cède à l’influence de la matière, c’est qu’il succombe sous les épreuves mêmes qu’il a choisies, et c’est pour l’aider à les surmonter qu’il peut invoquer l’assistance de Dieu et des bons Esprits. (337).

Sans le libre arbitre l’homme n’a ni tort dans le mal, ni mérite dans le bien ; et cela est tellement reconnu que, dans le monde, on proportionne toujours le blâme ou l’éloge à l’intention, c’est-à-dire à la volonté ; or, qui dit volonté dit liberté. L’homme ne saurait donc chercher une excuse de ses méfaits dans son organisation, sans abdiquer sa raison et sa condition d’être humain, pour s’assimiler à la brute. S’il en était ainsi pour le mal, il en serait de même pour le bien ; mais quand l’homme fait le bien, il a grand soin de s’en faire un mérite, et n’a garde d’en gratifier ses organes, ce qui prouve qu’instinctivement il ne renonce pas, malgré l’opinion de quelques systématiques, au plus beau privilège de son espèce : la liberté de penser.

La fatalité, telle qu’on l’entend vulgairement, suppose la décision préalable et irrévocable de tous les événements de la vie, quelle qu’en soit l’importance. Si tel était l’ordre des choses, l’homme serait une machine sans volonté. À quoi lui servirait son intelligence, puisqu’il serait invariablement dominé dans tous ses actes par la puissance du destin ? Une telle doctrine, si elle était vraie, serait la destruction de toute liberté morale ; il n’y aurait plus pour l’homme de responsabilité, et par conséquent ni bien, ni mal, ni crimes, ni vertus. Dieu, souverainement juste, ne pourrait châtier sa créature pour des fautes qu’il n’aurait pas dépendu d’elle de ne pas commettre, ni la récompenser pour des vertus dont elle n’aurait pas le mérite. Une pareille loi serait en outre la négation de la loi du progrès, car l’homme qui attendrait tout du sort ne tenterait rien pour améliorer sa position, puisqu’il n’en serait ni plus ni moins.

La fatalité n’est pourtant pas un vain mot ; elle existe dans la position que l’homme occupe sur la terre et dans les fonctions qu’il y remplit, par suite du genre d’existence dont son Esprit a fait choix, comme épreuve, expiation ou mission ; il subit fatalement toutes les vicissitudes de cette existence, et toutes les tendances bonnes ou mauvaises qui y sont inhérentes ; mais là s’arrête la fatalité, car il dépend de sa volonté de céder ou non à ces tendances. Le détail des événements est subordonné aux circonstances qu’il provoque lui-même par ses actes, et sur lesquelles peuvent influer les Esprits par les pensées qu’ils lui suggèrent. (459).

La fatalité est donc dans les événements qui se présentent, puisqu’ils sont la conséquence du choix de l’existence fait par l’Esprit ; elle peut ne pas être dans le résultat de ces événements, puisqu’il peut dépendre de l’homme d’en modifier le cours par sa prudence ; elle n’est jamais dans les actes de la vie morale.

C’est dans la mort que l’homme est soumis d’une manière absolue à l’inexorable loi de la fatalité ; car il ne peut échapper à l’arrêt qui fixe le terme de son existence, ni au genre de mort qui doit en interrompre le cours.

Selon la doctrine vulgaire, l’homme puiserait tous ses instincts en lui-même ; ils proviendraient, soit de son organisation physique dont il ne saurait être responsable, soit de sa propre nature dans laquelle il peut chercher une excuse à ses propres yeux, en disant que ce n’est pas sa faute s’il est ainsi fait. La doctrine spirite est évidemment plus morale : elle admet chez l’homme le libre arbitre dans toute sa plénitude ; et en lui disant que s’il fait mal, il cède à une mauvaise suggestion étrangère, elle lui en laisse toute la responsabilité, puisqu’elle lui reconnaît le pouvoir de résister, chose évidemment plus facile que s’il avait à lutter contre sa propre nature. Ainsi, selon la doctrine spirite, il n’y a pas d’entraînement irrésistible : l’homme peut toujours fermer l’oreille à la voix occulte qui le sollicite au mal dans son for intérieur, comme il peut la fermer à la voix matérielle de celui qui lui parle ; il le peut par sa volonté, en demandant à Dieu la force nécessaire, et en réclamant à cet effet l’assistance des bons Esprits. C’est ce que Jésus nous apprend dans la sublime prière de l’Oraison dominicale, quand il nous fait dire : « Ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. »

Cette théorie de la cause excitante de nos actes ressort évidemment de tout l’enseignement donné par les Esprits ; non seulement elle est sublime de moralité, mais nous ajouterons qu’elle relève l’homme à ses propres yeux ; elle le montre libre de secouer un joug obsesseur, comme il est libre de fermer sa maison aux importuns ; ce n’est plus une machine agissant par une impulsion indépendante de sa volonté, c’est un être de raison, qui écoute, qui juge et qui choisit librement entre deux conseils. Ajoutons que, malgré cela, l’homme n’est point privé de son initiative ; il n’en agit pas moins de son propre mouvement, puisqu’en définitive il n’est qu’un Esprit incarné qui conserve, sous l’enveloppe corporelle, les qualités et les défauts qu’il avait comme Esprit. Les fautes que nous commettons ont donc leur source première dans l’imperfection de notre propre Esprit, qui n’a pas encore atteint la supériorité morale qu’il aura un jour, mais qui n’en a pas moins son libre arbitre ; la vie corporelle lui est donnée pour se purger de ses imperfections par les épreuves qu’il y subit, et ce sont précisément ces imperfections qui le rendent plus faible et plus accessible aux suggestions des autres Esprits imparfaits, qui en profitent pour tâcher de le faire succomber dans la lutte qu’il a entreprise. S’il sort vainqueur de cette lutte, il s’élève ; s’il échoue, il reste ce qu’il était, ni plus mauvais, ni meilleur : c’est une épreuve à recommencer, et cela peut durer longtemps ainsi. Plus il s’épure, plus ses côtés faibles diminuent, et moins il donne de prise à ceux qui le sollicitent au mal ; sa force morale croît en raison de son élévation, et les mauvais Esprits s’éloignent de lui.

Tous les Esprits, plus ou moins bons, alors qu’ils sont incarnés, constituent l’espèce humaine ; et, comme notre terre est un des mondes les moins avancés, il s’y trouve plus de mauvais Esprits que de bons, voilà pourquoi nous y voyons tant de perversité. Faisons donc tous nos efforts pour n’y pas revenir après cette station, et pour mériter d’aller nous reposer dans un monde meilleur, dans un de ces mondes privilégiés où le bien règne sans partage, et où nous ne nous souviendrons de notre passage ici-bas que comme d’un temps d’exil.

CHAPITRE XI ― X. ― LOI DE JUSTICE, D’AMOUR ET DE CHARITÉ : 1. Justice et droits naturels. ― 2. Droit de propriété. Vol. ― 3. Charité et amour du prochain. ― 4. Amour maternel et filial.[modifier]

Justice et droits naturels.[modifier]

873. Le sentiment de la justice est-il dans la nature, ou le résultat d’idées acquises ?

« Il est tellement dans la nature que vous vous révoltez à la pensée d’une injustice. Le progrès moral développe sans doute ce sentiment, mais il ne le donne pas : Dieu l’a mis dans le cœur de l’homme ; voilà pourquoi vous trouvez souvent chez des hommes simples et primitifs des notions plus exactes de la justice que chez ceux qui ont beaucoup de savoir. »

874. Si la justice est une loi de nature, comment se fait-il que les hommes l’entendent d’une manière si différente, et que l’un trouve juste ce qui paraît injuste à l’autre ?

« C’est qu’il s’y mêle souvent des passions qui altèrent ce sentiment, comme la plupart des autres sentiments naturels, et font voir les choses sous un faux point de vue. »

875. Comment peut-on définir la justice ?

« La justice consiste dans le respect des droits de chacun. »

― Qu’est-ce qui détermine ces droits ?

« Ils le sont par deux choses : la loi humaine et la loi naturelle. Les hommes ayant fait des lois appropriées à leurs mœurs et à leur caractère, ces lois ont établi des droits qui ont pu varier avec le progrès des lumières. Voyez si vos lois d’aujourd’hui, sans être parfaites, consacrent les mêmes droits qu’au moyen âge ; ces droits surannés, qui vous paraissent monstrueux, semblaient justes et naturels à cette époque. Le droit établi par les hommes n’est donc pas toujours conforme à la justice ; il ne règle d’ailleurs que certains rapports sociaux, tandis que, dans la vie privée, il est une foule d’actes qui sont uniquement du ressort du tribunal de la conscience. »

876. En dehors du droit consacré par la loi humaine, quelle est la base de la justice fondée sur la loi naturelle ?

« Le Christ vous l’a dit : Vouloir pour les autres ce que vous voudriez pour vous-même. Dieu a mis dans le cœur de l’homme la règle de toute véritable justice, par le désir de chacun de voir respecter ses droits. Dans l’incertitude de ce qu’il doit faire à l’égard de son semblable dans une circonstance donnée, que l’homme se demande comment il voudrait qu’on en usât envers lui en pareille circonstance : Dieu ne pouvait lui donner un guide plus sûr que sa propre conscience. »

Le critérium de la véritable justice est, en effet, de vouloir pour les autres ce qu’on voudrait pour soi-même, et non de vouloir pour soi ce qu’on voudrait pour les autres, ce qui n’est pas du tout la même chose. Comme il n’est pas naturel de se vouloir du mal, en prenant son désir personnel pour type ou point de départ, on est certain de ne jamais vouloir que du bien pour son prochain. De tout temps, et dans toutes les croyances, l’homme a toujours cherché à faire prévaloir son droit personnel ; le sublime de la religion chrétienne a été de prendre le droit personnel pour base du droit du prochain.

877. La nécessité pour l’homme de vivre en société entraîne-t-elle pour lui des obligations particulières ?

« Oui, et la première de toutes est de respecter les droits de ses semblables ; celui qui respectera ces droits sera toujours juste. Dans votre monde où tant d’hommes ne pratiquent pas la loi de justice, chacun use de représailles, et c’est là ce qui fait le trouble et la confusion de votre société. La vie sociale donne des droits et impose des devoirs réciproques. »

878. L’homme pouvant se faire illusion sur l’étendue de son droit, qu’est-ce qui peut lui en faire connaître la limite ?

« La limite du droit qu’il reconnaît à son semblable envers lui dans la même circonstance et réciproquement. »

― Mais si chacun s’attribue les droits de son semblable, que devient la subordination envers les supérieurs ? N’est-ce pas l’anarchie de tous les pouvoirs ?

« Les droits naturels sont les mêmes pour tous les hommes depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; Dieu n’a pas fait les uns d’un limon plus pur que les autres, et tous sont égaux devant lui. Ces droits sont éternels ; ceux que l’homme a établis périssent avec ses institutions. Du reste, chacun sent bien sa force ou sa faiblesse, et saura toujours avoir une sorte de déférence pour celui qui le méritera par sa vertu et sa sagesse. C’est important de mettre cela, afin que ceux qui se croient supérieurs connaissent leurs devoirs pour mériter ces déférences. La subordination ne sera point compromise, quand l’autorité sera donnée à la sagesse. »

879. Quel serait le caractère de l’homme qui pratiquerait la justice dans toute sa pureté ?

« Le vrai juste, à l’exemple de Jésus ; car il pratiquerait aussi l’amour du prochain et la charité, sans lesquels il n’y a pas de véritable justice. »

Droit de propriété. Vol.[modifier]

880. Quel est le premier de tous les droits naturels de l’homme ?

« C’est de vivre ; c’est pourquoi nul n’a le droit d’attenter à la vie de son semblable, ni de rien faire qui puisse compromettre son existence corporelle. »

881. Le droit de vivre donne-t-il à l’homme le droit d’amasser de quoi vivre pour se reposer quand il ne pourra plus travailler ?

« Oui, mais il doit le faire en famille, comme l’abeille, par un travail honnête, et ne pas amasser comme un égoïste. Certains animaux mêmes lui donnent l’exemple de la prévoyance. »

882. L’homme a-t-il le droit de défendre ce qu’il a amassé par le travail ?

« Dieu n’a-t-il pas dit : Tu ne déroberas point ; et Jésus : Il faut rendre à César ce qui appartient à César ? »

Ce que l’homme amasse par un travail honnête est une propriété légitime qu’il a le droit de défendre, car la propriété qui est le fruit du travail est un droit naturel aussi sacré que celui de travailler et de vivre.

883. Le désir de posséder est-il dans la nature ?

« Oui ; mais quand c’est pour soi seul et pour sa satisfaction personnelle, c’est de l’égoïsme. »

― Cependant le désir de posséder n’est-il pas légitime, puisque celui qui a de quoi vivre n’est à charge à personne ?

« Il y a des hommes insatiables et qui accumulent sans profit pour personne, ou pour assouvir leurs passions. Crois-tu que cela soit bien vu de Dieu ? Celui au contraire qui amasse par son travail, en vue de venir en aide à ses semblables, pratique la loi d’amour et de charité, et son travail est béni de Dieu. »

884. Quel est le caractère de la propriété légitime ?

« Il n’y a de propriété légitime que celle qui a été acquise sans préjudice pour autrui. » (808).

La loi d’amour et de justice défendant de faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît, condamne par cela même tout moyen d’acquérir qui serait contraire à cette loi.

885. Le droit de propriété est-il indéfini ?

« Sans doute, tout ce qui est acquis légitimement est une propriété ; mais, comme nous l’avons dit, la législation des hommes étant imparfaite consacre souvent des droits de convention que la justice naturelle réprouve. C’est pourquoi ils réforment leurs lois à mesure que le progrès s’accomplit et qu’ils comprennent mieux la justice. Ce qui semble parfait dans un siècle semble barbare dans le siècle suivant. » (795).

Charité et amour du prochain.[modifier]

886. Quel est le véritable sens du mot charité tel que l’entendait Jésus ?

« Bienveillance pour tout le monde, indulgence pour les imperfections d’autrui, pardon des offenses. »

L’amour et la charité sont le complément de la loi de justice, car aimer son prochain, c’est lui faire tout le bien qui est en notre pouvoir et que nous voudrions qui nous fût fait à nous-mêmes. Tel est le sens des paroles de Jésus : Aimez-vous les uns les autres comme des frères.

La charité, selon Jésus, n’est pas restreinte à l’aumône ; elle embrasse tous les rapports que nous avons avec nos semblables, qu’ils soient nos inférieurs, nos égaux ou nos supérieurs. Elle nous commande l’indulgence, parce que nous en avons besoin nous-mêmes ; elle nous défend d’humilier l’infortune, contrairement à ce qui se pratique trop souvent. Qu’une personne riche se présente, on a pour elle mille égards, mille prévenances ; si elle est pauvre, on semble n’avoir pas besoin de se gêner avec elle. Plus sa position est à plaindre, plus on doit craindre au contraire d’ajouter à son malheur par l’humiliation. L’homme vraiment bon cherche à relever l’inférieur à ses propres yeux, en diminuant la distance.

887. Jésus a dit aussi : Aimez même vos ennemis. Or, l’amour pour nos ennemis n’est-il pas contraire à nos tendances naturelles, et l’inimitié ne provient-elle pas du défaut de sympathie entre les Esprits ?

« Sans doute on ne peut pas avoir pour ses ennemis un amour tendre et passionné ; ce n’est pas ce qu’il a voulu dire ; aimer ses ennemis, c’est leur pardonner et leur rendre le bien pour le mal ; par là on leur devient supérieur ; par la vengeance on se place au-dessous d’eux. »

888. Que penser de l’aumône ?

« L’homme réduit à demander l’aumône se dégrade au moral et au physique : il s’abrutit. Dans une société basée sur la loi de Dieu et la justice, il doit être pourvu à la vie du faible sans humiliation pour lui. Elle doit assurer l’existence de ceux qui ne peuvent travailler, sans laisser leur vie à la merci du hasard et de la bonne volonté. »

― Est-ce que vous blâmez l’aumône ?

« Non ; ce n’est pas l’aumône qui est blâmable, c’est souvent la manière dont elle est faite. L’homme de bien qui comprend la charité selon Jésus va au-devant du malheureux sans attendre qu’il lui tende la main.

La vraie charité est toujours bonne et bienveillante ; elle est autant dans la manière que dans le fait. Un service rendu avec délicatesse double de prix ; s’il l’est avec hauteur, le besoin peut le faire accepter, mais le cœur en est peu touché.

Souvenez-vous aussi que l’ostentation enlève aux yeux de Dieu le mérite du bienfait. Jésus a dit : Que votre main gauche ignore ce que donne votre main droite ; il vous apprend par là à ne point ternir la charité par l’orgueil.

Il faut distinguer l’aumône proprement dite de la bienfaisance. Le plus nécessiteux n’est pas toujours celui qui demande ; la crainte d’une humiliation retient le vrai pauvre, et souvent il souffre sans se plaindre ; c’est celui-là que l’homme vraiment humain sait aller chercher sans ostentation.

Aimez-vous les uns les autres, c’est toute la loi, loi divine par laquelle Dieu gouverne les mondes. L’amour est la loi d’attraction pour les êtres vivants et organisés ; l’attraction est la loi d’amour pour la matière inorganique.

N’oubliez jamais que l’Esprit, quel que soit son degré d’avancement, sa situation comme réincarnation ou erraticité, est toujours placé entre un supérieur qui le guide et le perfectionne, et un inférieur vis-à-vis duquel il a les mêmes devoirs à remplir. Soyez donc charitables, non seulement de cette charité qui vous porte à tirer de votre bourse l’obole que vous donnez froidement à celui qui ose vous la demander, mais allez au-devant des misères cachées. Soyez indulgents pour les travers de vos semblables ; au lieu de mépriser l’ignorance et le vice, instruisez-les et moralisez-les ; soyez doux et bienveillants pour tout ce qui vous est inférieur ; soyez le même à l’égard des êtres les plus infimes de la création, et vous aurez obéi à la loi de Dieu. »

SAINT VINCENT DE PAUL.

889. N’y a-t-il pas des hommes réduits à la mendicité par leur faute ?

« Sans doute, mais si une bonne éducation morale leur eût appris à pratiquer la loi de Dieu, ils ne tomberaient pas dans les excès qui causent leur perte ; c’est de là surtout que dépend l’amélioration de votre globe. » (707).

Amour maternel et filial.[modifier]

890. L’amour maternel est-il une vertu ou un sentiment instinctif commun aux hommes et aux animaux ?

« C’est l’un et l’autre. La nature a donné à la mère l’amour de ses enfants dans l’intérêt de leur conservation ; mais chez l’animal cet amour est limité aux besoins matériels : il cesse quand les soins deviennent inutiles ; chez l’homme il persiste toute la vie, et comporte un dévouement et une abnégation qui sont de la vertu ; il survit même à la mort, et suit l’enfant au-delà du tombeau ; vous voyez bien qu’il y a en lui autre chose que chez l’animal. » (205-385).

891. Puisque l’amour maternel est dans la nature, pourquoi y a-t-il des mères qui haïssent leurs enfants, et cela souvent dès leur naissance ?

« C’est quelquefois une épreuve choisie par l’Esprit de l’enfant, ou une expiation si lui-même a été mauvais père, ou mauvaise mère, ou mauvais fils, dans une autre existence (392). Dans tous les cas, la mauvaise mère ne peut être animée que par un mauvais Esprit qui tâche d’entraver celui de l’enfant afin qu’il succombe sous l’épreuve qu’il a voulue ; mais cette violation des lois de la nature ne sera pas impunie, et l’Esprit de l’enfant sera récompensé des obstacles qu’il aura surmontés. »

892. Lorsque des parents ont des enfants qui leur causent des chagrins, ne sont-ils pas excusables de n’avoir pas pour eux la tendresse qu’ils auraient eue dans le cas contraire ?

« Non, car c’est une charge qui leur est confiée, et leur mission est de faire tous leurs efforts pour les ramener au bien (582-583). Mais ces chagrins sont souvent la suite du mauvais pli qu’ils leur ont laissé prendre dès le berceau ; ils récoltent alors ce qu’ils ont semé. »

CHAPITRE XII ― PERFECTION MORALE : 1. Les vertus et les vices. ― 2. Des passions. ― 3. De l’égoïsme. ― 4. Caractères de l’homme de bien. ― 5. Connaissance de soi-même.[modifier]

Les vertus et les vices.[modifier]

893. Quelle est la plus méritoire de toutes les vertus ?

« Toutes les vertus ont leur mérite, parce que toutes sont des signes de progrès dans la voie du bien. Il y a vertu toutes les fois qu’il y a résistance volontaire à l’entraînement des mauvais penchants ; mais le sublime de la vertu consiste dans le sacrifice de l’intérêt personnel pour le bien de son prochain sans arrière-pensée ; la plus méritoire est celle qui est fondée sur la charité la plus désintéressée. »

894. Il y a des gens qui font le bien par un mouvement spontané, sans qu’ils aient à vaincre aucun sentiment contraire ; ont-ils autant de mérite que ceux qui ont à lutter contre leur propre nature et qui la surmontent ?

« Ceux qui n’ont point à lutter, c’est que chez eux le progrès est accompli : ils ont lutté jadis et ils ont triomphé ; c’est pourquoi les bons sentiments ne leur coûtent aucun effort, et leurs actions leur paraissent toutes simples : le bien est devenu pour eux une habitude. On doit donc les honorer comme de vieux guerriers qui ont conquis leurs grades.

Comme vous êtes encore loin de la perfection, ces exemples vous étonnent par le contraste, et vous les admirez d’autant plus qu’ils sont plus rares ; mais sachez bien que dans les mondes plus avancés que le vôtre, ce qui chez vous est une exception est la règle. Le sentiment du bien y est partout spontané, parce qu’ils ne sont habités que par de bons Esprits, et une seule mauvaise intention y serait une exception monstrueuse. Voilà pourquoi les hommes y sont heureux ; il en sera ainsi sur la terre quand l’humanité se sera transformée, et quand elle comprendra et pratiquera la charité dans sa véritable acception. »

895. À part les défauts et les vices sur lesquels personne ne saurait se méprendre, quel est le signe le plus caractéristique de l’imperfection ?

« C’est l’intérêt personnel. Les qualités morales sont souvent comme la dorure mise sur un objet de cuivre et qui ne résiste pas à la pierre de touche. Un homme peut posséder des qualités réelles qui en font, pour tout le monde, un homme de bien ; mais ces qualités, quoiqu’elles soient un progrès, ne supportent pas toujours certaines épreuves, et il suffit quelquefois de toucher à la corde de l’intérêt personnel pour mettre le fond à découvert. Le véritable désintéressement est même chose si rare sur la terre, qu’on l’admire comme un phénomène quand il se présente.

L’attachement aux choses matérielles est un signe notoire d’infériorité, parce que plus l’homme tient aux biens de ce monde, moins il comprend sa destinée ; par le désintéressement, au contraire, il prouve qu’il voit l’avenir d’un point plus élevé. »

896. Il y a des gens désintéressés sans discernement, qui prodiguent leur avoir sans profit réel, faute d’en faire un emploi raisonné ; ont-ils un mérite quelconque ?

« Ils ont le mérite du désintéressement, mais ils n’ont pas celui du bien qu’ils pourraient faire. Si le désintéressement est une vertu, la prodigalité irréfléchie est toujours au moins un manque de jugement. La fortune n’est pas plus donnée à quelques-uns pour être jetée au vent, qu’à d’autres pour être enterrée dans un coffre-fort ; c’est un dépôt dont ils auront à rendre compte, car ils auront à répondre de tout le bien qu’il était en leur pouvoir de faire, et qu’ils n’auront pas fait ; de toutes les larmes qu’ils auraient pu sécher avec l’argent qu’ils ont donné à ceux qui n’en avaient pas besoin. »

897. Celui qui fait le bien, non en vue d’une récompense sur la terre, mais dans l’espoir qu’il lui en sera tenu compte dans l’autre vie, et que sa position y sera d’autant meilleure, est-il répréhensible, et cette pensée lui nuit-elle pour son avancement ?

« Il faut faire le bien par charité, c’est-à-dire avec désintéressement. »

― Cependant chacun a le désir bien naturel de s’avancer pour sortir de l’état pénible de cette vie ; les Esprits eux-mêmes nous enseignent à pratiquer le bien dans ce but ; est-ce donc un mal de penser qu’en faisant le bien on peut espérer mieux que sur la terre ?

« Non, certainement ; mais celui qui fait le bien sans arrière-pensée, et pour le seul plaisir d’être agréable à Dieu et à son prochain souffrant, est déjà à un certain degré d’avancement qui lui permettra d’arriver beaucoup plus tôt au bonheur que son frère qui, plus positif, fait le bien par raisonnement, et n’y est pas poussé par la chaleur naturelle de son cœur. » (894).

― N’y a-t-il pas ici une distinction à faire entre le bien que l’on peut faire à son prochain et le soin que l’on met à se corriger de ses défauts ? Nous concevons que faire le bien avec la pensée qu’il en sera tenu compte dans l’autre vie est peu méritoire ; mais s’amender, vaincre ses passions, corriger son caractère en vue de se rapprocher des bons Esprits et de s’élever, est-ce également un signe d’infériorité ?

« Non, non ; par faire le bien, nous voulons dire être charitable. Celui qui calcule ce que chaque bonne action peut lui rapporter dans la vie future, aussi bien que dans la vie terrestre, agit en égoïste ; mais il n’y a aucun égoïsme à s’améliorer en vue de se rapprocher de Dieu, puisque c’est le but auquel chacun doit tendre. »

898. Puisque la vie corporelle n’est qu’un séjour temporaire ici-bas, et que notre avenir doit être notre principale préoccupation, est-il utile de s’efforcer d’acquérir des connaissances scientifiques qui ne touchent qu’aux choses et aux besoins matériels ?

« Sans doute ; d’abord cela vous met à même de soulager vos frères ; puis, votre Esprit montera plus vite s’il a déjà progressé en intelligence ; dans l’intervalle des incarnations, vous apprendrez en une heure ce qui vous demanderait des années sur votre terre. Aucune connaissance n’est inutile ; toutes contribuent plus ou moins à l’avancement, parce que l’Esprit parfait doit tout savoir, et que le progrès devant s’accomplir en tous sens, toutes les idées acquises aident au développement de l’Esprit. »

899. De deux hommes riches, l’un est né dans l’opulence et n’a jamais connu le besoin ; l’autre doit sa fortune à son travail ; tous les deux l’emploient exclusivement à leur satisfaction personnelle ; quel est le plus coupable ?

« Celui qui a connu les souffrances ; il sait ce que c’est de souffrir ; il connaît la douleur qu’il ne soulage pas, mais trop souvent pour lui il ne s’en souvient plus. »

900. Celui qui accumule sans cesse et sans faire de bien à personne, trouve-t-il une excuse valable dans la pensée qu’il amasse pour laisser davantage à ses héritiers ?

« C’est un compromis avec la mauvaise conscience. »

901. De deux avares, le premier se refuse le nécessaire et meurt de besoin sur son trésor ; le second n’est avare que pour les autres : il est prodigue pour lui-même ; tandis qu’il recule devant le plus léger sacrifice pour rendre service ou faire une chose utile, rien ne lui coûte pour satisfaire ses goûts et ses passions. Lui demande-t-on un service, il est toujours gêné ; veut-il se passer une fantaisie, il a toujours assez. Quel est le plus coupable, et quel est celui qui aura la plus mauvaise place dans le monde des Esprits ?

« Celui qui jouit : il est plus égoïste qu’avare ; l’autre a déjà trouvé une partie de sa punition. »

902. Est-on répréhensible d’envier la richesse, quand c’est par le désir de faire le bien ?

« Le sentiment est louable, sans doute, quand il est pur ; mais ce désir est-il toujours bien désintéressé et ne cache-t-il aucune arrière-pensée personnelle ? La première personne à qui l’on souhaite faire du bien, n’est-ce pas souvent soi-même ? »

903. Est-on coupable d’étudier les défauts des autres ?

« Si c’est pour les critiquer et les divulguer on est très coupable, car c’est manquer de charité ; si c’est pour en faire son profit personnel et les éviter soi-même, cela peut quelquefois être utile ; mais il ne faut pas oublier que l’indulgence pour les défauts d’autrui est une des vertus comprises dans la charité. Avant de faire aux autres un reproche de leurs imperfections, voyez si l’on ne peut dire de vous la même chose. Tâchez donc d’avoir les qualités opposées aux défauts que vous critiquez dans autrui, c’est le moyen de vous rendre supérieur ; lui reprochez-vous d’être avare, soyez généreux ; d’être orgueilleux, soyez humble et modeste ; d’être dur, soyez doux ; d’agir avec petitesse, soyez grand dans toutes vos actions ; en un mot, faites en sorte qu’on ne puisse vous appliquer cette parole de Jésus : Il voit une paille dans l’œil de son voisin, et ne voit pas une poutre dans le sien. »

904. Est-on coupable de sonder les plaies de la société et de les dévoiler ?

« Cela dépend du sentiment qui porte à le faire ; si l’écrivain n’a en vue que de produire du scandale, c’est une jouissance personnelle qu’il se procure en présentant des tableaux qui sont souvent plutôt un mauvais qu’un bon exemple. L’Esprit apprécie, mais il peut être puni de cette sorte de plaisir qu’il prend à révéler le mal. »

― Comment, dans ce cas, juger de la pureté des intentions et de la sincérité de l’écrivain ?

« Cela n’est pas toujours utile ; s’il écrit de bonnes choses, faites-en votre profit ; s’il fait mal, c’est une question de conscience qui le regarde. Du reste, s’il tient à prouver sa sincérité, c’est à lui d’appuyer le précepte par son propre exemple. »

905. Certains auteurs ont publié des œuvres très belles et très morales qui aident au progrès de l’humanité, mais dont eux-mêmes n’ont guère profité ; leur est-il tenu compte, comme Esprits, du bien qu’ont fait leurs œuvres ?

« La morale sans les actions, c’est la semence sans le travail. Que vous sert la semence si vous ne la faites pas fructifier pour vous nourrir ? Ces hommes sont plus coupables, parce qu’ils avaient l’intelligence pour comprendre ; en ne pratiquant pas les maximes qu’ils donnaient aux autres, ils ont renoncé à en cueillir les fruits. »

906. Celui qui fait bien est-il répréhensible d’en avoir conscience, et de se l’avouer à lui-même ?

« Puisqu’il peut avoir la conscience du mal qu’il fait, il doit avoir aussi celle du bien, afin de savoir s’il agit bien ou mal. C’est en pesant toutes ses actions dans la balance de la loi de Dieu, et surtout dans celle de la loi de justice, d’amour et de charité, qu’il pourra se dire si elles sont bonnes ou mauvaises, les approuver ou les désapprouver. Il ne peut donc être répréhensible de reconnaître qu’il a triomphé des mauvaises tendances, et d’en être satisfait, pourvu qu’il n’en tire pas vanité, car alors il tomberait dans un autre travers. » (919).

Des passions.[modifier]

907. Puisque le principe des passions est dans la nature, est-il mauvais en lui-même ?

« Non ; la passion est dans l’excès joint à la volonté, car le principe a été donné à l’homme pour le bien, et elles peuvent le porter à de grandes choses ; c’est l’abus qu’il en fait qui cause le mal. »

908. Comment définir la limite où les passions cessent d’être bonnes ou mauvaises ?

« Les passions sont comme un cheval qui est utile quand il est maîtrisé, et qui est dangereux quand c’est lui qui maîtrise. Reconnaissez donc qu’une passion devient pernicieuse du moment que vous cessez de pouvoir la gouverner et qu’elle a pour résultat un préjudice quelconque pour vous ou pour autrui. »

Les passions sont des leviers qui décuplent les forces de l’homme et l’aident à l’accomplissement des vues de la Providence ; mais si, au lieu de les diriger, l’homme se laisse diriger par elles, il tombe dans les excès, et la force même qui, dans sa main, pouvait faire le bien, retombe sur lui et l’écrase.

Toutes les passions ont leur principe dans un sentiment ou besoin de nature. Le principe des passions n’est donc point un mal, puisqu’il repose sur une des conditions providentielles de notre existence. La passion, proprement dite, est l’exagération d’un besoin ou d’un sentiment ; elle est dans l’excès et non dans la cause ; et cet excès devient un mal quand il a pour conséquence un mal quelconque.

Toute passion qui rapproche l’homme de la nature animale l’éloigne de la nature spirituelle.

Tout sentiment qui élève l’homme au-dessus de la nature animale annonce la prédominance de l’Esprit sur la matière et le rapproche de la perfection.

909. L’homme pourrait-il toujours vaincre ses mauvais penchants par ses efforts ?

« Oui, et quelquefois par de faibles efforts ; c’est la volonté qui lui manque. Hélas ! combien peu de vous font des efforts ! »

910. L’homme peut-il trouver dans les Esprits une assistance efficace pour surmonter ses passions ?

« S’il prie Dieu et son bon génie avec sincérité, les bons Esprits lui viendront certainement en aide, car c’est leur mission. » (459).

911. N’y a-t-il pas des passions tellement vives et irrésistibles que la volonté est impuissante pour les surmonter ?

« Il y a beaucoup de personnes qui disent : Je veux, mais la volonté n’est que sur les lèvres ; elles veulent, et elles sont bien aises que cela ne soit pas. Quand on croit ne pas pouvoir vaincre ses passions, c’est que l’Esprit s’y complaît par suite de son infériorité. Celui qui cherche à les réprimer comprend sa nature spirituelle ; les vaincre est pour lui un triomphe de l’Esprit sur la matière. »

912. Quel est le moyen le plus efficace de combattre la prédominance de la nature corporelle ?

« Faire abnégation de soi-même. »

De l’égoïsme.[modifier]

913. Parmi les vices, quel est celui qu’on peut regarder comme radical ?

« Nous l’avons dit bien des fois, c’est l’égoïsme : de là dérive tout le mal. Étudiez tous les vices, et vous verrez qu’au fond de tous il y a de l’égoïsme ; vous aurez beau les combattre, vous ne parviendrez pas à les extirper tant que vous n’aurez pas attaqué le mal dans sa racine, tant que vous n’aurez pas détruit la cause. Que tous vos efforts tendent donc vers ce but, car là est la véritable plaie de la société. Quiconque veut approcher, dès cette vie, de la perfection morale, doit extirper de son cœur tout sentiment d’égoïsme, car l’égoïsme est incompatible avec la justice, l’amour et la charité : il neutralise toutes les autres qualités. »

914. L’égoïsme étant fondé sur le sentiment de l’intérêt personnel, il paraît bien difficile de l’extirper entièrement du cœur de l’homme ; y parviendra-t-on ?

« À mesure que les hommes s’éclairent sur les choses spirituelles, ils attachent moins de prix aux choses matérielles ; et puis il faut réformer les institutions humaines qui l’entretiennent et l’excitent. Cela dépend de l’éducation. »

915. L’égoïsme étant inhérent à l’espèce humaine, ne sera-t-il pas toujours un obstacle au règne du bien absolu sur la terre ?

« Il est certain que l’égoïsme est votre plus grand mal, mais il tient à l’infériorité des Esprits incarnés sur la terre, et non à l’humanité en elle-même ; or les Esprits, en s’épurant par des incarnations successives, perdent l’égoïsme comme ils perdent leurs autres impuretés. N’avez-vous sur la terre aucun homme dépourvu d’égoïsme et pratiquant la charité ? Il y en a plus que vous ne croyez, mais vous les connaissez peu, parce que la vertu ne cherche pas l’éclat du grand jour ; s’il y en a un, pourquoi n’y en aurait-il pas dix ; s’il y en a dix, pourquoi n’y en aurait-il pas mille, et ainsi de suite ? »

916. L’égoïsme, loin de diminuer, croît avec la civilisation qui semble l’exciter et l’entretenir ; comment la cause pourra-t-elle détruire l’effet ?

« Plus le mal est grand, plus il devient hideux ; il fallait que l’égoïsme fît beaucoup de mal pour faire comprendre la nécessité de l’extirper. Lorsque les hommes auront dépouillé l’égoïsme qui les domine, ils vivront comme des frères, ne se faisant point de mal, s’entraidant réciproquement par le sentiment mutuel de la solidarité ; alors le fort sera l’appui et non l’oppresseur du faible, et l’on ne verra plus d’hommes manquer du nécessaire, parce que tous pratiqueront la loi de justice. C’est le règne du bien que sont chargés de préparer les Esprits. » (784).

917. Quel est le moyen de détruire l’égoïsme ?

« De toutes les imperfections humaines, la plus difficile à déraciner c’est l’égoïsme, parce qu’il tient à l’influence de la matière dont l’homme, encore trop voisin de son origine, n’a pu s’affranchir, et cette influence, tout concourt à l’entretenir : ses lois, son organisation sociale, son éducation. L’égoïsme s’affaiblira avec la prédominance de la vie morale sur la vie matérielle, et surtout avec l’intelligence que le spiritisme vous donne de votre état futur réel, et non dénaturé par les fictions allégoriques ; le spiritisme bien compris, lorsqu’il se sera identifié avec les mœurs et les croyances, transformera les habitudes, les usages, les relations sociales. L’égoïsme est fondé sur l’importance de la personnalité ; or le spiritisme bien compris, je le répète, fait voir les choses de si haut que le sentiment de la personnalité disparaît en quelque sorte devant l’immensité. En détruisant cette importance, ou tout au moins en la faisant voir pour ce qu’elle est, il combat nécessairement l’égoïsme.

C’est le froissement que l’homme éprouve de l’égoïsme des autres qui le rend souvent égoïste lui-même, parce qu’il sent le besoin de se tenir sur la défensive. En voyant que les autres pensent à eux et non à lui, il est conduit à s’occuper de lui plus que des autres. Que le principe de la charité et de la fraternité soit la base des institutions sociales, des rapports légaux de peuple à peuple et d’homme à homme, et l’homme songera moins à sa personne quand il verra que d’autres y ont songé ; il subira l’influence moralisatrice de l’exemple et du contact. En présence de ce débordement d’égoïsme, il faut une véritable vertu pour faire abnégation de sa personnalité au profit des autres qui souvent n’en savent aucun gré ; c’est à ceux surtout qui possèdent cette vertu que le royaume des cieux est ouvert ; à eux surtout est réservé le bonheur des élus, car je vous dis en vérité, qu’au jour de la justice, quiconque n’aura pensé qu’à soi sera mis de côté, et souffrira de son délaissement. » (785).

FENELON.

On fait sans doute de louables efforts pour faire avancer l’humanité ; on encourage, on stimule, on honore les bons sentiments plus qu’à aucune autre époque, et pourtant le ver rongeur de l’égoïsme est toujours la plaie sociale. C’est un mal réel qui rejaillit sur tout le monde, dont chacun est plus ou moins victime ; il faut donc le combattre comme on combat une maladie épidemique. Pour cela, il faut procéder à la manière des médecins : remonter à la source. Qu’on recherche donc dans toutes les parties de l’organisation sociale, depuis la famille jusqu’aux peuples, depuis la chaumière jusqu’au palais, toutes le s causes, toutes les influences patentes ou cachées, qui excitent, entretiennent et développent le sentiment de l’égoïsme ; une fois les causes connues, le remède se présentera de lui-même ; il ne s’agira plus que de les combattre, sinon toutes à la fois, au moins partiellement, et peu à peu le venin sera extirpé. La guérison pourra être longue, car les causes sont nombreuses, mais elle n’est pas impossible. On n’y parviendra, du reste, qu’en prenant le mal dans sa racine, c’est-à-dire par l’éducation ; non cette éducation qui tend à faire des hommes instruits, mais celle qui tend à faire des hommes de bien. L’éducation, si elle est bien entendue, est la clef du progrès moral ; quand on connaîtra l’art de manier les caractères comme on connaît celui de manier les intelligences, on pourra les redresser comme on redresse de jeunes plantes ; mais cet art demande beaucoup de tact, beaucoup d’expérience, et une profonde observation ; c’est une grave erreur de croire qu’il suffise d’avoir de la science pour l’exercer avec fruit. Quiconque suit l’enfant du riche aussi bien que celui du pauvre depuis l’instant de sa naissance, et observe toutes les influences pernicieuses qui réagissent sur lui par suite de la faiblesse, de l’incurie et de l’ignorance de ceux qui le dirigent, combien souvent les moyens que l’on emploie pour le moraliser portent à faux, ne peut s’étonner de rencontrer dans le monde tant de travers. Que l’on fasse pour le moral autant que l’on fait pour l’intelligence et l’on verra que, s’il est des natures réfractaires, il y en a plus qu’on ne le croit qui ne demandent qu’une bonne culture pour rapporter de bons fruits. (872).

L’homme veut être heureux, ce sentiment est dans la nature ; c’est pourquoi il travaille sans cesse à améliorer sa position sur la terre ; il cherche les causes de ses maux afin d’y remédier. Quand il comprendra bien que l’égoïsme est une de ces causes, celle qui engendre l’orgueil, l’ambition, la cupidité, l’envie, la haine, la jalousie, dont il est à chaque instant froissé, qui porte le trouble dans toutes les relations sociales, provoque les dissensions, détruit la confiance, oblige à se tenir constamment sur la défensive avec son voisin, celle enfin qui de l’ami fait un ennemi, alors il comprendra aussi que ce vice est incompatible avec sa propre félicité ; nous ajoutons même avec sa propre sécurité ; plus il en aura souffert, plus il sentira la nécessité de le combattre, comme il combat la peste, les animaux nuisibles et tous les autres fléaux ; il y sera sollicité par son propre intérêt. (784).

L’égoïsme est la source de tous les vices, comme la charité est la source de toutes les vertus ; détruire l’un, développer l’autre, tel doit être le but de tous les efforts de l’homme s’il veut assurer son bonheur ici-bas aussi bien que dans l’avenir.

Caractères de l’homme de bien.[modifier]

918. À quels signes peut-on reconnaître chez un homme le progrès réel qui doit élever son Esprit dans la hiérarchie spirite ?

« L’Esprit prouve son élévation lorsque tous les actes de sa vie corporelle sont la pratique de la loi de Dieu et lorsqu’il comprend par anticipation la vie spirituelle. »

Le véritable homme de bien est celui qui pratique la loi de justice, d’amour et de charité dans sa plus grande pureté. S’il interroge sa conscience sur les actes accomplis, il se demandera s’il n’a point violé cette loi ; s’il n’a point fait de mal ; s’il a fait tout le bien qu’il a pu ; si nul n’a eu à se plaindre de lui, enfin s’il a fait à autrui tout ce qu’il eût voulu qu’on fît pour lui.

L’homme pénétré du sentiment de charité et d’amour du prochain fait le bien pour le bien, sans espoir de retour, et sacrifie son intérêt à la justice.

Il est bon, humain et bienveillant pour tout le monde, parce qu’il voit des frères dans tous les hommes sans exception de races ni de croyances.

Si Dieu lui a donné la puissance et la richesse, il regarde ces choses comme UN DEPOT dont il doit faire usage pour le bien ; il n’en tire pas vanité, car il sait que Dieu qui les lui a données peut les lui retirer.

Si l’ordre social a placé des hommes sous sa dépendance, il les traite avec bonté et bienveillance, parce qu’ils sont ses égaux devant Dieu ; il use de son autorité pour relever leur moral, et non pour les écraser par son orgueil.

Il est indulgent pour les faiblesses d’autrui, parce qu’il sait que lui-même a besoin d’indulgence et se rappelle cette parole du Christ : Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre.

Il n’est point vindicatif : à l’exemple de Jésus il pardonne les offenses pour ne se souvenir que des bienfaits, car il sait qu’il lui sera pardonné comme il aura pardonné lui-même.

Il respecte enfin dans ses semblables tous les droits que donnent les lois de la nature, comme il voudrait qu’on les respectât envers lui.

Connaissance de soi-même.[modifier]

919. Quel est le moyen pratique le plus efficace pour s’améliorer en cette vie et résister à l’entraînement du mal ?

« Un sage de l’antiquité vous l’a dit : Connais-toi toi-même. »

― Nous concevons toute la sagesse de cette maxime, mais la difficulté est précisément de se connaître soi-même ; quel est le moyen d’y parvenir ?

« Faites ce que je faisais moi-même de mon vivant sur la terre : à la fin de la journée, j’interrogeais ma conscience, je passais en revue ce que j’avais fait et me demandais si je n’avais pas manqué à quelque devoir ; si personne n’avait eu à se plaindre de moi. C’est ainsi que j’étais parvenu à me connaître et à voir ce qu’il y avait à réformer en moi. Celui qui, chaque soir, rappellerait toutes ses actions de la journée et se demanderait ce qu’il a fait de bien ou de mal, priant Dieu et son ange gardien de l’éclairer, acquerrait une grande force pour se perfectionner, car croyez-moi, Dieu l’assistera. Posez-vous donc des questions, et demandez-vous ce que vous avez fait et dans quel but vous avez agi en telle circonstance ; si vous avez fait quelque chose que vous blâmeriez de la part d’autrui ; si vous avez fait une action que vous n’oseriez avouer. Demandez-vous encore ceci : S’il plaisait à Dieu de me rappeler en ce moment, aurais-je, en rentrant dans le monde des Esprits où rien n’est caché, à redouter la vue de quelqu’un ? Examinez ce que vous pouvez avoir fait contre Dieu, puis contre votre prochain, et enfin contre vous-même. Les réponses seront un repos pour votre conscience, ou l’indication d’un mal qu’il faut guérir.

La connaissance de soi-même est donc la clef de l’amélioration individuelle ; mais, direz-vous, comment se juger ? N’a-t-on pas l’illusion de l’amour-propre qui amoindrit les fautes et les fait excuser ? L’avare se croit simplement économe et prévoyant ; l’orgueilleux croit n’avoir que de la dignité. Cela n’est que trop vrai, mais vous avez un moyen de contrôle qui ne peut vous tromper. Quand vous êtes indécis sur la valeur d’une de vos actions, demandez-vous comment vous la qualifieriez si elle était le fait d’une autre personne ; si vous la blâmez en autrui, elle ne saurait être plus légitime en vous, car Dieu n’a pas deux mesures pour la justice. Cherchez aussi à savoir ce qu’en pensent les autres, et ne négligez pas l’opinion de vos ennemis, car ceux-là n’ont aucun intérêt à farder la vérité, et souvent Dieu les place à côté de vous comme un miroir pour vous avertir avec plus de franchise que ne le ferait un ami. Que celui qui a la volonté sérieuse de s’améliorer explore donc sa conscience afin d’en arracher les mauvais penchants, comme il arrache les mauvaises herbes de son jardin ; qu’il fasse la balance de sa journée morale, comme le marchand fait celle de ses pertes et bénéfices, et je vous assure que l’une lui rapportera plus que l’autre. S’il peut se dire que sa journée a été bonne, il peut dormir en paix et attendre sans crainte le réveil d’une autre vie.

Posez-vous donc des questions nettes et précises et ne craignez pas de les multiplier : on peut bien donner quelques minutes pour conquérir un bonheur éternel. Ne travaillez-vous pas tous les jours en vue d’amasser de quoi vous donner le repos sur vos vieux jours ? Ce repos n’est-il pas l’objet de tous vos désirs, le but qui vous fait endurer des fatigues et des privations momentanées ? Eh bien ! qu’est-ce que ce repos de quelques jours, troublé par les infirmités du corps, à côté de celui qui attend l’homme de bien ? Cela ne vaut-il pas la peine de faire quelques efforts ? Je sais que beaucoup disent que le présent est positif et l’avenir incertain ; or, voilà précisément la pensée que nous sommes chargés de détruire en vous, car nous voulons vous faire comprendre cet avenir de manière à ce qu’il ne puisse laisser aucun doute dans votre âme ; c’est pourquoi nous avons d’abord appelé votre attention par des phénomènes de nature à frapper vos sens, puis nous vous donnons des instructions que chacun de vous est chargé de répandre. C’est dans ce but que nous avons dicté le Livre des Esprits. »

SAINT AUGUSTIN.

Beaucoup de fautes que nous commettons passent inaperçues pour nous ; si, en effet, suivant le conseil de saint Augustin, nous interrogions plus souvent notre conscience, nous verrions combien de fois nous avons failli sans y penser, faute par nous de scruter la nature et le mobile de nos actes. La forme interrogative a quelque chose de plus précis qu’une maxime que souvent on ne s’applique pas. Elle exige des réponses catégoriques par oui ou par non qui ne laissent pas d’alternative ; ce sont autant d’arguments personnels, et par la somme des réponses on peut supputer la somme du bien et du mal qui est en nous.



Notes[modifier]

  1. Réponse donnée par l’Esprit de M. Monod, pasteur protestant de Paris, mort en avril 1856. La réponse précédente, n° 664, est de l’Esprit de saint Louis.