Le Livre des snobs/Le Livre des snobs

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Traduction par Georges Guiffrey.
Lahure (p. 1-2).





LE LIVRE DES SNOBS…


Mais d’abord, qu’est-ce qu’un Snob ?

Si vous voulez le savoir, ne cherchez point dans le dictionnaire ; ce mot n’est point encore muni de son passeport académique. Du reste, rien n’est plus commun que la chose. En dernière analyse, voici ce qui constitue le Snob :

On prend un peu de tous les ridicules de l’humaine nature, auxquels on mêle quelques grains de bêtise, beaucoup de fanfaronnade, une certaine dose de trivialité et de prétention, de l’épaisseur dans l’esprit, de la mesquinerie dans le goût, et, surtout, absence totale de ce qui est beau, noble et distingué ; ce mélange fait un Snob parfait. C’est comme on le voit, le béotisme arrivé à sa dernière expression dans la tournure de l’esprit et du corps.

Les Snobs d’ailleurs n’ont point de sexe, ils sont de tous les genres ; ils n’ont point de patrie, ils sont citoyens du monde. Ils circulent depuis longtemps à tous les degrés de l’échelle sociale ; on les coudoie dans les rues, on les rencontre dans les salons. Si vous voulez faire connaissance avec un Snob, regardez autour de vous ; prenez garde cependant que les yeux de votre voisin vous servant de miroir, comme dit Figaro, ne vous montrent un Snob que vous n’êtes pas bien curieux de voir.

Jusqu’ici, les Snobs n’avaient pas reçu d’appellation propre, et cela ne nuisait pas beaucoup à leur nombre et à leur existence. La position considérable qu’ils occupent maintenant dans le monde fait un devoir d’apprendre à connaître leurs caractères distinctifs pour les saluer quand on les rencontre.

M. Thackeray, le spirituel romancier de la langue anglaise, s’est déjà chargé de tracer au vif leur portrait pour la Grande-Bretagne ; et comme les Snobs sont à peu près les mêmes partout, sauf quelques différences dans la coupe des habits et la couleur des favoris, en attendant qu’un coloriste habile se décide à nous peindre les Snobs français, les Snobs anglais nous donneront toujours une idée générale de l’espèce. D’ailleurs la modestie qui défend de parler de soi n’est-elle pas ici d’accord avec la politesse pour nous engager à céder la place aux ridicules de nos voisins ?

Voici donc, avec l’exactitude photographique d’une traduction scrupuleuse, le portrait des Snobs anglais.



GEORGES GUIFFREY.