Le Menuisier Simon ou la Rage de sortir le dimanche

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Marc-Antoine Madeleine Désaugiers

Le Menuisier Simon ou la Rage de Sortir le Dimanche


Allons, Suzon, j' tenons dimanche,
Ouvre tes yeux et tes rideaux ;
Quand j' ons six grands jours scié la planche
Tu sais qu' j'ai d' la maison plein l' dos.
Il faut que j' sortions d'un' berrière…
Débarbouill' vite ton garçon…
Passe l' jupon
Moi l' pantalon
Et zon, zon, zon
En avant ma Suzon
J' goberons moins d' m' ringues que d' poussière
Mais j' ne serons pointz' à la maison.
Où c' que j' rons ? Que vas tu m' dire ;
C'est aujourd'hui foire à Pantin,
Courons y vite, que j' respire
L' parfum z' embaumé du matin…
Seul' ment n' mets pas tes plus bell's hardes
Car ce nuage au-d' ssus d' Charenton
N' promet rien d' bon
Tant pis… Quoi donc ?
Et zon, zon, zon
J'sais c' que c'est qu'un bouillon…
J'allons être inondé d' hall' bardes
Mais je n' serons pointz' à la maison.
Soirée de Cadet Buteux, passeux à la Rapée,
Aux expériences du Sieur Olivier
Je n' vois, en fait de pestacles
Foi d'Cadet Buteux,
Rien qui vaille les miracles
D' nos escamoteux ;
J'en savons un passé maître
Qu' j'avons vu l'aut' soir ;
Gn'y a qu'un moyen de l' connaître
Et c'est d'aller l' voir.
J' crois que c' luron-là s'appelle
Monsieur Olivier ;
Et c'est dans la ru' d' Guernelle
Qu' travaille l' sorcier ;
I' sait vous r' tourner, vous prendre
Qu'on n'y connaît rien
Et j' dis qu's'il ne s' fait point pendre
C'est qu'il le veut bien.
J' pensons une carte, i' m' la nomme,
C'était l' roi d' carreau :
V' la qu' d'un' main il prend z' un' pomme
Et d' l'autre un couteau ;
Il la partage, il la montre*Et voyez l' malin !
V' la mon roi qui s'y rencontre
En guise d' pépin.
C' qu'est pus fort, c'est qu'i prépare
Un grand verre d' vin,
Et vous l'flanque, sans dir' gare,
Au nez d' mon voisin :
L' diable d' vin s' métamorphose
En rose, en œillet :
V' la, m'dis-je en restant tout chose,
Un vin qu'a l' bouquet !
J' liprêtons, à sa prière,
Mon castor à glands,
Parc' qu'il avait z' envi d' faire
Une om' lette dedans :
Gn'y a pointz' à dire, il l'a faite
Et ça sous not' nez
Et, jarni, moi, d' voir c' t' omelette
Ça m'a tout r' tourné.
Il m'd'mande que j' li garde
Six écus tournois ;
J' les prenons, mais quand j'y r' garde
V'la qui' m'en manqu' trois ;
On les trouv' dans un' aut' poche :
A Paris, quoiqu' ça,
N' faut pointz' un' lunett ' d'approche
Pour voir ces coups-là.
Il perce un mouchoir d'percale
D' la grosseur d'un œuf
Il souffle dessus, il l'étale,
Crac, le v' la tout neuf.
Pour nos fill's, ah ! queu trouvaille,
Dans c' siècle d' vartus
Si pour boucher z'un entaille
N' fallait qu' souffler d' ssus !
V'la qu' tout à coup la nuit tombe…
Et, pour divartir
J' vois comm' qui dirait d'un' tombe
D' s esquelett' s sortir :
A leurs airs secs et minables,
On s' disait comm' ça :
C'est-i d' s artist' s véritables
Qui jou'nt ces rol' s là ?
Mais avant qu'un chacun sorte
(Et c'est là l' chiendent !)
V' la l' Fanfan qui nous apporte
Deux torches d' rev' nant
Morgué ! que l' bon dieu t' bénisse,
Suppôt d' Lucifer !
J' croyions que j'avions la jaunisse,
Tant j'avions l'teint vert.
Bref, c' t Olivier z' est capable,
Dans l' méquier qu' i fait,
D'escamoter jusqu'au diable,
Si l' diable l' tentait :
Par ainsi, sans épigramme,
Crainte d'accident,
Faut toujours, messieurs et dames,
S' tâter z' en sortant