Le Mespris de la vie et consolation contre la mort/« Je vis un jour le tems la faucille en la main »

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Le Mespris de la vie et consolation contre la mort
Le Mespris de la vie et consolation contre la mortNicolas de Moinge (p. 72).
XCV.


Je vis un jour le tems la faucille en la main,
L'horloge en la ceinture, & les ailes derriere
Tremoussant sur le dos, avancer sa carriere
Precipitant des jours l'irreparable train :

A son costé marchoit le trespas inhumain,
Qui lancant en nos cors la sagette meurdriere
Comme neige au Soleil, dessous la froide biere
En poussiere changez nous consumoit soudain

Celuy qui le matin fleurissoit en jeunesse,
Sur le soir devant luy grisonnait de viellesse
Tenant en mesme ranc l'hyver & le primtems.

Alors je reputay une grande imprudence
De mettre aus hommes vains une ferme esperance
Qui passent aussitost comme passe le tems.