Le Mespris de la vie et consolation contre la mort/« Les ours pour se deffendre ont des pattes cruelles »

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Le Mespris de la vie et consolation contre la mort
Le Mespris de la vie et consolation contre la mortNicolas de Moinge (p. 296).

CCCXVI.


Les ours pour se deffendre ont des pattes cruelles
Le cerf pour se sauver est leger & soudain
Pour combattre a des dens le sanglier inhumain
Les oiseaus buissonniers pour voler ont des ailes :

L'homme seul est privé de commoditez telles
Empruntant tout d'autruy & s'il ne peut hautain
Perdre de son orgueuil le superbe dedain
Luy mesme outre-passant ses forces naturelles

En ce vague univers ne se treuve animal
Tant indigent que l'homme instrument à tout mal
Qui vivre et vestement de lours brutaus mendie

Voire en ce mesme tems qu'il s'estime plus sain
Asservis à la soif & sujet à la faim
Il ne peut s'exempter de telle maladie.