Le Milan et le Rossignol

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Le Milan et le Rossignol
Fables, 2e recueil, livres ix, x, xiClaude Barbin et Denys Thierry4 (p. 73-74).

XVIII.

Le Milan & le Roſſignol.



Apres que le Milan, manifeſte voleur,
Eût répandu l’alarme en tout le voiſinage,
Et fait crier ſur luy les enfans du village,
Un Roſſignol tomba dans ſes mains, par malheur.

Le heraut du Printemps luy demãde la vie :
Auſſi bien que mãger en qui n’a que le ſon ?
Écoûtez plûtoſt ma chanſon ;
Je vous raconteray Terée & ſon envie.
Qui, Terée ? eſt-ce un mets propre pour les Milans ?
Non pas, c’étoit un Roy dõt les feux violens
Me firent reſſentir leur ardeur criminelle :
Je m’en vais vous en dire une chãſon ſi belle
Qu’elle vous ravira : mon chant plaiſt à chacun.
Le Milan alors luy replique :
Vraiment, nous voicy bien, lors que je ſuis à jeun,
Tu me viens parler de muſique.
J’en parle bien aux Rois. Quand un Roy te prendra,
Tu peux luy conter ces merveilles :
Pour un Milan, il s’en rira :
Ventre affamé n’a point d’oreilles.