Le Monument de Marceline Desbordes-Valmore/06

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Collectif
Le Monument de Marceline Desbordes-ValmoreImprimerie L. & G. Crépin (p. 15-18).



Discours de M. Charles Bertin
Maire de Douai


Mesdames, Messieurs,


C’est avec une grande et légitime fierté que la cité douaisienne voit, groupée au pied du monument élevé à la gloire de son illustre enfant, Marceline Desbordes-Valmore, à côté de tant de hautes personnalités, toute une brillante phalange de sommités du monde de la littérature et des arts.

Que ne peut-elle pour une heure revivre notre chère Muse pour recevoir l’hommage empressé que vous venez lui rendre, vous ses admirateurs et ses concitoyens, et pour vous en remercier avec cette grâce simple et touchante, avec cette vraie voix du cœur qui attire vers elle et enveloppe ses œuvres d’un charme si pénétrant !

Puisse au moins son âme descendre des cieux où elle s’est envolée, meurtrie par tant de douloureuses émotions et planer à cet instant sur ce coin chéri de sa ville natale qu’elle a si fidèlement aimé ! Elle se sentira rajeunie et réconfortée par ces manifestations de pitié et de ferveur qui vont monter jusqu’à Elle en chants harmonieux et poétiques, et elle rentrera dans l’immortalité, imprégnée des premières caresses du bonheur qu’elle n’a jamais connu.

Il m’appartient, Mesdames, Messieurs, de remplir la douce mission de remercier au nom de la Ville de Douai, tous ceux qui ont collaboré à la glorification de Marceline Desbordes-Valmore.

Je vous prie, M. Anatole France, de vouloir bien être auprès de M. le Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, l’interprète de notre respectueuse reconnaissance pour le concours moral et financier qu’il a prêté à notre œuvre. La Ville de Douai ressent tout le prix de l’honneur qu’il lui a fait en vous désignant, Monsieur, vous, l’éminent académicien, pour le représenter à cette cérémonie.

Comment vous exprimer notre gratitude : à vous, Madame Sarah Bernhardt, qui n’avez pas reculé devant un long et pénible déplacement pour apporter gracieusement à cette solennité, l’attrait de votre immense talent et le prestige de votre haute personnalité artistique.

À vous, Mesdames Brandès, Moreno, Blanc ; à vous Monsieur Guitry, dont la participation désintéressée a été si brillante dans cette matinée, dont nous conserverons un inoubliable souvenir.

Artistes d’élite, vous avez montré, cette fois encore, que chez vous les qualités de l’esprit s’allient aux sentiments généreux du cœur !

Que vous dirai-je, Monsieur Delafosse, qui puisse ajouter à votre réputation déjà établie de pianiste et de compositeur ? Notre auditoire vous a prouvé, par les applaudissements répétés, combien il appréciait votre jeu si parfait, délicat, brillant à la fois, et combien il goûtait la science musicale de vos compositions.

Merci à vous tous, mes chers concitoyens, qui avez mis tant de bonne volonté et de dévouement pour l’organisation de cette mémorable journée. Vous pouvez avec justice revendiquer une part dans sa réussite et dans l’éclat qu’elle a revêtu.

Cette cantate en effet, dont les accents mélodieux vont retentir dans un instant, n’est-elle pas l’œuvre pour la partie musicale de M. Duhot, le chef distingué de la Société philharmonique ? Les strophes ne sont-elles pas dues au fin talent de poète de M. Potez ?

Cette composition allégorique qui orne le programme, empreinte d’un si grand charme et d’un dessin si délicat, nous le devons à notre concitoyen, M. Duhem, au dévouement duquel on ne fait jamais appel en vain.

N’est-ce pas pour honorer Marceline que Mme Poncelet-Dronsart, MM. Potez, Demeny, Lacuzon, ont rimé ces poésies pleines de grâce que vous allez entendre.

Quant à vous, M. de Montesquiou, je vous remercie bien sincèrement, au nom de la Ville de Douai. Si par une modestie qui vous honore, vous avez voulu au regret de tous, ne tenir qu’une place effacée, je tiens à proclamer bien haut que vous avez été l’âme de cette fête à la glorification de notre illustre concitoyenne.

Guidé par le culte que vous avez pour les œuvres et la personne de Marceline Desbordes-Valmore, séduit comme l’avaient été Chateaubriand, Béranger, Alfred de Vigny, Victor Hugo, Lamartine, Sainte-Beuve et tant d’autres, par les qualités de son cœur et de son esprit, vous n’avez pas voulu qu’elle dormît plus longtemps, presque ignorée dans le repos de la mort.

Selon vos propres expressions : « La figure de Valmore, loin d’être définitive, s’ébauche à peine. Son œuvre est de celles dont la méconnaissance du vivant et l’oubli au sortir du trépas composent les deux premières phases d’engendrement à la postérité, et qui, pour atteindre leur plein degré de manifeste et d’influence, doivent être retrouvées. »

Par votre remarquable et intéressante étude, par vos conférences si appréciées dans le monde littéraire, vous avez puissamment contribué à retrouver les œuvres de Marceline Desbordes-Valmore. Par votre dévouement sans bornes à sa noble cause, vous lui avez préparé pour son entrée dans l’immortalité une splendide apothéose.


Mesdames, Messieurs,


L’heure du triomphe et de la gloire semblait du reste avoir sonné pour Elle. Pendant qu’à Paris MM. Jules Lemaître, de Montesquiou, de Rodenbach et d’autres écrivains encore suscitaient en sa faveur un courant de sympathique admiration, ici même à Douai, un mouvement analogue se produisait. La Société d’Agriculture, Sciences et Arts, dont Marceline avait été pendant vingt années un des membres correspondants, se préoccupait de la faire sortir de l’oubli immérité où elle paraissait sommeiller. M. B. Rivière, l’érudit bibliothécaire de la ville, en publiant sa correspondance intime, nous initiait aux drames de sa vie et nous dévoilait les trésors de son cœur.

Vous allez, Marceline Desbordes-Valmore, revivre au milieu de nous dans cette attitude de douce et poétique résignation qui résume votre vie, grâce à l’habile ciseau de M. Houssin. Vous demeurerez désormais en face de cette maison, berceau de votre enfance qui vous fut toujours si cher, au pied de cette Vierge de Notre-Dame à laquelle vous avez adressé de si ferventes prières.

Votre ville natale vous accueille avec des acclamations de joie et de bonheur. Elle vous remercie de la page glorieuse que vous avez ajoutée à son histoire. Je vous salue en son nom.





Marceline Desbordes-Valmore


Médaillon de David d’Angers