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Le Moribond (Gilkin)

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La NuitLibrairie Fischbacher (Collection des poètes français de l’étranger) (p. 194).




LE MORIBOND



Assez de pleurs ! Assez de cris ! Cessez de feindre !
Vous appelez ma mort ! Ne vous récriez pas :
Vous êtes fatigués d’attendre mon trépas.
Partez ! J’ai vécu seul, seul je saurai m’éteindre.

Vous avez beau m’aimer, me soigner et me plaindre,
Votre sang jeune et chaud fuit mon vieux sang glacé ;
Vos délicates mains, où l’horreur a passé,
Semblent prier mes mains de ne pas les étreindre.

Vos yeux, épris de vie et de lumière, ont peur
De mes yeux mous, creusés par l’ange fossoyeur,
Et vos lèvres, ô fleurs des naissances futures,

Qu’enflent les baisers frais et le suc du Désir,
Se fanent sur ma bouche où la Mort fait gémir
Le souffle méphitique et froid des sépultures.