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Le Pèlerin de Sainte Anne/Tome II/Le Brayage

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LE PARDON.

I.

LE BRAYAGE


Octobre est arrivé. Le soleil brille encore, mais son éclat est doux, son ardeur, moins vive et moins desséchante qu’aux jours de l’été. Un calme délicieux règne dans la nature. La saison des aimables folies et des amours brûlantes est passée, et la vieillesse s’avance avec une couronne de sérénité sur le front. Les arbres se sont drapés dans leurs feuillages aux mille teintes ; et les vapeurs du matin s’élèvent vers le soleil, comme s’élèvent vers Dieu les parfums que l’encensoir balance devant l’autel. Les pinsons ne chantent plus dans les buissons, car ils ont déserté leurs nids de foin que la neige emplira bientôt de ses blancs flocons. Le duvet glacé des frimas remplacera le chaud duvet de l’oiseau. Dans le calme, on entend retentir, parfois, le fléau laborieux qui broie les épis couchés à quatre rangs sur l’aire de la grange. Les charroyeurs transportent dans leurs charrettes aux larges roues, par les chemins pleins d’ornières, le bois de corde destiné à la ville, et leurs cris grossiers se mêlent aux claquements des fouets. Les troupeaux bondissent dans les chaumes ; la charrue déchire le sein de la prairie et laisse derrière elle un sillon noir. Au bord des ruisseaux, sous les grands arbres, dans les enfoncements mystérieux, retentissent des coups rapides et des éclats de rires. Ce sont les coups de la braie et les rires des jeunes filles. Ceux qui n’ont pas pénétré dans l’endroit solitaire et poétique que l’habitant choisit pour asseoir ses braies et faire sécher le lin, ne savent point quel charme et quelle gaieté remplissent ce lieu.

Le 19 octobre 1849, les frappements joyeux de la braie se répercutaient de toutes parts. Mais les brayeurs les plus animés et la braierie la plus en renom se trouvaient sur le bord du ruisseau de Gagné. Ce ruisseau coule, en arrivant au fleuve, entre deux côtes élevées richement plantées d’ormes, de noyers et d’érables. Un pont solide en réunit les deux bords ; et le chemin qui descend à ce pont tournoie, d’un côté, autour du cap de tuf, comme une guirlande autour d’une colonne. De l’autre bord, la côte décrit un demi-cercle et le ruisseau fait une courbe. Du haut de cette côte on dirait un vaste entonnoir où descendent les arbres de toutes espèces. C’est au fond de ce ravin ombragé, au bord des ondes, sur un plateau tapissé de feuilles et de mousse que l’on a établi la braierie où je vais faire descendre mes bien-aimés lecteurs. N’ayez pas peur de me suivre, mesdames dans ces lieux écartés, nous n’y serons point seuls. Le rayon du soleil y joue avec les rameaux sans feuilles, le flot y badine avec le roseau pliant, le vent y dort d’un sommeil léger au fond de l’alcôve, et les échos bavards n’entendent point les aveux que l’on fait tous bas. Au reste, si vous n’êtes pas encore rassurées, écoutez ! vous allez entendre des voix fraîches de jeunes filles, des pétillements, des murmures, des chants et des bruits de mille sortes. Attention ! gare à vous ! Laissez passer cette charrette remplie de bottes de lin. Ah ! les ouvriers vont avoir de l’ouvrage. Voyez-vous cette fillette qui fait une moue charmante en regardant arriver le voyage de lin, et qui dit au charroyeur :

— M. Asselin, faut-il brayer tout cela avant la veillée ?

C’est Noémie Bélanger, la perle du canton.

Asselin lui répond :

— Vous êtes dix, et il n’y a pas de besogne pour six ; allons ! frappez fort et dru ! vous aurez du plaisir ce soir : les violons sont invités.

— À la bonne heure ! repart un garçon jovial qui fait un pas en cadence, et bat les ailes de pigeon sur le feuillage sec.

Nous sommes avec les jeunes gens qu’Asselin a invités à brayer. C’est la corvée de madame Eusèbe. Il serait ennuyeux de s’en aller seul, pendant de longs jours, écraser, sous l’instrument fatigant, le lin desséché ; on convie ses amis, ses voisins, et l’on va par bandes joviales. Chacun à son tour fait sa corvée. Quand le lin s’est transformé en une filasse blonde et soyeuse, on paie les brayeurs par une veillée de jeux et de danse.

Asselin venait d’apporter le reste du lin.

— Plus tôt vous aurez fini, mieux ce sera pour vous, dit-il, ce sont les dernières bottes et elles sont petites.

Un immense hourra monta des bords du ruisseau, et les jeunes gens se courbèrent avec une nouvelle ardeur sur les braies retentissantes. Asselin souriait. Il y avait dix travailleurs sans compter madame Eusèbe qui faisait sécher le lin : cinq garçons et cinq filles. Édouard Dufresne qui secoue ses poignées avec une vigueur et une adresse admirables, tout en lançant des œillades à sa voisine ; Philippe Bégin et Xavier Déry qui ripostent sur tous et sur tout, Léon Dugal et Anthime Noël qui travaillent en conscience pendant une heure, et pendant l’heure suivante se mettent en grève, et turlupinent les filles ambitieuses qui luttent de vitesse et d’habileté ; Arthémise Boisvert, dont le renom comme brayeuse est connu dans toute la paroisse ; Clémentine Pérusse, grosse blonde souvent rêveuse, dont le regard trouble Philippe Bégin ; Sophie Auger et Sara Filteau, deux amies inséparables à la veille de se séparer, parce qu’elles ont le même amour ; puis Noémie Bélanger, active et rieuse, qui parle, rit et chante sans perdre un coup de braie. Un peu à l’écart, madame Eusèbe surveille la chaufferie. Un échafaud composé de perches de saule placées horizontalement, et les bouts appuyés sur quatre bâtons solidement fixés en terre, se trouve au fond du plateau, au pied de la côte. Il est à l’abri de tous les vents. C’est là, sur cet échafaud, que l’on étend le lin. Au dessous, un feu est allumé qui pétille et fait monter jusqu’au-dessus des bois, les orbes de sa fumée légère. Il faut qu’une main habile attise la flamme trop languissante, ou réprime le foyer trop ardent, car le lin brûlerait ou ne sécherait pas assez. Quelque fois la chauffeuse s’oublie à jaser, et l’âtre flamboie plus vif comme s’il y mettait de la malice. Une langue de feu s’élance et va lécher le lin qui s’enflamme en pétillant. Les travailleurs poussent un cri ; les instruments se taisent ; chacun court de son côté, les uns vers le ruisseau pour apporter de l’eau, les autres vers la chaufferie pour sauver le lin qui n’est pas encore enveloppé par la flamme ; une fumée épaisse s’étend au dessus de la braierie, comme un nuage menaçant, et les arbres paraissent flotter dans une mer de ténèbres. Bientôt les clameurs de joie recommencent, et la chauffeuse imprudente est accablée de railleries. Souvent elle se défend avec une finesse et une loquacité merveilleuses. Les coups réguliers de la braie retentissent de nouveau, et le feu se rallume sous l’échafaud recouvert de lin.

La conversation ne languit pas parmi les travailleurs d’Asselin. Redisons quelques unes des paroles que les échos répètent. Et d’abord, c’est Clémentine Pérusse qui fait endêver Noémie Bélanger.

— Tu es contente, Noémie, de savoir le muet libéré. Il t’a remercié, au moins ?

— Ne trouves-tu pas cela affreux, toi, qu’un innocent paie pour le coupable ?

— Avoue que tout était contre lui.

— Tout le monde le croyait bien coupable, reprend Léon Dugal en secouant sa poignée de filasse. J’étais à Québec quand son procès a eu lieu ; vous entendiez dire partout : C’est bien ! il n’a pas trop de cinq ans de réclusion ! ou : C’est un fin matois. Il fait le muet : il va retrouver la parole au pénitencier.

Noémie dit : Je suis bien sûre que les voleurs sont ces drôles qui ont bu mon lait.

— Et qui t’ont embrassée ! ajoute Dufresne.

Noémie rougit.

— Chose singulière, personne ne les a vus ces vauriens, observe Déry.

— Oui, la mère Mignon Matte a dit à Joson Vidal qu’elle les avait rencontrés dans le haut du champ. Elle ne les a pas remarqués et n’en a pas parlé dans le temps ; mais aujourd’hui elle se les remet bien.

— C’est vrai ! le père Joson l’a dit chez nous.

— Ce pauvre Pagé, reprend un autre, sa bonne action va lui coûter cher.

— Tu vas voir, Philippe, c’est cette affaire qui va mettre la police sur la piste des vrais voleurs.

— Cela se pourrait.

— Ah ! madame Asselin, attention au feu ! gare à la grillade !… crie tout à coup Dufresne, qui vient de jeter sournoisement un paquet de branches sèches dans le foyer. La flamme mordait les sarments et dardait ses flèches aigues comme des langues de vipères, jusqu’à l’échafaud chargé de lin. Madame Eusèbe court à la chaufferie, disperse les tisons enflammés et réussit à prévenir un malheur. Édouard rit à s’en rouler.

— Qui est-ce qui m’a fait ce tour-là ? demande la femme un peu contrariée.

— C’est Philippe ! répond-il.

— Non, madame, c’est Déry.

— Non, madame, ce n’est pas moi, c’est Arthémise.

— Menteur, va ! c’est Noémie.

— Moi ? je n’ai pas laissé ma braie depuis une heure…

Et de rire. Et les aigrettes légères volent au milieu de la bande travailleuse, comme une neige folle, et les jupes de droguet des jeunes filles, et les chemises de toile des garçons se couvrent d’une couche soyeuse et malpropre que la brosse fera disparaître.

Du fond de la braierie on voyait le pont, et nul de ceux qui passaient, n’échappait aux regards curieux des brayeurs.

— Connais-tu ce jeune homme qui descend la côte ? demande tout à coup Sophie Auger à Xavier Déry qui s’approche d’elle avec un paquet de filasse. Déry regarde vers le chemin.

— Non, je ne le connais point. Le connaissez-vous, vous autres ?

Tous les bras s’arrêtent à la fois, et les têtes se tournent vers le pont.

— C’est un étranger, dit Asselin. Puis il ajoute de suite : Espérez donc ! il me semble…

— Le connais-tu, Eusèbe ? C’est Madame Asselin qui parle.

Eusèbe fait ce ridicule mouvement d’épaules et de tête qui veut dire : peut-être, ou : je n’en sais rien.

L’étranger disparaît derrière les arbres, les braies reprennent leur besogne, et les ouvriers moqueurs se mettent à plaisanter le passant inconnu.

— Il est long comme d’ici à demain ! dit l’un.

— On peut voir le jour à travers ! ajoute l’autre.

— S’il venait nous aider !

— Il a l’air d’une braie.

— Il porte une botte d’étoupe sur sa tête.

Les plaisanteries cessent tout à coup : l’étranger vient de s’engager dans le chemin de la braierie.

— Diable ! murmure Asselin, c’est lui ! Et il fait un pas vers le voyageur qui le prévient :

— Comment vous portez-vous, Monsieur Asselin ? Je vous ai reconnu de là-bas.

— J’ai cru vous reconnaître aussi moi, répond Eusèbe, mais je n’étais pas bien positif.

Asselin serre la main que le jeune homme lui présente. Philippe se penche vers Noémie.

— Il parle avec son nez, ce garçon.

Noémie se détourne pour rire sans être vue.

— Où allez-vous donc ? demande Asselin au nouveau venu.

— Je cherche une femme qui demeure ici, m’a-t-on dit, depuis une huitaine de jours.

— Avec sa fille ? dit madame Eusèbe.

— Oui, madame, avec sa fille.

— Tiens ! je gage que c’est celle-là qui vient d’acheter la maison de Jean Nadeau, près de l’église. Elle tient un petit négoce : elle vend des pipes, du tabac, du fil, des épingles, des nanans.

— Elle part de Québec ?

— Oui.

— Elle tenait auberge ou maison de pension à la Basse-Ville ?

— Oui.

— Elle ne demeure pas bien loin d’ici : une demi-lieue au plus.

— Merci ! je la trouverai bien, maintenant.

— Si vous aimez à rester avec nous, à voir brayer, ne vous gênez pas, dit Eusèbe.

— Vous êtes bien bon, M. Asselin ; si je ne dérange personne, je regarderai volontiers ce jeu des braies : cela me rappellera les jours d’autrefois. J’ai été élevé à la campagne, et j’ai fait toute espèce d’ouvrages ; je ne brayais pas mal, je faisais mes cent poignées.

— Il se vante ! dit Xavier Déry à Sara.

— Offrons-lui une braie, propose Dugal.

— Eh ! l’ami, voulez-vous vous exercer le bras un peu ? lui dit ce diable de Dufresne, voici une demoiselle qui se sent un peu fatiguée.

Il montrait Noémie. La jeune fille sent le rouge monter à son front, et réplique en riant :

— Je suis capable de remplir ma tâche, et de danser encore à la veillée.

L’étranger la regarde dans les yeux, et la trouve fort gentille. Il s’approche d’elle :

— Laissez-moi prendre votre place un instant, lui dit-il, je ne ferai pas aussi bien que vous ; mais vous vous reposerez et j’en serai bien aise.

Noémie cède sa place.

— Ne vous gênez pas, mes amis, regardez-moi et riez, dit le jeune homme aux brayeurs qui ne travaillent plus et le dévorent des yeux.

Quelques-uns, intimidés par ce sans-gêne, se remettent au travail, les autres rient davantage. Le nouvel ouvrier réussit à peine à rompre une poignée de lin ; il est d’une gaucherie superbe ; et quand il bat sa poignée sur la braie, pour faire tomber les parcelles et les aigrettes nombreuses, il arrache la filasse blonde, et n’a plus bientôt dans la main qu’un paquet insignifiant de mauvaise étoupe. Tout le monde rit de bon cœur, et lui plus que les autres.

— Vous maniez mieux la hache, je suppose ? dit Asselin.

— Tordflèche ! le verre aussi. On ne prend rien ?

— C’est un farceur, observe Philippe.

— Il a l’air fripon, reprend tout bas son voisin.

Asselin avait répondu : Venez ce soir veiller à la maison, peut-être aurez-vous la chance de prendre quelque chose.

— Mille noms d’une pipe ! m’invitez-vous sérieusement ?

— Sérieusement.

— Alors, je ne me rendrai chez ma mère que demain ; j’ai été quinze ans sans la voir, quand même je serais quinze heures encore.

— Je ne sais toujours pas votre nom, observe le cultivateur.

— Il n’y a pas longtemps que je sais le vôtre.

— Comment les amis de Québec vous appelaient-ils donc ? Je ne m’en souviens plus.

— Bah ! vous n’osez pas dire : Picounoc ; allons donc ! est-ce que j’ai du respect humain, moi ? Je m’appelle Picounoc depuis quinze ans, et je m’appellerai ainsi jusqu’à demain. Demain, je reprends mon premier nom ; je me range, et je n’ai pas l’intention de retourner dans les chantiers.

Ce nom provoqua le rire. Et l’on entendit une dizaine de voix demi-étonnées qui murmuraient : Picounoc ! comme si les arbres de la braierie eussent parlé.

Tout à coup s’élève, de l’autre côté du ruisseau, sur la côte chevelue, un chant d’une indicible mélancolie. On prête l’oreille ; Qui peut chanter ainsi ? se demande-t-on.

— C’est une chanson nouvelle ! L’air en est triste !

— Elle ne chante pas mal cette fille.

C’est, en effet, une fille qui jette au vent le dolent refrain, et sa voix tremble en chantant. Elle dit :


Aujourd’hui j’ai perdu bien plus d’une espérance
En floraison,
Et le doute a soufflé sur ma frêle existence
Son froid poison !
Ici bas j’ai cherché des amitiés divines,
Soins superflus !
L’amour a des regrets, le bonheur, des épines…
Je n’y crois plus !


La chanteuse marche. On la voit passer à travers les branches dénudées, comme un spectre au milieu des croix du cimetière. Elle descend la côte. Ses cheveux en désordre flottent sur ses épaules. D’une main, elle retient les pointes d’un châle de mérino jeté sur sa robe d’étoffe du pays, et de l’autre, elle porte un petit chapeau qui doit avoir coiffé une tête mignonne. Elle s’avance jusqu’au milieu du pont, regarde de côtés et d’autres, se penche par-dessus le garde-fou comme pour mesurer la hauteur où elle se trouve, tend une main vers le ruisseau profond et gesticule en parlant avec feu. Les brayeurs la regardent, surpris, mais ne comprennent point ses paroles. Elle les aperçoit soudain, se tait, leur fait un signe de la main, et franchit d’un bond le pont étroit. Elle arrive en courant.

— Geneviève ! Geneviève ! s’écrient les jeunes travailleurs.

Asselin sent un frisson courir dans ses veines ; il ne dit rien, et se retire au fond de la braierie, près de l’échafaud. Geneviève, pâle, décharnée, les yeux secs et vitreux, les lèvres serrées, regarde tout le monde, et tous les regards sont fixés sur elle. La première elle rompt le silence :

— Est-elle ici ? L’avez-vous vue ? dit-elle… Je la cherche depuis trois jours !

— Qui ? demande Picounoc.

Geneviève jette au facétieux garçon un regard effrayant.

— Qui ? Qui ? Tu le sais bien ! Tout le monde le sait. Au Château-Richer tout le monde pleure, à Québec tout le monde rit, parce que les méchants sont venus de la ville.

— On ne te comprend plus, Geneviève ! dit madame Eusèbe en s’avançant vers la malheureuse fille : es-tu troublée ?

L’infortunée ramasse une petite pierre et la jette dans le ruisseau en disant :

— L’eau était calme, maintenant elle est agitée ; elle était pure, maintenant elle est vaseuse. C’est l’image de mon âme. Malheur à celui qui a souillé mon cœur ! Malheur à ceux qui persécutent l’innocence ! Les enfants sont les anges du bon Dieu, et le bon Dieu pleure quand vous leur faites du mal… Mais pourquoi me regardez-vous ainsi, vous autres ! Travaillez donc ! Le serviteur qui ne travaille point ne mérite point de manger !…

— Ni de boire ! ajoute Picounoc.

— Il boira le calice amer de l’indigence.

Elle aperçoit Asselin.

— Pourquoi te caches-tu ? lui crie-t-elle : La petite Marie-Louise est-elle avec toi ? Rends-la moi ! j’ai promis à sa mère de la protéger. Sa mère me l’a confiée et m’a suppliée en pleurant de la déposer au pied de la croix.

Elle s’avance vers Asselin.

— Pourquoi ce feu que tu attises ? As-tu jeté la petite Marie-Louise dans les flammes destinées à sécher le lin ? Ce serait plus sûr que de l’envoyer aux framboises… Marie-Louise ! Marie-Louise !

Les jeunes gens chuchotent. Celui-ci dit : Elle est folle ! Celui-là : D’où peut-elle venir ? Elle se met à fouiller la braierie, soulevant les bottes de lin, tournant derrière les grands arbres, écartant les branches serrées des noisetiers et des saules, et criant toujours : Marie-Louise ! Marie-Louise !

Elle reprit le sentier qui conduisait au grand chemin et monta la côte. Debout, près de leurs braies muettes, ses amis de naguère, saisis d’étonnement, la regardaient monter.