Le P’tit Mimile

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Émile Debraux La Chanson illustrée

Le p’tit Mimile

Air de Tous les bourgeois de Chartres, La clé du Caveau n°564, page 246.

Air : Tous les bourgeois de Chartres.


J’apprends, mon p’tit Mimile,
Qu’t’es palfernier du roi ;
Personn’ dans notre ville
N’sait pas plus c’que c’est qu’moi :
C’est sans dout’ queuqu’emploi
Bourgeois ou militaire…
Au surplus, ça n’nous r’garde pas ;
Mon fieu, tu f’ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.

J’te l’dirai sans rancune,
Je m’doutais qu’par là-bas
T’avais fait ta fortune.
Car tu n’écrivais pas :
Après tant d’embarras
Pis qu’ t’es tiré d’affaire,
Envoi-nous un millier d’ducats…
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras
Nous n’te tourment’rons guère.

Ton père, que ta lettre
A contenté beaucoup,
Veut qu’ tu y envois d’quoi s’mettre
Dans les vign’s jusqu’au cou :
Mais n’te gêne pas pour ça.
Y n’y boit pas fort ton père :
Un tonneau d’Bourgogn’ suffira…
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.

Ton oncle, l’garde-chasse
Commence à bien s’user.
Ta tante Boniface
Dit qu’i n’sait plus viser
Tu sais qu’son grand-papa
D’l’Etat fut pensionnaire :
Faut lui rendre c’te pension-là…
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras.
Nous n’te tourment’rons guère.

Ton filleux, Fanfan l’bête,
Est un grand garnement,
Dans l’cas de tenir tête
A tout un régiment ;
Puisque c’chien d’enfant-là
A l’ goût du militaire,
D’une épaulette i s’contentent’ra…
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.

Ton cousin, l’grand Girafe.
Va tout droit à son but,
I sait d’ja l’ostographe
Et l’ ba, bé, bi, bo, bu ;
Y en a d’ plus bêt’s que ça
Dans l’nouveau ministère.
Mais c’est égal, pouss’-le par là…
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.

Quant au cousin Bâtisse,
Il n’manqu’ra pas d’emploi.
Car il est royalisse
Encor plus que le roi ;
Pour n’pas s’battre i s’cacha
Pendant la dernier’ guerre :
In’demand’ que la croix pour ça….
Ensuit’ tu f ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.
 
Maint’nant, chaque dimanche,
Ton parrain Tournesol
Porte un’ cocarde blanche
Larg’ comme un parasol ;
Depuis vingt ans, il a
Vingt fois changé d’bannière :
Faut qu’tu l’fass’s jug’ de paix, c’ti-là..
Ensuit’ tu f’ras
Comm’ tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.

Y faudrait, pour bien faire,
Qu’ton oncl’ Jean soit juré ;
Qu’ not’ bedeau soit vicaire,
Qu’ not’ vicair’ soit curé ;
Pour finir c’t articl’-là,
Enfin qu’ton pèr’ soit maire!
L’ reste du village attendra…
Ensuit’ tu f’ras
C’que tu voudras,
Nous n’te tourment’rons guère.