Mozilla.svg

Le Papyrus d’Ebers

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

LE PAPYRUS D’EBERS

Le roi de Saxe vient d’acheter et de faire déposer à la bibliothèque de Leipzig, un papyrus égyptien, sur la préparation des médicaments, découvert à Thèbes par le docteur Ebers, et que ce savant s’est procuré avec une adresse et une persévérance toutes patriotiques. Le docteur Georges Ebers raconte lui-même, dans la Gazette d’Augsbourg, les péripéties de cette acquisition que menaçait de lui enlever certain Américain, moins adroit que lui ; c’est, d’après son récit que nous allons indiquer, à grands traits, l’importance et le contenu du papyrus d’Ebers.

C’est un très-beau papyrus jaune, assez bien conservé, malgré les nombreux dépliages qui en ont altéré certaines parties, et qu’il faut manier avec les plus grandes précautions. Il se compose de 110 colonnes, et porte sur le revers un calendrier double de huit colonnes. Chaque colonne a une largeur de 8 pouces, et comprend 22 lignes ; elle est paginée en haut et au milieu. L’écriture va de droite à gauche ; elle est à l’encre noire, sauf les têtes de chapitres qui sont à l’encre rouge ; les caractères sont beaux, fermes, élégants ; le prêtre qui les a tracés était un artiste. Leur forme semble les faire remonter au dix-septième siècle avant J.-C. Au reste, sur le double calendrier est mentionné le nom du roi Raser-ka (Aménophis 1er), ce qui prouve que le papyrus n’est pas postérieur à la première moitié du dix-septième siècle.

Quant à la composition elle-même, elle remonte encore plus haut que la transcription. On sait que les plus anciens écrits égyptiens étaient des écrits médicaux. Manéthon nous apprend que les Égyptiens honoraient un de leurs premiers rois comme médecin. Cette assertion est confirmée, non-seulement par le fragment de papyrus de Brugsh et Chabas, conservé au musée de Berlin, mais encore par celui que nous mentionnons.

Le premier chapitre du papyrus traite de l’origine même du livre qui provient du temple d’An (Héliopolis). Puis, viennent les remèdes proprement dits employés contre les diverses maladies, avec des détails étendus sur les maladies d’yeux, les remèdes contre la chute des cheveux, les ulcères, la fièvre, les démangeaisons, etc.

Au chapitre consacré à la maîtresse de ménage, comme l’appelle l’écrivain égyptien, en succède un autre, traitant de la maison même, de l’importance de sa propreté pour la santé, des moyens de chasser les insectes, de leur interdire l’accès des demeures, d’empêcher les serpents de sortir de leurs trous, des moyens d’éviter la morsure des cousins, les piqûres de puces, de désinfecter les vêtements et le logis.

Il est traité plus loin, comme d’une chose mystérieuse des rapports de l’âme avec le corps, puis des moyens secrets de connaître le cœur et ses battements.

En terminant son coup d’œil sur le papyrus, qu’il rapporte aux temps des premiers pharaons, très-peu après Ménès, Ebers s’excuse de ne l’avoir pas plus profondément étudié faute des ressources littéraires qui lui ont manqué dans son voyage ; mais il se promet de le déchiffrer complètement, à l’aide de ses collègues, tâche qu’il ne pense pas possible de terminer cependant avant plusieurs années. Il a l’espoir que, grâce aux traductions diverses de la Bible, on pourra arriver à la détermination des noms de certaines maladies aujourd’hui inconnues ; il y sera encore aidé par les vieux ouvrages égyptiens, par les dictionnaires des langues sémitiques, par des ouvrages grecs, analogues comme fond au papyrus (particulièrement celui de Dioscoride). Il estime déjà que le papyrus lui apportera 100 mots absolument nouveaux. Enfin il pense que si, sous le rapport de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique, sciences si avancées de nos jours, le papyrus n’ajoutera aucune idée nouvelle, au moins jettera-t-il une vive lumière sur l’histoire de la médecine dans ces âges reculés.

Dr Camille Delvaille.