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Le Petit Ménage (Feydeau)

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Ollendorff (p. 6-16).

AU DOCTEUR PIOGEY


Hommage bien reconnaissant.
G. F.

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LE PETIT MÉNAGE




Minet, le roi des angoras,
Doux et blanc, soyeux, gros et gras,
Avait pour légitime épouse
Une belle chatte andalouse
Aux poils brunis et pleins d’appas.
C’est moi qui fis leur mariage.
Oui, moi, par un beau jour d’avril ;
Mais mariage tout civil…

Sans messe — aujourd’hui c’est l’usage ;
Car j’avouerai que mon chat,
Nouveau Daniel Rochat,



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Ne fait pas très bon ménage
Avec la gent à rabat.

Oui, ces messieurs ont la sottise
De nommer péchés capitaux
La luxure et la gourmandise ;
Et Minet a ces deux défauts.
D’ailleurs chacun son goût sur terre !
Moi, mon chat est libre penseur.
C’est son droit ! mais n’ayez pas peur :
Minet n’est pas révolutionnaire.
Ronronnant, dormant
Bien paisiblement,
Je crois qu’il pratique
Peu la politique.
Pourvu qu’il soit bien,
C’est ce qu’il désire
Et j’ai le droit de dire
Qu’il ne lui manque rien.
Depuis près de six semaines
Durait leur lune de miel,
Et leurs jours s’écoulaient sans fiel
Loin des soucis et loin des peines :
Toujours tous les deux,
Bien heureux,

Ils coulaient des moments d’ivresse,
Miaulant, remplis d’allégresse,



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Leurs duos amoureux.

· · · · · · · · · · ·


Sur cette entrefaite,
Connaissance est faite
Avec le chat d’un mien voisin,
Chat, je crois, un peu cousin
De ma chatte l’andalouse,

Et l’épouse
De Minet.

· · · · · · · · · · · · · ·

Triboulet
— C’est là son nom — est une belle bête
Dont la tête
Enflamma le cœur
De plus d’une vierge féline.
Bref, ce don Juan séducteur



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Vient tourner et faire la mine
Auprès de sa jeune cousine.
Il fait ronron doucement

En se frottant lascivement
Contre la robe délicate
De la chatte.
À quoi bon hésiter ?
L’occasion est bonne ;
Il compte on profiter,
Et, confiant dans sa personne,
Notre amoureux
Se montre… plus qu’audacieux.
Tout justement Minet voyage :
Monsieur chasse… dans le grenier.
Pas besoin de se méfier !
Hélas ! ma chatte un peu volage
Commence à plier.
L’on badine, on cause
En langue de chat,
Et le scélérat
Gagne enfin sa cause !

· · · · · · · · · · · · ·

Mais, patatras ! au bon moment
Et par la porte entre-bâillée



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— Que n’était-elle verrouillée ! —
Minet subitement

Comme une bombe
Tombe.


Lui ! Nom d’un matou ! Nos deux chats
Franchement ne l’attendaient pas.
Dame ! On le croyait à la chasse.
Ces maris ! Jamais leur place !



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Le voilà furieux !
Frémissant sous l’outrage,
Et faisant, plein de rage,
Des bonds prodigieux.
Les éclairs brillent dans ses yeux.

Il fait : « pfut ! pfut ! » son dos se voûte…
Ce sera terrible, sans doute !
Oui ! tremblez, pauvres amoureux !
Quelles effroyables tempêtes,
Et quels cataclysmes affreux
Vont s’amonceler sur vos têtes,
Malheureux !
Déjà je prévois un carnage,
Et tout pâle, les yeux hagards,
Je n’en veux pas voir davantage
Et je détourne les regards !…
… Mais quoi ? Rien ? Tout est en silence !
Seul, dans l’air roule un ronron régulier,
Et pas de bruit, de violence,
Pas de combat ? C’est singulier !
Ah çà, Minet, cette vengeance ?…
Minet ! ah ! c’est un esprit fort !
Savez-vous bien ce qui se passe ?
Minet, cet époux en disgrâce,
Sachant se soumettre à son sort,
philosophiquement s’endort
Auprès du couple qui s’embrasse.

Voici l’histoire, mes amis !
C’est celle de bien des maris !
Prenez-la comme on vous la donne :
Je n’y veux désigner personne.



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