Le Phare du bout du monde/Chapitre XIV

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Chapitre XIV
L’aviso Santa-Fé
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Comment peindre l’agitation dont ce fond de la baie fut alors le théâtre ?… Ce cri : « l’aviso… l’aviso ! » était tombé comme un coup de foudre, comme un arrêt de mort sur la tête de ces misérables. Le Santa-Fé, c’était la justice qui arrivait sur l’île, c’était le châtiment de tant de crimes, auquel ils ne pourraient plus échapper !

Mais Carcante n’avait-il pas fait erreur ? Ce navire qui s’approchait était-il bien l’aviso de la marine argentine ? Ce bâtiment était-il à destination de la baie d’Elgor ? Ne se dirigeait-il pas tout simplement vers le détroit de Lemaire ou vers la pointe Several pour passer au sud de l’île ?

Dès que Kongre eut entendu le cri de Carcante, il remonta en courant sur le sommet du tertre, se précipita dans l’escalier du phare, atteignit la galerie en moins de cinq minutes.

« Où est ce navire ? demanda-t-il.

– Là… dans le nord-nord-est.

– À quelle distance encore ?

– Dix milles à peu près.

– Il ne peut donc pas être à l’entrée de la baie avant la nuit ?

– Non. »

Kongre avait pris la longue-vue. Il observa le bâtiment avec une extrême attention, sans prononcer une parole.

Il était certain qu’on avait affaire à un steamer. On distinguait sa fumée s’échappant en volutes épaisses, ce qui montrait qu’il poussait activement ses feux.

Et, que ce steamer fût précisément l’aviso, ni Kongre ni Carcante n’en pouvaient douter. Maintes fois ils avaient vu le navire argentin pendant les travaux de construction, alors qu’il ralliait ou qu’il quittait l’Île des États. D’ailleurs, ce steamer portait directement sur la baie. Si l’intention de son capitaine eût été de donner dans le détroit de Lemaire, il aurait eu le cap plus à l’ouest, et plus au sud s’il avait voulu passer au large de la pointe Several.

« Oui, dit enfin Kongre, c’est bien l’aviso !

– Maudite malchance, qui nous a retenus jusqu’ici ! s’écria Carcante. Sans ces coquins, qui nous ont arrêtés par deux fois, nous serions déjà en plein Pacifique.

– Tout cela, il ne sert à rien de le dire, répliqua Kongre. Il faut prendre un parti.

– Lequel ?

– Appareiller.

– Quand ?

– Immédiatement.

– Mais, avant que nous soyons loin, l’aviso sera par le travers de la baie…

– Oui… mais il restera dehors.

– Et pourquoi ?

– Parce qu’il ne pourra pas relever le feu du phare, et qu’il ne se risquera pas à remonter vers la crique au milieu de l’obscurité. »

Ce raisonnement très juste que faisait Kongre, John Davis et Vasquez le faisaient aussi. Ils ne voulaient point quitter la place tant qu’ils pourraient être vus du haut de la galerie. Dans leur étroite cachette, ils exprimaient précisément la même pensée que le chef des pirates. Le phare aurait dû déjà être allumé, puisque le soleil venait de disparaître. En n’apercevant pas son feu, bien qu’il eût très probablement connaissance de l’île, le commandant Lafayate n’hésiterait-il pas à continuer sa route ?… Ne pouvant s’expliquer cette extinction, ne resterait-il pas toute la nuit à croiser au large ?… Dix fois déjà, à vrai dire, il était entré dans la baie d’Elgor, mais de jour seulement, et, n’ayant plus le phare pour lui donner la route, il ne se hasarderait certainement pas à travers cette sombre baie. D’ailleurs, il devrait penser que l’île avait été le théâtre d’événements graves, puisque les gardiens n’étaient pas à leur poste.

« Mais, dit alors Vasquez, si le commandant n’a pas vu la terre, et s’il continue à marcher dans l’espérance d’apercevoir le feu, ne peut-il lui arriver ce qui est arrivé au Century ? Ne peut-il venir se perdre sur les récifs du cap San Juan ? »

John Davis ne répondit que par un geste évasif. Il n’était que trop vrai, l’éventualité dont parlait Vasquez pouvait se produire. Sans doute le vent ne soufflait pas en tempête et le Santa-Fé ne se trouvait pas dans la situation du Century. Mais, enfin, une catastrophe était possible, à la rigueur.

« Courons au littoral, reprit Vasquez. En deux heures, nous atteindrons le cap. Peut-être sera-t-il temps encore d’allumer un feu pour signaler la terre.

– Non, répondit John Davis, il serait trop tard. Avant une heure peut-être l’aviso se montrera à l’ouvert de la baie.

– Que faire alors ?

– Attendre ! » répondit John Davis.

Il était plus de six heures, et le crépuscule commençait à envelopper l’île.

Cependant les préparatifs de départ étaient conduits avec la plus grande activité à bord du Carcante. Kongre voulait appareiller à tout prix. Dévoré d’inquiétude, il avait résolu de quitter immédiatement son mouillage. S’il ne le faisait qu’à la marée du matin, il s’exposait à rencontrer l’aviso. En voyant sortir ce navire, le commandant Lafayate ne le laisserait pas passer. Il lui donnerait ordre de mettre en panne, il interrogerait son capitaine. Assurément, il voudrait savoir pourquoi le phare n’avait pas été allumé. La présence du Carcante lui paraîtrait à bon droit suspecte. Lorsque la goélette serait arrêtée, il irait à bord, il ferait venir Kongre, il inspecterait son équipage, et, rien que sur la mine de ces hommes, il concevrait les plus légitimes soupçons. Il obligerait le bâtiment à virer de bord, à le suivre et le retiendrait dans la crique jusqu’à plus ample information.

Alors, quand le commandant du Santa-Fé ne retrouverait plus les trois gardiens du phare, il ne pourrait expliquer leur absence que par un attentat dont ils auraient été victimes. Et, ne serait-il pas porté à croire que les auteurs de cet attentat devaient être les gens de ce navire qui cherchaient à s’échapper ?

Enfin, une autre complication se produirait peut-être.

Puisque Kongre et sa bande avaient aperçu le Santa-Fé au large de l’île, n’était-il pas probable, certain même, qu’ils l’avaient aperçu aussi, ceux qui, par deux fois, venaient d’attaquer le Carcante au moment où il allait sortir de la baie ? Ces ennemis inconnus auraient suivi tous les mouvements de l’aviso, ils seraient là à son arrivée dans la crique, et, si, parmi eux, comme il y avait lieu de le penser, se trouvait le troisième gardien, Kongre et les siens ne pourraient plus échapper au châtiment de leurs crimes.

Kongre avait entrevu toutes ces éventualités et leurs conséquences. De là le parti, le seul à prendre, auquel il s’était arrêté : appareiller sur-le-champ, et, puisque le vent, qui soufflait du nord, était favorable, profiter de la nuit pour gagner le large, en forçant de toile. Alors la goélette aurait l’Océan devant elle. Il se pouvait que l’aviso, dans l’impossibilité de relever le phare, et ne voulant pas s’approcher de la terre au milieu des ténèbres, fût, à ce moment, assez éloigné de l’Île des États. S’il le fallait, pour plus de prudence encore, au lieu de se diriger vers le détroit de Lemaire, Kongre piquerait au sud, irait doubler la pointe Several, et se déroberait derrière la côte méridionale. Aussi pressait-il l’appareillage.

John Davis et Vasquez, comprenant le plan des pirates, se demandaient comment ils pourraient l’empêcher de réussir, et, désespérés, ils sentaient toute leur impuissance !

Vers sept heures et demie, Carcante rappela les quelques hommes encore à terre. Dès que l’équipage fut au complet à bord, on hissa le canot, et Kongre ordonna de lever l’ancre.

John Davis et Vasquez entendirent le bruit régulier du linguet, tandis que la chaîne rentrait sous l’action du guindeau.

Au bout de cinq minutes, l’ancre était ramenée au bossoir. Aussitôt la goélette commença son évolution. Elle avait tout dessus, basses et hautes voiles, de manière à ne rien perdre de la brise qui faiblissait. Lentement, elle sortit de la crique, et, pour mieux recevoir le vent, se maintint au milieu de la baie.

Mais, bientôt, la navigation devint très difficile. La mer étant à peu près basse, la goélette n’était pas servie par le courant, et, sous cette allure, avec trois quarts de largue, elle ne gagnait guère. Elle ne gagnerait plus du tout, et peut-être même perdrait-elle, lorsque, dans deux heures, le flot s’établirait. En mettant les choses au mieux, elle ne serait pas avant minuit à la hauteur du cap San Juan.

Peu importait d’ailleurs. Du moment que le Santa-Fé n’entrait pas dans la baie, Kongre ne risquait point d’être rencontré. Dût-il espérer la marée suivante, nul doute qu’il serait dehors au lever du jour.

L’équipage ne négligeait rien pour hâter la marche du Carcante, mais il était désarmé contre le danger très réel qui venait de la dérive. Peu à peu, le vent repoussait le navire vers le rivage sud de la baie d’Elgor. Cette rive, que Kongre connaissait mal, il la savait pourtant très dangereuse avec le long semis de roches qui la bordaient. Une heure après le départ, il s’en crut même si rapproché qu’il lui parut prudent de virer de bord afin de s’en écarter.

Ce ne serait pas sans peine que ce changement d’amures pourrait s’exécuter, par cette brise qui tombait de plus en plus avec la nuit.

Cependant, la manœuvre était urgente. La barre dessous, les écoutes furent raidies à l’arrière, alors qu’on larguait celles de l’avant. Mais, faute de vitesse, la goélette ne parvint pas à lofer, et continua à dériver vers la côte.

Kongre comprit le danger. Un seul moyen lui restait. Il l’employa. Le canot fut amené, six hommes y descendirent avec une aussière, et, à force d’avirons, ils parvinrent à faire évoluer la goélette, qui prit les amures à tribord. Un quart d’heure après, elle put reprendre sa direction première sans crainte d’être jetée sur les récifs du sud.

Malheureusement, on ne sentait plus un souffle de vent ; les voiles battaient contre les mâts. Le canot aurait en vain essayé de remorquer le Carcante jusqu’à l’entrée de la baie. Tout ce qu’il aurait pu faire, c’eût été d’étaler le flot, qui commençait à se faire sentir. Quant à le remonter, il n’y fallait pas songer. Kongre allait-il être obligé de mouiller à cette place, à moins de deux milles de la crique ?

Après l’appareillage, John Davis et Vasquez s’étaient relevés, et, descendus presque jusqu’à la mer, ils avaient suivi les mouvements de la goélette. La brise étant complètement tombée, ils comprirent que Kongre serait forcé de s’arrêter et d’attendre le prochain jusant. Mais il aurait toujours le temps, avant le retour de l’aube, d’atteindre l’entrée de la baie, et il lui restait de grandes chances de partir sans être aperçu.

« Non ! nous le tenons ! s’écria tout à coup Vasquez.

– Et comment ? demanda John Davis.

– Venez… Venez ! »

Vasquez entraîna rapidement son compagnon dans la direction du phare.

À son avis, le Santa-Fé devait croiser devant l’île. Il pouvait même en être très rapproché, ce qui, après tout, ne présentait pas un bien grand danger avec cette mer calme. Nul doute que le commandant Lafayate, très surpris de l’extinction du phare, ne fût là sous petite vapeur, en attendant le lever du soleil.

C’est bien aussi ce que pensait Kongre ; mais celui-ci se disait également qu’il avait les plus grandes chances de dépister l’aviso. Dès que le jusant ramènerait les eaux de la baie vers la mer, même sans avoir besoin du vent, le Carcante reprendrait sa marche, et, en moins d’une heure, il aurait gagné la pleine mer.

Une fois dehors, Kongre ne s’éloignerait pas vers le large. Il lui suffirait d’une de ces faibles risées, qui ne peuvent manquer de se lever de temps à autre, même par les nuits les plus tranquilles, et du courant portant au sud, pour longer impunément la côte, au milieu de cette nuit très noire. Dès qu’elle aurait doublé la pointe Several, distante au plus de sept à huit milles, la goélette serait abritée par les falaises, et elle n’aurait plus rien à craindre. Le seul danger était d’être aperçu des vigies du Santa-Fé, s’il se tenait au-dessous de la baie, et non à la hauteur du cap San Juan. Assurément, le commandant Lafayate, si le Carcante était signalé à sa sortie de la baie, ne le laisserait pas s’éloigner, ne fût-ce que pour interroger son capitaine au sujet du phare. La vapeur aidant, il aurait rejoint le bâtiment fugitif avant que celui-ci n’eût disparu derrière les hauteurs du sud.

Il était alors plus de neuf heures. Kongre dut se résigner à mouiller pour étaler la marée, en attendant le moment où le jusant se ferait sentir. Mais il s’en fallait de près de six heures. Ce n’est pas avant trois heures du matin que le courant lui redeviendrait favorable. La goélette évita au flot, son étrave tournée vers le large. Le canot avait été rehissé. Kongre, le moment venu, ne perdrait pas une minute pour se remettre en marche.

Soudain l’équipage poussa un cri qu’on eût pu entendre des deux rivages de la baie.

Un long trait de lumière venait de percer les ténèbres. Le feu du phare brillait dans tout son éclat, illuminant la mer au large de l’île.

« Ah ! les coquins ! Ils sont là ! s’écria Carcante.

– À terre ! » ordonna Kongre.

En effet, pour échapper au pressant danger qui le menaçait, il n’avait plus que ce parti à prendre : débarquer, en ne laissant qu’un petit nombre d’hommes à bord de la goélette, courir vers l’enceinte, pénétrer dans l’annexe, gravir l’escalier de la tour, atteindre la chambre de quart, se jeter sur ce gardien, sur ses compagnons, s’il en avait, se débarrasser d’eux et éteindre le phare. Si l’aviso s’était mis en marche pour donner dans la baie, il s’arrêterait assurément… S’il s’y trouvait déjà, il essaierait d’en sortir, n’ayant plus de feu pour le guider jusqu’à la crique. Au pis aller, il mouillerait en attendant le jour.

Kongre fit amener le canot. Carcante et douze des hommes y prirent place avec lui, armés de fusils, de revolvers, de coutelas. En une minute ils eurent accosté la rive, et se précipitèrent vers l’enceinte, dont ils n’étaient éloignés que d’un mille et demi.

Ce trajet fut fait en un quart d’heure. Ils ne s’étaient point séparés les uns des autres. Toute la bande, moins les deux hommes laissés à bord, se trouvait réunie au pied du terre-plein.

Oui… John Davis et Vasquez étaient là. Au pas de course, sans prendre aucune précaution, puisqu’ils savaient bien qu’ils ne pourraient rencontrer personne, ils avaient gravi le tertre et pénétré dans l’enceinte. Ce que voulait Vasquez, c’était rallumer le phare, afin que l’aviso pût gagner la crique sans attendre le jour. Ce qu’il craignait – et quelles craintes le dévoraient ! – c’était que Kongre eût détruit des lentilles, brisé les lampes et que l’appareil ne fût plus en état de fonctionner. Alors la goélette, selon toute probabilité, s’enfuirait sans avoir été aperçue du Santa-Fé.

Tous deux s’élancèrent vers le logement, s’introduisirent dans le couloir, poussèrent la porte de l’escalier qu’ils refermèrent derrière eux et dont ils assujettirent tous les verrous, gravirent les marches, et atteignirent la chambre de quart…

La lanterne était en bon état, les lampes à leur place, encore munies de mèches et pourvues d’huile depuis le jour où on les avait éteintes. Non ! Kongre n’avait point détruit l’appareil dioptrique de la lanterne, il n’avait pensé qu’à empêcher le fonctionnement du phare pendant tout le temps de son séjour au fond de la baie d’Elgor.

Et comment aurait-il pu prévoir les circonstances dans lesquelles il serait forcé de la quitter ?

Mais voici que le phare brillait de nouveau ! L’aviso pouvait sans peine reprendre son ancien mouillage.

Des coups violents retentirent au pied de la tour. La bande entière se ruait contre la porte pour monter à la galerie et éteindre le feu. Tous risqueraient leur vie pour retarder l’arrivée du Santa-Fé. Ils n’avaient trouvé personne sur le terre-plein ni dans le logement. Ceux qui étaient dans la chambre de quart ne pouvaient être nombreux. Ils en auraient facilement raison. Ils les tueraient, et le phare ne projetterait plus dans la nuit ses redoutables rayons.

On le sait, la porte qui s’ouvrait au fond du couloir était faite d’une épaisse plaque de fer. Forcer les verrous qui la fermaient sur l’escalier serait impossible. Impossible également de la faire sauter à coups d’anspects ou de haches. Carcante, qui l’essaya, le comprit bien vite. Après quelques efforts inutiles, il vint rejoindre Kongre et les autres dans l’enceinte.

Que faire ? Y avait-il un moyen de s’élever par l’extérieur jusqu’à la lanterne du phare ? Si ce moyen n’existait pas, la bande n’avait plus qu’à s’enfuir à l’intérieur de l’île pour éviter de tomber entre les mains du commandant Lafayate et de son équipage. Quant à retourner à bord de la goélette, à quoi bon ? D’ailleurs, le temps manquerait. Nul doute que l’aviso ne fût maintenant dans la baie et ne fît route vers la crique.

Si, au contraire, dans quelques minutes, le phare était éteint, le Santa-Fé, non seulement ne pouvait pas continuer sa marche, mais il serait forcé de revenir en arrière, et peut-être la goélette réussirait-elle à passer ? Or, il existait, ce moyen d’atteindre la galerie.

« La chaîne du paratonnerre ! » s’écria Kongre.

En effet, le long de la tour se tendait une chaîne métallique, maintenue, de trois en trois pieds, par des crampons de fer. En s’élevant de l’un à l’autre à la force des poignets, il était certainement possible de gagner la galerie et peut-être de surprendre ceux qui occupaient la chambre de quart.

Kongre allait tenter ce dernier moyen de salut. Carcante et Vargas le précédèrent. Tous deux se hissèrent sur l’annexe, saisirent la chaîne et commencèrent à grimper l’un après l’autre, espérant ne pas être aperçus au milieu de l’obscurité.

Ils arrivèrent enfin au garde-fou, se cramponnèrent aux montants… Ils n’avaient plus qu’à l’escalader…

À cet instant, des coups de revolver retentirent. John Davis et Vasquez étaient là, sur la défensive. Les deux bandits, frappés à la tête, lâchèrent prise et vinrent s’écraser sur le toit de l’annexe.

Alors des sifflets se firent entendre au pied du phare. L’aviso arrivait dans la crique, et la sirène jetait ses sons aigus à travers l’espace…

Il n’était que temps de fuir. Dans quelques minutes, le Santa-Fé serait à son ancien mouillage.

Kongre et ses compagnons, comprenant qu’il n’y avait plus rien à tenter, se précipitèrent en bas du terre-plein, et se sauvèrent à l’intérieur de l’île.

Un quart d’heure plus tard, au moment où le commandant Lafayate envoyait son ancre par le fond, la chaloupe des gardiens reconquise accostait le navire de guerre en quelques coups d’aviron.

John Davis et Vasquez étaient à bord de l’aviso.