Le Philosophe corrigé

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LE
PHILOSOPHE CORRIGÉ,
OU
LE COCU SUPPOSÉ,
COMÉDIE
EN CINQ ACTES ET EN PROSE.
Par Madame de Gouge.

PRÉFACE
SANS CARACTÈRE.

À laquelle mes fideles Amis ne manqueront pas d’ajouter l’Épigramme : Elle reſſemble à ſon Auteur.


Je n’ai pas l’avantage d’être inſtruite ; &, comme je l’ai déja dit : je ne ſais rien. Je ne prendrai donc point le titre d’Auteur, quoique je me ſois déja annoncée au Public par deux Pièces de Théâtre qu’il a bien voulu accueillir. Auſſi, ne pouvant imiter mes confrères, ni par les talens, ni par l’orgueil, j’écouterai la voix de la modeſtie qui me convient à tous égards. En conſervant cette douce fierté, apanage de mon ſexe, je prie le Lecteur de me lire ſans prévention & de me juger de même.

Je touche au moment terrible, où l’Écrivain le plus prévenu de ſon mérite frémit à l’approche du jour qui doit décider de ſa honte ou de ſa gloire. Ô préjugé atroce, dont le plus honnête homme n’eſt point exempt ! Le plus vil des humains eſt fêté, chéri, conſidéré, ſi ſon ouvrage a du ſuccès. Le plus honnête qui échoue, éprouve une eſpèce de deshonneur, un tel ridicule, que ſes amis même l’abandonnent ; voila le ſort, de ceux qui courent la carriere du Théâtre ; m’y voila moi-même montée avec autant de rapidité que j’en deſcendrai peut-être.

Amor & Mirza ou l’Heureux Naufrage, premier eſſai de mes faibles talens, reçu à la Comédie françaiſe, eſt aujourd’hui le ſujet de mes craintes & de mes allarmes. J’allais ſoumettre cette production à la Cenſure publique avant ſa Repréſentation, quand la Comédie françaiſe a bien voulu courir, en ma faveur, les riſques qu’elle court journellement dans les Pièces nouvelles qu’elle met à l’étude.

Je laiſſe, pour un moment, les obſervations que je dois faire au public à ce ſujet, pour lui communiquer le motif qui m’a décidé à faire imprimer le Philoſophe corrigé, ou le Cocu ſuppoſé. Quel tems ! quelles mœurs, pour oſer mettre au jour le Cocu ſuppoſé ! Cet intitulé eſt affreux, dira-t-on, & indigne d’être employé par une femme. En littérature une femme ne tient pas à ſon ſexe ; mais la bienſéance, le reſpect que j’ai pour les femmes qui reſſemblent à Madame de Clainville, m’engage à prier ce petit nombre, ou le grand, ſi on le préfère, car je ne veux fâcher perſonne, de lire cette Pièce avant de ſe révolter contre le titre. Quant aux prudes, je ne pourrai jamais obtenir leur ſuffrage, & pour un intitulé, me voila pour jamais perdue dans leur eſprit. À l’égard des hommes qui ne croyent pas à la vertu des femmes, ils me feront une guerre d’avoir pu trouver le Cocu ſuppoſé. Si la Comédie peint les mœurs de la Société, il ne faut pas y mettre de monſtres, m’ajoutera-t-on ? Mais j’aſſure qu’à moins que je l’aye rêvé, depuis l’âge de quinze ou ſeize ans, cette avanture s’eſt toujours préſentée à mon imagination. Elle a fourni matière à un procès très-fameux ; ainſi, on ne peut me reprocher l’invraiſemblance. Je citerais pluſieurs ouvrages & quelques évènemens de nos jours cauſés par de ſemblables erreurs.

Les meilleurs Comédiens ſont ceux de la Société. Depuis que j’ai reconnu que j’étais née avec des diſpoſitions pour le genre dramatique, j’ai toujours eu envie de traiter ce ſujet. Sans doute, j’ai mal pris mon temps, & je choiſis, peut-être, un mauvais moment pour la faire imprimer ; mais j’ai déja annoncé dans mes faibles productions, quel était mon caractère. Je ſais que ſouvent j’ai fait de grandes étourderies ; mais elles me plaiſent ; & je mets quelquefois autant de recherche pour les commettre à mon déſavantage, que d’autres mettent de précaution à éviter même un mot équivoque.

Heureux tems de Molière, où les mœurs, étaient plus épurées, ou du moins l’extérieur mieux obſervé ! On ſe permettait ſur la ſcène ce qu’on ne ſe permettrait pas de nos jours, & moi ignorante, j’oſe fronder cet abſurde préjugé ; mais je ſuis l’élève de la nature ; je l’ai dit, je le repète, je ne dois rien aux connoiſſances des hommes : je ſuis mon ouvrage, & lorſque je compoſe il n’y a ſur la table que de l’encre, du papier & des plumes. Très-ſouvent j’ai de mauvais ſecrétaires qui multiplient les fautes au lieu de les corriger. Voila les reſſources utiles qui décorent mes productions. Je ſais qu’il me ſerait facile de me procurer des ouvrages en tout genre ; que je pourrais, à loiſir, faire un réſumé de toutes ces bonnes lectures ; ne pas compoſer avec mon imagination, mais avec les idées d’autrui ; faire à chaque page des oreilles, enſuite arranger à mon profit tout ce beau Salmigondis, ſi je poſſédais l’art de la teinture. Il n’y a preſque plus de peintures ; mais en récompenſe que d’adroits Teinturiers ! Il ſerait, bien téméraire à moi de dévoiler leur manège, ſi ce n’était pas une vérité ſi reconnue ; mais je prétends à l’originalité ; oui, ſans doute ; & l’on ne peut me la diſputer, puiſque c’eſt à mon ignorance que je la dois. Je me plais à m’en vanter hautement ; & vous, Meſſieurs les grands imitateurs, dont le ſtyle glacé refroidit le cœur ſans réchauffer l’eſprit, laiſſez-moi cette chère ignorance qui fait mon ſeul mérite, & qui doit me promettre beaucoup d’indulgence pour les fautes dont fourmillent mes productions, & d’eſtime pour les beautés qui s’y rencontrent quelquefois ; & ne me diſputez point la propriété de mes écrits. Nous avons des hommes de goût, des grands connaiſſeurs, des critiques ſévères & juſtes à qui je laiſſe la liberté de dire, ſi le ſceau du génie naturel n’eſt pas imprimé dans la nouveauté de mes ſujets & dans la ſimplicite de mon dialogue, qui ſe trouve cependant de loin en loin écrit avec pureté & nobleſſe. Ce mélange ne régnerait pas ſans doute, ſi un ſavant, un puriſte faiſait mes Pièces pour moi. Cette injuſtice m’indigne, & je dois convaincre le public de ce que je ſuis, & de ce que je puis faire. Il faut pour cela défier un homme de lettres. Je frémis du choix ; mais plus il eſt terrible, & plus il flatte mon ambition. Cet homme, puiſque je dois le nommer eſt M. C. de B—, & l’on verra bientôt, comme on le ſait déja, que ce n’eſt point une querelle d’allemand que je lui fais ; mais que j’ai des raiſons pour lui donner la préférence. Il nous dit ingènuement dans ſa préface d’Eugénie, que le tems & les talens lui ont manqué pour devenir auteur. Que n’ai-je ſon ignorance & ſon bonheur ! je ne craindrais pas aujourd’hui pour mon Drame qui fut accueilli à la Comédie françaiſe avec la plus tendre émotion. J’ai vu les Acteurs & les Actrices verſer des larmes d’attendriſſement. Mr. Molé, chargé de le lire, fut obligé d’en interrompre pluſieurs fois la lecture par ſes ſanglots ; il m’a aſſuré qu’après l’avoir lu & relu chez lui, il lui avoit toujours produit le même effet. Je dois lui rendre ici la juſtice qu’il mérite ; je dois à ce grand Comédien les heureux changemens de ma Pièce ; Il m’a fait recommencer quatre fois mon troiſième acte ; je veux même rapporter une de ſes ſaillies en cette circonſtance. La troiſième fois que je lui portai ce dernier acte, il me dit après l’avoir lu : « je n’y ai pas reconnu votre feu Languedocien ; on dirait qu’il eſt ſorti des glaçons du nord » ; mon amour-propre fut piqué à un tel point que je me mis véritablement en colère ; à force d’avoir touché & retouché, je n’avais rien fait de bon, n’en déplaiſe à l’avis du celèbre Boileau. J’ai refondu entièrement le plan de mon dernière acte. J’ai changé totalement le dialogue, & paſſant d’un extrême à l’autre ; Meſſieurs les Comédiens m’ont engagé à le modifier. Je laiſſe au Spectateur le ſoin d’examiner s’il y a aſſez d’action, & ſi je l’ai réduit au point d’émouvoir ſon cœur ſans le révolter.

Ô public ſévère ! ô public indulgent ! pardonnez-moi ces exclamations ; c’eſt à votre tribunal que je ſoumets mon Drame. J’ai eu la manie d’écrire ; j’ai eu celle de me faire imprimer, & je n’ai pas celle de me faire jouer avant de vous avoir prévenu ſur mes craintes. La femme la plus entière dans ſes réſolutions, eſt aujourd’hui la plus ſoumiſe, & vous donne un exemple de ſageſſe peu commune chez les hommes, & on ne peut pas plus rare chez les femmes. Voici la lettre que j’avois écrite à la Comédie françaiſe pour l’engager à me laiſſer imprimer ma Pièce avant ſa Repréſentation.


MESSIEURS,

« Les femmes, qui ont eu avant moi le courage de ſe faire jouer ſur votre Théâtre, m’offrent un exemple effrayant des dangers que court mon ſexe dans la carrière dramatique. On excuſe volontiers les chûtes fréquentes qu’y font les hommes ; mais on ne veut pas qu’une femme s’expoſe à y réuſſir. J’ai de l’ambition comme tous les hommes ; mais je ſais combien il vous ſera déſagréable, Meſſieurs, de charger votre mémoire de rôles, qui vous deviendraient inutiles. Ainſi, je vais vous prouver que lorſqu’une fois la raiſon m’a vaincue, je ſuis ſuſceptible d’un grand déſintéreſſement. Voici le parti que je voudrais prendre ; je penſe que vous ne le déſapprouverez pas. Avant de faire jouer ma Pièce que vous avez bien voulu recevoir, & de vous expoſer à voir ſon peu de ſuccès, je voudrois preſſentir le goût du public, en la faiſant imprimer, & en l’offrant à la cenſure des Journaliſtes. Si le public accueille ma Pièce à la lecture, il doit néceſſairement l’accueillir ſur la ſcène, & vous la jouerez d’après l’opinion qui l’a fait recevoir. Au contraire, ſi elle eſt jugée mauvaiſe, je n’augmenterai pas la prévention contre mon ſexe, que mon peu de mérite peut certainement juſtifier. Je n’ai pas l’art d’écrire. Je ne ſais que parler un langage naturel : mon imagination eſt mon ſeul guide. Un peu de nouveauté dans mes plans eſt mon plus grand mérite. Peu répandue & ſimple particulière, perſonne d’eſſentiel ne ſe donnant la peine de me donner de ſages conſeils ſur mes productions, que de raiſons pour échouer ! Voila, Meſſieurs, les obſervations que je vous devais, & que je me devais à moi-même, avant que de faire imprimer ma Pièce. J’ai dû vous en prévenir pour éviter toute tracaſſerie ; c’eſt d’après votre réponſe que je la livrerai à l’impreſſion. J’ai l’honneur d’être avec eſtime & conſidération,

Messieurs,
Votre, Ec.

Voici ce que la Comédie a fait le jour même que j’allais donner ma Pièce à l’Imprimeur. Monſieur Florence me pria de faire copier mes rôles, en me diſant qu’il allait faire mettre mon Drame à l’étude. Une telle offre m’étonna plus qu’on ne pourrait le penſer. Je croyais que la Comédie conſentait à la propoſition que je lui avais faite, & qu’elle était enchantée de ſe débarraſſer de moi à ce prix. Ce n’était pas mon tour, & j’avais ſix Pièces avant moi. Quelle fut la ſurpriſe flatteuſe que je reçus en ce moment, quand Monſieur Florence ajouta que la Comédie me donnait un tour, & qu’elle en eſpérait un heureux ſuccès. Puiſſe ſon pronoſtic ſe réaliſer ! mais j’en doute. Malgré leurs ſoins, leurs talens & la nouveauté de mon ſujet, je tremble que ma Pièce ne ſoit condamnée avant d'être entendue. Pourquoi, me dira-t-on, avoir cette crainte décidée ? Pourquoi ai-je vu des femmes plus inſtruites que moi échouer ſur la Scène françaiſe ? Eh, pourquoi cette prévention invincible que l’on a contre mon ſexe ? Eh, pourquoi dire comme je l’ai entendu tout haut, que la Comédie françaiſe ne devrait jamais jouer des Pièces de femmes ? Pourquoi en a-t-elle déja jouée avec ſuccès ? Et qu’on me demande auſſi, pourquoi les Italiens & les Variétés en ont-ils qui font leurs beaux jours ? Pourquoi la cabale eſt-elle plus formidable aux Français que dans tous les autres Spectacles ? parce que le nombre des connaiſſeurs y eſt plus grand & plus redoutable. Ils prononcent ſouvent contre leur opinion, tant la dévorante envie rend les hommes injuſtes, ſur-tout ceux qui ſont du métier. Comme ils profitent d’une équivoque ! j’ai entendu applaudir des Pièces juſqu’aux trois quarts de la Repréſentation, des Bravo à ébranler le Zodiaque, ſans ſçavoir ce qu’on avoit porté aux nues. Eh, comment pourrait-on ſentir, connaître les défauts ou les beautés d’une Pièce à la première Repréſentation ? Cependant on juge, on prononce ſuivant que l’Auteur eſt heureux, ou qu’il a des mains à la Figaro. Hélas ! je tremble à cette application ; & ſi je ne craignais pas de mettre mon doigt entre l’écorce & l’arbre, combien j’aurais de plaiſir à dire à ce protecteur du ſexe, à ce chevalier Loyal, à ce ſecond Mahomet, à ce fameux Ecrivain, que ſa protection, ſa plume m’aurait été bien favorable & ſur-tout dans une occaſion où il ne s’agiſſoit que de ſe mêler de choſes d’eſprit, dont il n’aurait pas eu à ſe repentir ; mais j’étais rivale de ſes talens, & je devenais pour lui un homme redoutable ; il n’y a pas de ſexe qui tienne contre ſon ambition. Je puis donc faire preuve du contraire de ce qu’il avance, que ce ſexe foible & opprimé trouva toujours en lui un véritable protecteur. O. C de B. je vois que j’ai en vous un redoutable ennemi ; mais ſans doute je ne ſerai pas digne de votre colère. Je ne ſais fi c’eſt à force d’être faible que je défie votre courage ; mais vous avez oſé dire que je n’étais pas l’auteur de mes productions, & c’eſt-là que je puiſe tous mes griefs contre vous. Vous l’avez dit à pluſieurs perſonnes. & même à mon fils, que vous m’avez fait la grace de prendre pour un de mes adorateurs, ſans le connaitre. Je ſuis femme, point riche, & je prétends à l’émulation honorable des hommes de mérite qui ont joint beaucoup de gloire à une honnête aiſance. Ne donc jamais permis aux femmes d’échapper aux horreurs de l’indigence, que par des moyens vils ? Ô faux protecteur de mon ſexe ! j’oſe, ſans avoir votre fortune, vous propoſer un acte de bienfaiſance. Il vaudra bien celui des nourrices, & vous donnera une occaſion de réaliſer aux yeux du public cette envie dévorante de commettre une belle action, dont il a douté juſqu’à ce moment ; aurez-vous la force de m’imiter ? Je parie cent Louis, vous en mettrez mille. En comparaiſon de nos deux fortunes, c’eſt vous faire un offre très-raiſonnable : je gage donc de compoſer en préſence de tout Paris, aſſemblé s’il ſe peut dans un même lieu, une Pièce de Théâtre ſur tel ſujet qu’on voudra me le donner ou de mon invention, quand on me prendrait même au dépourvu : les cent Louis ou les mille Louis du perdant, ſeront employés a marier ſix jeunes filles. Heureuſe, ſi je puis les établir avec les mille Louis ! que de gain à la fois ! Et quel bonheur d’avoir convaincu Monſieur C. de B., & de lui avoir appris qu’il ne faut jamais prononcer ſans être ſûr ; par ce moyen je me rendrai peut-être digne de ſa bienveillance & nous ferons la paix ; car il ne peut l’avoir avec moi qu’à ce prix. Il eſt donc indiſpenſable que je faſſe connaître mon ignorance & mes faibles talens au public ; alors convaincu que je ſuis ſeule auteur de mes Pièces, il m’accordera l’eſtime & l’indulgence que, ſans trop de prévention, mérite mon originalité. L’injuſtice d’un nombre infini d’hommes & de femmes, qui diſent tout haut que j’ai quelques auteurs en ma diſpoſition, me révolte. Je me ſens un courage intrépide ; mon amour-propre s’accroît & s’irrite juſqu’à l’orgueil. Ainſi le lecteur ne doit pas être étonné de ce degré d’ambition, qui n’eſt fondée que ſur les imputations des Envieux.

Il fallait donc défier un homme de Lettres, & quel homme pouvais-je mieux choiſir que M… C… de B… & qui m’y a ſi bien autoriſée ? Il me ſemble entendre, tous ceux qui l’aiment, ou plutôt tous ceux qui le redoutent. L’un dira, quel funeſte choix ! l’autre, dans quel gouffre cette femme va-t-elle ſe précipiter ? Celui-ci, cette femme n’a point d’amis, pour lui faire entrevoir le danger qu’elle court. Seroit-elle irréprochable dans toutes les époques de ſa vie ? S’il ne peut l’inculper, il la couvrira de honte par la voie du ridicule ; & ſes Épigrammes, qui, en dépit du goût du Public ſont devenues des ſentences, la condamneront à un opprobre éternel.

Ô dangereux ſéducteur, qu’on hait, qu’on craint & qu’on révère, je ne brave point les avis des ſages, ni des perſonnes prudentes ; mais c’eſt vous ſeul que je nargue, que je défie & que je démens, ſans m’arrêter aux craintes que vous inſpirez en général ; vous ſeul m’avez fait connoître un ſentiment que je n’avois jamais éprouvé.

Au moment que j’allais effacer dans cette Préface tout ce qui vous concerne ; votre Opéra de Tarare paraît. Le Public eſt à la fois ſubjugué & baffoué par vous, « Tarare, me direz-vous ? Eh ! crevez de jalouſie ». J’enrage en effet ; car mon ſtyle eſt auſſi barbare que le vôtre, & cependant quelle différence de célébrité ? C’eſt à mourir de rire ; allez-vous ajouter, en hauſſant les épaules de voir ce ſexe foible, cette femmelette ſe meſurer avec un homme de ma ſtructure, prétendre aux honneurs, au génie & à la pureté de mes écrits. D’un ſeul mot je pourrois l’écraſer ; mais je veux lui faire grace & lui prouver par mon ſilence que je ne prodigue point mes avantages contre tant de médiocrité ; que ce ſerait lui reconnaître trop de mérite que de faire aſſaut d’eſprit avec elle. Je me contenterai de lui dire impérieuſement : taiſez-vous, Femme, & reſpectez votre Maître. — Ah ! ne vous en déplaiſe, mon cher Maître, vous avez paſſé les bornes de l’honnêteté & de la bienſéance pour votre Écolière. Avec quelle bonhommie, avec quelle ſimplicité ne vous ai-je point ſoumis mes premières productions ? vous ſemblâtes même vous y intéreſſer & me donnâtes par écrit des avis ſincères que vous ne me crûtes pas capable, ſans doute, d’exécuter. Je les ſaiſis au-delà de vos eſpérances, & le reſſentiment que vous témoignâtes, en liſant en manuſcrit le Mariage inattendu de Chérubin, en aſſurant qu’il étoit inſoutenable dénué du talent Dramatique, ſans ordre, ſans plan ; enfin qu’il falloir le jetter au feu, prouve aſſez votre déſintéreſſement, & l’empreſſement que vous avez toujours mis à faire briller ce ſexe foible & malheureux. J’allois en effet livrer aux flammes cet enfant à qui vous aviez donné naiſſance, quand des mains plus bienfaiſantes que les vôtres l’ont ſauvé de l’incendie. Si je fus ingrate dans cette circonſtance, vous n’en fûtes pas moins dénaturé à ſon égard. Sa gloire ne pouvoit flatter ni votre ambition ni vos intérêts ; mais quelle occaſion n’avez-vous pas perdu de triompher de cette âpreté à vouloir envahir tout ? Mon Chérubin, protégé par vous, auroit pu monter au Théâtre Italien, & avoir même une place à la Comédie Françoiſe, pour repoſer un peu votre Figaro, qui ſe fatigue plus qu’il ne fatigue le Public. Il végète ce pauvre Chérubin en Province, malgré-la conſiſtance & l’âge de maturité que je lui ai donnés. Je ne puis ſans douleur le voir ſeul banni de la Capitale, lorſque tous les Théâtres inondent de tout ce qui a rapport à Figaro. Les vrais Connoiſſeurs ont aſſuré qu’il pourroit figurer avec lui, & voilà mon grand tort envers vous. Ah ! C… de B… Ah ! C… de B… vous êtes le véritable ami des femmes !… Permettez-moi de vous dire que vous vous trompez, que rien n’eſt plus faux que vous en faveur de mon ſexe. Vous pourrez trouver extraordinaire qu’une femme oſe ſe récrier contre la fauſſeté ; mais ſi vous me connoiſſiez parfaitement, vous n’en ſeriez pas ſurpris ; vous ſauriez tous les ſacrifices que j’ai faits. Je puis faire exception à la règle. Peut-être ſans prévention de ma part, & ſans inculper mon ſexe, moi ſeule je me ſuis montrée telle que j’étois : je puis m’en vanter, puiſqu’il m’en a coûté ma fortune, mon repos & ma [1] réputation. Dans peu de tems je mettrai au jour mon Roman avec le portrait de mon caractère. Malheur à ceux qui ne gagneront pas dans mes aveux : je n’ai jamais connu la contrainte ; je n’ai jamais ſçu m’aveugler en ma faveur, & ſi je ne me fais point grace, comment pourrai-je la faire aux méchans que j’ai rencontrés ſur mes pas.

Je n’entends pas en cela adreſſer directement à M… C… de B… ces dernières paroles. Il y auroit peu de généroſité à moi de l’attaquer dans les circonſtances malheureuſes où il ſe trouve, ſi je ne le croyais pas en état de répondre à un million d’attaques de ce genre ; & s’il ne m’a pas mis à même de m’applaudir de ſon honnêteté, & de dire tout le bien que mérite un homme de ſon génie. Douée d’une autre façon de penſer, je n’avouerai pas moins que perſonne ne mérite mieux que M… C… de B… le titre de Créateur dans la carrière Dramatique ; il s’eſt fait un genre à lui qui plaît, qui ſéduit, qui entraîne. D’autres tems, d’autres mœurs & d’autres goûts. La Scène a varié ſouvent. Il lui falloit un genre neuf ; mais ſur un calembourg, ſur un jeu de mots, faire un ouvrage conſéquent & profond, cela n’appartient qu’à l’homme indéfiniſſable que je maltraite à juſte titre, & que je loue de même. C’eſt avoir aſſez fatigué mon Lecteur d’épiſodes nuiſibles au but de ma Préface, c’eſt de mon Philoſophe corrigé ou du Cocu ſuppoſé que je voulois l’entretenir ; mais je n’ai que le tems de lui recommander Zamor & Mirza qui touche au moment de ſa repréſentation.

Ô mères ſenſibles ! accourez à cette Pièce, que votre tendreſſe maternelle & vos larmes écartent la tempête qui s’élève ſur elle. Déja le ſerpent de l’envie forme l’armée des ſifflets les plus redoutables & les plus aguerris de Paris. Il appelle à ſon ſecours tous les chefs de cabale. « Mes amis, leur dit-il, tremblez, redoutez ce jour. Si vous n’abattez cette tête, elle vous ſera funeſte. Voyez avec quelle fermeté elle vous attaque ; on diroit qu’elle a pour elle ce parti puiſſant, ces hommes de Lettres dont le goût & les lumières aſſurent le ſuccès des ouvrages qu’ils eſtiment ; leur ſuffrage n’eſt jamais équivoque, parce que leur opinion n’eſt jamais guidée que par la juſtice. Si c’eſt ainſi, elle eſt ſûre de ſon triomphe ; il faut donc par nos exploits proſcrire cet Ouvrage avant ſa repréſentation, faire voler de bouche en bouche le mauvais goût, infecter les cœurs de notre fiel, bouleverſer les eſprits, les prévenir contre ce Drame. Qu’il ſoit condamné même avant le lever du rideau. Si parmi vous quelqu’un manque ce jour-là de pain, de ſouliers & qu’il n’ait pas de quoi ſe procurer un billet, je ne doute pas que vos nobles confrères plus fortunés que vous, s’il en eſt dans votre ſecte, ne vous faſſe cette galanterie & ne vous donne bien à ſouper ce ſoir-là : l’envie pourvoiera à tout, allez, préparez-vous, voici l’heureux moment qui s’avance ». Il arrive, hélas ! — Et je le vois. Déjà je crois entendre au premier coup d’archet le ſignal par les mouchemens de nez, enſuite le Général qui élève ſa voix de taureau, en criant bravo avant qu’on ait commencé. La toile ſe lève, les Acteurs paroiſſent ; paix-là, dit un autre ; les battemens de mains bien ſees & bien payés vont leur train, un petit vent coulis amène ces chſt, chſt, chſt. Une nuée de ſifflets l’accompagne. Les Acteurs déconcertés & la parole en l’air, ne ſçavent s’ils doivent commencer ou finir : ceux-ci, continuez : ceux-là, arrêtez. Tel eſt le pronoſtic de ma Pièce, ou le ſort que certaines eſpèces oſent me promettre ; loin de les craindre, je brave leur vil pouvoir. Incapable de ſentir & de faire le bien, toujours ingrats envers ceux qui leur en font, ils me puniront, ſans doute, de ma généroſité. Eh, qui peut mieux que moi atteſter ce fait ? J’ai pour principe que la bienfaiſance eſt aveugle. Je l’ai verſée ſur de mauvais Sujets ſans ſavoir qui ils étoient, & j’en ai fait de lâches ennemis lorſque j’ai reconnu que je m’étais trompée. Je ſuis forcée de me ſervir de Secrétaire : cet inconvenient m’a expoſé très-ſouvent à connoître de ces hommes ſans état & ſans principes. La fatalité en a fait tomber chez moi dont un homme rougiroit de ſe ſervir ; peu ſenſibles à mes bons procédés, ils ſe ſont déchaînés contre moi, comme des brigands qui égorgent ceux qui leur ont donné l’hoſpitalité. Fort heureuſe ! qu’ils m’ayent laiſſé la vie. Et je leur fais grace de bon cœur de ce qu’ils m’ont ſubtiliſé ou volé. Ah ! C. de B… s’ils étoient connus de vous : fi vous mettiez parmi ces brigands mon ſuccès à l’enchère ; jamais on n’auroit vu de chûte ſemblable à la mienne. Je craindrois même pour l’honnête Spectateur, quoique nombreux, que la Comédie Françoiſe ne devint une caverne dans cette ſoirée ; mais que faire ? Ce qu’on ne peut détruire il faut ſavoir le ſupporter & prendre ſon mal en patience. J’eſpère beaucoup des honnêtes gens & peut-être triompherai-je de la cabale odieuſe qui s’élève contre moi. Je m’afflige de tout, je ſais rire de même. Une mouche qui me pique ſans que je m’y attende me contrarie ou me fait entrer dans une colère inſupportable ; mais préparée aux ſouffrances & aux évènemens, je ſuis plus conſtante & plus paiſible que l’homme le plus flegmatique. Les petits chagrins me déſolent, les grands maux me calment & me donnent du courage. Je ſuis pétrie de petits défauts ; mais je poſſède de grandes vertus. Peu de perſonnes me connoiſſent à fond, peu ſont en état de m’apprécier ; on a eu différentes diſputes ſur mon compte. Les uns me voyent d’une façon, chacun me juge différemment & je ſuis cependant toujours la même ; ce n’eſt pas moi qui varie : je ne puis ſympatiſer qu’avec des perſonnes véritablement honnêtes. J’abhore les hommes faux, je déteſte les méchans ; je fuis les frippons, je chaſſe les flatteurs ; & on peut juger par-là que je ſuis ſouvent ſeule. Je ne m’ennuie pas avec moi-même, je ne crains pas la contagion. J’étois faite ſans doute pour la ſociété, je l’ai fuie de bonne heure, je l’ai quittée au brillant de ma jeuneſſe ; on m’a dit ſouvent que j’avois été jolie ; je n’en ſais rien, je n’ai jamais voulu le croire, puiſque je faiſois à la journée des toilettes éternelles pour m’embellir. Je m’en amuſe actuellement, mes amis me reprochent trop de ſimplicité dans le commerce de la vie : ils me diſent ſans ceſſe que je ne ſais pas faire valoir mes talens : que lorſqu’on a commencé ſa réputation dans la Littérature, on ne doit pas parler à tout le monde, qu’on ne doit ouvrir la bouche que pour dire des ſentences, & obſerver le decorum d’un perſonnage important ; mettre dans ſes converſations l’eſprit le plus recherché, annoncer en tous lieux ce qu’on eſt, ne pas ſe rabaiſſer dans ſes écrits, avoir la grandeur d’ame de ſavoir mépriſer. Voilà de doctes préceptes, je l’avoue ; mais que je ne puis ſuivre, & je ſympatiſe en cela avec le fameux Deſpréaux. J’appelle un chat, un chat & C*** un frippon. Je me plains des méchans, parce que je ne ſais pas leur nuire, ni m’en venger ſecrètement. Je plaiſante ſur moi & ſur les autres, parce que je ſuis naturellement gaie. Je ris déjà de ce qui doit m’arriver, parce que je penſe qu’il n’eſt pas néceſſaire que je m’afflige. Je ſuis ſimple avec tout le monde, fière avec les Grands, parce que jamais les titres ni les honneurs n’ont pu m’éblouir. On ne s’apperçoit jamais dans mes diſcours que j’aie quelque prétention, à moins que je ne ſois avec des perſonnes de l’Art. Je ſuis toujours à mille lieues de mon genre. Voilà le pédantiſme qui m’accompagne, & quand je parviendrois à une célébrité que je ne puis eſpérer, on me verra toujours cette même ſimplicité que j’ai eue avant d’être Auteur. Voilà, ſans m’en appercevoir, la moitié de mon roman. Depuis long-tems je voudrais finir & l’impitoyable envie de parler me force à pourſuivre. Malgré moi je me laiſſe entraîner au penchant de mon ſexe. Ah ! cher Lecteur, je vous vois déjà frémir à cette repriſe d’haleine ; mais raſſurez-vous, j’achève, en vous obſervant, que ſi vous voyez des Sauvages dans le Drame que l’on va jouer, à la place des Nègres, c’eſt que la Comédie n’a pas voulu haſarder cette couleur ſur la Scène ; mais que c’eſt en tout l’Hiſtoire effroyable des Nègres que j’ai voulu traiter. Eh ! qu’importe après tout le coſtume & la couleur, ſi le but moral eſt rempli. Pour le Cocu ſuppoſé, traitez-le comme vous le jugerez à propos. Il a fallu me rappeller en votre mémoire. J’ai fait peut-être un mauvais choix dans mes manuſcrits, ou, pour dire la vérité, c’eſt ma dernière production. On pourra aiſément croire qu’elle m’a plu davantage. Je vous la livre donc ſans être vue ni touchée. J’aurois bien voulu avoir le tems de la décorer d’un peu de Poéſie. J’ai fait par haſard d’aſſez heureux couplets ; mais pour conſtruire une Romance, des duo, des chœurs, je n’entends rien à cette beſogne. Il me faudroit bien dix ans pour en venir à bout ; hé ! comment m’y réſoudre ! moi qui n’ai pas la patience de mettre dix jours pour traiter un ſujet ? Si je me vante de cette facilité, j’avoue que je la rachète bien par les agitations fatiguantes qui altèrent ma ſanté & me forcent enſuite à me repoſer. On y adoptera des morceaux propres au ſujet, ſi ceux que j’indique ne conviennent pas. Il m’auroit été bien facile de me parer des plumes du paon, en commandant des Vers que l’on paie ou que l’on ne paie pas, ſuivant le Poëte qu’on choiſit ; mais je ne veux rien prendre de perſonne ſecrètement : il eſt vrai qu’en en tirant quittance, cette précaution auroit embelli ma Comédie ſans m’engager envers perſonne : ſi quelque Poëte veut faire briller ſon génie publiquement, je lui ſerai obligé de ſe charger de la Poéſie, fi jamais cette Pièce eſt reçue aux François ou aux Italiens : ce ne ſera pas la première ſois qu’on aura vu cet arrangement. Je crois avoir dit au Lecteur tout ce qui étoit néceſſaire, & même tout ce qui étoit inutile, & dont il m’auroit diſpenſé, ſi j’avois pu m’en diſpenſer moi-même.

PERSONNAGES


Le Marquis DE CLAINVILLE.

La Marquiſe DE CLAINVILLE.

La Comteſſe DE SAINT-ALBAN, jeune veuve, amie de la Marquiſe.

Le Baron DE MONTFORT, ami du Marquis de Clainville.

Le COMMANDEUR, Oncle du Marquis.

Monſieur PINÇON, valet-de-chambre du Marquis.

Madame PINÇON, vieille gouvernante.

BABET, berceuſe d’enfans, & Amante de Blaiſe.

BLAISE, Jardinier, Amant de Babet.

Troupe de VILLAGEOIS & de VILLAGEOISES.


La Scène ſe paſſe dans une terre du Marquis de Clainville.


Bandeau graphique, entrelat de plantes


LE


PHILOSOPHE CORRIGÉ,


OU


LE COCU SUPPOSÉ,


COMÉDIE.




ACTE PREMIER

Le Théâtre repréſente un Parc, & un Cabinet de chaque côté.




SCÈNE PREMIÈRE.

(Blaiſe eſt dans le fond, occupé à tailler une

charmille.)


Madame PINÇON, M. PINÇON.


Madame Pinçon

Convenez, Monſieur Pinçon, que vous n’avez pas la raiſon que votre âge donne. Votre ſcrupule n’eſt pas ſage.


M. Pinçon.

C’eſt bien à vous, Madame Pinçon, à me faire des reproches ;… mais je les mérite. Je ſuis un ſot, un benêt, qui ſe laiſſe mener par les caprices de ſa femme.


Madame Pinçon.

Moi, des caprices ! ah, ah ! Monſieur Pinçon, vous ſavez bien que je n’en ai jamais eus que pour vous.


M. Pinçon.

Voila comme la friponne ſait toujours me ſéduire ; mais enfin, quand voulez-vous que cette comédie finiſſe ?


Madame Pinçon.

Eh, Monſieur Pinçon ! elle n’eſt pas encore commencée. Madame la Comteſſe de Saint-Alban, Auteur de cette intrigue, s’eſt chargée de la négociation. Monfieur le Marquis de Clainville apprendra par elle que ſon épouſe n’a jamais ceſſé de le chérir.


M. Pinçon.

Quand toutes les apparences ſont contre elle.


Madame Pinçon.

Ces apparences ſont trompeuſes : & tous les hommes voudroient bien être trompés à ce prix.


M. Pinçon.

On a bien vu des choſes extraordinaires de la part de ce ſexe frivole ; mais a-t-on jamais pouſſé l’extravagance au point où on la pouſſe ici ? Trois femmes imaginent un projet : elles l’exécutent avec diſcrétion, & gardent conſtamment leur ſecret près d’une année entière, ſans ſe démentir un inſtant. On me met dans leur complot ; on me fait quitter le Marquis, pour me faire paſſer auprès de Madame la Marquiſe, dans la crainte que je ne découvre tout le myſtère à mon Maître…


Madame Pinçon.

Mais dans tout cela, on ne le trompe point, on le ſert.


M. Pinçon.

Mais, mais… ne prévoyez-vous pas, tête aéroſtatique, les inconvéniens fâcheux qui pourroient en réſulter ?… Madame la Marquiſe étoit enceinte de trois mois, quand elle s’eſt ſéparée de ſon époux ; en voilà bientôt deux qu’elle eſt mère ; & Monſieur le Marquis ignore tout cela. On ſait même dans le monde qu’ils n’habitent plus enſemble depuis près de deux ans.


Madame Pinçon.

Mais, nous, ne ſavons-nous pas le contraire ?


M. Pinçon.

Oui ; mais encore une fois, cela ſuffit-il pour ſon honneur ?


Madame Pinçon.

C’eſt un Philoſophe ; & Madame la Comteſſe ſe fait un plaiſir de pouſſer à bout ſa Philoſophie. Madame la Marquiſe eſt plus timide que jamais : après le pas qu’elle a fait, elle voudroit que ſon époux ignorât toujours ſa démarche. Quant à moi, je n’ai que le mérite de garder le ſecret ; & quoiqu’on diſe que notre ſexe eſt inconſéquent, je veux donner des preuves du contraire.


M. Pinçon.

Il eſt vrai que l’on n’a jamais vu ſecret mieux gardé. Trois femmes d’accord ſur ce point ! Quel prodige ! Mais doit on s’en étonner, quand on connoit la bizarerie du caractère féminin ? Il excelle toujours dans les extrêmes. Dans la circonſtance, dont nous parlons, toute autre femme aurait employé la ruſe & les moyens les plus ſéduiſans pour detromper ſon marie : Madame la Marquiſe au contraire, a tenu juſqu’ici la conduite la plus propre à la faire paroître coupable. Elle alaite ſon enfant, cette action part d’un ſentiment bien louable ; mais elle eſt déplacée dans la circonſtance préſente. Puiſque vous vouliez, Meſdames, ſi bien garder le ſecret, il falloit détourner Madame la Marquiſe de ce projet, juſqu’au moment qu’il vous auroit pris la fantaiſie d’inſtruire Monſieur le Marquis qu’il étoit père, ſans qu’il s’en fut jamais douté. Mais qu’allez-vous devenir ? Il arrive de ſon Régiment & vient paſſer trois mois dans cette terre : il faudra bien que la bombe crêve. Pour moi, j’en crains déjà les éclats.


Madame Pinçon.

Mon cher Monſieur Pinçon, pour avoir ſervi ſous un Militaire, vous n’êtes pas bien aguerri.


M. Pinçon.

Eh, Madame, ſoyons juſtes. Quel eſt l’homme prudent qui ne frémiroit pas à la vue des dangers que nous courons tous ici, ſur-tout nous autres domeſtiques : on nous accuſera d’impoſture : nous ſerons conſiderés comme des ſerviteurs ſuſpects, & peut-être verrons-nous notre démarche, toute innocente qu’elle eſt, ſuivie des effets les plus funeſtes. Monſieur le Commandeur a donné à entendre que ſon neveu pourroit bien arriver incognito de ſon Régiment, & je crains bien qu’il ne l’inſtruiſe, non de la vérité, mais de ce qu’il croit ; car, d’après l’indifférence avec laquelle il traite Madame la Marquiſe, je gagerois qu’il la ſoupçonne d’infidélité envers ſon mari.


Madame Pinçon.

Vous êtes un oiſeau de mauvais augure. Tout ceci tournera bien, Monſieur Pinçon ; c’eſt moi qui le prédis. Exécutez les ordres que Madame vous a donnés. Voici le Jardinier à ſa charmille, & moi, je vais arranger les cabinets comme de coutume. Nous avons aujourd’hui grande compagnie. Monſieur le Baron eſt arrivé.


M. Pinçon.

Il eſt vrai qu’il eſt aſſez bruyant pour tenir lieu de pluſieurs perſonnes ; mais je crains bien que Monſieu le Marquis n’en augmente le nombre : ce qui feroit un fâcheux contre-tems rapport à cet éventé de Baron.


Madame Pinçon.

Laiſſons aller les choſes naturellement.


M. Pinçon, allant à Blaiſe pour lui donner des ordres.

Oui, naturellement ; quand elles font leur poſſible pour les déguiſer.


Madame Pinçon, entre dans un des cabinets & en ſort ſur le champ en diſant :

Allons, tout eſt fort bien arrangé : la Gouvernante peut deſcendre avec la petite. Voilà ſon berceau. Madame peut auſſi venir ſe repoſer. Elle deſire depuis ſi long-tems de prendre l’air dans ce lieu champêtre ! Il ne me reſte qu’à faire cueillir des fruits… J’y vais moi-même : cela me diſſipera ; car il y a bien long-tems que je n’ai eu ce plaiſir. Depuis deux mois renfermée dans le Château,le Parc me paroît plus beau que jamais… (À Monſieur Pinſon). Venez, Monſieur Pinçon.


M. Pinçon.

Je vous ſuis. (Ils ſortent tous les Jeux ).




SCÈNE II.



M. de Clainville, ſeul, & donnant des ordres dans la couliſſe.

Allez inſtruire Madame la Marquiſe de mon arrivée ; vous remiſerez ma chaiſe ; allez : j’arriverai par le jardin puiſque la grille eſt ouverte ; (Il avance ſur la Scène.) j’euſſe mieux aimé jouir de ſa ſurpriſe ; mais elle peut ſe trouver en compagnie, je ne veux point la déranger. Un mari, en pareille circonſtance, doit avoir la prudence de faire beaucoup de bruit en arrivant chez ſa femme, ſur-tout après ſix mois d’abſence. (Il ſe promène ſur la Scène.) Cependant j’éprouve des mouvemens de ſenſibilité qui me rappellent cet amour pur & légitime, dont mon cœur étoit ennivré pour la plus reſpectable des femmes ; quel eſt ſon tort envers moi, ou plutôt quel eſt mon tort envers elle ? Je n’ai pû la ſoupçonner, cependant je l’ai trompée… que dis-je, trompée !… j’ai cru la ſervir. Cette timidité ſi intéreſſante dans une perſonne bien née, peut, ſans paſſer les bornes de la décence, ſe familiariſer avec les tendres empreſſemens d’un époux… Je ne faiſois conſiſter mon bonheur qu’à lui plaire… Sans doute un autre m’a prévenu… Et moi, homme injuſte, j’aurois pu tyranniſer ſon cœur & ſon penchant, pour m’en faire haïr davantage, & pour jouir ſeulement du cruel pouvoir que l’Hymen m’a donné ſur elle ! Ce nœud fait-il le bonheur de la Societé ? J’en doute… Je ſuis homme juſte & ſenſible ; je n’ai pû contraindre un être qui m’a pû donner ſa main, mais qui n’a pû me répondre de ſon cœur. Ainſi, je l’ai laiſſé libre. Loin de gêner ma femme je me ſuis éloigné. J’ai cherché dans la ſolitude & dans les livres le moyen de l’effacer de mon cœur. Cette vie paiſible ne convenait pas à ma ſenſibilité : mon ame trop active ne pouvoit être alimentée que par un autre penchant… Et vous, adorable perſonne, qui m’avez tirez de l’état d’inertie où je ſerois ſans doute tombé, quand jouirai je du plaiſir de vous voir ?… Si l’on ſavait dans le monde l’intrigue que je mène, on riroit à mes dépens ; on me prendrait pour un fou… Mais, que m’importe l’opinion d’autrui ? Je jouis, je ſuis heureux, & mon bonheur n’eſt point idéal. Ah ! je n’ai que le regret qu’il ait ceſſé ſitôt… Mais on m’annonce par la dernière lettre que je ne ſerai pas long tems ſans revoir mon aimable inconnue… allons me préſenter à mon épouſe… La contrainte ne me convient pas… (Il va pour ſortir & apperçoit Blaiſe.) Je vois là mon Jardinier : ſachons par lui ce qu’on penſe de moi au Château. Il eſt plaiſant, quoique ſimple ; il m’amuſera un inſtant… Hola, Blaiſe : viens me parler.




SCÈNE III.


LE MARQUIS, BLAISE.



Blaise, avec empreſſement.

Par la Sanguienne, Monſieur le Marquis vous tombais ici comme des nues. Seriez-vous arrivé par un ballon ; comme j’en avons déjà vus ?


Le Marquis.

Non, mon garçon ; j’ai laiſſé ma chaiſe au bout de l’avenue, pour avoir le plaiſir de traverſer le parc à pied.


Blaise.

Ah ! C’eſt bien fait, M’ſſieux le Marquis ; il vaut mieux marcher tout gentiment par terre que de courir avec fracas dans un pays où l’on ne Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/486 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/487 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/488 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/489 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/490 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/491 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/492 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/493 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/494 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/495 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/496 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/497 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/498 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/499 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/500 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/501 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/502 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/503 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/504 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/505 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/506 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/507 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/508 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/509 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/510 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/511 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/512 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/513 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/514 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/515 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/516 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/517 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/518 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/519 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/520 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/521 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/522 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/523 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/524 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/525 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/526 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/527 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/528 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/529 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/530 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/531 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/532 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/533 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/534 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/535 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/536 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/537 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/538 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/539 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/540 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/541 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/542 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/543 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/544 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/545 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/546 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/547 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/548 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/549 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/550 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/551 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/552 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/553 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/554 Page:Oeuvres de madame Olympe de Gouges.pdf/555


SCÈNE X.

LA MARQUISE, Madame PINÇON,

accourant au bruit, & voyant ſa maîtreſſe preſqu’évanouie,

la retient dans ſes bras.


Madame Pinçon.

Ô ma pauvre maitreſſe ! dans quel trouble vous êtes ; j’ai couru au bruit : que ſe paſſe-t-il donc ?


La Marquise.

Laiſſe-moi , laiſſe-moi ; la vie m’eſt inſupportable. Qu’ai-je fait ? Quel eſt mon crime ! J’avoue que mon amour m’a rendue la femme la plus coupable & la plus hardie ; mais pour qui le trompais-je ? Pourquoi ai-je employé cette ruſe, cette adreſſe, ſi ce n’eſt pour lui ?… Il eſt jaloux.


Madame Pinçon.

Jaloux ! vous lui faites beaucoup d’honneur. C’eſt l’amour qui le rend furieux.


La Marquise.

Je ne puis reſpirer dans l’état où je me trouve. Madame la Comteſſe, ma meilleure amie, m’abandonne. Il faut nous réunir : il faut deſſiller les yeux de mon époux ; il faut tout lui révéler. J’ai gardé trop long-tems ce cruel ſilence. Il croit que c’eſt un jeu de ma part, qu’il ſe repente à ſon tour de m’avoir ſi mal connue. Ah ! Monſieur le Marquis ! Mon cher Clainville ! Que tu lis mal dans ce cœur qui n’a jamais brûlé que pour toi.


Madame Pinçon.

Voilà ce dont je vous blâme. Un Philoſophe eſt-il fait pour ſentir le prix d’une telle conſtance ?


La Marquise.

Il en eſt digne au moins par ſes rares qualités. C’eſt moi qui l’offenſe, & tout autre à ſa place ſe ſerait plus mal conduit. (Elle ſort.)


SCÈNE XI.


Madame Pinçon, ſeule.

Pour moi, je ſuis comme Madame la Comteſſe ; je m’amuſe de tout ceci. Un mari ne s’amuſe pas de même de ſemblables gentilleſſes ; mais eſt-il après tout bien à plaindre ? Jamais époux ne fut plus fortuné. C’eſt un phénomène dans le ſiècle où nous ſommes. Qui ſait ? Si l’on ſavoit prendre les mêmes moyens on ſeroit plus amant qu’époux. Car je penſe que cette grande liberté qui règne dans le ménage, entraîne le dégoût. En vérité, on eſt bien dupe de s’enchaîner.

(Elle ſort.)


Fin du troiſième Acte.
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Le Commandeur.

Je dote Babet (au Marquis). Tu te chargeras bien de ton Jardinier ?


Le Marquis.

Je veux, mes enfans, vous unir dès ce ſoir… Ma chère Pinçon, je ne t’oublierai pas, ainſi que ton mari… Et vous, Madame la Comteſſe, jouiſſez de votre recompenſe, en comblant le bonheur de deux cœurs qui n’ont jamais ceſſé de brûler l’un pour l’autre.


Blaise.

Le bon Seigneur !


Babet.

Le bon Maître !


Tous les Paysans ensemble.

Le bon Seigneur, le bon Maître !


FIN.
VAUDEVILLE.

Air : Avec les jeux dans le Village.

LA COMTESSE.

POUR ramener cette ſageſſe
Qui veut en tout donner ſes loix,
Du ridicule avec adreſſe
Il nous faut emprunter la voix ;
D’un pédant à l’humeur chagrine
Elle braverait la leçon ;
C’eſt l’amitié pure & badine
Qui fait entendre la raiſon.


LE MARQUIS.

AVEC un cœur tendre & paiſible,
Le goût même un peu dédaigneux,
De l’épouſe la plus ſenſible
Je me retrouve l’amoureux.
Quoiqu’en connaiſſeur on s’érige,
Sous le maſque tout eſt égal.
L’amitié coûte & me corrige ;
Il eſt des leçons juſqu’au bal.

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Va me fixer près d’Apollon :
Je veux, lui vouant mon hommage,
Monter ma lyre à l’uniſſon,
Elle peut d’un fou faire un ſage,
Et d’un ſage un vrai Céladon.


Madame PINÇON.

De cet habit je ſens les charmes,
Et je me crois un joli cœur ;
Sous lui chacun me rend les armes.
L’illuſion fait le bonheur.

AU PUBLIC

Je ſuis heureux, puiſſiez-vous l’être,
En vous amuſant de mon jeu :
L’Écolier qui ſéduit ſon Maître ;
Eſt fort content de ſon enjeu.


FIN.
  1. L’eſprit françois a le talent d’altérer les choſes, & de jouer ſur les mots les plus ſimples ; il eſt néceſſaire que je m’explique. Je crois que ma conduite a été régulière pour ne pas perdre ma réputation ; mais ceux qui ne ſont jamais contens de perſonne, m’ont decriée. On m’a fait paſſer pour la femme la plus ridicule ; & Dieu ſait ſur quels fondemens.