Le Philosophe et le Chat-huant

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Fables de FlorianLouis Fauche-BorelVolume 9 (p. 155-156).


FABLE XIV

Le Philosophe & le Chat-Huant


Persécuté, proscrit, chassé de son asile,
Pour avoir appelé les choses par leur nom,
Un pauvre philosophe erroit de ville en ville,
Emportant avec lui tous ses biens, sa raison.
Un jour qu’il méditoit sur le fruit de ses veilles,
C’étoit dans un grand bois, il voit un chat-huant
       Entouré de geais, de corneilles,
       Qui le harceloient en criant :


       C’est un coquin, c’est un impie,
       Un ennemi de la patrie ;
Il faut le plumer vif : oui, oui, plumons, plumons,
       Ensuite nous le jugerons.
Et tous fondoient sur lui ; la malheureuse bête,
Tournant & retournant sa bonne & grosse tête,
Leur disoit, mais en vain, d’excellentes raisons.
Touché de son malheur, car la philosophie
       Nous rend plus doux & plus humains,
Notre sage fait fuir la cohorte ennemie,
Puis dit au chat-huant : Pourquoi ces assassins
       En veulent-ils à votre vie ?
Que leur avez-vous fait ? L’oiseau lui répondit :
Rien du tout, mon seul crime est d’y voir clair la nuit.