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Le Poème de la Sibérie/09

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Le Poème de la Sibérie
Revue Moderne52 (p. 249-250).
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IX

LE CHATIMENT.


Le chaman, après avoir consolé quelques prisonniers, allait sortir avec Anhelli quand tout à coup il entendit un grand bruit dans une des galeries.

Il se retourna vers un de ceux qui l’accompagnaient, et lui demanda quel était ce bruit de fer et de coups : un des captifs répondit : « C’est un de nous qu’on punit.

C’est sans doute le vieillard qui ne voulait pas travailler hier parce que c’était une fête du Seigneur, et qu’on fait passer par les chaînes.

Et le chaman s’étant rendu avec Anhelli sur le lieu du supplice, vit dans une galerie deux rangées d’hommes debout, une chaîne à la main, chacun dans l’attitude d’un homme qui va frapper.

Et ils virent s’avancer deux soldats qui portaient des lampes, et au milieu d’eux, nu jusqu’à la ceinture, un vieillard à barbe blanche.

Et à chaque pas qu’il faisait, on entendait le bruit des chaînes qui le frappaient, et un autre bruit qui sortait de la poitrine du vieillard martyrisé.

Comme il arrivait au terme de son supplice, et qu’il ne lui restait plus que dix pas à faire, Anhelli entendit deux coups plus faibles comme frappés par une main pitoyable.

Le vieillard, après les avoir reçus, tomba les bras en croix : il était mort.

Et les deux jeunes gens qui l’avaient frappé miséricordieusement, se précipitèrent sur lui, et s’étendirent sur son cadavre criant tous deux : Mon père !

Et le chaman se détourna, et regardant Anhelli, il lui couvrit la tête du pan de sa robe.

Et il ordonna aux esprits célestes de l’emporter, et Anhelli, ayant ouvert les yeux, vit la neige et les étoiles.

Et il était persuadé que ce qu’il avait vu dans la mine était un songe : car il ne savait pas comment il en était sorti.