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Le Poème de la femme

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LE POÈME DE LA FEMME

I


Insensible à l’éclat dont se parait la terre,
L’homme, au sein de l’Éden, se sentait solitaire ;
Car il ne pouvait pas, de ce monde enchanté,
Étreindre sur son cœur l’impalpable beauté.
Mais un jour, à ses yeux, la féconde nature,
De tous ses dons brillants prodigués sans mesure,
Fit un vivant bouquet, de jeunesse embaumé.
« Ô femme, viens à moi, s’écria-t-il charmé,
Femme ! Dieu n’eût rien fait, s’il n’eût fait que la rose :
La rose prend un souffle et ta bouche est éclose.
Dieu, de tous les rayons répandus dans les cieux,
Concentre les plus doux pour animer tes yeux.
Avec l’or de la plaine et le lustre de l’onde,
Il fait ta chevelure étincelante et blonde.
Il couronne ton front de paix et de splendeur
En y posant ce lys qu’on appelle candeur ;
Et, du frémissement des feuilles remuées,
Du caprice des flots et du vol des nuées,
De tout ce que la grâce a d’heureux mouvement,
Il forme ta caresse et ton rire charmant.
Il teint du frais carmin de l’aurore vermeille,
De tes beaux seins en fleur la pudique merveille,
Et la terre n’a rien, ni l’onde, ni l’azur,
Qu’on ne retrouve en toi plus brillant et plus pur…
Et c’est ainsi qu’objet d’une éternelle ivresse,
Comme un monde d’amour, l’homme en ses bras le presse,
Et que reconnaissant ta tendre royauté,
Femme ! il adore en toi l’idéale beauté !…


II



La femme !… à ce nom seul tout notre être palpite,
Notre âme se dilate et le cœur bat plus vite…

Elle est l’aimable objet de nos émotions,
Le principe et le prix des grandes actions.
Qu’elle soit fille, sœur, épouse, amante, mère,
Plus que tous les trésors, la femme nous est chère.
Source du seul bonheur qui soit notre vrai bien,
Pour assurer le nôtre, elle abdique le sien ;
Et toujours on la voit courir au sacrifice,
Dût se briser son cœur, son cœur noble complice !…
Enfin, quand vers le ciel elle a pris son essor,
Sa tendresse survit et nous protège encor ;
Car son âme sans doute habite les étoiles
Dont le ciel s’illumine alors qu’il est sans voiles,
Et dont les longs regards semblent dire au rêveur :
« Dors, je veille sur toi… Je suis l’ange sauveur !… ».

Dieu voulut nous donner à la fois dans la femme,
Pour toutes nos douleurs, un céleste dictame.
Une compagne aimante, et dont le dévouement
Fut à l’homme un soutien dans son accablement ;
Un appui doux et sur à tout être débile,
À tous les cœurs blessés un consolant asile ;
Le repos et la paix à celui qui les perd ;
Une oasis enfin dans l’aride désert !…

III



La femme ! c’est la fleur divine,
Posée au front de la colline
Comme un diadème charmant.
C’est la couronne de la vie…
C’est le printemps qui nous convie
À son plus tendre enchantement.

C’est la bienfaisante rosée,
Rendant à la plante épuisée
Et son arôme et sa fraîcheur ;
C’est l’aube en sa clarté première,

Changeant en perles de lumière,
Ô nuit ! tes perles de blancheur…

C’est le soupir, l’haleine pure
Du ruisseau mêlant son murmure
Au bruissement du rameau ;
C’est la caressante liane
Que berce un souffle diaphane ;
C’est le lierre embrassant l’ormeau !…

C’est l’étoile riante et claire ;
L’astre adoré qui nous éclaire,
Et que la main de Dieu conduit ;
C’est Zéphyr qui prend sur son aile
Et porte à la voûte éternelle
L’encens virginal de la nuit…

Elle est la source où l’homme puise
Le flot d’amour qui cicatrise
Les blessures de la douleur…
Rayon de joie et d’espérance,
Philtre qui guérit la souffrance :
C’est ton chef-d’œuvre, ô créateur !

Oui, des charmes que la nature
Sème et prodigue sans mesure,
Dieu se plut à la composer…
Il mit dans sa voix une lyre,
Une rose dans son sourire,
Une flamme dans son baiser !

Gabriel Monavon.